Le phénomène humain

Coalescence des éléments et coalescence des rameaux. Sphéricité géométrique de la Terre et courbure psychique de l’Esprit s’harmonisant pour contrebalancer dans le Monde les forces individuelles et collectives de Dispersion et leur substituer l’Unification : tout le ressort et le secret, finalement de l’Hominisation — Mais pourquoi et à quoi bon, dans le Monde, l’Unification ?

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le phénomène humain

PROLOGUE : VOIR

p.17 « Pour être correctement compris, le livre que je présente ici demande à être lu, non pas comme un ouvrage métaphysique, encore moins comme une sorte d’essai théologique, mais uniquement et exclusivement comme un mémoire scientifique….Rien que le phénomène. Mais aussi tout le phénomène. »

p.18 « Comme il arrive aux méridiens à l’approche du pôle, Science, Philosophie et Religion convergent nécessairement au voisinage du Tout. Elles convergent, je dis bien; mais sans se confondre et sans cesser, jusqu’au bout, d’attaquer le Réel sous des angles et à des plans différents. »

(Deux options primordiales 🙂

p.18 « La première est le primat accordé au psychique et à la Pensée dans l’Etoffe de l’Univers. Et la seconde est la valeur “biologique” attribuée au Fait Social autour de nous. »

22 « L’Homme ne saurait se voir complètement en dehors de l’Humanité; ni l’Humanité en dehors de la Vie, ni la Vie en dehors de l’Univers…..

…..la Prévie, la Vie, la Pensée,- ces trois événements dessinant dans le passé et commandant pour l’avenir (la Survie!) une seule et même trajectoire : la courbe du Phénomène Humain…..dans une perspective homogène et cohérente de notre expérience générale étendue à l’Homme. Un ensemble qui se déroule. »

23 « Le moment est venu de se rendre compte qu’une interprétation, même positiviste, de l’Univers doit, pour être satisfaisante, couvrir le dedans, aussi bien que le dehors des choses, – l’Esprit autant que la matière. La vraie Physique est celle qui parviendra, quelque jour, à intégrer l’Homme total dans une représentation cohérente du monde. »

24 « L’Homme, non pas centre statique du Monde, – comme il s’est cru longtemps; mais axe et flèche de l’Evolution…»

LA PREVIE

L‘étoffe de l’univers

p.27 « Déplacer un objet vers l’arrière dans le Passé équivaut à le réduire en ses éléments les plus simples. Suivies aussi loin que possible dans la direction de leurs origines, les dernières fibres du composé humain vont se confondre pour notre regard avec l‘étoffe même de l’Univers. »

1- La Matière élémentaire

28 « Pluralité, unité, énergie : les trois faces de la Matière. »

– Pluralité:

29 « Passé un certain degré de profondeur et de dilution, les propriétés les plus familières de nos corps (lumière, couleur, chaleur, impénétrabilité…) perdent leur sens……Vertigineux en nombre et en petitesse, le substrat de l’Univers tangible va se désagrégeant sans limites vers le bas. »

– Unité :

29 « Or, plus nous clivons et pulvérisons artificiellement la Matière, plus se laisse voir à nous sa fondamentale unité »

Unité d’homogénéité

29 « Comme si l‘étoffe (de l’Univers ) se ramenait à une simple et unique forme de substance… …Aux corpuscules cosmiques nous trouverions naturel d’attribuer un rayon d’action individuelle aussi limité que leurs dimensions mêmes. Or il devient évident au contraire que chacun d’eux n’est définissable qu’en fonction de son influence sur tout ce qui est autour de lui. Quel que soit l’espace dans lequel nous le supposions placé, chaque élément cosmique rempli entièrement de son rayonnement ce volume lui-même. Si étroitement circonscrit donc que soit le “Cœur” d’un atome, son domaine est coextensif, au moins virtuellement, à celui de n’importe quel autre atome. Étrange propriété que nous retrouverons plus loin jusque dans la molécule humaine! »

Unité collective

30 « Les foyers innombrables qui se partagent en commun un volume donné de Matière ne sont pas pour autant indépendants entre eux. Quelque chose les relie les uns aux autres qui les fait solidaires. Loin de se comporter comme un réceptacle inerte, l’espace qu’emplit leur multitude agit sur elle à la manière d’un milieu actif de direction et de transmission, au sein duquel la pluralité s’organise. Simplement additionnés ou juxtaposés, les atomes ne font pas encore la Matière. Une mystérieuse identité les englobe et les cimente, à laquelle notre esprit se heurte, mais est bien forcé finalement de céder. »

« … à chaque phase nouvelle de l’Anthropogénèse, nous nous retrouverons face à l’inimaginable réalité des liaisons collectives et contre lesquelles nous aurons à lutter sans cesse, jusqu‘à ce que nous arrivions à reconnaître et à définir leur véritable nature. »

– Énergie :

30 ….C’est « la troisième des faces de la Matière »

« …Jamais saisie à l‘état pur, mais toujours plus ou moins granulée (jusque dans la lumière !) l’Energie représente actuellement pour la Science la forme la plus primitive de l’Etoffe universelle. D’où une tendance instinctive…à la regarder comme une sorte de flux homogène, primordial, dont tout ce qui existe de figuré au Monde ne serait que de fugitifs “tourbillons. »

2 – La Matière totale

31 « L’histoire et la place de la Conscience dans le Monde demeurent incompréhensibles à qui n’aurait pas vu, au préalable, que le Cosmos où l’Homme se trouve engagé constitue, par l’intégrité inattaquable de son ensemble, un Système, un Totum et un Quantum : un Système par sa Multiplicité, – un Totum par son Unité, – un Quantum par son Énergie.. »

Le Système :

32 « Plus, par des moyens d’une puissance toujours accrue, nous pénétrons loin et profond dans la Matière, plus l’interliaison de ses parties nous confond. »

Le Totum :

33 « L’Etoffe de l’Univers correspond à une seule figure : elle forme structurellement un Tout. »

Le Quantum :

34 « Le Tout, puisqu’il existe, doit s’exprimer dans une capacité globale d’action (d‘énergie) dont nous trouvons du reste la résultante partielle en chacun de nous. »

3 – L‘Évolution de la Matière

La Figure

36 « Cette découverte fondamentale que tous les corps dérivent, par arrangement, d’un seul type initial corpusculaire, est l‘éclair qui illumine à nos yeux l’histoire de l’Univers. A sa façon la Matière obéit, dès l’origine, à la grande loi biologique de complexification”. »

37 « La Matière se découvre à nos yeux en état de genèse.. »

37 « …ces métamorphoses se passent….nous le savons tous…uniquement au coeur et à la surface des étoiles… »

« En fait, du point de vue évolutif réel, quelque chose, au cours de toute synthèse, est définitivement brûlé pour payer cette synthèse. Plus le Quantum énergétique du Monde fonctionne, plus il s’use. »

40 « Petit à petit, les combinaisons improbables ….se re-défont en éléments plus simples qui retombent et se désagrègent dans l’amorphe des distributions probables.. »

LE DEDANS DES CHOSES

1 – Existence

43 « L’apparente restriction du phénomène de conscience aux formes supérieures de la Vie a servi longtemps de prétexte à la Science pour l‘éliminer de ses constructions de l’Univers.

…..la conscience, elle, pour être intégrée dans un système du Monde, oblige à envisager l’existence d’une face ou dimension nouvelle dans l’Etoffe de l’Univers »

44 « Au fond de nous-mêmes, sans discussion possible, un intérieur apparaît….Puisque, en un point d’elle-même, l’Etoffe de l’Univers a une face interne, c’est forcément qu’elle est biface par sa structure…..Co-extensif à leur Dehors, il y a un Dedans des Choses…..La Matière originelle est quelque chose de plus que le grouillement particulaire si merveilleusement analysé par la Physique moderne »

2 – Lois qualitatives de croissance

Loi de complexité-conscience

46 « Considéré à l‘état prévital, le Dedans des Choses, dont nous venons d’admettre la réalité jusque dans les formes naissantes de la Matière, ne doit pas être imaginé comme formant un feuillet continu, mais comme affecté de la même granulation que la Matière elle-même. »

47 Atomisme « Mystérieusement relié par une énergie d’ensemble »

« L’atomisme est une propriété commune au Dedans et au Dehors des Choses»

« De ce point de vue, la Conscience se manifeste comme une grandeur cosmique de grandeur variable, soumise à une transformation globale »

48 « Quel que soit le cas envisagé (du protoplasme à l’Homme), nous pouvons être sûrs qu‘à la conscience la plus développée correspondra chaque fois un bâti plus riche et mieux agencé. »

« Ou encore : une conscience est d’autant plus achevée qu’elle double un édifice matériel plus riche et mieux organisé»

49 « Toute la suite de cet Essai ne sera rien autre chose, en somme, que cette histoire de la lutte engagée, dans l’Univers, entre le Multiple unifié et le Multiple inorganisé »

3 – L‘Énergie spirituelle

50 « Relier entre elles d’une manière cohérente les deux énergies du corps et de l‘âme : la Science a pris le parti d’ignorer provisoirement la question »

51 « Sans aucun doute, par quelque chose , Énergie matérielle et Énergie spirituelle se tiennent et se prolongent (“pour penser, il faut manger”….). Tout au fond, en quelque manière, il ne doit y avoir, jouant dans le Monde, qu’une Énergie unique »

Une ligne de solution

52 « Pour échapper à un impossible et anti-scientifique dualisme de fond,- et pour sauvegarder cependant la naturelle complication de l’Etoffe de l’Univers, je proposerai donc la représentation suivante: …..en chaque élément particulaire…cette énergie fondamentale se divise en deux composantes distinctes : une énergie tangentielle qui rend l‘élément solidaire de tous les éléments du même ordre….et une énergie radiale, qui l’attire dans la direction d’un état toujours plus complexe et centré, vers l’avant.

LA TERRE JUVÉNILE

56 « Il y a de cela quelques milliers de millions d’années….un lambeau de matière formé d’atomes particulièrement stables se détachait de la surface du soleil…..Il est le seul point du Monde où il nous soit encore donné de suivre dans ses phases ultimes, et jusqu‘à nous-mêmes, l‘évolution de la Matière.”

1 – Le Dehors

58 « Ce qui, dans ce globe nouveau-né, semblerait-il, par un coup de hasard dans la masse cosmique… la présence….de corps chimiquement composés… »

« Barysphère, Lithosphère, Hydrosphère, Atmosphère, Stratosphère. »

Le Monde qui cristallise.

59 « Le Monde minéral, …beaucoup plus souple et mouvant que ne pouvait le soupçonner l’ancienne Science…..Ainsi prennent naissance des groupements réguliers….ne correspondant pourtant à aucune unité proprement centrée. Simple juxtaposition, sur un réseau géométrique, d’atomes ou de groupements atomiques…Une mosaïque indéfinie de petits éléments, telle est la structure du cristal…Et telle est l’organisation, simple et stable, qu’a dû adopter dès l’origine, dans l’ensemble, la Matière condensée qui nous entoure »

Le Monde qui se polymérise

61 « Autour de notre planète naissante…, il y a donc lieu de considérer les linéaments d’une enveloppe spéciale (…organique, qui se constitue..)…. C’est en elle que graduellement..va bientôt se concentrer le ‘‘Dedans de laTerre’‘. »

2 – Le Dedans

62 « …ici les conditions sont devenues différentes. La Matière ne s‘étend plus…en nappes indéfinissables et diffuses. Elle s’est enveloppée sur elle-même en un volume fermé. »

63 «…si nous avons compris que la Prévie est déjà émergée dans l’atome, n’est-ce pas à ces myriades de grosses molécules que nous devions nous attendre ?… »

64 « Mais cette synthèse elle-même ne s’opérerait point si le Globe, dans son ensemble, ne reployait pas à l’intérieur d’une surface close les nappes de sa substance….Le quantum de conscience contenu dans notre Monde terrestre n’est pas seulement formé d’un agrégat de parcelles…Il représente une masse solidaire de centres infinitésimaux structurellement liés entre eux par leurs conditions d’origine et de développement…..tout organique où on ne saurait plus désormais séparer aucun élément des autres éléments qui l’entourent. Nouvel insécable apparu au coeur du Grand Insécable qu’est l’Univers. En toute vérité, une Pré-biosphère. Quelque chose va éclater sur la Terre juvénile. La Vie! Voici la Vie! »

L’APPARITION DE LA VIE

p.67 « Monde minéral et Monde animé : …..masse unique…. à l‘échelle du micro-scopique et, plus bas encore, de l’infime….Plus aucune limite tranchée entre l’animal et le végétal…aucune bar-rière sûre entre le protoplasme « vivant » et les protéines « mortes » au niveau des très gros amas moléculaires.

« Mortes », appelle-t-on encore ces substances inclassifiées… Mais n’avons-nous pas reconnu qu’elles seraient incompréhensibles si elles ne possédaient déjà, tout au-dedans, quelque psyché rudimentaire. »

« En un sens c’est donc vrai. Pas plus à la Vie qu‘à aucune autre réalité ex-périmentale nous ne saurions désormais fixer, comme nous pensions autrefois pouvoir le faire, un zéro temporel absolu. »

« Pour un Univers donné, et pour chacun de ses éléments, il n’y a, sur le plan de l’expérience et du phénomène, qu’une seule et même durée pos-sible, et celle-ci sans rivage en arrière. »

p.68 « Mais avoir bien reconnu et définitivement accepté, pour tout être nou-veau, la nécessité et le fait d’une cosmique embryogénèse ne supprime en rien, pour celui-ci, la réalité d’une historique naissance. »

p.68 « Or voici qu‘à un moment donné, plus tard, après un temps suffisamment long, ces mêmes eaux (primordiales) ont certainement commencé, par places, à grouiller d‘êtres minuscules. Et de ce foisonnement initial est sortie l‘étonnante masse de matière organisée dont le feutrage complexe constitue aujourd’hui la dernière (ou plutôt l’avant dernière) venue des enveloppes de notre planète : la Biosphère….. »

1- Le Pas de la Vie

p.69 « ….Mais une chose est certaine : c’est que pareille métamorphose ne sau-rait s’expliquer par un processus simplement continu…… Il nous faut pla-cer en ce moment particulier de l‘évolution terrestre une maturation, une mue, un seuil, une crise de première grandeur : le commencement d’un ordre nouveau. »

2- Les Apparences initiales de la Vie

p.83 « Aussi près que nous la serrions de son point de sortie, la Vie se mani-feste donc à nous, simultanément, comme microscopique et innombra-ble…..Ici reparaît, à l‘échelle du collectif, le seuil dressé entre les deux mondes de la Physique et de la Biologie. Tant qu’il ne s’agissait que de brasser les molécules et les atomes, nous pouvions, pour rendre compte des com-portements de la Matière, nous servir et nous contenter des lois numéri-ques de probabilité. A partir du moment où, en acquérant les dimensions et la spontanéité supérieure de la Cellule, la monade tend à s’individuali-ser au sein de la pléiade, un arrangement plus compliqué se dessine dans l‘étoffe de l’Univers. A deux titres au moins il serait insuffisant et faux d’imaginer la Vie, même prise à son stade granulaire, comme une sorte de grouillement fortuit et amorphe. »

p.85 – 86 « En premier lieu, la masse initiale des cellules a dû se trouver assujettie au dedans, dès le premier instant, à une forme d’interdépendance qui ne fut déjà plus un simple ajustement mécanique, mais un début de « symbiose », ou de vie en commun. Si mince ait-il été, le premier voile de matière organique étendu sur la Terre n’aurait pu s‘établir, ni se maintenir, sans quelque réseau d’influence et d‘échange qui fit de lui un ensemble biologiquement lié …. une sorte de super-organisme diffus…..

…En deuxième lieu, …… les innombrables éléments composant, à ses dé-buts, la pellicule vivante de la Terre nesemblent pas avoir été pris ni rassemblés exhaustivement et au hasard.

…Les similitudes de la substance vivante dans des dispositions qui ne paraissent pas nécessaires (anatomie, biochimie, etc.) ne suggèrent-elles pas à son origine un choix ou un tri ? …. L’intéressant est que (dans les diverses hypothèses) le monde terrestre vivant prend la même et cu-rieuse apparence d’une Totalité reformée à partir d’un groupement par-tiel : quelle qu’ait pu être la complexité de son jet originel, il n‘épuise qu’une partie de ce qui aurait pu être ! Multitude bigarrée d‘éléments microscopiques, multitude assez grande pour envelopper la Terre, et pourtant multitude assez apparentée et sé-lectionnée pour former un Tout structurellement et génétiquement soli-daire : telle en somme nous apparaît, vue à longue distance, la Vie élémentaire. »

p.91 « …plus les organismes se compliquent, plus leur parenté native devient évidente. Elle se trahit dans l’uniformité absolue et universelle du type cellulaire. Elle apparaît, chez les animaux surtout, dans les solutions identiques apportées aux divers problèmes de la perception, de la nutri-tion, de la reproduction : partout des systèmes vasculaires et nerveux; partout des yeux… Elle se poursuit dans la similitude des méthodes em-ployées par les individus pour s’associer en organismes supérieurs ou se socialiser. Elle éclate enfin dans les lois générales de développement («ontogénèse» et «phylogénèse» ) qui donnent au Monde vivant pris dans son ensemble, la cohérence d’un seul jaillissement. »

92 « … la conviction grandit chez le naturaliste que l‘éclosion de la Vie sur Terre appartient à la catégorie des événements absolument uniques qui, une fois posés, ne se répètent plus.. »

93 « ..la Terre n’est plus simplement une sorte de grand corps qui respire. Elle se soulève et s’abaisse…. Mais plus important que cela, elle a dû com-mencer, à quelque moment; elle tend vraisemblablement vers quelque état final. Elle a une naissance, un développement, et sans doute une mort en avant. Il doit donc y avoir en cours, autour de nous, plus profond que toute pulsation exprimable en ères géologiques, un processus d’ensemble, non périodique, définissant l‘évolution totale de la planète. »

p.93 « …. De ce point de vue, qui me parait le bon, la « révolution cellulaire » se découvrirait donc comme exprimant, sur la courbe de l‘évolution tel-lurique, un point critique et singulier de germination,- un moment sans pareil. »

p.94 « La Vie est née et se propage sur Terre comme une pulsation solitaire. C’est de cette onde unique qu’il s’agit maintenant de suivre jusqu‘à l’Homme, et si possible jusqu’au delà de l’Homme, la propagation. »

L’EXPANSION DE LA VIE

p.96 – 97 « A la base du processus entier par lequel se tisse autour de la Terre l’enveloppe de la Biosphère, se place le mécanisme, typiquement vital, de la Reproduction….Tout, dans les mouvements ultérieurs de la Vie, dérive de ce phéno-mène élémentaire et puissant…. la Reproduction apparaît comme un simple procédé imaginé par la Nature pour assurer …la permanence de l’instable.

…Aucun volume si grand soit-il, ne résiste aux effets d’une progression géométrique…..

…la Vie possède une force d’expansion aussi invincible que celle d’un corps qui se dilate… »

p.98 – 99 « Et c’est alors, semblerait-il, que , pour élargir la brèche ainsi faite par son premier flot, dans la muraille de l’Inorganisé, la Vie a découvert le merveilleux procédé de la Conjugaison…..de « caractères », dont l’analyse est minutieusement poursuivie par la génétique moderne….

Les rayons de la Vie commençaient dès lors à s’anastomoser – échangeant et variant leurs richesses respectives….que de hasards et que de tentatives, – que de temps, par suite -, n’a-t-il pas fallu pour que mûrît cette découverte fondamentale dont nous som-mes sortis ! Et que de temps encore pour qu’elle trouvât son complément et son achèvement naturels dans l’innovation, non moins révolutionnaire, de l’Association ! …cette forme ultime et suprême de groupement où culmine peut-être, dans le social réfléchi, l’effort de la Matièrepour s’organiser… »

p.100 « A cette loi de complication dirigée, en laquelle mûrit le processus même d’où, à partir des micromolécules, puis des mégamolécules, étaient issues les premières cellules, la Biologie a donné le nom d’Orthogénèse.

L’Orthogénèse, forme dynamique et seule complète de l’Hérédité. Quelle réalité, et quels ressorts d’ampleur cosmique ce vocable dissimule-t-il ?

Sans l’orthogénèse, il n’y aurait qu’un étalement; avec l’orthogénèse il y a invinciblement quelque ascension de la Vie. »

p.102 « Profusion. Tout le gaspillage apparent et toute l‘âpreté… mais en même temps, pour être justes, toute l’efficacité biologique de la lutte pour la Vie.

Le Tâtonnement où se combine si curieusement la fantaisie aveugle des grands nombres et l’orientation précise d’un but poursuivi….qui n’est pas seulement le Hasard, avec quoi on a voulu le confondre, mais un Ha-sard dirigé .

Tout remplir pour tout essayer. Tout essayer pour tout trouver.

Ingéniosité. …Par construction… n’importe quel organisme est toujours et nécessairement démontable en pièces agencées. Mais de cette circons-tance, il ne suit nullement que la sommation de ces pièces soit automati-que elle-même. …De la part de la Vie, c’est un triomphe d’ingéniosité.

Indifférence …… Par la force de l’orthogénèse, l’individu se trouve mis à la filière. De centre il devient intermédiaire, chaînon. Il n’est plus : il transmet. A partir de l’Esprit, seulement, …l’antinomie s‘éclaire; et l’indifférence du Monde pour ses éléments se transforme en immense sollicitude, – dans la sphère de la Personne »

106-107 « L’expansion de la Vie. Prise à ses débuts, cette concentration des formes autour de quelques axes privilégiés est indistincte et floue: simple accroissement, dans certains secteurs, du nombre ou de la densité des lignées. Et puis, graduel-lement, le mouvement s’affirme. …. Leur association (des lignées) doré-navant va évoluer pour elle-même, comme une chose autonome. L’Espèce s’est individualisée. Le phylum est né… Sans métaphore, bien qu‘à sa manière, il se comporte comme une chose vivante : il grandit et s‘épanouit. »

p.111 « Un éventail au terme du phylum, c’est une forêt d’antennes qui explo-rent. Que l’une de ces antennes rencontre par chance la fissure, la formule, donnant accès à un nouveau compartiment de la Vie : alors, au lieu de se fixer ou de plafonner, en diversifications monotones, le rameau retrouve en ce point toute sa mobilité. Il entre en mutation. Par la voie ouverte, une pulsation de Vie repart…. C’est un nouveau phylum qui apparaît … et s‘épanouit…. si la direction est bonne et si l‘équilibre général de la Biosphère le permet. »

112 Effets de lointain

p.114 « Lorsque, en tous domaines, une chose vraiment neuve commence à poindre autour de nous, nous ne la distinguons pas…. Rétrospectivement, les choses nous, paraissent surgir toutes faites. »

p.115 « Ainsi, par effet destructif du Passé se superposant à un effet constructif de croissance achèvent de se dessiner et de se dégager, au regard de la Science, les ramifications de l’Arbre de la Vie. »

p.133 «…. la Vie se présente comme un ensemble organiquement articulé, tra-hissant manifestement un phénomène de croissance. »

p.134 « Comme toute chose dans un Univers où le Temps s’est définitivement installé…. à titre de quatrième dimension, la Vie est et ne peut être qu’une grandeur de nature ou dimensions évolutives. Physiquement et historiquement, elle correspond à une certaine fonction X, définissant, dans l’Espace, dans la Durée et dans la Forme, la position de chacun des vivants. Voilà le fait fondamental…..

A ce degré de généralité, on peut dire que la « question » transformiste n’existe plus…..

Pour ébranler désormais notre conviction en la réalité d’une Biogénèse, il faudrait, minant la structure entière du Monde, déraciner l’Arbre de la Vie. »

LA TERRE-MÈRE – DÂMÂTÂR

p.137 « …..Sur le fait général qu’il y ait une évolution, tous les chercheurs… sont désormais d’accord. Sur la question de savoir si cette évolution est dirigée , il en va autrement.

…De quel droit, par exemple dire que le Mammifère, – fût-ce l’Homme – est plus avancé et plus parfait que l’Abeille ou la Rose ?

…Je voudrais faire comprendre ici pourquoi, tout anthropocentrisme et tout anthropomorphisme mis à part, je crois voir qu’un sens et une ligne de progrès existent pour la Vie – sens et ligne si bien marqués, même, que leur réalité, j’en suis convaincu, sera universellement admise par la Science de demain. »

1 – Le fil d’Ariane

p.139 – 140 « L’essence du Réel…. pourrait bien être représentée par ce que l’Univers contient, à un moment donné, d‘«intériorité »; et l’Evolution dans ce cas ne serait pas autre chose au fond que l’accroissement de cette Energie «psychique » ou « radiale » au cours de la Durée.

Cherchons à distribuer les vivants par degré de « cérébralisation …. un ordre s‘établit…. »

142 « Non seulement une répartition des formes animales selon le degré de cérébralisation épouse exactement les contours imposés par la Systématique; mais elle confère encore à l’Arbre de la Vie un relief, une physionomie, un élan, où il est impossible de ne pas reconnaître le signe de la vérité…. Tant de cohérence…. ne saurait être un effet du hasard. Elle donne un sens….. à l‘évolution. »

142 « Puisque, prise dans sa totalité…. l’Histoire Naturelle des vivants des-sine extérieurement l‘établissement graduel d’un vaste système ner-veux, c’est donc qu’elle correspond intérieurement à l’installation d’un état psychique aux dimensions mêmes de la Terre. »

2 – La Montée de Conscience

144 « Non plus la sinusoïde qui rampe, mais la spirale qui jaillit en hélice. De Nappe en Nappe zoologique quelque chose passe et croît sans arrêt, par saccades, dans le même sens. Et cette chose est la plus physiquement es-sentielle dans l’astre qui nous porte….

….. L’axe de la Géogénèse passe, il se prolonge désormais par la Biogénèse. Et celle-ci s’exprime en définitive par une Psychogénèse…

En tête la Vie, – avec toute la Physique subordonnée à elle. Et au cœur de la Vie, le ressort d’une Montée de Conscience. »

147-148 « Nombre des os, forme des dents, ornementations des téguments, tous ces “phéno-caractères “ ne sont au vrai que le vêtement moulant un support plus profond…une forêt d’instincts consolidés. De la Biosphère à l’Espèce, tout n’est donc qu’une immense ramification de psychisme se cherchant à travers les formes. Voilà où nous conduit, suivi jusqu’au bout, le fil d’Ariane….Maintenant que….se découvre à notre regard l’augmentation irréversible…des cerveaux (et partant des consciences) nous nous trouvons aver-tis qu’un évènement d’ordre nouveau, qu’une métamorphose était inévitablement attendue pour clore, au cours des temps géologiques, cette longue période de synthèse.»

3 – L’Approche des temps

149 « Dans quelle région de la Biosphère, au Pliocène, la température est-elle en train de monter?……Cherchons aux têtes, naturellement. »

p.151 « Les psychismes supérieurs exigent physiquement de gros cerveaux »

156 « D’où cette première conclusion que, si sur l’Arbre de la Vie, les Mammifères forment une branche maîtresse, la Branche maîtresse, – les Primates, eux, c’est-à-dire les cérébro-manuels, sont la flèche de cette Branche, et les Anthropoïdes le bourgeon même qui termine cette flèche. Et dès lors,… il est facile de décider où doivent s’arrêter nos yeux sur la Biosphère, dans l’attente de ce qui doit arriver.

…Après des milliers d’années qu’elle monte sous l’horizon, en un point strictement localisé, une flamme va jaillir. – La pensée est là »

LA NAISSANCE DE LA PENSEE

p 159 « L’Homme, tel que la Science réussit aujourd’hui à le reconstituer, est un animal comme les autres…..Or à en juger par les résultats biologiques de son apparition, n’est-il pas justement quelque chose de tout différent ?

Saute morphologique infime; et en même temps incroyable ébranlement des sphères de la Vie : tout le paradoxe humain… Et toute l‘évidence, par suite, … .que la Science néglige (jusqu’ici) un facteur essentiel .. une dimension entière de l’Univers. »

« …faire entrer en ligne de compte le Dedans, en même temps que le Dehors des choses. C’est (cette méthode) encore qui va réconcilier pour nos yeux…. l’insignifiance et la suprême importance du Phénomène Humain »

1- Le Pas de la Réflexion

A- Le Pas élémentaire. L’hominisation de l’individu

p 160-161 (Parmi les scientifiques ) « …l’incertitude règne toujours concernant l’existence d’un sens, et a fortiori d’un axe à l’Evolution .. de même quand il s’agit de décider si le psychisme humain diffère spécifiquement (par “nature”) de celui des êtres apparus avant lui »

« …je ne vois qu’un seul moyen : écarter résolument, dans le faisceau des comportements humains, toutes les manifestations secondaires et équivoques de l’activité interne, et de se placer en face du phénomène central de la Réflexion . »

« Du point de vue expérimental qui est le nôtre, la Réflexion ….. est le pouvoir acquis par une conscience de se replier sur soi; et de prendre possession d’elle-même comme d’un objet doué de sa consistance et de sa valeur particulières : non plus seulement connaître, – mais se connaître; non plus seulement savoir, mais savoir que l’on sait. »

« Par cette individualisation de lui-même au fond de lui-même, l‘élément vivant… se trouve constitué pour la première fois, en centre ponctiforme, où toutes les expériences se nouent et se consolident en un ensemble conscient de son organisation »

p 161-162 « Quelles sont les conséquences d’une pareille transformation ? – Elles sont immenses; et nous les lisons aussi clairement dans la Nature que n’importe lequel des faits enregistrés par la Physique ou l’Astronomie. L‘être réfléchi… devient tout à coup susceptible de se développer dans une sphère nouvelle. En réalité c’est tout un autre monde qui naît. Abstraction, logique, choix et inventions raisonnées, mathématique, art, perception calculée de l’espace et de la durée, anxiétés et rêves de l’amour… »

« L’animal sait, bien entendu. Mais certainement il ne sait pas qu’il sait »

« … Par rapport à lui, parce que réfléchis, nous ne sommes pas seulement différents, mais autres. Non pas simple changement de degré,- mais changement de nature- résultat d’un changement d‘état. »

« La Vie, parce que montée de conscience, ne pouvait continuer à avancer indéfiniment dans sa ligne sans se transformer en profondeur. Elle devait….comme toute grandeur croissante au Monde, devenir différente pour rester elle-même. … Voici que se découvre dans l’accession au pouvoir de réfléchir la forme particulière et critique de transformation en quoi a consisté pour (la vie ) cette sur-création,- ou cette renaissance? »

p 163 « ….L‘évolution est transformation primairement psychique. Il n’y a pas un instinct dans la Nature, mais une multitude de formes d’instincts, dont chacun correspond à une solution particulière du problème de la Vie… Les instincts forment, sous leur complexité, un système croissant, – ils dessinent, dans leur ensemble, une sorte d‘éventail »

p 164-165 « A la fin du Tertiaire, depuis plus de 500 millions d’années, la température psychique s‘élevait dans le monde cellulaire. De Branche en Branche, de Nappe en Nappe,…les systèmes nerveux allaient pari passu, se compliquant et se concentrant. Finalement s’est construit, du côté des Primates, un instrument si remarquablement souple et riche que le pas immédiatement suivant ne pouvait se faire sans que le psychisme animal tout entier ne se trouva comme refondu, et consolidé sur lui-même. Or le mouvement ne s’est pas arrêté : car rien, dans la structure de l’organisme ne l’empêchait d’avancer. A l’Anthropoïde, porté “mentalement” à 100 degrés, quelques calories encore ont été ajoutées. Chez l’Anthropoïde, presque parvenu au sommet du cône, un dernier effort s’est exercé suivant l’axe… Ce qui n‘était encore qu’une surface centrée est devenu centre. Pour un accroissement infime le ..(phénomène).. s’est retourné, et a pour ainsi dire sauté à l’infini en avant. En apparence, presque rien de changé….Mais en profondeur, une grande révolution : la conscience jaillissant, bouillonnante… capable de s’apercevoir elle-même dans la simplicité ramassée de ses facultés,- tout cela pour la première fois. »

168-169 « Et c’est ici seulement qu’achève de se découvrir la nature du pas de la réflexion. Changement d‘état, d’abord. Mais ensuite, par le fait même, commencement d’une autre espèce de vie,- cette vie intérieure tout justement que j’ai nommée plus haut….»

« …“Âtre posée”, pour l’intelligence, ne signifie pas…“être achevée”…Le centre psychique réfléchi … ne saurait subsister que par un double mouvement, qui ne fait qu’un : se centrer plus outre sur soi… et en même temps centrer le reste du Monde autour de lui, par établissement d’une perspective sans cesse plus cohérente et mieux organisée dans les réalités qui l’entourent….Non pas le foyer immuablement fixé…. le “Je” ne tient qu’en devenant toujours plus lui-même, dans la mesure où il fait tout le reste soi. La Personne dans et par la Personnalisation. »

« …Nous nous apercevons que sous la réalité … des transformations collectives, s’effectuait secrètement une marche parallèle à l’individualisation…. »

2 – Le pas phylétique : L’Hominisation de l’Espèce

p 170 « ….la personnalisation de l’individu par l’hominisation du groupe tout entier »

p 173 « …parce que se découvre à nous la valeur organique de toute construction sociale, nous nous sentons plus disposés, déjà, …à la respecter…du fait même que les fibres du phylum humain se trouvent entourées de leur gaine psychique, nous commençons à comprendre l’extraordinaire pouvoir d’agglutination et de coalescence qu’elles présentent. Et nous voici du même coup sur le chemin d’une découverte fondamentale où finira par culminer notre étude du phénomène humain : la convergence de l’esprit »

p 175 « quelque chose ….s’accumule irréversiblement de toute évidence et se transmet, au moins collectivement, par éducation, au fil des âges…. …Un courant héréditaire et collectif de réflexion s‘établit et se propage : l’avènement de l’Humanité à travers les Hommes. »

p 177 « …L’Hominisation…est d’abord, si l’on veut, la saute individuelle, instantanée, de l’instinct à la pensée. Mais l’Hominisation …est aussi, en un sens plus large, la spiritualisation phylétique, progressive, en la Civilisation humaine, de toute les forces contenues dans l’animalité” »

p 179 « Par l’hominisation, en dépit des insignifiances de la saute anatomique, c’est un Âge nouveau qui commence. La Terre fait “peau neuve”. Mieux encore, elle trouve son âme. »

p 180 « Ce qu’il peut y avoir de plus révélateur pour notre Science moderne c’est d’apercevoir que tout le précieux, tout l’actif, tout le progressif contenu originellement dans le lambeau cosmique d’où notre monde est sorti, se trouvent maintenant concentrés dans la “couronne” d’une Noosphère. »

LE DÉPLOIEMENT DE LA NOOSPHERE

p 199 « En toute hypothèse, un fait est certain, et que tout le monde admet. L’Homme que nous apercevons sur terre, au Quaternaire finissant, c’est vraiment déjà l’Homme moderne,- et de toutes les façons. »

p 201 « A l‘âge du Renne,… avec l’Homo sapiens , c’est une Pensée définitivement libérée qui fait explosion, toute chaude encore, aux parois des cavernes….. En eux les nouveaux arrivants apportaient l’Art,- un art naturaliste encore mais prodigieusement consommé. …nous percevons chez les artistes de cet âge lointain le sens de l’observation, le goût de la fantaisie, la joie de créer : ces fleurs d’une conscience, non seulement réfléchie, mais exubérante sur elle-même »

« ….A la fin du quaternaire, l‘évolution, en l’Homme, se serait-elle donc arrêtée ?…Non point. Mais …elle a, depuis cette date, débordé franchement sur ses modalités anatomiques pour s‘étendre….dans les zones, individuelles et collectives, de la spontanéité psychique »

La métamorphose néolithique

p 202 « Le Néolithique, âge dédaigné par les préhistoriens, parce qu’il est trop jeune. Âge négligé par l’Histoire, parce que ses phases ne peuvent être exactement datées. Âge critique, cependant, et solennel entre tous les âges du Passé : la naissance de la Civilisation »

p 203 « Avant tout, les progrès incessants de la Multiplication. Avec le nombre rapidement croissant des individus, le terrain se resserre. Les groupes se heurtent les uns aux autres. De ce fait l’amplitude des déplacements diminue, et la question se pose de tirer le meilleur parti possible de domaines toujours plus limités….

…L‘élevage et la culture remplacent la cueillette et la chasse….Et de ce changement fondamental tout le reste suit. Dans les agglomérations grossissantes, d’abord, la complexité des droits et des devoirs fait son apparition, obligeant à imaginer toutes sortes de structures communautaires et de jurisprudence »

p 204 « Simultanément, dans le milieu plus stable et plus dense des premiers établissements agricoles, le besoin et le goût de la recherche se régularise et s‘échauffe…. Tout ce qui était abordable paraît avoir été tenté à cette extraordinaire époque. Choix et amélioration empirique des fruits, des céréales et des troupeaux…Poterie…Tissage… Très tôt, les premiers éléments d’une écriture pictographique,- et très vite les premiers débuts de la métallurgie.

(L’humanité) est désormais en pleine expansion……Par l’Alaska ….l’homme pénètre en Amérique….Et…jalonnée par la longue traînée toujours visible….une autre nappe commence à s‘étendre, fabuleuse aventure, à travers le Pacifique. »

p 205 « Depuis l‘âge du Renne, les peuples ont peu à peu trouvé, jusque dans le détail, leur place définitive. Des uns aux autres, par le commerce des objets et la transmission des idées, la conductibilité augmente. Les traditions s’organisent. Une mémoire collective se développe. Si mince et granulaire que soit encore cette première membrane, la Noosphère a d’ores et déjà commencé à se refermer sur elle-même,- encerclant la Terre. »

p 206-207 « A partir du néolithique, l’influence des facteurs psychiques se met à prédominer franchement sur les variations de plus en plus amorties des facteurs somatiques……..

1)…..apparition des unités politiques et culturelles…..

2)….manifestation entre ces rameaux d’un nouveau genre, des forces de coalescence (anastomoses, confluences)

Tout un jeu conjugué de divergences et de convergences.

..Naissance, multiplication et évolution des nations, des états, des civilisations… Le spectacle est partout sous nos yeux; et ses péripéties remplissent les annales des peuples.

…(Conflits..).. Si brutale soit la conquête, la suppression s’accompagne toujours de quelque assimilation. Même partiellement absorbé, le vaincu réagit encore sur le vainqueur pour le transformer. »

« …Perméabilité mutuelle des psychismes, jointe à une remarquable et significative interfécondité. Sous cette double influence, brassant et associant les traditions ethniques en même temps que les gènes cérébraux, se dessinent et se fixent de véritables combinaisons biologiques. Autrefois sur l’Arbre de Vie, le simple enchevêtrement des tiges. Maintenant, sur le domaine entier de l’Homo sapiens , la synthèse »

p 210 « Il est facile au pessimiste de décompter cette période extraordinaire en civilisations qui l’une après l’autre s‘écroulent. N’est-il pas beaucoup plus scientifique de reconnaître, une fois de plus, sous les oscillations successives, la grande spirale de la Vie, s‘élevant irréversiblement, par relais, suivant la ligne maîtresse de son évolution? Suse, Memphis, Athènes peuvent mourir. Une conscience toujours plus organisée de l’Univers passe de main en main; et son éclat grandit. »

p 211 « …invinciblement, d’un bout à l’autre du Monde, tous les peuples, pour rester humains, ou afin de le devenir davantage, sont amenés à se poser, dans les termes mêmes où est parvenu à les formuler l’Occident (en Asie Mineure notamment), les espérances et les problèmes de la Terre moderne. »

LA TERRE MODERNE

p 214-215 « La chance, et l’honneur, de nos brèves existences à nous mêmes, c’est de coïncider avec une mue de la Noosphère. En ces zones confuses et tendues où le Présent se mêle au Futur, dans un monde en ébullition, nous voici face à face avec toute la grandeur, une grandeur jamais atteinte, du Phénomène Humain. Ici ou nulle part, maintenant ou jamais…..nous pouvons ….mesurer l’importance et apprécier le sens de l’Hominisation. »

« Ce qui, en l’espace de quatre ou cinq générations, nous a fait, quoi qu’on dise, si différents de nos aïeux,- si ambitieux,- si anxieux aussi, ce n’est pas simplement, à coup sûr, d’avoir découvert et maîtrisé d’autres forces de la Nature. Tout au fond, si je ne me trompe, c’est d’avoir pris conscience du mouvement qui nous entraîne,- et par là de nous être aperçus des redoutables problèmes posés par l’exercice réfléchi de l’Effort humain »

LA DECOUVERTE DE L’EVOLUTION

A – La perception de l’espace-temps

p 218 « Ce n’est qu’en plein XIX° siècle, sous l’influence encore de la Biologie, que la lumière a commencé à jaillir enfin, découvrant la cohérence irréversible de tout ce qui existe. Les enchaînements de la Vie,- et, bientôt après, les enchaînements de la matière. La moindre molécule de carbone fonction, en nature et en position, du processus sidéral total…La distribution, la succession, et la solidarité des êtres naissant de leur concrescence dans une genèse commune …Le Temps et l’Espace se rejoignant organiquement pour tisser, tous les deux ensemble, l’Etoffe de l’Univers. »

« L’un après l’autre, tous les domaines de la connaissance humaine s‘ébranlent, entraînés ensemble par un courant de fond, vers l‘étude de quelque développement . Une théorie, un système, une hypothèse, l‘Évolution ?….Non point….Une lumière éclairant tous les faits, une courbure que doivent épouser tous les traits : voilà ce qu’est l‘Évolution. »

« Ce qui fait et classe un homme “moderne” (et en ce sens une foule de nos contemporains ne sont pas encore modernes) c’est d‘être devenus capable de voir, non seulement dans l’Espace, non seulement dans le Temps, mais dans la Durée, – ou, ce qui revient au même, dans l’Espace-Temps biologique; – et c’est de se trouver, par surcroît, incapable de rien voir autrement, – rien, – à commencer par lui-même. »

B – L’enveloppement dans la durée

p 219-220 « L’homme ne pouvait évidement pas apercevoir autour de lui l‘Évolution sans se sentir à quelque degré soulevé par elle….

…Non, dans le courant vital nous ne sommes pas seulement ballottés, entraînés, par la surface matérielle de notre être. Mais comme un fluide subtil, l’Espace-Temps…pénètre jusqu‘à nos âmes..

L‘Évolution est en train de gagner, que nous le voulions ou non, les zones psychiques du Monde… »

p 221 « Non seulement la Pensée faisant partie de l‘Évolution (phénomène d‘émergence), …mais Évolution… réductible et identifiable à une marche vers la Pensée. L’homme découvrant, suivant la forte expression de Julian Huxley, qu’il n’est autre chose que l‘Évolution devenue consciente d’elle-même »

C – L’illumination

p 221 « Pas à pas, depuis la “Terre Juvénile”, nous avons suivi en remontant, les progrès successifs de la Conscience dans la Matière en voie d’organisation. »

« Parvenus à la cime (nous découvrons en nous retournant) de haut en bas, une triple unité..qui se poursuit et se développe »

p 222-224

Unité de structure

“Tâtonnement” et “invention”…. Éventails d’institutions et d’idées.. “mutations de masses” »

Unité de mécanisme

« …L’invention, cet acte révolutionnaire dont émergent l’une après l’autre les créations de notre pensée »

« Anxiétés et joies de tout essayer et tout trouver »

p 224 « L’onde que nous sentons passer ne s’est pas formée en nous-mêmes. Elle nous arrive de très loin,- partie en même temps que la lumière des premières étoiles… L’esprit de conquête et de recherche est l‘âme permanente de l‘Évolution »

Unité de mouvement

« …Sous nos yeux, nous les voyons (les forces évolutives), par tous les canaux de la “tradition”, s’emmagasiner irréversiblement dans la plus haute forme de Vie accessible à notre expérience, je veux dire la Mémoire et l’Intelligence collective du biote humain. – Tradition, Instruction, Éducation. Toujours, sous l’influence de notre mésestime pour l’“artificiel”, nous considérons ces fonctions sociales comme des images atténuées, presque des parodies, de ce qui se passe dans la formation naturelle des Espèces…. »

LE PROBLEME DE L’ACTION

A- L’inquiétude moderne

p 226 « L‘Évolution, consciente d’elle-même….devient par surcroît libre de disposer d’elle-même,- de se donner ou de se refuser. Non seulement nous lisons dans nos moindres actes le secret de ses démarches; Mais, pour une part élémentaire, nous la tenons dans nos mains : responsables de son passé devant son avenir. ….Tout le problème de l’Action. »

p 227 « Que sous l’effet d’une Réflexion qui se socialise, les hommes d’aujourd’hui soient particulièrement inquiets,- plus inquiets qu’ils n’ont été à aucun moment de l’Histoire… on ne peut pas douter. Consciente ou inavouée, l’angoisse, une angoisse fondamentale de l‘être.

Quelque chose nous menace, quelque chose nous manque plus que jamais,- sans que nous sachions exactement quoi.»

p 229 « Vraiment la moitié du malaise présent se transformerait en allégresse, si seulement nous nous décidions , dociles aux faits, à placer dans une Noogénèse l’essence et la mesure de nos modernes cosmogonies. »

B – Exigences d’avenir

p 230 « Nous sommes en train de découvrir que Quelque Chose se développe dans le Monde au moyen de nous…Rien ne continuera plus si nous quittons la table…. »

« Les éléments du Monde refusant de servir le Monde parce qu’ils pensent. Plus exactement encore, le Monde serefusant lui-même en s’appercevant par Réflexion. Voila le danger…Arriver, en progressant (directement ou indirectement, individuellement ou collectivement) jusqu’au bout de nous-mêmes »

C – Le dilemme de l’option

p 233 « Ou bien la Nature est close à nos exigences d’avenir : et alors la Pensée, fruit de millions d’années d’effort, étouffe mort-née, dans un Univers absurde, avortant sur lui-même.

…Ou bien cette ouverture existe, – de la sur-âme au dessus de nos âmes ; mais cette issue, pour que nous consentions à nous y engager, doit s’ouvrir sans restrictions sur des espaces psychiques que rien ne limite, dans un Univers auquel nous puissions éperdument nous fier »

« Pour fixer les choix de l’Homme, dans son pari fameux, Pascal pipait les dés par l’appât d’un tout à gagner. Ici, quand l’un des deux termes de l’alternative est lesté par la logique, et en quelque façon par les promesses, d’un Monde tout entier, peut-on encore parler d’un simple jeu de chances, et avons-nous le droit d’hésiter ? »

« En vérité, le Monde est une trop grande affaire. Il a depuis les origines, pour nous enfanter, miraculeusement joué avec trop d’improbables, pour que nous risquions quoi que ce soit à nous engager plus loin, jusqu’au bout, à sa suite. S’il a entrepris l‘œuvre, c’est qu’il peut l’achever, suivant les mêmes méthodes, et avec la même infaillibilité, qu’il a commencée »

LA SURVIE : L’ISSUE COLLECTIVE

p 237-238 « Une impasse à éviter : l’Isolement….Se faire plus seul pour être davantage…Concentration par décentration d’avec le reste. Solitaires, et à force de solitude, les éléments sauvables trouveraient leur salut…par excès de leur individualisation….sélection, élection des Races…Lutte pour la vie…survivance du plus apte…Racisme.. »

1- La confluence de la Pensée

A- Coalescence forcée d‘éléments

p 239 «Par nature, et à tous leurs degrés de complication, les éléments du Monde ont le pouvoir de s’influencer et de s’envahir mutuellement par leur Dedans, de manière à combiner en faisceaux leurs « énergies radiales »

« La limitation géométrique d’un astre fermé, comme une gigantesque molécule, sur lui-même.. Ce caractère nous était déjà apparu comme nécessaire à l’origine des premières synthèses… sur la Terre Juvénile. Mais que dire de sa fonction dans la Noosphère ! »

p 239-241 « Libre, par impossible, de s’espacer et de se détendre indéfiniment sur une surface sans bornes, c’est-à-dire abandonnée au seul jeu de ses affinités internes, que serait devenue l’Humanité ? Quelque chose d’inimaginable….peut-être même rien du tout, à en juger par l’importance extrême prise dans ses développements, par les forces de compression.

Or, à mesure que, sous l’effet de cette pression, et grâce à leur perméabilité psychique, les éléments humains rentraient davantage les uns dans les autres, leur esprit (mystérieuse coïncidence…) s‘échauffait par rapprochement. Et comme dilatés sur eux-mêmes, ils étendaient peu à peu chacun le rayon de leur zone d’influence sur une Terre qui, par le fait même, s’en trouvait toujours plus rapetissée. Que voyons-nous?….»

(: découvertes techniques, rayon d’action…)

« Bien mieux : grâce au prodigieux événement biologique représenté par la découverte des ondes électromagnétiques, chaque individu se trouve désormais….simultanément présent à la totalité de la mer et des continents, – coextensif à la Terre. »

« Ainsi non seulement par augmentation incessante du nombre de ses membres, mais par augmentation continuelle aussi de leur aire d’activité individuelle, l’Humanité….se trouve irrémédiablement soumise à une pression formidable….chaque degré de plus dans le resserrement.. exaltant un peu plus l’expansion de chaque élément »

241 « Indéniablement, en dehors de toute hypothèse, le jeu externe des forces cosmiques, combiné avec la nature coalescible des âmes pensantes, travaille dans le sens d’une concentration énergique des consciences : effort si puissant qu’il arrive à faire ployer sous lui les constructions mêmes de la Phylogenèse »

« Dans des conditions d‘étalement où tout autre phylum initial serait depuis longtemps dissocié en espèces distinctes, le verticille humain, lui, s‘épanouit, « entier », comme une feuille gigantesque, où les nervures, si distinctes soient-elles, demeurent toujours jointes dans un tissu commun. »

« Brassage des gènes. Anastomoses des races en civilisations et corps politiques… »

242 « ..l’Humanité nous présente le spectacle unique d’une « espèce » capable de réaliser ce à quoi avait échoué toute autre espèce avant elle : non pas seulement être cosmopolite, -mais couvrir, sans se rompre, la Terre d’une seule membrane organisée.»

242 « Jusqu‘à l’Homme, le plus qu’avait pu réaliser la vie, en matière d’association (….) La colonie. La ruche. La fourmilière….»

« …-A partir de l’Homme, grâce au cadre ou support universels fourni par la Pensée, libre essor est donné aux forces de confluence. Au sein de ce nouveau milieu les rameaux eux-mêmes d’un même groupe arrivent à se rejoindre. Ou plutôt ils se soudent entre eux…»

243 « Anthropologiquement, ethniquement, socialement, moralement, on ne comprend rien à l’Homme, et on ne saurait faire aucune prévision valable, ici encore, touchant ses états futurs, tant qu’on n’a pas vu (que l‘évolution-sélection, lutte pour la vie- sont de) simples fonctions secondaires, désormais subordonnées chez lui à une œuvre de cohésion.

L’enroulement sur soi-même d’un faisceau d’espèces virtuelles autour de la surface de la Terre. Tout un nouveau mode de Phylogénèse….C’est ce que j’ai appelé “la planétisation humaine” »

B – Méga-synthèse

243 « Coalescence des éléments et coalescence des rameaux. Sphéricité géométrique de la Terre et courbure psychique de l’Esprit s’harmonisant pour contrebalancer dans le Monde les forces individuelles et collectives de Dispersion et leur substituer l’Unification : tout le ressort et le secret, finalement de l’Hominisation. Mais pourquoi et à quoi bon, dans le Monde, l’Unification ?

Pour voir apparaître la réponse… il suffit de rapprocher les deux équations (progressivement établies) : Evolution = montée de conscience, Montée de conscience = Effet d’Union »

244 « Positivement, je ne vois pas d’autre façon cohérente, et partant scientifique, de grouper cette immense succession de faits (le processus cosmique d’organisation), que d’interpréter dans le sens d’une gigantesque opération psycho-biologique,- comme une sorte de méga-synthèse, – le super-arrangement auquel tous les éléments pensants de la Terre se trouvent aujourd’hui individuellement et collectivement soumis. Toujours plus de complexité : et donc encore plus de conscience »

245 « L’Issue du Monde, les portes de l’Avenir, l’entrée dans le super-humain, elles ne s’ouvrent en avant ni à quelques privilégiés, ni à un seul peuple élu entre tous les peuples ! Elles ne céderont qu‘à une poussée de tous ensemble, dans une direction où tous ensemble peuvent se rejoindre et s’achever dans une rénovation spirituelle de la Terre. »

L’ESPRIT DE LA TERRE

A – Humanité

245-246 « Autour de nous, en l’espace de quelques générations, toutes sortes de liens économiques et culturels se sont noués, qui vont se multipliant en progression géométrique…

…Si les mots ont un sens, n’est-ce pas comme un grand corps qui en train de naître,- avec ses membres, son système nerveux, ses centres percepteurs, sa mémoire…..

…Pas d’avenir évolutif à attendre pour l’homme en dehors de son association avec tous les autres hommes… »

B – Science

249 (note) « On pourrait dire que du fait de la Réflexion (à la fois individuelle et collective) humaine, l‘Évolution, débordant l’organisation physico-chimique des corps, se double, en rebondissant sur soi, d’un nouveau pouvoir d’arrangement, vastement concentrique au premier : l’arrangement cognocitif de l’Univers. – Penser le Monde, en effet, – la Physique commence à s’en apercevoir, – ce n’est pas seulement l’enregistrer, mais lui conférer une forme d’unité dont, sauf d‘être pensé, il fut demeuré privé. C’est ce que j’ai appelé le « rebondissement humain » de l‘Évolution (corrélatif et conjugué de la Planétisation). »

250 « …la marche de l’Humanité, prolongeant celle de toutes les autres formes animées, se développe, incontestablement dans le sens d’une conquête de la Matière mise au service de l’Esprit…

…la Pensée perfectionnant artificieusement l’organe même de sa pensée. La vie rebondissant en avant sous l’effet collectif de sa Réflexion.

…Oui, le rêve dont se nourrit obscurément la Recherche humaine, c’est, au fond de parvenir à maîtriser, par delà toutes les affinités atomiques et moléculaires, l‘Énergie de fond dont toutes les autres énergies ne sont que les servantes : saisir, réunis tous ensemble, la barre du Monde, en mettant la main sur le ressort de l‘Évolution. »

C- Unanimité

252 « Une collectivité harmonisée de consciences…La Terre se couvrant de grains de pensée par myriades…jusqu‘à ne plus former…qu’un seul grain de pensée… »

AU-DELÀ DU COLLECTIF : L’HYPER PERSONNEL

254 Une impression à surmonter : le découragement

Utopie ?

« (Sauf…) à considére une absurdité radicale de l’Univers… » :

1 – La convergence du Personnel et le Point Oméga

A- L’Univers Personnel

259 « Sous l’influence de ces impressions (du scientisme), on dirait que nous ayons perdu, avec l’estime de la Personne, le sens même de sa véritable nature… »

« L‘Évolution, avons-nous reconnu et admis (en poursuivant notre raisonnement scientifique) est une montée vers la Conscience. Ceci même n’est plus contesté par les plus matérialistes, ou du moins les plus agnostiques, des humanitaires. Elle doit donc culminer en avant dans quelque Conscience suprême » (c’est-à-dire réfléchie sur elle-même, c’est-à-dire Personnalisée)

260 « Toutes nos diffcultés et nos répulsions se dissiperaient, quand aux oppositions du Tout et de la Personne, si seulement nous comprenions que, par structure, la Noosphère, et plus généralement le Monde, représentent un ensemble, non pas seulement fermé, mais centré. Parcequ’il contient et engendre la Conscience, l’Espace-Temps est nécessairement de nature convergente. Par conséquent ses nappes démesurées, suivies dans le sens convenable, doivent se reployer quelque part en avant dans un Point,- appelons-le Oméga -, qui les fusionne et les consomme intégralement en soi… »

B – L’Univers-personnalisant

262 « Ce qui par invention, éducation, diffusion de toutes sortes, émane de chacun de nous et passe dans la masse humaine a une importance vitale…

…Or de cet essentiel nous ne pouvons évidemment pas nous défaire pour les autres comme nous donnerions un manteau ou passerions un flambeau : puisque nous sommes la flamme….

….la concentration d’un Univers conscient serait impensable si, en même temps que tout le Conscient, elle ne rassemblait en soi toutes les consciences… »

p.263 « …Non seulement conservation, mais exaltation des éléments par convergence ! …L’Union différencie. »

p.264 «..en confluant suivant la ligne de leurs centres, les grains de conscience ne tendent pas à perdre leurs contours et à se mélanger. Ils accentuent au contraire la profondeur et l’incommunicabilité de leur ego»

p.264 « Pas d’esprit sans synthèse…A l’image d’Oméga qui l’attire, l‘élément ne devient personnel qu’en s’universalisant »

264 (note) « Et inversement il ne s’universalise véritablement qu’en se sur-personnalisant. Toute la différence (et l‘équivoque) entre la vraie et les fausses mystiques religieuses : celles-ci détruisant, celle-là achevant l’Homme par “la perte dans le plus grand que soi” »

p.265 « C’est de centre à centre que (la synthèse) doit s’opérer… en contact mutuel, et pas autrement…Nous voici par le fait même ramenés au problème d’aimer »

2 – L’Amour-Énergie

265 « Considéré dans sa pleine réalité biologique, l’amour (c’est-à-dire l’affinité de l‘être pour l‘être) n’est pas spécial à l’Homme. Il représent une propriété générale de toute Vie ….(même) à un état prodigieusement rudimentaire sans doute, mais déjà naissant, jusque dans la molécule »

266 « Sous les forces de l’amour, ce sont les fragments du Monde qui se recherchent pour que le Monde arrive… »

« …Seul l’amour, pour la bonne raison que seul il prend et joint les êtres par le fond d’eux-mêmes, est capable… d’achever les êtres, en tant qu‘êtres, en les réunissant »

« Sens de l’Univers, sens du Tout : en face de la Nature, devant la Beauté, dans la Musique, la nostalgie qui nous prend, – l’expectation et le sentiment d’une grande Présence »

267 « En dehors des « mystiques » et de leurs analystes, comment se fait-il que la psychologie ait pu négliger autant cette vibration fondamentale dont le timbre, pour une oreille exercée, se distingue à la base, ou plutôt au sommet de toute grande émotion ? Résonance au Tout : note essentielle de la Poésie pure et de la pure Religion »

268 « Et maintenant….comment expliquer que toujours et toujours plus, en apparence, nous voyions monter autour de nous la répulsion et la haine? Tant qu’il absorbe, ou paraît absorber la personne, le Collectif tue l’amour qui voudrait naître. En tant que tel le Collectif est in-aimable….Que l’Univers, par contre, prenne en avant, pour nous, un visage et un cœur, qu’il se personnifie….et aussitôt, dans l’atmosphère créée par ce foyer, les attractions élémentaires trouveront à s‘épanouir… »

« .. il faut et il suffit…la réalité et le rayonnement déjà actuels, de ce mystérieux Centre de nos centres que j’ai nommé Oméga »

3 – Les attributs du Point Oméga

269 « Dans la molécule, commence-t-elle à voir (la pensée moderne), il y a décidément plus que dans l’atome; dans la cellule, plus que dans les molécules; dans le social, plus que dans l’individuel; dans les constructions mathématiques, plus que dans les calculs et les théorèmes… A chaque degré ultérieur de combinaison, quelque chose d’irréductible aux éléments isolés émerge…. dans un ordre nouveau… »

270 « …dans cet état d’esprit, l’idée qu’il se préparerait, au sommet du Monde, quelque Ame des âmes, n’est pas si étrangère qu’on pourrait le croire aux vues actuelles de la raison humaine. Après tout, y a-t-il pour notre pensée autre façon de généraliser le Principe d‘Émergence ? »

271 « Centre idéal, Centre virtuel : rien de tout cela ne peut suffire… Pour être suprêmement attrayant, Oméga doit être déjà suprêmement présent »

272 « Autonomie, actualité, irréversibilité, et donc finalement transcendance; les quatre attributs d’Oméga »

« Contrairement aux apparences encore admises par la Physique, le Grand Stable n’est pas au-dessous, – dans l’infra-élémentaire – mais au-dessus, – dans l’ultra-synthétique »

272- 273 « …le Monde trouve sa figure et sa consistance naturelle en gravitant au rebours du probable, vers le foyer divin d’Esprit qui l’attire en avant »

« Devenus centres, et donc personnes, les éléments ont enfin pu commencer à réagir, directement comme tels, à l’action personnalisante du Centre des centres. Franchir la surface critique d’hominisation, c’est en fait, pour la conscience, passer du divergent au convergent, – c’est-à-dire , en quelque façon, changer d’hémisphère et de pôle. En deçà de cette ligne critique, “équatoriale” , la retombée dans le multiple. Au delà… l‘évasion hors de l’Entropie par retournement sur Oméga. »

« Une à une autour de nous, comme un continuel effluve, “les âmes” se dégagent, emportant vers le haut leur charge incommunicable de conscience. – Une à une : et cependant point isolément. Car pour chacune d’entre elles il ne saurait y avoir, de par la nature même d’Oméga, qu’un seul point possible d‘émersion définitive : celui où, sous l’action synthétisante de l’union qui personnalise, enroulant sur eux-mêmes ses éléments en même temps qu’elle s’enroule sur elle-même, la Noosphère atteindra collectivement son point de convergence, – à la “Fin du Monde»

LA TERRE FINALE

275 « Si convergente soit-elle, l‘Évolution ne peut s’achever sur Terre qu‘à travers un point de dissociation. Ainsi s’introduit… le fantastique et inévitable événement dont chaque jour passé nous rapproche davantage : la fin de toute Vie sur notre globe, – la mort de la Planète, – la phase ultime du Phénomène humain. »

1 – Pronostics à écarter

276-277 « …Invasions microbiennes. Contre-évolutions organiques. Stérilité. Guerres. Révolutions. (…Catastrophes cosmiques…) Combien de manières possibles de finir ! – et qui, somme toute, vaudraient peut-être encore mieux qu’une longue sénescence. »…..

« Et cependant, dans la mesure où ils impliquent une idée d’accident prématuré ou de déchéance, je crois pouvoir dire, en m’appuyant sur tout ce que nous apprend le passé de l‘Évolution, que nous n’avons à redouter aucun de ces multiples désastres…. »

2 – Les approches

278 « Dans son état actuel, le Monde ne se comprendrait pas, la présence en lui du Réfléchi serait inexplicable…Non point un arrêt….mais un dernier progrès, venant à son heure biologique…Toujours plus haut dans l’improbable dont nous sommes sortis. C’est dans cette direction qu’il nous faut, si nous voulons prévoir la Fin du Monde, extrapoler l’Homme et l’Hominisation. »

279 « comparée aux nappes zoologiques qui la précèdent… l’Humanité est si jeune qu’on peut la dire tout juste née. Entre la Terre Finale et notre Terre moderne s‘étend donc vraisemblablement une durée immense, marquée, non point par un ralentissement, mais par une accélération, et le définitif épanouissement, suivant la flèche humaine, des forces de l‘Évolution »

« …Sous quelle forme et le long de quelles lignes, – dans l’hypothèse seule acceptable d’une réussite, – pouvons-nous imaginer que…va se développer le Progrès ? »

« Sous une forme collective et spirituelle, d’abord. – Dès l’apparition de l’Homme nous avons pu noter un certain ralentissement des tranformations passives et somatiques de l’organisme au profit des métamorphoses conscientes et actives de l’individu pris en société. L’artificiel relayant le naturel. La transmission orale ou écrite se superposant aux formes génétiques (ou chromosomiques) de l’hérédité…. »

« La Noosphère tend à se constituer en un seul système clos, où chaque élément pour soi voit, sent, désire, souffre les mêmes choses que tous les autres à la fois ».

280 « Il se peut que, dans ses capacités et sa pénétration individuelles notre cerveau ait atteint ses limites organiques. Mais le mouvement ne s’arrête pas pour autant . De l’Occident à l’Orient, l‘Évolution est désormais occupée ailleurs, dans un domaine plus riche et plus complexe, à construire, avec tous les esprits mis ensemble, – l’Esprit. – Au-delà des nations et des races, la prise en bloc, inévitable et déjà en cours, de l’Humanité. »

A – L’organisation de la Recherche

281 « Une Terre dont les “loisirs” toujours accrus et l’intérêt toujours plus en suspens trouveront leur issue vitale dans l’acte de de tout approfondir, de tout essayer, de tout prolonger.. »

B – La découverte de l’objet humain

283 « …l’Homme connaissant s’apercevant enfin que l’Homme “objet de connaissance” est la clef de toute science »

« A l’extrême de ses analyses…la Physique ne sait plus trop si elle tient de l’Energie pure, ou si c’est au contraire de la Pensée qui lui reste entre les mains »

284 « Nous avons certainement laissé pousser jusqu’ici notre race à l’aventure, et insuffisamment réfléchi au problème de savoir par quels facteurs médicaux et moraux il est nécessaire, si nous les supprimons, de remplacer les forces brutales de la sélection naturelle. Au cours des siècles qui viennent il est indispensable que se découvre et se développe, à la mesure de nos personnes, une forme d’eugénisme noblement humaine. Eugénisme des individus, – et par suite eugénisme de la société. »

C – La conjonction Science-Religion

285 « En apparence la Terre Moderne est née d’un mouvement anti-religieux. L’Homme se suffisant à lui-même. La Raison se substituant à la Croyance…. ..Le conflit entre Foi et Science… Or, à mesure que la tension se prolonge, c’est visiblement sous une forme toute différente d‘équilibre, non pas élimination, ni dualité, mais synthèse, – que semble devoir se résoudre le conflit »

287 « Religion et Science : les deux faces ou phases conjuguées d’un même acte complet de connaissance, – le seul qui puisse embrasser, pour les contempler, les mesurer, et les achever, le Passé et le Futur de l‘Évolution. »

LE TERME

287 « Toujours poussant dans les trois directions que nous venons d’indiquer, et disposant de l‘énorme durée qui lui reste à vivre, l’Humanité a devant elle des possibilités immenses….Depuis le pas de la Réflexion, grâce aux étonnantes propriétés de “l’artificiel” qui, séparant l’instrument de l’organe, permet au même être d’intensifier et de varier indéfiniment les modalités de son action sans rien perdre de sa liberté, – grâce en même temps au prodigieux pouvoir qu’a la Pensée de rapprocher et de combiner dans un même effort conscient toutes les particules humaines, nous sommes entrés dans un domaine complètement nouveau d‘Évolution……Nous n’avons encore aucune idée de la grandeur possible des effets “noosphériques”. La resonnance des vibrations humaines par millions !.. Le produit collectif et additif d’un million d’années de Pensée !…Avons-nous jamais essayé d’imaginer ce que ces grandeurs représentent ? »

p.288 (note) « ..encore…sur Terre des Aristotes, des Platons ou des Augustins ?…(pourquoi pas ?)…Mais ce qui est clair c’est que, appuyées les unes sur les autres…..nos âmes modernes voient et sentent aujourd’hui un Monde qui (en dimensions, en liaisons, et en virtualités) échappait à tous les grands hommes d’autre fois. Or, à ce progrès dans la conscience, oserait-on objecter que ne correspond aucune avance dans la structure de l‘être? »

289 « Eh bien, quand, par agglomération suffisante d’un nombre suffisant d‘éléments, ce mouvement de nature essentiellement convergente aura atteint une telle intensité et une telle quantité que, pour s’unifier plus outre, l’Humanité, prise dans son ensemble, devra, comme il était arrivé aux forces individuelles de l’instinct, se réfléchir à son tour “ponctuellement” sur elle-même (c’est-à-dire, dans ce cas, abandonner son support organo-planétaire pour s’excentrer sur le Centre transcendant de sa concentration grandissante) alors, pour l’Esprit de la Terre, ce sera la fin et le couronnement…..

La fin du Monde : renversement d‘équilibre, détachant l’Esprit, enfin achevé, de sa matrice matérielle pour le faire reposer désormais, de tout son poids, sur Dieu-Oméga.

La fin du Monde : point critique, tout à la fois, d‘émergence et d‘émersion, de maturation et d‘évasion »

290 « ….Mais il se peut aussi que, suivant une loi à laquelle rien dans le Passé n’a encore échappé, le Mal, croissant en même temps que le Bien atteigne à la fin son paroxysme, lui aussi sous une forme spécifiquement nouvelle. Pas de sommets sans abîmes. »

291 « Refus ou acceptation d’Oméga ?

…au cours et en vertu du processus qui la rassemble, la Noosphère, parvenue à son point d’unification, se cliverait en deux zones, respectivement attirées vers deux pôles antagonistes d’adoration…

…Une dernière fois encore la ramification. »
ISSUE

292 « …Parmi ceux qui auront essayé de lire jusqu’au bout ces pages, beaucoup fermeront le livre insatisfaits et songeurs, se demandant si je les ai promenés dans les faits, dans la métaphysique, ou dans le rêve. Mais ont-ils bien compris, ceux qui hésiteront de la sorte, les conditions salutairement rigoureuses que la cohérence, maintenant admise par tous, de l’Univers, impose à notre raison ?

Pour faire une place à la Pensée dans le Monde, il m’a fallu intérioriser la Matière; imaginer une énergétique de l’Esprit; concevoir au rebours de l’Entropie une montante Noogénèse; donner un sens, une flèche et des points critiques à l‘Évolution; faire se reployer finalement toutes choses sur Quelqu’un. »

« .. j’ai pu me tromper sur bien des points. Que d’autres tâchent de faire mieux. Tout ce que je voudrais, c’est avoir fait sentir, avec la réalité, la difficulté et l’urgence du problème, l’ordre de grandeur et la forme auxquelles ne peut échapper la solution.

Capable de contenir la personne humaine, il ne saurait y avoir qu’un Univers irréversiblement personnalisant. »

Source : http://perso.orange.fr/jacques.abbatucci/lephenom.htm

Ces extraits se réfèrent à l‘Édition du Seuil, Collection Essais. Ils reflètent le choix du lecteur (J.S. Abbatucci) et la valeur de cette sélection est toute subjective. Des choix différents auraient pu être faits.