Global Consciousness Project

Il y a deux cas qui viennent à l’esprit. D’abord le 11 septembre 2001 car les résultats ont été très impressionnants alors que nous avons effectué toutes sortes d’analyses. Nous avons regardé ces résultats sous tous les angles possibles et quelle que soit la perspective adoptée nous observions des structures différentes de ce que des séquences aléatoires sont censées produire.

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Interview de Roger Nelson

Directeur du Global Consciousness Project, Princeton Engineering Anomalies Resarch Laboratory

Comment le Global Consciousness Project a-t-il débuté ?

Je travaille depuis 1980 dans un laboratoire où l’on utilise des générateurs de nombres aléatoires pour des expériences sur l’intention, sur la concentration ; c’est ce que l’on appelle des “ Fields REG Experiments “. On installe par exemple un de ces appareils à l’opéra ou lors d’une cérémonie religieuse, et on observe si il réagit et si l’on trouve des modifications dans la séquence aléatoire, sous l’influence de ce que l’on a commencé à comprendre comme des effets de conscience de groupe. Nous avons trouvé de telles modifications dans les séquences de nombres aléatoires lorsque la “ conscience de groupe “ était d’une nature particulière, avec une forme de “ résonance “, lorsque les personnes se trouvent profondément impliquées, perdent d’une certaine façon ou “ sacrifient “ ce qui fait leur identité, sans y penser, et deviennent partie intégrante du groupe.

Nous avons mené ces expériences sur une longue période, et peu à peu elles ont pris un caractère plus aventureux. Nous nous sommes ainsi demandé ce qui pourrait se passer pour des groupes répartis dans le monde et réagissant collectivement à des événements, des tragédies, etc. Des situations où la réaction d’empathie amène des individus à “ s’oublier “ et à réagir comme un groupe, à l’unisson. Nous avons alors constitué des groupes ad hoc, sous le contrôle de personnes impliquées dans ces recherches en différents endroits et nous disions, par exemple, “ collectez les données pour les funérailles de Lady Diana, de tel à tel moment “ (La méthodologie consiste à “ prédire “ que tel événement aura un effet, pendant une durée précisément établie, avant d‘étudier les données des GNA sur la période considérée, ndr). Dans cet exemple, nous avons observé un effet très fort en combinant les résultats d’une douzaine de GNA répartis en Europe et aux Etats-Unis. Une semaine plus tard, les funérailles de Mère Térésa présentaient une autre opportunité de voir si des “ groupes de conscience “ affectaient le comportement des machines. Mais dans ce cas, il ne fut rien observé de significatif. Nous pouvons donc spéculer sur les causes de ces résultats, et c’est d’ailleurs ce que nous faisons.

Pourrait-on dire que les premiers résultats ont été obtenus “ par hasard “, dans la mesure où vous avez pu être surpris par un effet que vous n’attendiez pas ?

En tout cas, ça ne s’est pas produit “ par accident “. Nous avons progressé par étapes, à partir de nos expériences en laboratoires où des personnes modifiaient les séquences aléatoires en se concentrant sur leur pensée et leur “ intention “. Puis dans le cadre de groupes appelés à se concentrer sur la même chose. Avec les résultats des funérailles de Lady Di, il est devenu clair qu’il serait intéressant de monter un réseau mondial avec nos GNA. Il y a une anecdote intéressante à l’origine de la constitution de ce réseau. J’avais réuni des parapsychologues et des psycho-physiologistes à Fribourg pour une réunion destinée à étudier les possibilités de travailler ensemble, et au cours d’une conversation entre deux séances, alors que nous parlions d’EEG et de GNA, Dean Radin a dit : “ on pourrait faire un EEG mondial “. C‘était une excellente idée ! (C’est ainsi qu’est né le terme EGG pour Electro Gaïa Gram).

Quels sont les résultats les plus impressionnants que vous ayez analysés jusqu‘à aujourd’hui ?

Il y a deux cas qui viennent à l’esprit. D’abord le 11 septembre 2001 car les résultats ont été très impressionnants alors que nous avons effectué toutes sortes d’analyses. Nous avons regardé ces résultats sous tous les angles possibles et quelle que soit la perspective adoptée nous observions des structures différentes de ce que des séquences aléatoires sont censées produire. Le deuxième cas spécial est constitué par les passages à l’année nouvelle. Il est logique de s’intéresser à ces transitions quand on travaille sur des effets de conscience de groupe, puisque cet événement se reproduit chaque année et qu’il est donc possible de faire des prédictions formelles sur les données que l’on est susceptible de recueillir.

Comment fonctionnent ces machines ? Comment parvenez-vous à éliminer les biais possibles, notamment les champs électromagnétiques et autres forces susceptibles d‘être à l’origine de perturbations dans le comportement des GNA ?

En fait ça commence avec le “ hardware “, c’est-à-dire un GNA conçu et testé convenablement (pour que les séquences générées – de 1 et de 0 – soient réellement aléatoires, ndr). Donc on utilise les meilleurs composants, isolants et matériaux de manière à isoler la machine des influences physiques externes connues. Sans entrer dans les détails, il a fallu trois décennies pour concevoir les machines que nous utilisons aujourd’hui. Le second stade est le niveau logique : le programme génère des séquences continues de “ bits “ (1 ou 0) et compare le résultat à une séquence fixe de 1 et de 0 correspondant à 50/50. Au final aucun biais ne peut affecter le comportement aléatoire, ni champ électromagnétique, ni variation de température, ni même l’usure des composants.
Ensuite vient l’analyse des données proprement dite. Il y a plusieurs méthodes de calcul statistique mais toutes visent à identifier un signal dans du bruit. Nous prenons les données de l’expérience et nous faisons une distribution statistique. L’effort consiste à nous assurer que nous savons exactement où se trouvent les données significatives à partir de la distribution statistique appropriée.

Vous avez donc obtenu beaucoup de données au cours de ces dernières années mais vous n’avez pas d’explication, de modèle, qui permette de relier un effet de “ conscience “ au comportement d’un GNA.

C’est ce que font nos analyses : elles établissent des corrélations entre des événements et des déviations du comportement aléatoire.

Certes, mais vous ne savez pas comment cela peut être physiquement possible.

C’est vrai, tout comme nous ignorons comment agit l’aspirine !

Alors que vous avez validé des protocoles, des outils, et accumulez les données, comment ces travaux sont-ils perçus dans l’université qui accueille ces recherches (Princeton) et plus largement dans le milieu universitaire et scientifique aux Etats-Unis ?

Notre université ne s’intéresse guère à ces travaux. Nous opérons dans un domaine d’investigation dont beaucoup de scientifiques pensent qu’il n’est tout simplement pas réel. Peu de scientifiques s’intéressent au problème de savoir comment fonctionne l’esprit, ou s’il y a même un esprit ou une conscience. La plupart s’en tient à une vision réductionniste de processus chimiques et électriques et rien d’autre. Ils ne peuvent pas expliquer certaines expériences, certains vécus, mais ils ne le veulent pas non plus. C’est le courant dominant bien sûr et c’est peut-être injuste pour ceux qui n’y participent pas, mais c’est vrai que nous sommes peu nombreux à nous intéresser à ces questions, tout comme vous ici en France. Vous avez également des sceptiques “ durs “ chez vous.
Si l’on était capable d’expliquer la connexion entre la conscience et le GNA, alors on pourrait commencer à fabriquer des machines commandées par la pensée, puis gagner de l’argent. Pourtant il y a dans le monde des gens qui pensent que la machine et l’argent ne sont peut-être pas les seules choses importantes dans cette affaire, mais que c’est l’esprit, ou la conscience elle-même qui est importante.
Aux Etats-Unis, au cours de ces quinze dernières années notamment, plusieurs personnes ont montré un intérêt très poussé pour cette question. Ils disent : il y a un vrai problème qui est celui de la relation conscience/matière. C’est ce que David Chalmers a appelé “ the hard problem “, qui est la barrière entre la vision mécaniste, réductionniste, et une compréhension plus globale du monde. C’est un grand pas à franchir, et pour être honnête je pense que la vision réductionniste est confortable et facile à tenir, plutôt que de faire face au défi que cela représente.

Pensez-vous qu’il faille un bouleversement majeur de la physique, amené à intégrer la conscience au modèle global, pour avancer dans ce domaine ? Les progrès actuels de la physique sont-ils porteurs d’espoir : supercordes, supersymétrie ?

Certains parlent de cela : supercordes, théories de jauge, etc. Des effets étranges comme ceux de l’esprit sur des séquences de nombres aléatoires sont seulement possibles si on accepte une sorte de niveau supérieur d’organisation. Mais ce ne sont là que des mots. Je ne suis pas théoricien moi-même mais je pense que des idées comme celles de David Bohm et sa notion “ d’ordre impliqué “, sont intéressantes (Roger Nelson propose, à partir des idées de Bohm, la notion de “ champ d’information active “ au sein duquel l’information augmente, s’opposant à l’entropie, ndr). La formulation de Bohm est respectée, peut-être pas dans les milieux les plus conservateurs, mais en tout cas elle n’est pas jugée ridicule.
Pour faire apparaître de “ l’ordre “ dans un certain nombre d’observations, je ne pense pas que nous ayons besoin d’une nouvelle physique mais surtout d’une compréhension plus large des phénomènes.

Il faudra bien combler ce hiatus entre la relativité générale et la mécanique quantique.

C’est vrai, les chercheurs qui travaillent sur la théorie des cordes se donnent du mal, peut-être se donnent-ils trop de mal d’ailleurs, pour réinventer le monde. Ce n’est guère pour l’heure qu’un nouveau langage, qui est auto-cohérent.

Si ces travaux ne sont guère pris au sérieux dans les milieux scientifiques et universitaires, qu’en est-il à d’autres niveaux, notamment dans le grand public ?

Je m‘étonne que vous posiez la question. Le public en général a l’esprit plus ouvert, car il ne sert pas un maître, et il est en fait curieux de ces phénomènes, physiques, psychologiques. Mais puisqu’il y a peu d’intérêt de la part des chercheurs eux-mêmes – qui s’intéressent plus volontiers aux mécanismes de la vision, aux neurotransmetteurs, mais pas à la façon dont “ l’esprit “ peut agir sur le monde.

Il y a tout de même des études qui se multiplient sur les effets de la prière, de la méditation, etc.

En effet, les études sur la guérison à distance par exemple ont été conduites avec des résultats probants. La profession médicale est très pratique, pragmatique. Les professionnels de santé sont peut-être surpris d’avoir à intégrer à leur pratique la fonction de l’esprit ou de la conscience, mais quand ils voient des études réalisées en double aveugle sur la guérison à distance, à travers différentes méthodes et cérémonies, ou sur les effets de la prière, et que les résultats sont significatifs, ils se disent : “ très bien, soyons un peu plus ouvert, et si mon patient est sensible à cela, peut-être pouvons-nous prier ensemble ; ça ne peut pas faire de mal.” Bien sûr il y a aussi des sceptiques bornés en médecine, mais il y a dix ans vous ne trouviez aux Etats-Unis qu’une ou deux écoles de médecine où l’on parlait de guérison spirituelle ou de ce genre de chose, aujourd’hui 85 à 90% des écoles ont un enseignement consacré à ces thérapies complémentaires et alternatives, à la guérison spirituelle en particulier. Ce pragmatisme est lié à la nature de la pratique médicale (basée sur les résultats).
C’est différent pour nous et j’ai l’habitude de dire, en ce qui concerne le GCP, que cet effet mental sur les GNA ne peut pas pour l’instant servir à ouvrir sa porte de garage ou contrôler sa télévision, mieux vaut une télécommande classique

Si ces recherches n’intéressent personne, comment faites-vous pour les financer ?

Mon travail est soutenu par des personnes qui s’y intéressent, et pas parce que je prie pour cela ! Mais ce ne sont pas des fonds du gouvernement ni de l’université, ça n’a jamais été le cas (le GCP est mené sous l‘égide de l’Institut of Noetic Sciences, fondé par l’ex astronaute Edgar Mitchell, ndr). Mais vous savez, nous n’avons pas besoin de beaucoup d’argent. J’ai la chance de bénéficier de contributions de haut niveau ; soixante-quinze personnes participent au projet dont une quinzaine y passe beaucoup de temps. Et certains d’entre eux sont des professionnels si qualifiés que je n’aurais pas les moyens de les payer même si on me donnait des masses d’argent ! Nous travaillons avec des physiciens, des ingénieurs, des programmeurs, des spécialistes réseaux, etc., tout ce dont nous avons besoin, il y a même des philosophes et quelques artistes.
Le GCP est indépendant de l’université, il a été conçu avec quelques amis et nous n’avons jamais cherché à être très “ public “. C’est un projet que j’ai développé à l’origine sur le temps libre de mon activité au sein du PEAR Lab, dont je suis aujourd’hui retraité (depuis 2002).
Ce que nous essayons de faire, dans ce domaine un peu à la marge, quasi ésotérique, c’est de publier des travaux dans des journaux scientifiques “ mainstream “. Quand nous soumettons un article, après avoir fait le meilleur travail possible pour le rendre publiable, les membres des comités scientifiques de ces revues nous disent : “ c’est impossible, ça n’a pas de sens, nous ne pouvons pas publier cela. “ Et ils ne cherchent même pas à creuser les résultats, ils restent sur leurs a priori. Personnellement je ne comprends pas cette attitude, mais elle est si répandue que nous devons faire avec. Nous faisons cependant quelques progrès. Certains acceptent de considérer ces études comme de véritables travaux scientifiques et non comme une sorte de problème philosophique. Ainsi un de mes collègues publie une étude très détaillée, sur les données du 11 septembre 2001 en particulier, dans une des principales revues de physique, Foundations of Physics, mais ça reste l’exception. Quelques articles arrivent à sortir dans des revues importantes de psychologie ou de physique mais c’est très difficile.
Nous travaillons sur des sujets complexes et il est souhaitable d’avoir le plus de personnes possible qui réfléchissent à ces questions. Or, la parapsychologie scientifique en Europe et aux Etats-Unis, peut-être dans le monde entier, ne compte qu’une centaine de chercheurs professionnels, peut-être moins, qui en font réellement une carrière. Pensez au nombre de scientifiques qui travaillent sur les satellites de Jupiter, ou sur les premières micro-secondes qui ont suivi le Big-Bang, ils sont des milliers ! Je pense que plus il y aura de gens qui travailleront sur les problèmes que nous évoquons, plus nous progresserons rapidement.
La science est évolutive, cent ans après la mise en évidence de la mécanique quantique et le profond bouleversement qu’elle a entraîné, elle se développe encore aujourd’hui. Je ne pense pas qu’il faille s’attendre à une avancée majeure et radicale dans le domaine des recherches sur la conscience, mais plutôt que nous allons progresser peu à peu, trouver de nouveaux modèles théoriques qui aideront à poser de meilleures questions, et améliorer notre compréhension. Mais c’est un processus lent et difficile, plus encore que de réfléchir aux origines de l’univers.

Allez-vous rencontrer d’autres chercheurs en Europe ?

Oui, je vais en Allemagne et aux Pays-Bas. Avant de venir à Paris j’ai participé à une conférence à Londres autour du thème des “ champs “, avec des gens qui s’intéressent à l‘énergie de point zéro, l’ordre impliqué, etc

Quid des champs morphiques de Rupert Sheldrake ?

Rupert Sheldrake était présent. C’est un très bon scientifique, qui a une grande curiosité du monde, nous nous respectons beaucoup et si nous ne sommes pas en accord sur tout, nous ne sommes pas nécessairement en désaccord !

Comment ressentez-vous l’intérêt des Européens que vous rencontrez pour ces travaux ?

Il y a une réelle évolution, un intérêt croissant. Se reposer sur des croyances ou sur la foi n’est pas satisfaisant pour de nombreuses personnes. On ne progresse pas réellement dans ces conditions. Faire des recherches, être curieux, ouvert, poser des questions, tout cela permet de comprendre davantage.

Que pensez vous des auteurs qui intègrent à leur discours scientifique des notions spécifiquement religieuses, comme Melvin Morse qui propose par exemple la conception de “ point de Dieu “ dans le cerveau, ou Rick Strassman qui parle de “ molécule de l’Esprit “ ?

Je ne connais guère ces auteurs, mais ça ne me dérange pas qu’on rapproche science et religion dans le sens où elles sont complémentaires. Einstein disait que la science sans la religion est sauvage et que la religion sans la science est la mort, ou quelque chose comme ça. Je pense que ceux qui rejettent la science parce qu’elle offense leur sens religieux font une erreur, mais ceux qui rejettent la religion au nom de la science font la même. Nous devons avant tout être ouverts, créatifs, et développer notre sagesse.

NOTE

Noosphère, Inconscient collectif ?
Le Global Consciousness Project (GCP) est un programme de recherche international, conduit simultanément par plusieurs laboratoires qui entretiennent un réseau de “ Générateurs de Nombres Aléatoires “ (cf. glossaire) répartis dans le monde, lesquels envoient en continu des données via internet à un serveur disposé à l’université de Princeton. Depuis 1999, les équipes du GCP accumulent les données sans toutefois parvenir à expliquer l’effet observé : il semble que les manifestations de “ conscience collective “, à des échelles diverses, influencent le comportement aléatoire de ces générateurs, et produisent des graphiques qui dévient par rapport au hasard. Un signal de faible amplitude, mais significatif au plan statistique. Méditations collectives, catastrophes naturelles, guerres…, l’effet le plus spectaculaire a été enregistré lors du 11 septembre 2001.