Evolution spirituelle

“Tout cela est un rêve, une occurrence impersonnelle, et vous n‘êtes qu’un instrument permettant à la Totalité de fonctionner; il n’existe aucun “vous” en tant qu’entité indépendante”

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L’emploi de l’expression “évolution spirituelle” présuppose que cela s’inscrit dans le temps.

Effectivement, bien sûr. Le processus tout entier se situe dans la phénoménalité espace-temps.

Qu’est-ce qui vit dans le temps, est-ce le mécanisme corps-esprit?

Oh! non. C’est la conscience identifiée, la Conscience qui s’est intentionnellement identifiée à un organisme individuel.

Pourquoi cela s’est-il produit?

Pour que cette lilâ , ce jeu, ce rêve cosmique, puisse se déployer. Le processus d’identification est continu. De nouvelles créatures, de nouveaux être humains sont sans cesse créés, et l’identification prend place en eux. Cette identification va alors subsister, mais en suivant un processus d‘évolution. A un certain stade, l’esprit se tourne vers l’intérieur; alors, débute le processus de désidentification. Ce processus demande beaucoup de temps et beaucoup de naissances. Identification, retournement de l’esprit, processus de désidentification: voilà en quoi consiste tout le jeu. Mais attention! Souvenez-vous bien que tout cela est un concept. Ce concept est cependant susceptible d’aider à engendrer la compréhension ultime.

Le mot évolution est donc un concept qui n’est visible que pour l’individu identifié?

Effectivement.

Pourquoi un concept serait-il nécessaire?

Parce que cette identification a donné lieu au concept d’individu. Or, dès qu’il apparaît, le concept de l’individu rend nécessaire le concept de Dieu. Sinon, dans l’impersonnel, où est l’individu, et où est Dieu?

Se tourner vers l’intérieur, est-ce un moyen d’ignorer l‘égo?

Non. Se tourner vers l’intérieur ne peut que se produire , voyez-vous. Se tourner vers l’intérieur est le processus de l‘évolution spirituelle. L‘évolution se poursuit dans tout. Il y a l‘évolution physique, il y a une évolution dans la musique, il y a une évolution dans l’art, il y a une évolution dans la science, et il y a une évolution spirituelle.
Dans cette évolution spirituelle, il y a d’abord l’identification, qui se poursuit par l’intermédiaire de plusieurs milliers d’organismes corps-esprit — ou peut-être cent mille, ou un million, là n’est pas la question.
Disons qu’elle se poursuit au travers de toute une série d’organismes corps-esprit. Et dans un certain organisme corps-esprit, va se produire ce mouvement vers l’intérieur. Une cause apparente survient, une pensée, ou un événement, ou quelque chose, et l’esprit se tourne vers l’intérieur. Au lieu de s’intéresser à l’extérieur et de désirer de plus en plus d’objets matériels, l’esprit se tourne vers l’intérieur et veut connaître sa vraie nature — “Qui suis-je? Pourquoi suis-je ici? Quel est le sens de la vie?” Alors commence le processus de désidentification. dans cette évolution, la recherche spirituelle commence par ce retournement de l’esprit vers l’intérieur, avec un individu qui se met à chercher. Cette recherche, qui en réalité est le processus de désidentification, se poursuit au travers de divers processus d‘évolution. D’une certaine quête, vous passez à une autre recherche et d’innombrables frustrations, jusqu‘à ce qu’enfin vienne la compréhension soudaine qu’aucun “individu” ne sera jamais éveillé. L‘éveil, en tant qu‘événement impersonnel, ne peut se produire que par l’intermédiaire d’un objet. Pour que n’importe quel événement se produise, il faut un objet. Donc, quand l‘éveil est sur le point de se produire, un organisme corps-esprit est créé dans cette évolution, un organisme prêt à recevoir cet éveil. Il possède la constitution et les caractéristiques physiques et mentales qui vont le rendre apte à recevoir l‘éveil. Et cet organisme corps-esprit est lui-même un processus d‘évolution.

Le point de départ de cette compréhension, dans la durée, est l’acceptation que l‘éveil peut très bien ne pas se produire dans cet organisme corps-esprit. C’est une chose qui est très difficile à accepter pour un chercheur, un chercheur individuel, mais c’est un jalon important de ce processus inscrit dans la dualité. Puis se produit un “lâcher-prise”, qui engendre un immense sentiment de liberté. “Si je ne peux pas connaître l‘éveil, si un objet ne peut pas être éveillé, que suis-je donc entrain de chercher?”
Donc, ce lâcher-prise se produit et cette identification à l’organisme corps-esprit, à ce “moi”, s’affaiblit. Mais il se produit un certain saut quantique dans ce processus. Et le saut quantique ultime, juste avant l‘éveil, est le suivant: il n’y a plus de quête, et peu importe que l‘éveil se produise ou non. Quand cette acceptation apparaît, le “moi” a pratiquement disparu. Parce que le chercheur, c’est le “moi”, et non l’organisme corps-esprit. Par lui-même, l’organisme corps-esprit n’est qu’un objet inerte, nécessaire pour que l‘éveil se produirse.

Le “moi” est le “moi” tant qu’il existe un chercheur, n’est-ce pas?

C’est exact. Oui. Donc quand la quête disparaît, le chercheur “moi” disparaît aussi.

L‘évolution de ce “moi”, c’est donc le but ultime?

Oui. Le “moi” subit une évolution, mais pas ce “moi” particulier.

Oui, je voulais dire collectivement.

Oui. Comme je l’ai dit, un “moi” dénommé Albert Einstein a été développé pour la théorie de la relativité. Mais seulement pour la théorie de la relativité. Pour la poursuite de l‘évolution de la science, d’autres organismes corps-esprit ont été créés. Einstein n‘était pas prêt à contenir le développement ultérieur de la théorie quantique. il n’avait pas la faculté de recevoir la théorie d’Heinsenberg sur l’incertitude. Selon Einstein, cette théorie voulait dire que “Dieu jouait aux dés avec l’univers”, et, ajouta-t-il, il ne pouvait pas accepter que Dieu joue aux dés avec l’univers. A quoi Neils Bohr a répondu: “Dieu ne joue pas aux dés avec l’univers. Nous pensons que Dieu joue aux dés avec l’univers, parce que nous n’avons pas toutes les informations que Dieu possède!”

Je crois que Neils Bohr a dit “Albert, aurais-tu la présomption de croire que tu sais ce que pense Dieu?”

Oui, peut-être bien.

Y a-t-il un plan ou un but ultime, une conclusion finale à toute cette évolution?

Il n’y a aucun but final. C’est un fonctionnement impersonnel et continu de la Totalité. Aujourdh’ui, les scientifiques appellent cela processus “autogénérateur”. Je préfère pour ma part parler d‘énergie latente se déployant d’elle-même. Mais pourquoi l‘énergie s’active-t-elle? Pourquoi cette manifestation existe-t-elle? Voici une réponse: pourquoi pas? Et une autre: Cette énergie ne serait pas latente si elle ne s’activait pas à un certain moment. Elle serait morte.

Je suis en train de lire Je suis Cela, ainsi que vos livres. il semble qu’avant l‘éveil, vous étiez tous les deux, Maharaj et vous-même, des hommes ordinaires, vivant dans le dualisme.

Effectivement, mais il y a une différence. Maharaj a relaté que la première fois qu’il avait entendu son guru dire “Tout cela est un rêve, une occurrence impersonnelle, et vous n‘êtes qu’un instrument permettant à la Totalité de fonctionner; il n’existe aucun “vous” en tant qu’entité indépendante”, il l’a tout de suite accepté. C‘était une certitude absolue. Cela se produit très rarement. dans mon cas, ce genre de réceptivité n‘était pas là.

Cela a été instantané?

Oui, cela a été instantané dans le cas de Maharaj, et dans celui de Ramana Maharshi. mais je ne voudrais pas vous induire en erreur, il se peut qu’il existe plusieurs autres cas semblables non connus, de personnes qui n’occupent pas l’avant de la scène. La publicité n’a rien à voir avec l‘énévenement lui-même. Pour certaines raisons, un certain organisme, dans un certain cas d‘éveil, devient connu. Pour d’autres organismes, cela peut se produire et les choses suivront paisiblement leur cours. Ils savent, ils comprennent, mais ils ne sont pas concernés, parce qu’il n’y a plus de “ils”. La célébrité, la fortune et ce genre de choses, ce n’est pas leur affaire.
Dans mon propre cas, le processus n’a pas été aussi rapide que pour Maharaj. mais cela a été plus doux, plus simple, j’imagine, que dans de nombreux autres cas. Du plus loin que je puisse me souvenir, j’ai toujours eu ce sentiment intuitif que tout cela n’est qu’un rêve, et donc qu’il n‘était absolument pas en mon pouvoir d’accélérer la progression dans la vie, ou dans n’importe quelle direction.

Extrait du livre L’appel de l‘Âtre (p.288-293).

Les étapes de la compréhension, ou des montagnes et des rivières.

Dans la compréhension ultime, survient l‘Âtre. Là, il n’est plus question de voir quoi que ce soit. Tout est une apparence et cette apparence est vue par l’intermédiaire de l’instrument qu’est l’organisme, par l’intermédiaire des sens. Mais ce n’est jamais l’individu qui voit. Même si l’individu dit qu’il voit les montagnes, cela ne peut être dit que parce que la Concience est présente. En réalité, les montagnes sont vues par la Conscience, qui est aussi l’apparition! La totalité de la manifestation n’est qu’une apparition, une apparence, crée dans la Conscience par la Conscience. Et ce fonctionnement de la manifestation, ce que nous appelons la vie et le vivant, c’est aussi la Conscience. La Conscience est à la fois l’interprète et le metteur en scène de tous les rôles des milliards d‘êtres humains. Chaque personnage est joué par la Conscience.

Existe-t-il une progression commune à tous les chercheurs? Chacun passe-t-il par les mêmes stades?

Les bouddhistes ont un excellent raccourci pour décrire à la fois la façon dont les éveillés voient le monde, et comment ils en sont venus à cette vision. Ils disent que la compréhension se décline en trois stades: le premier correspond à la vision de l’individu impliqué; le deuxième comporte une certaine compréhension; et enfin, il y a la compréhension totale.

Tout d’abord, les montagnes et les rivières sont vues comme des montagnes et des rivières. Un sujet individuel identifié voit un objet. L’implication est totale. C’est ce que vit le personne ordinaire.

Ensuite, les montagnes et les rivières ne sont plus vues comme des montagnes et des rivières. Les objets sont vus comme l’objectivation réfléchie du sujet. Ils sont perçus comme des objets illusoires dans la Conscience, donc irréels.

Enfin, les montagnes et les rivières sont de nouveau vues comme des montagnes et des rivières. C’est-à-dire que l‘éveil s‘étant produit, elles sont connues comme étant la Conscience elle-même, se manifestant sous la forme de montagnes et de rivières. Le sujet et les objets ne sont pas vus comme étant séparés.

Dans ce synopsis, les montagnes et les rivières signifient l’ensemble du monde, y compris toute sa population humaine. L’individu impliqué commence par voir des objets, en tant que sujet individuel voyant des objets. Il se considère comme une entité séparée regardant des objets autres. Le fait de voir d’autres objets ou événements provoque des réactions en lui, en tant qu’individu. Donc, l’organisme individuel réagit à ce qui est vu.

Au deuxième stade, quand est présente la compréhension que tout cela est un rêve irréel, la vision change et on commence à voir qu’aucun événement n’a réellement d’importance. Pour cet individu, les événements sont irréels puisque, en tant que sujet, il transcende l’apparence. cette apparence est quelque chose qui naît dans la Conscience. Quand la compréhension atteint ce niveau, l’individu y prend tellement plaisir qu’il a souvent du mal à la garder pour lui. “Tout cela est irréel!” va-t-il chanter sur tous les toits. Mais en fait, en essayant de dire aux autres que le monde est irréel, il cherche à changer le monde, à changer la perception des autres. Il ne réalise pas que le changement doit venir de l’intérieur. Et ainsi, en voulant transformer le monde, il va son chemin et se crée des problèmes. Ces problèmes occasionnés par le deuxième stade ne s’apaiseront qu’au troisième.

Au troisième stade, les objets ne sont vus ni par un individu, ni par un objet voyant un autre objet, ni par un sujet voyant un objet. On se rend compte que cela qui perçoit, est à la fois cela qui a créé l’apparence et qui connaît l’apparence. les deux ne sont plus qu’un. A ce stade, c’est la prise de conscience ultime, non seulement que le monde est irréel, mais qu’en même temps le monde est réel! Le monde est irréel en ce sens que sans la Conscience il n’existerait pas. Il n’a aucune existence en propre. Le monde doit son existence au fait d‘être connu dans la Conscience. Si chaque être humain et chaque animal devenaient tout à coup inconscients, qui resterait-il pour dire qu’il existe un monde? Non seulement le monde ne serait pas vu, mais il n’existerait pas.

Pourriez-vous approfondir cette notion de réalité et d’irréalité?

On a souvent recours à l’analogie de l’ombre pour expliquer les mots “réel” et “irréel”. Une ombre est irréelle en ce sens qu’elle a besoin du soleil pour exister. Néanmoins, en tant qu’ombre, elle est relativement réelle. Ainsi, elle est à la fois réelle et irréelle. De même, toute la manifestation doit son existence à la Conscience. La Conscience est inhérente à tous les objets, à la totalité de la manifestation. La Conscience transcende la manifestation, tout en lui étant immanente. La manifestation est contenue dans la Conscience.

Au deuxième stade, avant la compréhension finale, toutes sortes de concepts font leur apparition. On présume qu’il revient à l’individu de faire des efforts pour s’unir à Dieu. A ce niveau, celui du sujet et de l’objet, nirvâna et samsâra sont traités comme deux choses différentes. Alors, on parle du samsâra comme d’un océan de souffrances à traverser. Le jîva doit traverser cet océan et ne peut le faire qu’en accomplissant telle ou telle sâdhanâ . Et donc le chercheur s’engage dans la sâdhanâ . C’est le grand jeu. Il pratique pendant des années. Pendant des années il observe ce qu’il se passe, et se retrouve imbu de lui-même. A terme, quand il s‘établit dans la contemplation, il rejette tout. Comme le disent les Soufis, une sorte de cérémonie prend place; tout ce qu’il a appris et tout ce qu’il pense avoir atteint est brûlé.

Ainsi, au troisième stade, il est vu que le monde est à la fois réel et irréel. Quand cette compréhension se produit, la connaissance se stabilise et il n’y a plus aucun désir actif d’en parler au monde, de vouloir transformer le monde. Dans cet organisme où s’est produit l‘éveil, il y a une acceptation de ce-qui-est, à la de l’immanence et de la transcendance. Nirvâna et samsâra ne sont plus deux. Le samsâra est l’expression objective du nirvâna .

Dans la compréhension ultime, survient l‘Âtre. Là, il n’est plus question de voir quoi que ce soit. Tout est une apparence et cette apparence est vue par l’intermédiaire de l’instrument qu’est l’organisme, par l’intermédiaire des sens. Mais ce n’est jamais l’individu qui voit. Même si l’individu dit qu’il voit les montagnes, cela ne peut être dit que parce que la Concience est présente. En réalité, les montagnes sont vues par la Conscience, qui est aussi l’apparition! La totalité de la manifestation n’est qu’une apparition, une apparence, crée dans la Conscience par la Conscience. Et ce fonctionnement de la manifestation, ce que nous appelons la vie et le vivant, c’est aussi la Conscience. La Conscience est à la fois l’interprète et le metteur en scène de tous les rôles des milliards d‘êtres humains. Chaque personnage est joué par la Conscience.

Au stade final, la question “Pourquoi cette lilâ existe-t-elle?” est comprise. Par conséquent, plus aucun problème ne s‘élève. Le chercheur a perdu son irrésistible désir d’enseigner au monde ce qu’il a appris, parce que la compréhension de base est qu’il n’a rien appris du tout. La compréhension est venue d’elle-même, c’est un don de Dieu, un don de la Totalité, c’est la Grâce. Mais il n’est absolument pas question d’un “quelqu’un” considérant qu’il a de la chance. L’individu ne pense avoir tiré le gros lot que quand l‘éveil ne s’est pas véritablement produit.

Extrait du livre L’appel de l‘Âtre (p.284-287).

Rencontre du 3ème type avec l’Advaita

« Ce que vous pensez devoir faire dans n’importe quelle situation est précisément ce que Dieu veut que vous pensiez devoir faire »

Le nihilisme euphorique de Ramesh Balsekar

Entretien avec Ramesh Balsekar
mené par Chris Parish

WIE : Vous êtes de plus en plus connu comme enseignant de l’Advaita Védanta, en Inde comme en occident. Pouvez- vous nous décrire ce que vous enseignez ?

RAMESH BALSEKAR : Je peux le dire en une phrase, vraiment. La seule phrase sur laquelle est fondé tout mon enseignement : « Que ta Volonté soit faite». Ou comme le disent les Musulmans, « Inch Allah » ­ « S’il plaît à Dieu ». Ou bien, en paroles du Bouddha : « Les événements arrivent, les actions sont faites, il n’y a pas d’agissant individuel/d’individu qui agit ». Voyez vous, le conflit de base dans la vie est : « Tout ce que je fais est bien, donc je veux ma récompense ; lui ou elle fait toujours quelque chose de mal et devrait être puni. » C’est de cela qu’il est question dans la vie, n’est-ce pas ? W

WIE : C’est vrai que cela arrive certainement très souvent.

RB :Voilà la base de ce que j’ai observé. Tout le problème de ce que quelqu’un dit, « Moi, j’ai fait quelque chose et je mérite une récompense, ou lui, il a fait quelque chose et donc je veux le punir pour cela ».

WIE : Comment amenez vous les gens à cette idée :« il n’y a pas d’agissant individuel/d’individu qui agit »?

RB :C’est très simple. Analysez n’importe quelle action que vous considérez comme votre action, vous allez trouver que c’est la réaction du cerveau à un événement extérieur sur lequel vous n’avez aucun contrôle. Une pensée arrive – vous n’avez aucun contrôle sur quelle pensée va arriver. Une chose est vue ou entendue – vous n’avez aucun contrôle sur ce que vous allez voir ou entendre par la suite. Tous ces événements, sur lesquels vous n’avez aucun contrôle, arrivent. Et ensuite que se passe-t-il ? Le cerveau réagit à la pensée ou à la chose qui a été vue, entendue, goûtée, sentie ou touchée. La réaction du cerveau est ce que vous appelez « votre action ». Mais en fait, ce n’est simplement qu’un concept.

WIE : Alors quelle est la différence entre les pensées, sentiments et actions d¹une personne éveillée et celles d¹une personne non éveillée ?

RB :Il se passe la même chose. La seule différence est que dans le cas du sage, il comprend que les choses se passent ainsi. Et donc il sait que rien n’est fait par lui­ simplement tout arrive. Le sage sait que «ce n’est pas moi qui agis». Mais une personne ordinaire va dire, « je fais ceci ou il ou elle fait cela. Donc je veux ma récompense et je veux qu’il ou elle soit puni ». La récompense ou la punition dépend de l’idée que moi, lui ou elle agissons.

WIE : D’après ma propre expérience, je peux comprendre que nous n’avons aucun contrôle sur quelle pensée où quelle émotion va surgir. Mais parfois une action s’ensuit et parfois non, et il me semble qu’il y a une très grande différence entre la simple émergence d’une pensée et une action qui affecte une autre personne.

RB :L’action est le résultat de la réaction du cerveau à la pensée. S’il arrive que la pensée a simplement été témoignée et le cerveau ne réagit pas à la pensée, alors il n’y a pas d’action.

WIE : Mais si, comme vous dites, il n’y a personne qui décide comment réagir, alors quelle est la cause qui fait que l’action se produit ou non ?

RB :Une action arrive si c’est la volonté de Dieu que cette action se passe. Si ce n’est pas la volonté de Dieu, l’action ne se fait pas.

WIE : Est ce que vous êtes en train de dire que chaque action qui se fait est la volonté de Dieu ?

RB :Oui ­ c’est la volonté de Dieu.

WIE : Agissant à travers une personne ?

RB :À travers une personne, oui.

WIE : Qu’elle soit éveillée ou non ? Autrement dit, à travers tous ?

RB :C’est juste. La seule différence, comme je le disais, c’est que l’homme ordinaire pense, « cette action est mienne », alors que le sage sait que l’action n’appartient à personne. Le sage sait que « les actes sont faits, les événements arrivent, mais il n’y a pas d’agissant individuel ». C’est l’unique différence pour ce qui me concerne. À la différence du sage, la personne ordinaire croit que les actes qui arrivent à travers cet organisme corps-esprit est le fait de l’individu, voilà la seule différence. Donc comme le sage sait qu’aucune action n’est de son fait, s’il arrive qu’une action blesse quelqu’un, il fera tout ce qu’il peut pour aider la personne blessée mais il n’y aura aucun sentiment de culpabilité.

WIE : Voulez-vous dire que si un individu agit de manière à finalement faire du mal à un autre, alors la personne qui a agi, ou comme vous dites cet « organisme corps-esprit» n’est pas responsable ?

RB :Ce que je suis en train de dire c’est que vous savez que « je » ne l’ai pas fait. Je ne dis pas que je ne suis pas désolé d’avoir fait du mal a quelqu’un. Le fait que quelqu’un a été blessé produira un sentiment de compassion et cette compassion me conduira à tout essayer pour soulager la douleur. Mais il n’y aura pas de sentiment de culpabilité : Ce n’est pas moi qui ai agi ! L’autre aspect de cela, c’est que lorsqu’il arrive une action que la société loue et pour laquelle elle me récompense, je ne dis pas que cela ne provoquera pas un sentiment de bonheur. C’est juste que la compassion émerge en conséquence d’une peine, de la même façon qu’une sensation de satisfaction ou de bonheur émerge en conséquence d’une récompense. Mais il n’y aura pas de fierté.

WIE : Mais voulez-vous dire que littéralement si je frappe quelqu’un, ce n’est pas moi qui agis ? Je veux juste clarifier ce point.

RB :La réalité de base, le concept de base reste inchangé : vous frappez quelqu’un. Après s’ajoute le concept que tout ce qui arrive est la volonté de Dieu, et en référence à chaque organisme corps-esprit la volonté de Dieu est le destin de chaque organisme corps-esprit.

WIE : Je pourrais donc dire, « C’était la volonté de Dieu que j’agisse ainsi; ce n’est pas ma faute. »

RB :Bien sûr. Une action se passe parce que tel est le destin de l’organisme corps-esprit qui agit, et parce que telle est la volonté de Dieu. Et les conséquences de cette action sont aussi le destin de l’organisme corps-esprit. Si une bonne action se produit, c’est le destin. Par exemple nous avions une Mère Teresa. L’organisme corps-esprit appelé « Mère Teresa » était programmé de telle façon qu’il ne faisait que de bonnes actions. Alors le déroulement de ces bonnes actions était le destin de l’organisme corps-esprit appelé Mère Teresa. Et les conséquences furent un Prix Nobel, des récompenses, des prix et des donations pour ses oeuvres. Tout cela était le destin de l’organisme corps-esprit appelé Mère Teresa. Et à l’opposé, il existera un organisme psychopathe, programmé par la même source de façon à ce qu’il n’en émerge que du mal ou de la perversion. L’accomplissement de ses actions perverses et mauvaises est le destin de l’organisme corps-esprit que la société appellera psychopathe. Mais le psychopathe n’a pas choisi d’être psychopathe. En fait il n’y a pas de psychopathe ; il n’y a qu’un organisme corps-esprit psychopathe dont le destin est de commettre des actes malsains et pervers. Et les conséquences de ces actes sont aussi le destin de cet organisme corps-esprit là.

WIE : Est ce que vous dites que tout est prédestiné ? Que tout est préprogrammé depuis la naissance ?

RB :Oui. J’utilise le terme « programmer » pour faire référence aux caractéristiques inhérentes à l’organisme corps-esprit. Pour moi «programmer » signifie : les gènes plus le conditionnement par l’environnement. Vous n’aviez pas le choix des parents particuliers qui vous ont fait naître, et donc vous n’aviez pas le choix de vos gènes. Pareillement, vous n’aviez pas le choix de l’environnement spécifique de votre naissance. Donc vous n’avez pas le choix de vos conditionnements d’enfant reçu dans cet environnement, cela comprend le conditionnement à la maison, dans la société, à l’école, et à l’église. Les psychologues disent que notre conditionnement de base nous l’avons reçu en totalité avant l’âge de trois ou quatre ans. Il y en aura d’autres, mais le conditionnement de base qui crée la personnalité est composé des gènes plus le conditionnement de l’environnement. J’appelle cela programmation. Chaque organisme corps-esprit est programmé d’une façon unique. Il n’y en a pas deux pareil.

WIE : Oui, mais n’est-il pas vrai que deux personnes avec des programmations très semblables, pourront cependant se développer l’un et l’autre de manière très différente ?

RB :C’est juste. C’est pour cela que j’utilise deux expressions : l’une est programmation en soi des organismes corps-esprit ; et l’autre est destin. Le destin est la volonté de Dieu par rapport à un organisme corps-esprit particulier, gravé au moment de la conception. Le destin d’une conception peut être de ne pas naître du tout – dans ce cas, il y a avortement. Tout cela est un concept, ne vous y trompez pas. C’est mon concept.

WIE : Vous dites que c’est un concept et bien sûr, toute parole est concept, mais comment savoir si ce concept représente la vérité ? J’ai tendance à penser que chacun a sa responsabilité individuelle et bien qu’il y ait un certain degré de conditionnement dont nous héritons, nous pouvons toujours choisir comment nous réagissons. Un individu peut transcender des aspects de son conditionnement dans lesquels un autre restera bloqué toute sa vie. Comme cela se passe ainsi, je dirai que cela est dû à la volonté de l’individu de transcender son conditionnement et d’y réussir.

RB :Mais si cela se passe, cela peut-il arriver sans la volonté de Dieu ? Prenons deux personnes : l’une essaie de surmonter son handicap et y arrive ; l’autre n’y arrive pas. Je dirais que s’il y en a un qui y arrive et l’autre qui échoue, c’est à cause du destin de chacun des deux organismes corps-esprit – par la volonté de Dieu.

WIE : Mais ne pourrions-nous pas tout autant dire que c’est la volonté de Dieu de donner à chaque individu le libre-arbitre de ses décisions ?

RB :Non. Voyez vous, je vous pose la question suivante : Quelle volonté à l’avantage ? Celle de l’individu ou celle de Dieu ? D’après votre propre expérience, jusqu’à quel point le libre-arbitre l’emporte?

WIE : Enfin je trouve que la volonté individuelle peut clairement l’emporter par moments.

RB :Sur la volonté de Dieu ? Si vous voulez quelque chose et vous travaillez pour l’obtenir et l’obtenez, si cela se passe c’est que votre volonté coïncide avec la volonté de Dieu.

WIE : Prenons l’exemple d’un individu qui devient un drogué et qui le reste toute sa vie. On pourrait très bien soutenir qu’il a choisi d’aller contre la volonté de Dieu et y est arrivé – justement parce qu’existe le libre-arbitre.

RB :Mais que vous l’acceptiez ou non est en soi la volonté de Dieu, comprenez-vous ? Que vous acceptez la volonté de Dieu ou que vous n’acceptez pas la volonté de Dieu, est en soi la volonté de Dieu !

WIE : Dire que tout est préprogrammé, que tout est destin et que le choix n’existe pas, ressemble à une forme extrême de réductionnisme. Dans cette perspective, les êtres humains sont comme des ordinateurs ; tout ce qui nous concerne est déjà totalement fixé.

RB :Oui, c’est exactement ainsi.

WIE:Mais pour moi dans cette vision, il manque le coeur humain. Nous ne serions alors que des machines – les choses ne font que nous arriver. Il n’y a rien que nous puissions faire, rien que nous puissions changer.

RB :Exactement, oui !

WIE : Mais cela peut mener à une profonde indifférence à la vie.

RB :Oui, et si cela était le cas, ce serait merveilleux !

WIE : Vraiment ! Merveilleux ?

RB :Mais c’est le but ! Bien sûr. Ainsi vous pouvez dire que tout ce qui arrive est accepté. Alors il n’y a plus de malheur ; il n’y a plus de misères, plus de culpabilité, plus d’orgueil, plus de haine, plus de jalousie. Qu’y a-t-il de mal à cela ? Et comme je vous l’ai déjà dit les actions se font à travers l’organisme corps-esprit, et si l’individu découvre qu’une action a blessé quelqu’un, la compassion survient.

WIE : Mais ça ne vous paraît pas un peu étrange d’aller blesser quelqu’un et d’avoir de la compassion pour cette personne après coup ? Ne serait-ce pas mieux de ne pas faire du mal en premier lieu ?

RB :Mais vous n’avez aucun contrôle sur cela ! Si vous pouviez-le contrôler, vous ne le feriez pas.

WIE : Mais si on croit avoir le contrôle, plutôt que de croire qu’on ne l’a pas, on pourrait choisir de ne pas le faire !

RB : Alors pourquoi l’être humain n’exerce-t-il pas le contrôle sur chacune des actions qu’il produit? Je vais vous poser une question. L’être humain a, de toute évidence, beaucoup d’intelligence, tellement d’intelligence qu’un minable humain a été capable d’envoyer un homme sur la lune.

WIE : Oui, c’est vrai.

RB :Et il a aussi l’intelligence de savoir que s’il fait certaines choses, les conséquences seront terribles. Il a l’intelligence de savoir que s’il produit des armes nucléaires ou chimiques, les gens vont les utiliser et de terribles choses vont arriver au monde. Il en a l’intelligence alors, si le libre-arbitre existe, pourquoi le fait il? Pourquoi a-t-il réduit le monde à ce qu’il est, s’il a un libre-arbitre ?

WIE : J’admets, que la situation que vous décrivez est évidemment insensée. Mais je dirai que cela est dû au fait que les gens sont faibles. Et je suis persuadé que les gens peuvent changer s’ils le veulent – si cela compte pour eux.

RB :Alors pourquoi ne le font-ils pas?

WIE :Il y a des gens qui changent, mais comme je l’ai dit, malheureusement, il semble que la plupart des gens ont trop peu de volonté. Avoir du libre-arbitre ne garantit pas que nous allons agir intelligemment. Comme dans l’exemple que vous venez de donner, il est clair que les gens choisissent souvent de faire des choses très destructrices.

RB :Si vous êtes en train de dire que nous avons la libre volonté de détruire le monde, cela veut dire que nous détruisons le monde parce que nous le voulons – en sachant très bien que le monde va être détruit ! Le libre-arbitre signifie que nous voulons le faire.

WIE : Je pense que le problème est plutôt que les gens ne prennent pas en compte les conséquences de leurs actions. Souvent ils ne pensent qu’à eux-mêmes, sans considérer où leurs actions pourraient aboutir.

RB :Mais l’être humain est formidablement intelligent. Pourquoi ne pensent-ils pas? Ma réponse est qu’ils ne sont pas censés le faire !

WIE : Quand vous dites « pas censés le faire », que voulez-vous dire?

RB :Ce n’est pas la volonté de Dieu que les humains pensent dans ces termes. Ce n’est pas la volonté de Dieu que les êtres humains soient parfaits. La différence entre le sage et la personne ordinaire est que le sage accepte ce qui est comme volonté de Dieu, mais – et ceci est important – cela ne l’empêche pas de faire ce qu’il pense doit être fait. Et ce qu’il pense doit être fait dépend de sa programmation.

WIE : Mais pourquoi le sage « ferait-il ce qu’il pense qui doit être fait » si, comme vous l’avez déjà expliqué, il sait que ce n’est pas lui qui pense en premier lieu.

RB :Vous voulez savoir comment une action se produit ? La réponse est que l‘énergie dans cet organisme corps-esprit produit une action correspondant à sa programmation.

WIE : Alors l’action, comme vous le décrivez, ne fait que passer à travers la personne.

RB :Elle se déroule, oui. L’action se produit. C’est exactement ce que je suis en train de dire – pour revenir aux paroles du Bouddha « les événements arrivent, les actions se font. »

WIE : Cependant de ce que je sais des paroles du Bouddha est qu’il affirmait toujours que l’individu était personnellement responsable de ses actes. N’est-ce pas la base de tout son enseignement sur le karma, sur la loi de cause à effet ?

RB :Pas le Bouddha !

WIE : Mon impression est que le Bouddha enseignait beaucoup la notion «d’action juste ». Il semblait très concerné par ce que faisaient les gens et insistait pour que les gens fournissent l’effort nécessaire pour changer.

RB :Ceci est une interprétation postérieure du Bouddhisme. Les paroles du Bouddha sont très claires. Qui contrôle ce qui se passe ? Dieu est celui qui contrôle ! Comme nous l’avons vu, ceci est à la base de toute religion. Et pourtant, pourquoi y a-t-il des guerres de religions, si la base de toutes les religions est la même ? Ce sont les interprétations qui sont la cause de ces guerres ! Et comment tout cela pourrait-il arriver si ce n’est par la volonté de Dieu ?

WIE : Il est clair que vous pensez que tout ce que nous faisons est par la volonté de Dieu. Mais il me semble que cela n’a vraiment du sens que chez l’individu qui est arrivé à la fin de son chemin spirituel – qui est arrivé à la fin de l’ego – parce que les actions d’une telle personne ne sont pas égocentriques et par cela ne sauraient être une distorsion de la volonté de Dieu. Mais tant qu’il n’est pas arrivé à cet état, si un individu agit mal envers un autre, ce peut être par réaction compulsive parce qu’il est égoïste. Si ce que vous dites est vrai cela peut être utilisé comme justification pour tout comportement déplaisant ou agressif. On pourra simplement dire, « Tout est la volonté de Dieu. Ça n’a aucune importance ! »

RB :Je sais, mais c’est la vérité. Votre vraie question est : « Pourquoi Dieu a-t-il crée le monde tel qu’il est ? » Mais voyez-vous, un être humain n’est qu’un objet créé qui fait partie de la totalité de la manifestation issue de la Source. Alors ma réponse est : un objet créé ne peut jamais connaître son créateur ! Je vais vous donner une métaphore. Imaginons que vous peignez un tableau, et dans ce tableau, vous peignez un personnage. Puis ce personnage veut savoir, premièrement, pourquoi en tant que peintre, avez-vous choisi de peindre ce tableau-là et deuxièmement, pourquoi vous avez rendu votre personnage si laid ! Vous voyez, comment est-ce possible qu’un objet créé connaisse un jour la volonté de son propre créateur ? Cependant, à mon avis, cela ne vous empêche pas de faire ce que vous croyez devoir faire ! Accepter que rien ne se fait sans la volonté de Dieu n’empêche personne de faire ce qu’il croit devoir faire. Que peut-on faire d’autre ?

WIE : Si l’on suit cette façon de raisonner, comme je le disais, ce serait assez facile d’arriver à la conclusion, « Et bien, tout est la volonté de Dieu ; rien de ce qui arrive n’a d’importance » et ensuite simplement de tout laisser tomber.

RB :Vous voulez dire, « Pourquoi ne resterai-je pas au lit toute la journée? »

WIE: Oui, pourquoi faire quelque effort que ce soit ?

RB :La réponse à cette question est que l’énergie contenue dans cet organisme corps-esprit ne lui permettra pas de rester inactif longtemps. L’énergie va continuer à produire de l’action, physique ou mentale, à chaque fraction de seconde, suivant la programmation de l’organisme corps-esprit en question et aussi selon sa destinée, qui est la volonté de Dieu. Mais cela ne vous empêche pas, vous qui pensez toujours être un individu, de faire ce que vous pensez devoir faire. Donc, ce que je suis en train de dire c’est que ce que vous croyez devoir faire dans n’importe quelle situation à n’importe quel moment, est précisément ce que Dieu veut que vous pensiez devoir faire ! En conclusion, l’acceptation de la volonté de Dieu ne vous empêche pas de faire ce que vous pensez devoir faire. Vous comprenez ? En fait, vous ne pouvez pas vous en empêcher !

WIE : J’ai lu dans une brochure écrite par plusieurs de vos élèves quelque chose qui semble pertinent à ce sujet : « Ce que vous aimez ne peut être que ce que Dieu veut que vous aimiez. Rien ne peut arriver si ce n’est par Sa volonté. » Le texte dit aussi : « Ne vous sentez pas coupable, même en cas d’adultère. Vous qui êtes la Source êtes toujours pur. »

RB :C’est ce qu’a dit Ramana Maharshi.

WIE : La Source sera peut-être toujours pure, mais encore une fois, il me semble que cette conception peut être comprise comme donnant le droit d’agir sans conscience. Vous pourriez dire, « Cela n’a aucune importance, si je commets l’adultère, aucune importance si je fais du mal à mes amis, parce que ces actions sont tout simplement arrivées». On pourrait prendre cela facilement comme la permission d’agir selon son désir, juste parce qu’il m’arrive d’avoir ce désir.

RB :Mais n’est-ce pas ce qui arrive ?

WIE : Certainement, cela arrive, mais…

RB :Voulez-vous dire qu’il en arrivera davantage ?

WIE : Cela pourrait facilement arriver plus. Je pourrais dire, « Et bien, ce que je fais n’a aucune importance maintenant. Je ne devrai pas prendre la peine de me retenir si je ressens un désir ». Vous comprenez ce que je veux dire ?

RB :D’habitude on me pose la question : « Si ce n’est pas vraiment moi qui agis réellement qu’est-ce qui m’empêche de prendre une mitrailleuse et de tuer une vingtaine de personnes ? » C’est bien votre question, n’est-ce pas ?

WIE : Oui mais c’est un exemple un peu extrême !

RB :Oui, prenons un exemple extrême !

WIE : Mais je trouve l’exemple de l’adultère plus intéressant, parce que la plupart des gens ne voudraient pas vraiment faire quelque chose d’aussi extrême que d’aller mitrailler les autres.

RB :Soit. C’est la même chose si nous parlons d’adultère. J’ai lu que les psychologues et les biologistes ont conclu en se fondant sur leurs recherches, que si vous trompez votre femme, vous ne devez pas vous sentir coupables. De plus en plus, le scientifique arrive à la même conclusion que le mystique, toute action trouve son origine dans la programmation.

WIE : Je peux comprendre que dans certains cas c’est peut-être vrai, mais admettons, par exemple, que j’ai cette pulsion de commettre un adultère. Je pourrais donc dire, « Cela doit être la volonté de Dieu que je le fasse, alors j’y vais » – ou bien, je pourrais me retenir et ne pas causer un tas de souffrance à mes amis. Est-ce que ça ne serait pas mieux de me retenir ?

RB :Alors qui vous empêche de vous retenir ? Faites ce que vous voulez ! Qu’est-ce qui vous empêche de vous retenir ? Retenez-vous donc !

WIE : Je pense que c’est mieux de faire ainsi !

RB :C’est aussi mon point de vue.

WIE : Mais d’après vous, je pourrais tout simplement dire « Ce doit être la volonté de Dieu parce que je ressens ce désir. » et ensuite ne pas me retenir

RB :Vous dites que vous savez que vous devriez vous retenir – alors pourquoi ne vous retenez vous pas ? Si un organisme corps-esprit est programmé pour ne pas tromper sa femme, il ne le fera pas quoi qu’on lui dise. Si vous avez été programmé pour ne pas lever la main sur un autre, est-ce que vous allez commencer à tuer des gens ? Maintenant, si on passe une loi qui vous donne le droit de battre votre femme sans qu’il y ait de poursuites, allez-vous commencer à la battre ? Seulement si l’organisme corps-esprit a été programmé pour le faire, et dans ce cas, il le fait déjà. Alors comme j’ai dit, accepter la volonté de Dieu ne vous empêche pas de faire ce que vous pensez devoir faire. Faites le ! Faites exactement ce que vous pensez devoir faire !

WIE : Finalement, comment pouvons-nous dire que nous savons que c’est le destin ou la volonté de Dieu ? Tout ce que nous savons c’est que certains événements se déroulent. Plus tard, nous pouvons rétrospectivement dire que tel événement est, « tout simplement arrivé, » et si nous le voulons nous pouvons appeler cela le destin. Mais ne serait-il pas plus juste de dire que nous ne savons pas vraiment si c’est le destin ou non ? Dire que nous ne savons pas est différent de dire « Nous savons que c’est la volonté de Dieu. » C’est, différent de dire que nous savons que tout est fixé d’avance. Voyez-vous, il me semble que vous dites que vous savez pour de bon que tout est la volonté de Dieu.

RB :Nous ne le savons pas et ça c’est le fondement ; alors si vous voulez, vous pouvez laisser tomber le concept de destin et dire que personne ne peut réellement rien savoir. Très bien ! Le concept de destin n’est pas nécessaire. Après tout, si vous acceptez que tout ce qui arrive est hors de votre contrôle, qui sera là pour se préoccuper du destin ?

WIE : Comme beaucoup de gens viennent à vous pour entendre vos conseils au sujet de leur chemin spirituel, je voudrais vous demander quelle valeur donnez-vous (s’il en est une) à la pratique spirituelle en tant que moyen d’atteindre l’éveil ?

RB :Si une sadhana (pratique spirituelle) est nécessaire, l’organisme corps-esprit est programmé pour faire une sadhana.

WIE : En d’autres termes, si cela arrive, cela arrive ?

RB :C’est exact. Parfois les gens me demandent, « Si rien n’est en mon pouvoir, est-ce que je dois méditer ou non ? » Ma réponse est très simple. Si vous aimez méditer, alors méditez, si vous n’aimez pas méditer, ne vous forcez pas.

WIE : Est-ce que la recherche spirituelle est un obstacle à l’éveil ?

RB :Oui, la quête spirituelle est le plus grand obstacle à cause de celui qui cherche. C’est le chercheur qui est l’obstacle – pas le fait de chercher ; la quête se fait d’elle-même. La quête se fait d’elle-même parce que l’organisme corps-esprit est programmé pour chercher ce qu’il cherche. Alors si la recherche de l’éveil se fait, c’est que l’organisme corps-esprit a été programmé pour cette quête. L’obstacle est le chercheur qui dit : « Je veux l’éveil. »

WIE : Comment se fait-il que beaucoup de grands sages ont parlé de l’importance de la quête ? Ramana Maharshi a dit que celui qui cherche doit désirer l’éveil autant qu’un homme qui se noie désir respirer – avec ce niveau de concentration et de sincérité là.

RB :Bien sûr. Cela veut dire qu’il faut ce genre d’intensité dans la recherche. Mais il a aussi dit : « Si vous voulez faire un effort, vous devez faire un effort ; si le destin ne l’a pas prévu, l’effort ne se fera pas ». C’est ce que Ramana Maharshi a dit. Alors vous voyez, que l’on cherche ou que l’on ne cherche pas, c’est hors de votre contrôle. Ni la recherche de Dieu, ni celle de l’argent n’est à votre crédit ou de votre faute.

WIE : Vous avez écrit dans un de vos livres qu’on est déjà arrivé à une compréhension bien profonde quand on peut dire, « Cela m’est égal que l’éveil advienne dans cet organisme corps-esprit ou non ».

RB :C’est juste. Quand il arrive à ce stade, cela veut dire que le chercheur n’est plus présent. C’est très proche de l’éveil parce que s’il n’y a plus personne pour s’en soucier, il n’y a plus de personne qui cherche.

WIE : Mais est-ce que le résultat ne pourrait pas être une indifférence incroyablement profonde – ce qui n’est pas l’éveil.

RB :Cela pourrait mener à l’éveil !

WIE : J’ai encore une question. Vous dites souvent que nous devrions « juste accepter ce qui est ».

RB :Oui, s’il vous est possible de le faire – et cela est hors de votre contrôle !

Source : WIE