Une géométrie imaginaire

Dans un univers dont la trame et les déformations sont le bouillonnement quantique, la structure de la réalité physique est indissociable de la structure d’un rêve.

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La courbure de l’espace

N’y a-t-il donc aucun espoir que nous puissions imaginer un jour ce que sont les quantas? S’ils sont les constituants de base de la matière, il doit pourtant bien y avoir quelque chose qu’on puisse établir sur leur nature. A cette question, la physique nouvelle répond oui — nous pouvons considérer les particules élémentaires comme des entités abstraites, et nous pouvons dire certaines choses sur leur nature. Pour cela, cependant, il faut faire intervenir un des concepts les plus délicats de la physique, le concept de courbure de l’espace.

Einstein présenta sa théorie de la relativité générale en 1916. Il y postulait que l’espace n’est pas tridimensionnel et que le temps n’est pas une entité séparée, mais qu’ils sont des aspects différents d’un même quelque chose. Ils sont compris dans un continuum à quatre dimensions, où le temps n’est pas un flux absolu comme dans la théorie de Newton. Différents observateurs organiseront les événements de façon différente dans le temps. La manière dont ils organisent leur notion de temps est relative à leurs positions et à leurs vitesses par rapport aux événements observés. La plus grande contribution d’Einstein fut d’affirmer que toutes les mesures qui contiennent l’espace et le temps ne sont pas absolues. Dans la relativité générale, la notion classique d’espace en tant que scène où ont lieu les événements physiques est abandonnée. L’espace et le temps deviennent tous deux des éléments d’un langage que tout observateur utilise pour décrire l’univers.

L’hypothèse d’Einstein, que l’espace n’est pas euclidien mais courbé, est encore plus étonnante. Selon Einstein, la structure de l’espace-temps possède une propriété géométrique particulière, une courbure de l’espace, qui se manifeste dans un phénomène tel que la gravité. On peut conceptualiser cela en imaginant une grande masse comme la terre reposant sur une immense feuille de caoutchouc. Une telle masse s’enfoncerait dans le caoutchouc, de même que la terre s’enfonce dans la structure de l’espace-temps. Des phénomènes sans masse sont affectés par cette courbure; ainsi un rayon lumineux qui passe près d’une grande masse est dévié par elle. Cette courbure est difficile à conceptualiser étant donné que l’espace-temps n’a pas de substance. Or, en fait, c’est le néant (le sans-substance) qui est courbé. Comme le fait remarquer Edmund Whittaker, “dans la conception d’Einstein, l’espace n’est plus une scène sur laquelle est joué le drame de la physique; il est lui-même un des acteurs. Car la gravitation, qui est une propriété physique, est entièrement contrôlée par la courbure, qui est elle une propriété géométrique de l’espace”.

Une géométrie imaginaire

Quelques physiciens croient que c’est la substance de ce néant qui compose les vrais constituants de la base de la matière. Déjà en 1876, W. K. Clifford théorisait que la matière n’est qu’un espace vide et courbe. John A. Wheeler résume la conception de Clifford en disant qu’il n’y a “rien dans le monde sauf un espace vide et courbé. La matière, les forces, l‘électromagnétisme et les autres champs d‘énergie ne sont que des manifestations de la courbure de l’espace. La physique est une géométrie.

Pour Wheeler, si nous pouvions examiner au microscope ce néant de l’espace, nous verrions que la structure de l’espace-temps se présente comme une mer turbulente remplie de bulles. Ces turbulences, ces bulles, sont la trame et les déformations de l’espace vide et contiennent ce qu’il appelle le “bouillonnement quantique”. Il écrit: “L’espace de la géométrie quantique peut être comparé à un tapis bouillonnant étendu sur un paysage qui ondule lentement… Les variations microscopiques et continuelles qui interviennent, les nouvelles bulles qui apparaissent et les anciennes qui disparaissent, symbolisent les fluctuations quantiques de cette géométrie.” Jack Sarfatti, sur la lancée de Wheeler, a précisé cette description imaginaire. Il conçoit ce bouillonnement quantique comme une mer turbulente formée de micro-trous noirs alternant avec des micro-trous blancs (il ne faut pas confondre ces micro-trous noirs avec les trous noirs astronomiques qui sont incomparables en taille). Ces minuscules trous noirs et blancs (de 10 -33 cm de diamètre, ayant une masse relativement énorme de 10 -5 g) apparaissent et disparaissent continuellement. Diverses forces électromagnétiques et gravitationnelles peuvent agir sur ce bouillonnement et former des modèles vibratoires, qu’on pourrait comparer aux ondulations causées par un caillou jeté dans une mare. Ce sont ces modèles vibratoires, ou ces ondulations du bouillonnement quantique, que nous détectons comme étant des particules subnucléaires, suggèrent Wheeler et Sarfatti. Certaines sont des protons, d’autres des neutrons. Ces modèles agissent les uns sur les autres pour former des atomes, qui agissent à leur tour pour former des molécules, qui agissent enfin pour former la substance du monde physique. Ainsi, aussi étrange que cela paraisse, les pierres et les étoiles seraient simplement des ondulations dans le néant.

Cela n’est évidemment qu’une conceptualisation un peu grossière de la courbure de l’espace-temps. Il nous est en effet difficile de concevoir un espace courbé. Car notre pensée est prisonnière des concepts relatifs à notre réalité. Il nous faudrait pouvoir étudier la structure de la réalité; mais ceci nous est impossible pour le moment. C’est comme si nous étions pris dans un miroir déformant, et que la lumière qui nous apporte des images du monde physique suivait la courbe de la surface du miroir. Les distorsions seraient invisibles pour nous.

Concevoir la matière comme des ondulations du bouillonnement quantique nous éclaire sur le paradoxe de la complémentarité. Ainsi qu’on l’a mentionné, un des mystères auquel doit faire face le physicien est que les particules élémentaires comme les électrons et les protons manifestent à la fois des propriétés ondulatoires et corpusculaires. Si les suppositions de Wheeler sont correctes, essayer de mesurer un électron est pareil qu’essayer de mesurer l’ondulation d’une banderole de soie flottant au vent. Depuis toujours, le physicien a recherché en quoi consistait la Réalité ultime de la matière; et il n’a découvert qu’un espace vide servant de scène au monde matériel. On imaginait que les particules élémentaires étaient très différentes de cette scène vide; cependant, comme le suggère Whittaker, la scène elle-même est devenue un des acteurs. La dualité particule/onde de la matière fait allusion, la première, à une liaison intime entre la matière et ce prétendu espace vide. “L’espace-temps est-il seulement une arène dans laquelle des forces et des particules se meuvent comme des entités physiques et étrangères? demande Wheeler. Ou bien n’existe-t-il que le continuum à quatre dimensions? La géométrie courbe et vide est-elle une sorte de matériau magique qui sert à construire tout ce qui se fait dans le monde physique? Avec une faible courbure pour décrire un champs de gravitation; une géométrie ondulatoire avec un autre genre de courbure pour décrire un champs électromagnétique; et une région de haute courbure pour décrire une concentration de charges et de masse-énergie? Les champs et les particules élémentaires sont-ils des entités étrangères immergées dans la géométrie, ou bien ne sont-ils rien d’autre que la géométrie?”

Dans la physique nouvelle, la matière et l’espace-temps vide deviennent ainsi la même chose. Les constituants de base de la matière ne sont pas des objets dans le sens où nous les connaissons, mais peuvent être perçus comme des micro-trous noirs et des micro-trous blancs.Wheeler propose d’appeler les bulles du bouillonnement quantiques des “Wormholes” (mot à mot “trou de ver”, Wheeler les nomme ainsi à cause de leur forme), des tourbillons. Ils se présentent un peu comme l’anse d’une tasse de thé, et ils peuvent relier deux régions de l’espace-temps comme l’anse met en contact deux portions de la tasse.

wormhole

La distance entre les pôles de deux wormholes varie énormément selon qu’on se trouve dans un espace à trois dimensions ou qu’on effecture le trajet à travers l’espace creux compris à l’intérieur de l’anse. Un wormhole à San Francisco et un autre à New-York, par exemple, sont distants de plusieurs milliers de kilomètres dans un espace à trois dimensions, mais la distance qui les sépare à travers l’espace creux d’une anse peut n‘être que de quelques centimètres. Les wormholes forment donc des trous dans l’espace-temps. Les trois dimensions apparentes de l’espace n’existent tout simplement pas au niveau du bouillonement quantique. Les wormholes dans la structure de l’espace de Wheeler créent une interconnexion quantique mettant chaque point de l’espace en contact avec tous les autres.

De nombreux écrivains ont relevé l’existence de tels trous dans l’espace-temps; et ils montrent que cela nous force à voir toute la géographie et toute l’histoire de l’univers comme quelque chose de non localisé, ou de directement adjacent à toute géographie et histoire. D Bohm et B. Hiley disent: “Il est généralement connu que la théorie quantique présente des traits communs et frappants avec la fiction… Cependant, on n’a pas assez souligné ce qui, à notre avis, constitue le trait le plus formidablement nouveau: l’interconnexion totale des divers systèmes qui ne sont pas en contact spatial.”

Toutes choses sont interconnectées. Les assertions de Georges Berkeley et d’Alfred North Whitehead, que la conscience et le monde physique sont liés, prennent une nouvelle signification à la lumière de la proposition de Wheeler. Non seulement voyager dans le temps et voyager plus vite que la lumière deviennent possibles, mais nous devons maintenant nous attendre à ce que tous les points du cerveau de l’homme soient en interférence, via le bouillonnement quantique, avec tous les autres points de l’univers. Cette liaison omnijective entre l’esprit et l’univers est souvent assimilée à la réalité du rêve. Dans un rêve, la limite entre conscience et réalité est abstraite. Je peux rêver que des amis et moi sommes assis en train de parler, mais la séparation entre l’image rêvée de mes amis, les chaises, et moi, n’est qu’une illusion. Tous les gestes et les objets sont subordonnées à la conscience du rêveur. La réalité du rêve est absolument omnijective.

Dans un univers dont la trame et les déformations sont le bouillonnement quantique, la structure de la réalité physique est indissociable de la structure d’un rêve. L’espace de Wheeler jette un doute sur l’existence tridimensionnelle des choses. Parce que les wormholes mettent en contact chaque point de l’espace avec tous les autres, l’univers s’effondre dans une seule dimension spécifique. En pratique, à partir d’une perspective située en dehors du bouillonnement quantique, ou en dehors de l’espace-temps, il semblera que l’univers n’a pas de dimension du tout. Cette situation est celle-là même qu’on rencontre dans la réalité du rêve. Nous rêvons à de vastes espaces, des pièces à trois dimensions avec des chaises, des tables, et des gens; mais les dimensions du rêve n’ont aucune réalité hors du rêveur.

Mysticime et Physique Nouvelle.

La lumière du cerveau

Les neurophysiologistes ne découvriront probablement pas ce qu’ils cherchent hors de leur propre conscience, car ce qu’ils recherchent est cette chose même qui est en train de chercher.”

“Il est aujourd’hui à peu près certain que le “siège de la conscience” ne sera jamais découvert par un neurochirurgien, parce qu’elle paraît moins impliquer un organe, ou plusieurs organes, que l’interaction de champs d‘énergie à l’intérieur du cerveau. Ces modèles d‘énergie seraient perturbés par une intervention chirurgicale, et ils ont disparu depuis longtemps dans les cadavres. Les neurophysiologistes ne découvriront probablement pas ce qu’ils cherchent hors de leur propre conscience, car ce qu’ils recherchent est cette chose même qui est en train de chercher.”

Keith Floyd, Of Time ans the Mind.

(…) John C. Lilly décrit dans The Human Biocomputer les expériences et les observations qu’il a faites en totale isolation sensorielle. Comme il l’explique, quand la conscience est coupée de tout stimuli extérieurs, l’esprit humain se met à créer son propre environnement. “On est conscient du silence dans la sphère d‘écoute; cela donne aussi un sens à l’espace qui se développe, alors que la peur et d’autres besoins grandissent. Autant dans la nuit et le silence, qu’en présence ou en l’absence de l’image du corps.“ Le soi intérieur de Lilly commençait à se sentir de plus en plus à l’aise dans le vaste espace intérieur. Son esprit commençait à explorer les espaces de projection. Au début, il créait de simples environnements, un son unique, une image solitaire. Mais à mesure que sa conscience s’habituait à ces nouveaux territoires, les projections devenaient de plus en plus complexes. Pour finir, Lilly se trouva en mesure d’expérimenter encore “d’autres univers” dans son espace de projection multidimensionnel.

(…) Il y a à l’intérieur de notre crâne des univers qui se superposent les uns aux autres. Un passage des Upanishads rend merveilleusement compte de cela: “Lorsqu’un homme va dormir, il emporte avec lui le tissu de ce monde qui contient tout; lui-même le met de côté, lui-même le construit de toutes pièces, et il rêve à travers sa propre clarté, à travers sa propre lumière. Alors, cette personne est illuminée. Il n’y a là ni chariots, ni boeufs, ni route. Mais il extrait de lui-même chariots, boeufs et route. Il n’y a là ni citernes, ni bassins de lotus, ni courants. Mais il extrait de lui-même citernes, bassins de lotus, courants. Car il créateur.”

Un nombre croissant de neurophysiologistes étudient les fonctions supérieures du cerveau en les comparant aux systèmes nerveux optiques qui produisent une forme de bioluminance. Cette lumière à l’intérieur du cerveau est peut-être la source d’illumination dont parlent les Upanishads. Keith Floyd montre que la zone du “cerveau moyen” située juste derrière le chiasma des nerfs optiques est le lieu neural qui agit comme une plaque holographique. La glande pituitaire, le thalamus, l’hypothalamus, et la glande pinéale en particulier paraissent associés au phénomène de conscience. Nombreux sont ceux qui pensent que la glande pinéale est le vestige d’un organe sensoriel. Elle serait composée d’un tissu sensible à la lumière, comme la rétine de l’oeil. “ceci, précise Floyd, donnerait du poids à l’idée qu’elle servirait de plan au modèle d’ambiguïté sur lequel sont construites les perceptions, et où sont reconstitués les souvenirs.” (Comme c’est approprié, quand on pense que l’Orient considère depuis longtemps cet organe comme le troisième oeil, ou comme la porte de l‘éveil spirituel.)

En essayant de déterminer les relations existant entre les différents organes du cerveau, la neurophysiologie a soulevé un problème passionnant. Si la glande pinéale joue vraiment un rôle essentiel dans les questions touchant à la mémoire et à la perception, son ablation devrait entraîner une profonde ou même une totale rupture de ces fonctions. Or, ce n’est pas le cas. L’excision de la glande pinéale chez des rats disloque l’horloge biologique de l’organisme, mais apparemment guère autre chose. Floyd dit alors en conclusion: “…des considérations ultérieures me suggéraient que l‘écran, la plaque holographique que j’ai essayé pendant longtemps d’identifier comme un organe, doit en fait être une fonction d’une zone du cerveau plutôt qu’un organe. Il commençait à apparaître que la glande pinéale occupe le point moyen au coeur d’un champ d‘énergie neural. C’est à ce point que jaillit la lumière, qui est ressentie comme le plan de conscience sur lequel les paires images/objets, en se transformant, représentent la réalité extérieure.” La conclusion de Floyd est donc que la conscience n’engage pas tant un organe, ou un groupe d’organes, que l’interaction de plusieurs champs à l’intérieur du cerveau.

La théorie du Bootstrap

L’interconnexion de toutes les portions du cerveau révèle les mêmes propriétés de champs que celles qui existent entre les cellules céphaliques et caudales dans le développement de l’embryon de la salamandre, ou entre deux particules indiscernables dans l’expérience de la double fente. Il est possible que ce soit là où se trouve le secret du lien entre esprit et matière. “En dernière analyse, dit le docteur Burr, l’univers est une unité, toutes ses parties sont liées à sa totalité; il y a nécessairement des liens réciproques entre la totalité de l’univers et les activités de ses composants individuels. Depuis la théorie générale de Einstein — même s’il lui manque une validation finale et complète en ce qui concerne la loi de gravité — il est clair qu’une des caractéristiques de l’univers provient des champs de forces qu’on peut mesurer à l’aide d’instruments. Cela n’a pas d’importance, qu’on les appelle champs électrostatiques, champs électromagnétiques ou champs électrodynamiques. Le nom n’est jamais que la conséquence de la méthode utilisée pour les étudier. En d’autres termes, il y a une caractéristique unifiante de l’univers que nous ignorons en général, et ce sont ses propriétés de champ.”

Bohm et Hiley défendent un point de vue téléologique sur l’organisation de la matière assez proche de celui des champs-L de Burr: aucune tentative pour affirmer l’existence indépendante d’une partie ne pourrait nier cette totalité indivise… Cela ne signifie pas nécessairement que les sous-systèmes sont toujours spatialement plus petits que les systèmes en totalité. Disons plutôt que ce qui caractérise un sous-système, c’est sa relative stabilité et sa capacité d’indépendance de comportement dans les limites du contexte dont nous discutons.”

Le glissement d’un univers causal vers un univers téléologique, l’interdépendance de toutes les parties contenant la totalité, l’idée de Burr que la gravité doit être vue comme un maître-champ gouvernant l’organisation de tous les phénomènes — tous ces points de vue sont en totale contradiction avec nos notions de physique classique. En 1968, le philosophe Geoffrey Chew formula la fameuse théorie du “Bootstrap”, qui fut reprise et développée par F. Capra. Cette théorie rejetait définitivement la conception mécaniste du monde, telle qu’elle fut arrêtée par Newton. On n’y voit plus le monde comme quelque chose de construit à partir d’entités fondamentales et régi par des propriétés fondamentales. On n’y conçoit plus l’univers comme un assemblage de parties indépendantes, comme les touches de peintures d’un tableau impressionniste. C’est un hologramme, une trame dynamique d‘événements reliés dans laquelle toute partie détermine la structure de l’ensemble.

L’approche holographique de la conscience (et à vrai dire l’approche holographique de l’univers tout entier) est sûrement celle qui relie le plus physique et mysticisme sans qu’aucun de ces deux domaines ne perde son identité. On se souvient de la parabole du filet d’Indra, dans l’Avatamsaka Sûtra, où l’univers est perçu comme une sorte d’immense réseau cosmique où les choses et les gens s’entremêlent. “Dans le paradis d’Indra, il est dit qu’il existe un filet de perles disposées de telle manière que si vous regardez l’une d’elles, vous voyez toutes les autres qui se reflètent en elle. De façon identique, chaque objet du monde n’est pas simplement lui-même, mais il comprend tous les autres objets, et il est en réalité toutes les autres choses. Dans chaque parcelle de poussière, il y a des Bouddha présents sans nombre.”

Le constructeur de réalité

L’approche holographique de la conscience peut être résumée comme suit: d’abord, elle évince la théorie des béhaviouristes qui établit que notre comportement mental doit être interprété en termes de stimulus et de réponse. Nos processus de pensée sont holographiques dans la mesure où toutes nos pensées renvoient indéfiniment à d’autres pensées. Le stockage d’information est un processus incroyablement complexe. On ne peut pas le considérer comme une suite alphabétique; autrement, chaque fois que quelqu’un dirait le mot “océan”, par exemple, il nous faudrait en chercher le sens parmi toutes les associations que le mot “océan” évoque pour nous. Or, nous n’avons pas besoin de remonter toute une série de mots, et cela se fait en un temps très bref. D’une façon ou d’une autre, le mot “océan” effleure simultanément toutes nos pensées et tous nos souvenirs, et fait surgir presque instantanément les associations que nous recherchons. Cela est la clé de la créativité; que toute pensée est contenue dans chaque autre pensée, comme les perles dans le filet d’Indra, ou le Bouddha contenu dans chaque Bouddha lui-même contenu dans chaque Bouddha. Nos pensées sont comme les poupées russes: chacune contient toutes les autres. Et seule une vue holographique de la conscience peut fournir une métaphore adéquate pour un processus aussi insondable.

Le second aspect de l’approche holographique concerne les implications qu’elle a sur la conscience en tant que champ unitaire. Si la conscience est un champ, et se déplace sur l’ensemble continu des champs qui organisent la matière, nous avons une explication de l’action réciproque de l’esprit et de la matière. Le physicien Jack Sarfatti défend cette idée; et, comme Burr, il fait l’hypothèse que la gravitation est le maître-champ qui unifie l’univers. Les champs de gravitation ou gravitons sont responsables des propriétés téléologiques de la conscience et de la matière. Sarfatti précise que “chaque sorte de graviton lourd est responsable, à une certaine échelle, de l’organisation de la matière. Par exemple, tel type de graviton lourd crée les formes nucléaires qui organisent les noyaux des atomes. Tel autre est responsable de l’organisation de la matière en ce qui concerne les électrons. Un graviton lourd d’un intérêt particulier est le biograviton (dont il existe plusieurs sous-variétés) qui est responsable de l’organisation des systèmes vivants. Il y a encore d’autres types de gravitons lourds qui organisent la matière à des échelles plus grandes de l’espace et du temps (telles les galaxies).”

La psychokinèse pourrait être expliquée par la théorie de Sarfatti, qui postule que la conscience contrôle les champs de biogravitation. Ces champs (biogravitons de conscience) peuvent interagir avec d’autres niveaux d’organisation, tels que le champ de gravitation d’Einstein et même les champs atomiques et nucléaires qui gouvernent la matière. Si cela est, une telle image cosmique (Bootstrap) de l’esprit et de la réalité fournit une explication physique à ce que nous pourrions appeler le constructeur de réalité — cette portion de la conscience qui permet à certains individus de maîtriser les prétendues lois de la physique.

Le champ de conscience peut appartenir au même continuum que le champ qui donne l’illusion du potentiel quantique. L’interaction des deux champs devrait expliquer de façon sûre comment l’esprit du participant peut affecter l’endroit où une particule ira, dans l’expérience de la double fente. L’hologramme de la conscience est un champ de biogravitation et l’hologramme de la matière un champs de gravitation. La matière et la conscience sont un continuum. La proposition de Burr que le champs-L détermine et est déterminé par ses constituants et celle de Wheeler que l’univers est créé par la participation de ceux qui participent sont des observations sur l’aspect téléologique de la réalité elle-même. Ainsi éclairés, l’esprit et l’univers deviennent un immense espace de projection multidimensionnelle — ou plus simplement un champs à l’intérieur de champs à l’intérieur de champs.

Vous rêvez que vous êtes assis à une table avec un homme et une femme. Où se trouve votre conscience? Vous pouvez rêver qu’elle se trouve dans la tête du vous que vous êtes en train de rêver. Vous pouvez rêver qu’elle est dans la tête de l’homme, ou dans la tête de la femme. Vous pouvez rêver qu’elle est dans la table. Où est votre conscience ?

Vous avez un hologramme de 10cm sur 15cm d’une rose. Où est l’image de la rose dans l’assiette?

Si la matière et la conscience sont toutes les deux des types de champs de gravitation, elles sont comme deux vagues sur le même bassin. L’univers est comme l’assiette holographique. L’esprit est comme l’image de la rose. Un caillou jeté dans n’importe quel endroit du bassin affectera le bassin tout entier.

Ce qui se passe dans la conscience affecte l’univers tout entier.

Mysticisme et Physique nouvelle.

L’hypothèse des mondes multiples

Dans un tel «Â jardins aux sentiers qui bifurquent », la solution du paradoxe de l’indéterminisme peut être un univers où tous les résultats possibles d’une expérience arrivent vraiment.

(…) Ils établirent [Hugh Everett et John A. Wheeler] … l’interprétation d’Everett-Wheeler, qui n’exige aucune modification des bases mathématiques de l‘équation de Schrödinger. En résumé, leur interprétation :

  1. Accepte les mathématiques de Schrödinger.
  2. Accepte qu’aucune des branches de l‘équation de Schrödinger ne s’effondre.
  3. Récuse l’existence d’une réalité physique.

L’hypothèse d’Everett-Wheeler accepte l’interprétation conventionnelle des probabilités, tout en y apportant une importante mise en garde. Les probabilités qui se rapportent à la théorie quantique sont différentes dans leur concept, et ne devraient pas être confondues avec les probabilités telles qu’elles sont comprises dans les mécaniques statistiques. La théorie quantique décrit de façon mathématique un univers où le hasard n’est pas une mesure de notre ignorance d’un système, mais est quelque chose d’absolu. On ne peut donc pas éviter que des états comme le dédoublement de la fonction d’onde aient lieu. Les embranchements de la fonction d’onde se séparent suivant les différentes possibilités d’un système de mesure donné. Ce comportement fait partie des mathématiques de l‘équation de Schrödinger. Parce que le hasard n’est pas une mesure de notre ignorance du système, la nouvelle information ne devrait pas nous faire refuser ou modifier l‘équation.

Le problème est exactement le même que celui auquel furent confrontés les enfants de Ts’ui Pên. L’interprétation d’Everett-Wheeler accepte les trois problèmes rencontrés par les interprétations précédentes, mais défie nos conceptions intuitives du temps. Everett et Wheeler proposent un univers qui se fractionne continuellement en un nombre prodigieux d’embranchements. En allant plus loin, chaque transition quantique, prenant place sur chaque étoile, dans chaque galaxie, dans chaque recoin de l’univers, partage notre monde terrestre en des myriades de copies de lui-même.

La possibilité qu’il existe 10 100 univers, tous copies imparfaites de tous les autres et tous inconscients de la présence des autres, a des conséquences étonnantes. Dans l’expérience de Schrödinger, pour chaque chat qui survit dans notre univers, un chat meurt dans un autre univers. La fonction d’onde fait que l’univers se fractionne en deux, et le paradoxe est résolu. Comme la catastrophe de régression infinie de Von Neumann l’implique, chaque événement quantique dans notre univers provoque un nombre infini de divisions dans lesquelles la probabilité nous dicte que toutes les réalités possibles existent. Dans un tel «Â jardins aux sentiers qui bifurquent », la solution du paradoxe de l’indéterminisme peut être un univers où tous les résultats possibles d’une expérience arrivent vraiment.

Cette interprétation, comme toutes celles qui l’ont précédée, a ses problèmes. Un formalisme mathématique qui contient sa propre interprétation ne peut jamais recevoir de support opérationnel de laboratoire. Mais si une telle expérience pouvait être réalisé, elle se dédoublerait et contiendrait encore tous les résultats possibles. L’interprétation d’Everett-Wheeler, comme le chat qui est à la fois vivant et mort en proportion égale, se justifierait et se réfuterait elle-même au même instant.

Cependant, puisque nous sommes forcés d’accepter la logique du oui-et-non dans le fait que les électrons se présentent au même moment comme des ondes et des particules, nous devrions faire attention à la suggestion du calcul oui-et-non de Wheeler. L’interprétation d’Everett-Wheeler (qu’elle soit ontologiquement correcte ou non) est peut-être la seule réponse qui sied.

Ceci nous amène une fois de plus à la relation entre conscience et réalité. La participant de Wheeler est implicitement suggéré dans l’interprétation des mondes multiples. Si les deux résultats de l’expérience du chat de Schrödinger arrivent, certains dispositifs de déclenchement à l’intérieur de la conscience doivent décider quelle solution choisir. Jack sarfatti explique que: «Â Ainsi nous introduisons le méta-principe du participant: facteur déterminant pour qu’un saut quantique individuel soit associé à la volonté du participant. En général, la volonté collective des participants ne converge pas d’une manière cohérente, et c’est cela qui donne l’apparence du caractère fortuit de la probabilité quantique. »

Sarfatti stipule que le concept de participant peut être aussi bien utilisé pour expliquer d’autres phénomènes. Par exemple, dans un mouvement brownien (mouvement constant et désordonné des particules dans un liquide ou dans un gaz), il avance que c’est l’esprit du participant qui détermine le mouvement des particules. Le caractère fortuit du mouvement brownien est dû à la présomption que la volonté collective des participants ne converge généralement pas. Ainsi, Sarfatti suggère que la particule est propulsée dans un mouvement brownien, qui est créé par le fonctionnement mental subconscient de tous les participants. Il dit: «Â Le participant, dans une expérience quantique particulière en laboratoire, peut être l’expérimentateur lui-même quoique, à un niveau plus profond, il doit inclure également toute la gamme des systèmes vivants. Tous les systèmes de conscience, indépendamment de leur localisation spatio-temporelle par rapport à l’appareillage expérimental, contribuent à l’ensemble du potentiel quantique ressenti par les photons ou les électrons individuels.

Sarfatti pense que le principe du participant est responsable des dons psychiques apparemment miraculeux, du genre de ceux d’Uri Geller. Si de tels dons sont véritables, des gens comme Uri Geller devraient être capables, par un acte de volonté, de contrôler de façon répétée la zone d’impact des particules individuelles lors de l’expérience de la double-fente que nous avons mentionnée.

Les points de vue des physiciens sont en train de changer. Il s’est écoulé cinquante ans depuis que Heisenberg a énoncé son principe; le milieu scientifique commence doucement à reconsidérer ces problèmes. Cependant, les mystiques affirment depuis des centaines d’années que matière et conscience sont deux aspects différents d’un même quelque chose. Pour tous ceux qui ont passé leur vie à essayer de pénétrer les secrets de la matière, la physique nouvelle apporte un message; pas un message nouveau, mais un message qui peut très bien devenir l’une des plus grandes re-découvertes que l’humanité ait jamais faite. Peut-être le changement sera-t-il ressenti comme un roulement de tonnerre. Peut-être sera-t-il si subtil et si progressif que nous ne le sentirons pas plus que les anti-coperniciens de l‘époque de Galilée ne sentaient que la terre tournait. Quel que soit le cas, le message de la physique nouvelle est que nous sommes des participants dans un univers toujours plus merveilleux. Nous avons pénétré la matière, y avons trouvé l’illusion — et un peu de nous-même.

Il n’y a pas de différence entre oui et non.
Cet énoncé est-il correct ?
Oui et non. Paradoxe sans fin.

Mais si l’esprit choisit sa réalité Il n’y a pas de paradoxe.

Dans un rêve, rêvons-nous que quelqu’un est vivant ou mort ?
Certainement, nous rêvons ce que nous choisissons.

Le chat de Schrödinger est-il mort ou vivant ?

Mysticisme et Physique Nouvelle.

L’observateur et le participant

Se peut-il que l’univers, grâce à une perception singulière, soit amené à exister par la participation de ceux qui participent?

«Â Le plus important en mécanique quantique est qu’elle anéantit le concept du monde extérieur «Â se tenant là », avec un observateur à l‘écart derrière une vitre de vingt centimètres d‘épaisseur. Ne serait-ce que pour observer un objet aussi minuscule qu’un électron, l’observateur doit faire éclater la vitre. Il doit aller jusqu‘à lui. Il doit installer ses instruments de mesure. C’est à lui de décider s’il va mesurer une position ou un «Â moment ». En tout état de cause, il ne peut mesurer l‘électron. L’univers après coup ne sera jamais tout à fait le même. Pour décrire ce qui est arrivé, il faut remplacer l’ancien mot d’«Â observateur » par celui de «Â participant ». De façon assez étrange, l’univers est un univers de participation. »

John A. Wheeler, The physicist’s Conception of Nature.

(…) Dans l’univers de la physique classique, c’est-à-dire dans un univers excessivement causal, un tel indéterminisme est une révolution. Il constitue un des changements les plus radicaux dans notre façon de percevoir la réalité. Il boulverse nos intuitions. Et il démolit nos fausses conceptions en ce qui concerne la continuité des événements physiques. Dans The Human Use of Human Beings, Norbert Wierner note que ce n’est ni Heinseberg ni Planck, mais Willard Gibbs, qui le premier proposa l’idée d’un univers contingent (prévisible seulement à l’intérieur de certaines limites statistiques), en l’opposant à un univers déterministe. Gibbs formula ses idées sur la contingence dans les années 1870. Il montra qu’il y a une écrasante probabilité pour que, chaque fois qu’on frappe une boule de billard au «Â même » endroit, avec la «Â même » force, elle réagisse de la «Â même » manière. Mais il y a des cas limites — des singularités à la lisière de notre réalité de cause et d’effet — qui indiquent l’existence de cette contingence de l’univers. Dans un univers contingent, bien que la boule de billard réagisse la plupart du temps de la «Â même » manière, il y a une chance pour qu’elle ne réagisse pas, ou du moins pour qu’elle fasse quelque chose de complètement imprévisible. Selon le principe de Gibbs, un physicien ne peut plus prendre en compte ce qui arrive dans tous les cas, mais seulement ce qui arrive dans une écrasante majorité de cas.

Le fondement de la théorie des quanta est que les particules n’agissent pas de façon isolée; par conséquent, on ne peut en parler qu’en termes de probabilités. Et la causalité apparente de l’univers provient de ce que les probabilités, dans des systèmes plus grands que ceux des atomes et des corpuscules, sont extrêmement proches de 1. L’immense probabilité que des éclipses aient lieu à certaines dates est le résultat statistique d’un nombre infini d‘événements de la mécanique quantique. Wiener écrit: «Â …dans un monde de probabilités, nous ne nous occupons plus de quantités ni d‘énoncés qui concernent un seul univers, réel, total et spécifique, au contraire nous posons des questions qui peuvent trouver une réponse dans un très grand nombre d’univers similaires. Le hasard a ainsi été intégré, non seulement comme un outil mathématique à l’usage de la physique, mais comme une partie de sa trame et de ses déformations.

(…) Essayant de résoudre l‘énigme de la fonction d’onde, tout en maintenant l’existence d’une réalité objective, le lauréat du prix Nobel de physique 1963, Eugène Wigner, proposa une seconde solution. Si l‘équation de Schrödinger doit représenter la réalité, peut-être est-ce la conscience elle-même qui est cette variable cachée, et qui choisit quelle solution de l‘événement est la bonne. Wigner fit remarquer que le paradoxe du chat de Schrödinger ne survient qu’après que le signal de mesure entre dans la conscience humaine. Autrement dit, le paradoxe ne survient dans le cours de l’expérience qu’au moment précis où intervient l’observation humaine.

Si l’on suit Wigner, tout ce que la mécanique quantique a la prétention de faire, c’est de fournir des relations statistiques entre les aperceptions de la conscience. Il affirme qu’il est impossible de donner une description des processus de la mécanique quantique sans «Â se référer clairement à la conscience ». Dans le paradoxe du chat de Schrödinger, c’est la conscience de l’observateur qui intervient et qui sert de déclic pour dire laquelle des solutions doit être observée.

Dans Symmetries ans Reflections, Wigner ébauche une description mathématique pour illustrer ce qui doit se passer quand la conscience affecte l’observation. Il écrit: «Â L’argument précédent, qui différencie le rôle des instruments d’observation inanimés de celui des observateurs dotés de conscience, est entièrement concluant aussi longtemps qu’on accepte les principes de la mécanique quantique orthodoxe, avec toutes leurs conséquences. Sa faiblesse à montrer un effet spécifique de la conscience sur la matière réside dans le fait qu’il est totalement dépendant de ces principes. » L’idée que la conscience affecte la matière est un énoncé inhabituel pour un physicien. Dans son approche mécaniste et empirique, la science s’est toujours efforcée de refouler le fantôme de la conscience hors de toute formulation des lois physiques. La suggestion de Wigner — qu’une relation entre conscience et réalité objective, en tant que nature de la causalité, ait besoin d‘être réexaminée — constitue une démarche radicale par rapport à la physique classique. Cependant, même s’il propose une nouvelle relation entre observateur et observé, Wigner maintient que la délimitation entre conscience et réalité ne peut pas être éliminée. Il y a toujours deux sortes de réalité — l’une subjective et l’autre objective. Le domaine classique de la réalité objective devient simplement relatif.

(…) Le physicien de Princeton, John A. Wheeler, pense que le terme d’«Â observateur » devrait être remplacé par celui de «Â participant ». Ce remplacement, selon lui, devrait explicitement souligner le rôle nouveau que la conscience joue dans la physique. Au lieu de refuser l’existence d’une réalité objective, il affirme au contraire que la réalité objective et la réalité subjective se fabriquent, en quelque sorte, l’une l’autre. Elles forment des systèmes «Â auto-excités », et ne sont amenées à exister que par «Â autoréférence ». Il écrit: «Â Se peut-il que l’univers, grâce à une perception singulière, soit amené à exister par la participation de ceux qui participent?… l’acte vital est l’acte de participation. Le participant est un nouveau concept qui nous est donné par la mécanique quantique. Il chasse le terme d’observateur de la théorie classique, cet homme qui se tenait à l’abri derrière la vitre et regardait ce qui se passait sans y prendre part. » Et Wheeler conclut: «Â Il ne peut en être qu’ainsi, c’est la mécanique quantique qui le dit. »

La notion de participant de Wheeler révèle la nature mystique de la physique nouvelle. A ce sujet, il est bon de rappeler l’affirmation de Jeans disant que l’esprit est le créateur et l’organisateur du royaume de la matière.

Mysticisme et Physique Nouvelle.

Nous avons rêvé le monde

La physique nouvelle dit qu’il n’existe pas de monde physique en soi, et que c’est la conscience qui le crée totalement.

(…) L’interprétation de la théorie quantique selon Everett et Wheeler établit que le formalisme mathématique de la physique quantique produit sa propre interprétation. En d’autres termes, cela signifie que tous les résultats d’une expérience sont possibles, selon l’interprétation qui en est donnée, et existent dans une quantité indéfinies de réalités parallèles. A côté des étonnantes implications qu’offre une telle conception, le théorème d’Everett-Wheeler présente le même paradoxe que celui du Dieu tout puissant qu’on rencontre en théologie. Si jamais on effectuait une expérience pour tester le théorème d’Everett-Wheeler (une telle expérience serait par nature impénétrable!), il résulterait qu’on pourrait à la fois le prouver et le nier simultanément.

De la même façon, le cybernéticien Norbert Wiener écrit dans God and Golem, Inc. : «Â j’ai déjà mentionné les difficultés intellectuelles qui surgissent de notions telles que omnipotence, omniscience, etc. Elles apparaissent sous la forme la plus grossière dans la question suivante, que les gens ironiques posent souvent aux théologiens: «Â Est-ce que Dieu peut fabriquer une pierre si lourde qu’Il ne puisse pas la soulever? » S’Il ne le peut pas, il y a une limite à Son pouvoir, ou du moins il apparaît qu’il y en ait une; et s’Il le peut, cela semble également constituer une limite à Son pouvoir. »

Ces deux exemples, mis à part les «Â jeux de mots » qu’ils présentent, indiquent la difficulté de cerner l’idée d’infini. Au XIX e siècle, le mathématicien Georges Cantor examina les idées intuitives qu’on avait sur l’infini, et il les compara à ce qu’on savait du point de vue mathématique. Il orienta ses recherches sur les séries infinies et découvrit que certains infinis étaient «Â plus grands » que d’autres. Il créa ainsi un système mathématique complet autour de ces étonnants nombres «Â transfinis ». Cantor démontra qu’il y a autant de nombres entiers pairs que de nombres entiers. Il y a également autant de nombres entiers que de fractions. Le nombre de ces ensembles est le nombre cardinal aleph zéro.

Cantor a aussi démontré qu’entre deux points quelconques d’une droite il y a «Â plus » qu’un nombre infini de points; et il renvoyait ce plus-qu’un-nombre-infini au nombre aleph. Entre deux points quelconque situés sur un segment AB, il y a aussi des points aleph, etc., ad transfinitum; ce qui signifie qu’un aleph est égal à chacune de ses parties. Le nombre de points d’un carré est aussi aleph, qui est égal au nombre de points d’un solide géométrique de dimension n.

Parce qu’aleph est égal à chacune de ses parties, la seule manière d’obtenir un nombre plus grand qu’aleph (un nombre plus grand que le nombre qui est plus grand que l’infini) consiste à élever aleph à la puissance aleph. Ce nombre est un aleph un, il il a été démontré qu’aleph un est le nombre de toutes les courbes rationnelles possibles dans l’espace. Aussi incroyable que cela soit, Cantor révéla qu’il est possible de construire des séries de cardinalité toujours plus élevée, sans limitation d’un nombre cardinal transfini supérieur. En vérité, les nombres cardinaux transfinis constituent un ensemble dont la fin est inimaginable.

Avant de nous sentir trop boulversés par notre incapacité à saisir les nombres transfinis, il serait juste de précier que Cantor devint fou à force de jouer avec ses alephs. Il est évident que l’univers ne se prête pas toujours de lui même à une conceptualisation directe. L’interprétation quantique de Everett-Wheeler et le paradoxe de la toute-puissance de Dieu démontrent tous les deux que nous sommes incapables de comprendre de façon intelligible l’infini. Les notions d’infini, d’infini au-delà de zéro, de zéro au-delà de zéro, d’infini à la puissance infini, etc., sont ce que Wiener appelle des «Â formes indéterminées ». La difficulté qu’elles présentent réside dans le fait que l’infini ne se conforme pas aux conditions ordinaires de quantité et de nombre. Nous découvrirons tout au long de ce livre qu’aussi bien les physiciens que les mystiques sont confrontés à ces nombreuses formes indéterminées. L’intuition nous induit en erreur, le langage nous trahit, et nous verrons que notre compréhension de l’univers repose sur des modes de pensée que la civilisation occidentale commence à peine à sentir. La découverte de ces formes indéterminées, notre manière d’en parler et d’y penser se situent précisément là où convergent le mysticisme et la physique nouvelle.

(…) Le rôle déterminant qu’occupe la conscience dans le fonctionnement du monde physique, en y participant, en l’affectant, que ce soit au niveau des constituants de la matière, de l’espace et du temps — nous reviendrons sur cette notion tout au long de ce livre —, nous ramène à la position avancée par Borges dans Enquêtes. Celui-ci disait: «Â Nous avons rêvé le monde. » La physique nouvelle dit qu’il n’existe pas de monde physique en soi, et que c’est la conscience qui le crée totalement. Les conséquences de cette conception commencent à peine à émerger vraiment dans la physique. C’est ce qu’exprime l’astrophysicien sir James jeans dans The Mysterious Universe. «Â De nos jours, écrivait-il, il existe un consensus — et en ce qui concerne les sciences physiques il est presque unanime — pour dire que le courant de la connaissance est en train de s’orienter vers une conception non mécanique de la réalité. L’univers commence à se présenter plus comme une grande pensée que comme une grande machine. L’esprit n’apparaît plus comme un intrus accidentel dans le royaume de la matière; nous commençons à nous rendre compte que nous devrions plutôt saluer en lui le créateur et l’organisateur de ce royaume de matière… »

C’est là que se confondent physique et mysticisme. Si nous examinons attentivement l’univers, nous devons admettre que les formes indéterminées auxquelles nous sommes confrontés suggèrent l’idée d’une illusion enveloppant totalement la ralité. Nous touchons là à l’essence même du rêve. Mais nous avons joué avec la pensée des idéalistes et nous devons maintenant faire face aux observations des physiciens. Il reste à voir comment la nature omnijective de la réalité transformera la civilisation occidentale. La seule certitude que nous ayons à ce sujet est que cette transformation sera stupéfiante.

Mysticisme et Physique Nouvelle.

La totalité indivise de l’univers

Jack Sarfatti écrit: «Â Des signaux circulent à travers les interférences des wormholes, sans cesse en train d’apparaître et de disparaître, et ils fournissent des communications instantanées entre toutes les parties de l’espace.

L’idée de James jeans, d’opposer un univers qui serait une pensée géante au lieu d’une machine géante, fut reprise en écho par la physique quantique. Jack Sarfatti écrit: «Â Des signaux circulent à travers les interférences des wormholes, sans cesse en train d’apparaître et de disparaître, et ils fournissent des communications instantanées entre toutes les parties de l’espace. On peut comparer ces signaux aux impulsions nerveuses d’un immense cerveau cosmique qui se serait infiltré dans toutes les parties de l’espace. Cette vision géométrique des choses est motivée par la relativité générale d’Einstein. Un point de vue semblable est donné par l’interprétation de la physique quantique de Bohm. A mon avis, ce n’est qu’un accident, car je soupçonne la relativité générale et la théorie quantique d‘être deux aspects complémentaires d’une théorie plus profonde qui engagerait une sorte de conscience cosmique comme concept-clé. »

Le continuum omnijectif du rêve fournit une bonne explication du phénomène causal. Je peux, par exemple, rêver que je contemple une fleur et provoquer ainsi sa floraison. C’est un événement parfaitement normal dans un rêve. Je ne me pose pas la question de savoir pourquoi la fleur s’est épanouie en harmonie avec mon caprice. Aucune énergie psychokinétique, aucune interaction, n’ont eu besoin de passer entre la fleur et moi pour expliquer cette cause et effet. La conscience du rêveur génère elle-même l’espace-temps du rêve.

Dans un ordre d’idée légèrement plus bizarre, je pourrais rêver que je suis un électron dans l’expérience de la double fente. Je suis un des 10% à passer au travers de la fente et à heurter l‘écran. Parce que la loi de distribution statistique, qui est aussi mon caprice, a été accomplie, je veux que tous les électrons qui passeront ultérieurement par la fente aillent heurter d’autres zones de l‘écran. Là encore, aucune énergie électromagnétique, aucune interaction n’ont eu besoin de passer entre l‘électron (moi) et les autres électrons pour expliquer le potentiel quantique qui existe entre nous.

La travail de Bohm et Hiley a révélé qu’on ne pouvait pas analyser l’univers en le divisant en parties. Selon leurs propres termes: «Â Notre travail a fait ressortir de manière intuitive comment et pourquoi un système quantique à plusieurs corps ne pouvait pas être convenablement analysé en parties existant séparément, avec des relations dynamiques fixes et déterminées entre elles. Il faut plutôt voir ces parties en connexion les unes avec les autres, et considérer que leurs relations dynamiques dépendent, d’une manière irréductible, de l‘état du système en totalité (et à vrai dire des systèmes plus vastes dans lesquels elle sont contenues, système s‘étendant en principe jusqu‘à l’univers tout entier). Ainsi, on est conduit à la notion de totalité indivise de l’univers qui nie l’idée classique d’analyse du monde en parties existant séparément et indépendamment les unes des autres… »

On peut penser que l‘état de rêve se substituerait encore une fois à une telle totalité indivise. Et que la relation entre deux particules qui dépendent de quelque chose se situant au-delà de ce qui peut être décrit en terme de particules prises isolément indique que l’univers est holistique ou global. Comme le modèle holographique de conscience présenté au chapitre précédent, comme la conscience cosmique de Sarfatti, ou la pensée de Jeans, la totalité indivise de l’univers de Bohm et Hiley nous fournit une image de l’univers que les mystiques ont prônée pendant des siècles.

(…) Il s’avère donc que, si la réalité que nous percevons comme l’univers physique était examinée au microscope, nous découvririons que c’est un super-hologramme. Comme le précise Charles Muses, «Â nous vivons dans un monde de projection, un monde d’hologrammes solides et neuro-métalliques, un monde de simulacres ». En réalité, les feuillages et les montagnes ne sont que des configurations d’ondes/particules microscopiques et turbulentes.

Il est facile de comprendre que l’image qui apparaît sur un poste de télévision est en fait un artifice: un mirage formé à partir d‘énergies électromagnétiques. Il est plus difficile d’imaginer que la réalité est un mirage de même nature: un rayon de lumière attiré et enfermé par gravitation dans un super-hologramme, point final. Muses observe que, «Â … ici nous hésitons, mais ce n’est pas du tout un «Â point final »; car l’action existait et existe quelque part, et l’appareil de projection est, à tout le moins, le plus illusoire des deux — il n’est certainement pas la réalité ultime de l’action qu’il sert à dépeindre. En fait, toute la science de la projection est hors de propos à côté de la réalité de l’action. »

La monde paraît terriblement solide. En essayant de comprendre ce qu’est la substance de la réalité, nous tombons dans une impasse et avons toutes les chances d‘être emprisonnés dans un miroir déformant. D’une façon un peu pythagorienne, Wheeler trouve que la structure de l’espace-temps, l’essence même de la réalité, n’est qu’une géométrie. dans «Â The Space-Time Code », Davis Finkelstein affirme quant à lui que l’espace-temps est une construction statistique, faite à partir d’une structure quantique «Â pré-géométrique » plus profonde, dans laquelle le processus est fondamental. «Â Selon la théorie de la relativité, écrit-il, le monde est une collection de processus (d‘événements) ayant une structure chronologique ou causale, unifiée de façon inattendue. L’objet est alors secondaire; il est issu d’une longue série causale d‘événements. Selon la mécanique quantique, le monde est une collection d’objets (de particules) ayant une structure théorique ou logique unifiée de façon inattendue. Le processus est alors secondaire, c’est un arrangement d’objets ou un arrangement de leurs conditions originales et finales. »

«Â Que devons-nous construire avec nos quantas, demande Finkelstein, des choses qui sont ou des choses qui deviennent, des essences ou des existences? » Finkelstein poursuit ce qu’il nomme une physique existentielle et accorde sa faveur au modèle du processus. La réalité est un processus. Mais tenter de pénétrer la signification ultime de la substance de ce processus nous ramène toujours à cette maya très particulière: une géométrie pure, des ondulations dans le néant.

Il nous faut croire, comme Muses, qu’une finalité plus importante concerne l’appareil de projection du super-hologramme. Finkelstein propose que les systèmes primordiaux, les électrons par exemple, sont des processus élémentaires et pas du tout des objets. Ces processus élémentaires sont assemblés comme dans des «Â séries de codes génétiques », afin de constituer des objets simples, qui sont entrelacés et s’entrecroisent pour fabriquer des objets plus complexes et former leurs interactions. mais alors, est-ce que ces séries de codes font partie de l’appareil de projection?

La performance du grand prêtre du Tamil rend évident que nos esprits peuvent engendrer des forces ou des champs de force qui affectent le code de l’espace-temps. De même qu’un rayonnement électromagnétique peut dénaturer l’image dans un téléviseur, la conscience peut dénaturer les séries de codes que nous connaissons, comme le feu, et elle peut affecter le super-hologramme de la réalité.

Quelles sont les propriétés d’un rêve? Quelle que soit la manière dont nous les rêvons. Le feu brûle. Le feu ne brûle pas.

Quel est l’espace-temps d’un rêve? Les vastes espaces de tout paysage dont nous rêvons et de tout intervalle de temps dont nous rêvons.

Qu’arrive-t-il à l’espace-temps d’un rêve quand nous nous réveillons?

Il s’effondre dans une région sans dimension et sans temps.

Mysticisme et Physique Nouvelle.