J’ai fondé ma cause sur rien

Le divin est la cause de Dieu, l’humain est la cause de l’homme. Ma cause n’est ni le divin ni l’humain, ni le Vrai, ni le Bon, ni le Juste, ni le Libre etc… mais seulement le Mien; elle n’est pas générale, mais … Unique, comme Je suis unique.
Pour Moi, il n’est rien au-dessus de Moi!

Advertisements

La vraie famille de l’Homme, ce sont ses idées, et la matière et l‘énergie qui leur servent de support et les transportent, ce sont les systèmes nerveux de tous les hommes qui à travers tous les âges se trouveront informés par elles. Alors, notre chair peut bien mourir, l’information demeure, véhiculée par la chair de ceux qui l’ont accueillie et la transmettent en l’enrichissant, de génération en génération.

L’Homme est un être de désir. Le travail ne peut qu’assouvir des besoins. Rares sont les privilégiés qui réussissent à satisfaire les seconds en répondant au premier. Ceux-là ne travaillent jamais.

Henri Laborit, Eloge de la fuite, folio essais.

***

J’ai fondé ma cause sur rien

Qu’est-ce qui ne devrait encore être Ma cause ?! Tout d’abord la bonne cause, puis celle de Dieu, celle du genre humain, de la vérité, la cause de la liberté, de l’humanité, de la justice; ensuite, la cause de Mon peuple, de Mon prince, de Ma patrie, enfin celle de l’esprit et mille autres avec elle. Seule Ma cause ne doit jamais être Ma cause : maudit soit l‘égoïste qui ne pense qu‘à lui!.

Vous ne laissez pas de rapporter bien des choses profondes sur Dieu, vous avez des siècles durant sondé les profondeurs de la divinité et connaissez son coeur, aussi vous direz-Nous sans doute comment Dieu lui-même se comporte avec la cause de Dieu, que nous sommes appelés à servir, ne voulant pas aussi Nous dissimuler le comportement du Seigneur ? Mais quelle est donc sa cause ? A-t-il fait sienne, comme on l’exige de Nous, une cause étrangère, celle de la vérité ou de l’amour? Cette incompréhension vous indigne et vous Nous démontrez que si la cause de Dieu est bien celle de la vérité et de l’amour, elle ne saurait lui être dite étrangère, puisqu’il est lui-même amour et vérité; pareillement vous indigne la supposition que Dieu puisse être comparé aux pauvres vermisseaux que Nous sommes, en ce qu’il ferait sienne une cause étrangère. Dieu, se charger de la cause de la vérité? Comme si il n‘était pas lui-même la vérité! Il n’a souci que de sa cause, mais comme il est tout dans tout, tout est aussi bien sa cause; Nous, en revanche, qui ne sommes pas tout dans tout, notre cause est bien petite et méprisable : c’est pourquoi nous devons servir une cause plus haute. Soit, mais il est maintenant clair que Dieu ne se soucie que de sa cause, n’a cure que de lui-même, ne pense qu‘à lui, ne voit que lui. Malheur à tout ce qui ne lui plait point! Il ne sert aucune puissance supérieure et ne satisfait que lui-même. Sa cause n’est autre… que purement égoïste.
Qu’en est-il maintenant du genre humain, dont Nous devons faire nôtre la cause ? Sa cause serait-elle celle d’un autre et servirait-elle une cause supérieure? Non, le genre humain ne voit que lui, ne veut que ce qui le favorise, est à lui-même sa propre cause. Pour pouvoir se développer, il faut s‘échiner à son service peuples et individus et, à peine ont-ils accompli ce dont il avait besoin qu’il les rejette au tas de fumier de l’Histoire. La cause du genre humain n’est-elle pas… purement égoïste ?
Point n’est besoin que je démontre à chacun de ceux qui voudraient Nous remettre leur cause, qu’ils n’ont en vue qu’eux-mêmes et non pas nous, leur propre bien et non pas le nôtre. Il n’est que de prendre les autres un à un: la vérité, la liberté, l’humanité, la justice veulent-elles autre chose que votre enthousiasme et vos services ?
Tous trouvent éminemment leur compte à ce que les hommages les plus zélés leur soient rendus. Considérez un instant le peuple, que protègent de dévoués patriotes. Ceux-ci tombent en de sanglantes batailles, ou bien victimes de la faim ou de la misère. Le peuple s’en inquiète-t-il seulement ? Ne devient-il pas un peuples florissant grâce à l’engrais de leurs cadavres ? Les individus sont morts pour la grande cause du peuple, le peuple leur consacre quelques mots de remerciement et… tire profit d’eux. Voilà bien ce que je nomme un égoïsme lucratif!
Mais voyez ce sultan, débordant de soins et d’affection pour les siens: n’est-il pas le désintéressemeent même, se sacrifiant à toute heure pour eux ? Certes oui, pour les siens! Mais tente donc un jour de ne pas te donner pour sien, mais pour Toi-même: Tu connaîtras le cachot, pour t‘être dérobé à son égoïsme. Le sultan n’a fondé sa cause sur rien d’autre que sur lui-même: il est pour lui tout dans tout, l’Unique, et ne tolère quiconque ose ne pas être des siens.
Tous ces exemples lumineux ne suffisent-ils pas à vous enseigner que l’Egoïste a la meilleure part ? Ce sont, en ce qui Me concerne, autant de leçons pour Moi et je préfère, au lieu de continuer à servir avec désintéressement ces grands égoïstes, être moi-même l’Egoïste.
Dieu et le genre humain ont fondé leur cause sur rien, sur rien d’autre qu’eux-mêmes. Je fonderai également ma cause sur Moi-même, qui suis tout autant que Dieu le rien de tous les autres, qui suis Mon tout, qui suis l’Unique.
Si Dieu, si le genre humain ont, comme vous l’assurez, assez de fonds en eux pour être pour eux-mêmes tout dans tout, il M’en manquera, je le sens, encore bien moins et je n’aurai pas à porter plainte contre ma vacuité. Car Mon rien n’est pas vacuité, mais le Rien créateur, le Rien à partir duquel Je crée tout moi-même, en tant que créateur.
Au diable donc toute cause, qui n’est purement et pleinement la Mienne! Vous estimez que Ma cause doit au moins être la bonne ? Bonne, mauvaise, qu’est-ce à dire? Je suis moi-même Ma cause et Je ne suis ni bon ni mauvais: pour Moi, ces deux mots n’ont pas de sens.
Le divin est la cause de Dieu, l’humain est la cause de l’homme. Ma cause n’est ni le divin ni l’humain, ni le Vrai, ni le Bon, ni le Juste, ni le Libre etc… mais seulement le Mien; elle n’est pas générale, mais … Unique, comme Je suis unique.
Pour Moi, il n’est rien au-dessus de Moi!

Max Stirner, L’unique et sa propriété, L’Age d’Homme.