Animisme et espace-temps – 2/2

Chacun naît avec une configuration affective unique ; et la signification de chaque existence consiste à inventer sur cette base un rêve impossible qu’il faudra pourtant matérialiser — Beaucoup de gens renoncent à leur destin en confiant à une entité supérieure (Dieu ou la Société, i.e. un pseudo-Soi ou un pseudo-Autrui) ce travail de matérialisation — D’autre part, on fait toujours des erreurs, la vie consiste à en faire ; mais jamais deux fois la même ! Il faut donc toujours incurver sa ligne de vie, infléchir sa route — jusqu‘à faire retour : voie du Tao, voie de la Voie — Ceux qui renoncent à leur destin répètent les mêmes fautes, acceptent l’existence de contraintes absolues — Ils fabriquent du rectiligne, de l’horizontal — Ils se croient vivants, ils sont déjà morts.

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QUELQUES NOTIONS DE PHILO ET DE PSYCHO

Avant de présenter des solutions aux problèmes que nous avons exposés, quelques notions de base d’ordre métaphysique, épistémologique et psychologique sont à préciser, notions qui sont non seulement ignorées des expérimentalistes et des théoriciens de sciences exactes, mais aussi escamotées par les épistémologues :

[ Autrement dit, divers préjugés – très répandus – interdisent toute solution globale à ces différents problèmes. Il faut donc préalablement les balayer. ]

A. Le monisme n’est pas plus défendable que le dualisme : la matière et l’esprit sont les deux pôles complémentaires de la nature. Un moi corporel (celui qui est perçu réellement : le “Moi réel” du schéma cybernétique 1) dissocié d’un moi spirituel (celui dont on se représente les aspirations : le “Moi imaginaire”) n’a pas la moindre pertinence métaphysique. Cette évidence remonte à la nuit des temps : dans l’animisme primitif, dans toute la philosophie chinoise (yin/yang, Lao-tseu 16 ) et dès les origines de la civilisation occidentale moderne, avec Montaigne. Niels Bohr, en physique quantique, n’a fait que redécouvrir cette notion.

On peut distinguer dans le fonctionnement du Moi un régime objectif et un régime subjectif : de même que nous percevons les actions (Moi réel) par leurs effets (par des objets mouvants), de même nous représentons-nous les idées (Moi imaginaire) par leurs moyens (par des désirs, i.e. des pulsions imagées).

Si on se limite au seul régime subjectif, on peut dire que tout sujet modèle le passé selon le futur qu’il imagine. [ Sujet et finalité s’impliquent donc mutuellement, comme nous allons le voir au paragraphe suivant. ] Nous allons analyser en détail ces notions générales.

B. De même qu’un physicien, pour raisonner sur la réalité objective (quadrant I), explore les relations entre les notions d’objectivité, de causalité, de contrainte déterministe et de divergence, de façon strictement symétrique, quand on veut étudier l’imaginaire subjectif (quadrant III), c’est-à-dire les pulsions, on découvre des corrélations évidentes entre les notions de subjectivité, de finalité, de liberté et de convergence. Il ne saurait donc y avoir de science de l’imaginaire subjectif sans une axiomatisation de ces notions. [ Autrement dit, tous les modèles réalistes (“causalistes”, i.e. imitant les modèles physiques classiques) de l’imaginaire subjectif que nous dispensent les neurosciences et tant de “sciences humaines” sont des absurdités. ]

L’Occidental contemporain, scientiste, raisonne comme les physiciens : “on meurt parce qu’on vit”. L’Oriental raisonne comme les mystiques : “il faut mourir pour vivre”. Contrairement aux apparences, c’est, touchant l’imaginaire subjectif, la position orientale qui est scientifique. C’est en effet la mort, la certitude d’une clôture, qui peut donner du sens à la vie ; l’immortalité, grand rêve technocratique, ne peut en donner, par définition, puisqu’on pourrait alors faire n’importe quoi. La réincarnation, c’est l’obligation morale par excellence.[ Dans les termes vitalistes de ma logique de la signification, dans ma “pathique”, l’immortalité est physiquement impossible parce qu’elle est moralement interdite. ]

C. La réalité subjective (quadrant II) est le domaine de la simplification, de l’induction, de la conceptualisation, de la théorisation qui, modélisant la réalité objectivement observée, permet après coup les représentations imaginaires (quadrant III). Le concept de cheval, par exemple, (signifié “réaliste”) sera représenté par une image générique (signifiant “imaginiste”) qui renvoie à tous les chevaux et à aucun en particulier.

[ La finalité des technosciences, qui portent sur la réalité (logiques classiques, mathématiques algorithmiques, physique, chimie, biologie), est la prédiction, la reproductibilité. Les modèles miment donc une réalité prédécoupée : les axiomes (concepts-clés) symbolisent les causes et la déduction symbolise le déterminisme causal, qu’il soit mécanique (réversibilité) ou entropique (divergence, probabilités). Ces axiomes sont induits (quadrant II) ; et c’est l’imagination, contrainte par les règles du système, qui en tire des déductions (quadrant III). Un ensemble dynamique de concepts peut être symbolisé et servir alors de moyen de communication (signaux ; signes linguistiques ; formes mathématiques et logiques). Le passage du statut de “concept” (signifié réel) à celui de “désir” (signifiant imaginaire) peut être symbolisé par une boîte noire, “anti-lumineuse”, le Soi. La dynamique subjective intéresse enfin les systèmes métaphysiques, qu’ils soient matérialistes ou spiritualistes, individuels ou collectifs ; les concepts/désirs du Soi peuvent être alors appelés archétypes : ils constituent en effet peu ou prou une structure autonome (d’où cette appellation de Soi) .

Quel que soit son niveau de généralité, on remarquera qu’un archétype est un pari sur la nature du monde objectif : croyance “passive” dans les sciences dures (“Qu’est-ce que la réalité ?”) et/ou croyance “active” dans l’expérimentation, les techniques, les rituels, en morale, en politique ou en art (“Comment changer cette réalité ?”) .

(…) A propos du Soi, ce point aveugle, Michel Serres faisait très justement remarquer qu’ “il n’y a de mythe pur que le savoir pur de tout mythe. Les mythes sont pleins de savoir ; et le savoir, de rêves et d’illusions”. Dit en termes cybernétiques : “La science n’est pas l’exorcisme de l’imaginaire : elle utilise l’imaginaire en même temps qu’elle l’excite” (Etienne Klein). ]

D. Seul le présent est réel. C’est une évidence immédiate. L’imaginaire est donc constitué à la fois du passé et du futur ; c’est le domaine du virtuel, de la valeur morale ou esthétique. Et c’est avec ces valeurs imaginaires que le créateur percute la réalité objective (toujours collective, socialement ou physiquement).

Très généralement, ce que le Moi appelle réalité, c’est le défilement temporel obligé de l’actuel ; et ce qu’il appelle imaginaire, c’est le défilement spatial voulu du virtuel.

[ Distinguons le passé pur (imaginaire) de ce qui appartient à la fois au présent et au passé, c’est-à-dire les traces. Notre corps qui est aussi trace du passé existe dans le présent. Les traces sont donc ambivalentes, elles ont un double statut, passé et présent ; ce sont des signifiants “réalistes” (ils représentent quelque chose d’autre, passé et réel). Il en va de même pour les prémisses du futur : notre corps est vivant en tant que prémisse.

Pour la pensée orientale, le passé est strictement imaginaire. On est alors, par exemple, fondé à croire que la divinité a créé la terre récemment avec des fossiles illusoires. Pour la pensée occidentale, au contraire, passé et futur sont considérés comme réels de droit même en l’absence de traces ou de prémisses. Ce principe vaut en cosmologie ou en paléontologie parce que nous sommes impuissants à modifier des traces (donc des prémisses) à cette échelle ; il n’en va pas de même à l‘échelle de notre corps. Et, comme nous le verrons plus loin, contrôler sa destinée consiste précisément à modifier autour de soi de façon pertinente et à très long terme des traces/prémisses. ]

E. Dans l’imaginaire subjectif, à ce niveau où se déploie le “désir en soi”, où naissent les tendances, nous trouvons des structures dont la désignation varie selon la discipline et le niveau hiérarchique considéré : pulsions, schèmes, instincts (analogues temporels des objets spatiaux, c’est-à-dire tendances organisées et toujours en mouvement), ensembles d’antimatière tachyonique (qui, par définition, se déplacent toujours quelle que soit la position d’un observateur réel), complexes inconscients, moi secondaires, etc.

Très généralement, l‘énergie qui y circule est finale par définition, aussi bien au sens physique (le futur détermine le passé) que psychique (le but détermine le moyen) ou philosophique (transmission d’intentions). L’aspect “négatif” de cette énergie, déjà formulé par Dirac, a été clairement souligné par le psychanalyste Lucien Israël : “Si on était comblé, il n’y aurait plus de désirs. Nous sommes vivants parce que nous n’avons pas tout. L’incomplétude est notre moteur vital”.

[ Cette énergie subjective, que Lacan qualifiait justement de “mythe fluidique”, a été étudiée et décrite par Freud (sous le nom de libido) et par Jung (sous celui d‘énergie psychique) à partir d’un matériel pathologique et selon des optiques monistes (matérialiste chez le premier et spiritualiste chez le second) qui les rendent incompatibles avec le modèle complémentariste, “physiologique” et immanentiste, que je propose ici. ]

Dans la réalité objective, l‘énergie est un travail en cours (actuel) de réalisation ; dans l’imaginaire subjectif, l‘énergie est un travail en cours (virtuel) de fantasmatisation.

Le désir, comme chacun sait, c’est du plaisir imaginé. Et c’est aussi la représentation d’un en-soi (d’un inconscient) constitué de tendances, virtuelles (par définition) et subjectives. [ Le mot désir désigne en français la prise de conscience d’une tendance : c’est, au sens le plus large, l’image libre que l’on se fait de soi. Les tendances sont à l’imaginaire ce que les états sont à la réalité : on peut donc distinguer des tendances subjectives (pulsions mentales) et objectives (impulsions physiques). Le désir se représente des pulsions comme la perception se représente des objets.

Comme le dit très bien la psychanalyste Michèle Montrelay, l’imagination fabrique à partir de la matière brute de nos pulsions de la matière à pensée, de la représentation, c’est-à-dire de la vie symbolique. Sur les différences entre le vocabulaire ici utilisé et celui de Freud , que F .Lesourd s’est efforcé de résumer,voir le tableau 1. ]

tableau1

Le sens exige la liberté (cf. critique de Costa en IV.B.2) ; les pulsions doivent donc naître par principe ex nihilo (d’un manque originel absolu, du cosmos en tant que trou noir : c’est la propriété fondamentale par quoi je définirai le Moi imaginaire). D’autre part, l’inconscient ne se limite pas empiriquement à la subjectivité ; il est aussi tout ce que je n’agis ou ne perçois pas dans le monde objectif, un “hors-soi” pourrait-on dire, une boîte anti-noire, solaire, “aveuglante” ; inversement, un rêve – même ordinaire (non “lucide”) – est toujours une représentation consciente de mes tendances (le Moi imaginaire met en scène les acteurs de théâtre que sont ses complexes inconscients).

[ Subjectivement, le Soi est un vide ressenti par le Moi réel comme de l’ignorance (d’où la raison) et par le Moi imaginaire comme de la peur (d’où l’espérance). “Dans les choses de l’esprit, disait Jacques Maritain, c’est la virginité qui est féconde.” ]

Quand les physiciens étudient empiriquement la réalité objective, ils mettent d’abord de côté leurs désirs ; et c’est pourquoi ils trouvent des modèles pertinents. De même, un modèle pertinent de l’imaginaire subjectif doit faire abstraction de la réalité objective, la “forclore”. Le désir (conscient) choisit les prémisses qui lui plaisent et fabrique son propre big bang . En tant que tel, l’imaginaire subjectif est sans contrainte aucune, totalement libre – non en tant qu‘état bien sûr mais en tant que tendance. Et cette liberté est le fondement du sens : dans l’imaginaire, même si cela débouche sur de l’angoisse, on va toujours dans le sens choisi par soi-même. Le Manque, strictement personnel, est source subjective d’angoisse (d’où les pulsions) et source objective d’agitation (d’où les impulsions).

[ La science de l’imaginaire subjectif, c’est l’heuristique et non une quelconque herméneutique. Nous naissons tous esclaves de l’idéologie de notre milieu ; il s’agit de mourir libre. ]

Ce n’est pas ici le lieu de polémiquer en développant toutes les raisons qui me font rejeter le modèle freudien. J’insisterai seulement sur un point, sans l’argumenter pleinement, qui me paraît scientifiquement et moralement crucial. La psychanalyse, comme l’astrologie ou les médecines parallèles, croit utiliser une technique alors qu’elle pratique un rituel [ En général, une technique reproduit un événement dans la mesure où utilisateurs et bénéficiaires n’interviennent pas dans son déroulement ; un rituel au contraire ne produit l‘événement escompté (improbable a priori) que si utilisateurs et bénéficiaires interviennent dans son déroulement. L‘événement rituel, objectivement improbable, symbolique d’un processus créatif, n’est pas toujours escompté : ainsi de l’effet d’expérimentateur en psycho expérimentale ou de l’effet nocebo en médecine. La discipline qui fait de ces déviances psychophysiques (ou “effets psi”) son champ même est la parapsychologie. ] ; tant donc que cette illusion scientiste ne sera pas dissipée, ces disciplines ne seront pas des sciences. Mais un rituel peut être efficace et l’on trouve de fait d’excellents praticiens. Toute psychothérapie est à la fois un art et une morale. Je ne reproche donc pas du tout aux psychanalystes leurs résultats aléatoires. Je reproche à Freud d’aspirer, en théorie, à la reproductibilité, au statut “réaliste” de technoscience, autrement dit à la négation de l’imaginaire (créatif) individuel.

[ Je ne reproche pas à la psychanalyse d‘être une idéologie (nous en avons tous besoin dans notre jeunesse ou en période de crise) ; je lui reproche de le nier et d‘être donc une religion qui veut se faire passer pour une science. L’illusions scientiste, bien sûr, n’est pas l’apanage des psychanalystes. Mais elle n’est pas de même nature dans les sciences dures, qui constituent la référence même de l’activité scientifique : l’illusion vient alors d’une confusion (fréquente) entre efficacité méthodologique et matérialisme philosophique. La science peut certes “épuiser” la réalité objective ; mais elle nous tuera du même coup. ]

F. En tant que telle, une cause, comme une action, n’est jamais observable (quadrant IV). On dit qu’un paralysé n’agit pas. C’est faux : il agit, mais ça ne donne aucun effet externe. D’autre part, une action est toujours en mouvement, par définition ; elle est polydirectionnelle, elle peut se situer en même temps à deux endroits différents (par exemple un travail avec mes deux mains) ; elle est donc irreprésentable en tant qu’objet par un observateur réel. On est là encore, par définition, dans le domaine tachyonique.

[ Dans la réalité, le tiers exclu ne s’applique qu‘à des états macroscopiques, tels les objets qu’on observe ; dans l’imaginaire, qu‘à des macro-tendances. Cf. II.C. ]

Qui a jamais vu une cause, sinon celui qui l’a désirée ? Une cause s‘éprouve. Et c’est la raison pour laquelle les physiciens n’observent pas d’effets tachyoniques indirects dans la réalité objective : les cherchant dans des expériences dénuées de toute finalité intrinsèque (strictement entropiques), ils ne les y trouveront jamais. L’image réelle d’une cause ne peut être par nature qu’improbable. [ L’idée n’est pas de moi, mais du physicien russe Terletsky, dans un article princeps de 1960. ]

Dernière remarque, une action symbolise dynamiquement un concept, un signifié réel : c’est un but objectivé, autrement dit — puisqu’inobservable directement — un signifié imaginaire.

G. Tous les problèmes de morale et de créativité sont des problèmes de passage de l’imaginaire dans le réel. “Je dois donc je peux”, disait Kant. Ce qui donc est impossible (dans la réalité objective) doit pouvoir être transgressé ; en fait, la moindre action intentionnelle réussie modifie irréversiblement le réel et de manière imprévisible pour un observateur strictement objectif. La catégorie de l’impossible intéresse non seulement la morale (anarchisme, contestation sociale), mais aussi la création scientifique ou artistique et, bien sûr, les phénomènes paranormaux (qui contestent les lois physiques, “causales”, quelles qu’elles soient).

Qu’elle soit personnelle (morale, esthétique, logique), sociologique, biologique ou physique, toute loi nie un désir, toute loi est une instance de mort. Mais inversement : tout désir (qu’il soit personnel, social ou biotique, qu’il émane d’une particule ou du cosmos) nie une loi, tout désir est un miracle en puissance. L’imagination fraie son propre espace-temps.

[ Plus précisément : l’imagination (même rationnelle) sans le réel, c’est la folie ; mais l’efficacité sans le rêve, c’est la mort. La vie consiste à marier l’une à l’autre.

(…) Noter, en passant, que le langage courant parle de sens esthétique ou moral, d’intuition, de clairvoyance : il s’agit bien là d’un sixième sens, du sens imaginaire ou plutôt de tous les sens a priori fantaisistes et superflus que ne cessent d’inventer, d’utiliser et de proposer les originaux. Seconde remarque, elle générale : tout être vivant, tout ensemble organisé (qu’il s’agisse d’un atome ou d’une société) peut être considéré comme un producteur interne d’antimatière dont le coeur, le Vide central, constitue ses croyances fondamentales, le Soi archétypique, qui s’affirmera en actes (symboliques ou physiques) destructeurs partiels d’Autrui. Chacun à sa manière, le terroriste, le prophète, le savant, l’artiste, en fait tout être humain non réduit à l‘état de zombie percute (matériellement ou spirituellement) la masse sociale, l’idéologie dominante avec son intentionnalité propre. Et, inversement, une société coercitive agit de même sur les individus qui la composent. Rappelons-nous qu’un système subjectif quelconque, qu’il soit intellectuel ou pragmatique, n’est pas fait pour être compris mais pour faire comprendre. ]

H. A la suite des physiciens, tout le monde considère qu’il y a trois dimensions d’espace (3D-E) et une dimension de temps (1D-T). Or, dans la vie réelle, à un instant donné, nous voyons obligatoirement un plan, au pour-tour flou, avec des surfaces, des lignes et/ou des points, i.e. un espace à deux dimensions centré sur un ici :

  • l’ici/vertical (±, i.e. haut-bas) ;
  • l’ici/horizontal (±, i.e. droite-gauche).

La présence, ici, d’un observateur réel suppose une perspective (la profondeur) externe à ce plan spatial et qui s’avère bien temporelle, puisque modifiable : l’espace actuel implique une réalité des mouvements (du changement). Cette profondeur, centrale et nette, est une libre conception synthétique de mon passé (“Derrière”) et/ou de mon futur (“Devant”) ; c’est une dimension spatiale subjective, la conscience en quelque sorte de ce plan, qui permet à la fois son objectivation (en 2D) et l’illusion éventuelle de volume (3D).

[ Cette modélisation est évidement très sommaire a priori. Je me limite d’abord à une vision “monoculaire”. Ensuite, dans la réalité, nous percevons en fait à chaque instant une surface sphérique. La géométrie plane euclidienne résulte de l’abstraction d’un observateur temporel particulier. Une géométrie du vécu personnel implique au contraire des conversions permanentes et complexes entre espace et temps : faire dix kilomètres à pied ou en avion comme passager, ce n’est pas du tout la même chose. ]

Le même raisonnement peut s’appliquer à la vie imaginaire : nous imaginons d’un lieu choisi (d’un destin) une histoire anecdotique, au noyau flou, avec des tendances causales (le décor) et finales (les personnages), c’est-à-dire un temps à deux dimensions centré sur un maintenant :

  • le maintenant/passé (” ) ou “Derrière” ;
  • le maintenant/futur (” ) ou “Devant”.

La localisation, maintenant, d’un observateur imaginaire suppose une perspective (l’actualisation) externe à ce plan temporel et qui s’avère spatialement contraignante : le temps local, “en profondeur”, exige une illusion de persistance (des images). Cette actualisation, globale et précise, est une suite d’actions différenciées soumises aux contingences spatiales ambiantes (verticales et/ou horizontales) ; c’est une dimension temporelle objective, la volition de ce plan, qui permet à la fois sa représentation (en 2D) et la réalisation éventuelle de désirs (en 3D).

Dans le cadre de ma logique de la signification, il est justifié de conclure de ces deux raisonnements symétriques que, touchant le vécu, on peut et l’on doit distinguer (localement et momentanément) deux dimensions spatiales associées complémentairement à deux dimensions temporelles.

Il est possible alors d’envisager une hiérarchie dimensionnelle. En associant les points de vue du Moi réel et du Moi imaginaire, le Moi total fabriquerait -à partir de son substrat affectif une dimension supplémentaire, spatio-temporellement indifférenciée, “tactile”, et se constituerait ainsi globalement en tant qu’unité. A l’inverse, on peut supposer l’existence d‘êtres inférieurs dont les représentations soient de dimensionnalité (paire) inférieure.

[ Aucun être humain, même géomètre, ne parvient à se représenter un volume spatial quadridimensionnel, bien qu’on puisse sans difficulté tracer en perspective un “hypervolume” sur un tableau à trois dimensions.

La physique relativiste conçoit l’univers comme un bloc spatial quadridimensionnel, déjà écrit, que nous avons l’illusion de parcourir temporellement (schéma 6.a) : le Moi y est totalement escamoté. Mon modèle est centré sur le vécu individuel, sur l’absolu du Moi. Et je prétends qu’un individu “complet” peut arriver à se représenter un hypervolume fait de 2D spatiales et de 2D temporelles, et qui n’est autre -comme nous le verrons ultérieurement — que sa destinée propre. Le modèle complémentariste et transdisciplinaire que je présente est une tentative en ce sens.

tableau2

Formellement, mon modèle a globalement une dimension (la boucle fermée du schéma 1, le “circuit psi”) et localement quatre, dont on peut donner l‘équivalence en physique relativiste (tableau 2).

On peut alors estimer que le point de vue affectif du Moi total consiste à tordre le circuit psi “en huit” jusqu‘à ce que le Moi total sente tactilement les Moi réel et imaginaire se superposer, puis se fondre (cf. schémas 1 et 6.c).

_(…) Effectivement, la verticalité se rapporte à la gravitation. Il est possible que l’horizontalité s’appareille à l‘électrodynamique, le passé à l’interaction faible (la radioactivité) et le futur à la chromodynamique ( la cohésion du noyau) ; mais je n’ai pas réfléchi à cette question ! _ ]

***

En résumé , on peut dire que la réalité (l’espace personnel actualisé, qu’il soit physique ou mental) a une propriété fondamentale : c’est son inertie, i.e. de l‘énergie fixée, localisée, symbole à la fois d’une contrainte (par les objets perçus, par la sensation du corps propre) et d’une libération (par les concepts, par la réflexion personnelle). L’imaginaire (le temps localisé, personnel) se caractérise au contraire par son impulsion ex nihilo, que nous symbolisons péniblement en désirs ou sans effort en actes.

[ Pour imaginer, il faut se donner des contraintes. Pas pour agir. Un acte n’est contraignant qu’en cas d’effets visés.

(…) Du point de vue d’un observateur réel, la masse au repos d’un tachyon est forcément imaginaire puisque le tachyon est toujours en mouvement (mo = i.µ). A vitesse infinie (±), l‘énergie du tachyon est nulle et son impulsion, réelle, égale à µ.c. Lorsqu’un système tachyonique absorbe de l‘énergie négative (subjective), il se trouve accéléré : c’est le cas pour un désir. Lorsqu’il absorbe de l‘énergie positive, il se trouve freiné : c’est le cas pour un acte.

Question : “Pourquoi les concepts ne pourraient-ils pas nous contraindre et les objets nous céder?”. Ils le peuvent , mais seulement de façon imaginaire : cf. la circularité du modèle caractérisée par un espace orienté, du dehors vers le dedans pour le Réel et inversement pour l’Imaginaire. ]

On agit à la fois pour résister au milieu et pour céder à ses propres aspirations. Et l’on crée quand l’intelligence de notre conduite l’emporte sur celle du milieu : on efface alors le passé en changeant l’environnement. Le déterminisme en histoire ne peut donc être que rétroactif et intentionnel.

Dans la réalité objective, le temps s‘écoule malgré nous : nous percevons à cause du temps. Dans l’imaginaire subjectif, l’espace se déroule à cause de nous : nous imaginons librement de l’espace. Mais, en signifiant, nous créons du temps (puisque nous contraignons de l’espace objectif) et, en comprenant, nous inventons de l’espace (puisque nous anéantissons du temps).

[ De façon moins absconse, on peut opposer la loi (rationnelle), symbolisation réaliste d’un changement spatial, à la règle (éthique), symbolisation imaginiste d’une persistance temporelle.

Le plus important à retenir de ce chapitre, c’est que seul le présent est réel. C’est, en ontologie, un abus de droit que de dire que le passé et le futur sont réels. Je critique le droit métaphysique occidental, de même qu’un anarchiste critique le droit de l’Etat. Comment, par exemple, pourrais-je croire qu’on accepte mon existence tout en refusant celle des phénomènes paranormaux, puisque le Moi est une signification et qu’une signification est une coïncidence psi?

schéma10

LES SOLUTIONS PROPOSÉES

A. L’INTERPRETATION ANIMISTE EN PHYSIQUE QUANTIQUE

[ Définissons d’abord l’animisme. Tout système ouvert, qu’il soit ou non classé dans le règne vivant, est imprévisible ; l’animisme consiste à le supposer alors doué de libre arbitre, il attribue un Soi à Autrui. Un système, c’est des parties qui visent une fin commune. Une approche systémique complète, prenant en compte le temps en tant que tel (c’est-à-dire non pas spatialisé, mais à la fois causal et final), implique l’animisme. Tout systémisme est un cas particulier de la conception métaphysique animiste. ]

L’un des livres les plus brillants sur la physique quantique et ses interprétations philosophiques reste A la recherche du réel de d’Espagnat. Cet auteur juge l’interprétation animiste (chaque quanton est un tout organisé et donc doué de libre arbitre) plus plausible a priori, concernant la réduction de la fonction d’onde en l’absence d’observateurs humains, que l’hypothèse démiurgique. Mais il y objecte en définitive la non-localité microphysique : dans une expérience de fentes de Young avec interférences (cf. schéma 11), le quanton ne peut avoir conscience de passer par l’un ou l’autre trou puisque précisément on observe ultérieurement des interférences (donc qu’il est passé par les deux trous à la fois). L’expérience prouvant ainsi qu’une fonction d’onde n’est pas réduite tant qu’on ne l’observe pas, il ne peut exister durant cette période de particule consciente d’elle-même. Autrement dit, la non-localité est incompatible avec une conscience de soi.

schéma11

[ Je ferai d’abord remarquer que le terme de conscience est équivoque. En psychologie, ce terme est rattaché à l’observation de veille ; mais il existe certainement une conscience de rêver ou de rêvasser comme il peut exister une conscience de jouer. Plutôt donc que de conscient et d’inconscient, il vaudrait mieux parler à ce propos de consciences incompatibles. Utilisé ici en physique, ce terme désignerait plutôt de la pensée (et même un esprit) en interaction avec la matière. L’objection de d’Espagnat ne tient alors pas. ]

Assujettir la conscience à l’existence simultanée d’un objet qui en serait le “garant” me semble relever d’un objectivisme contestable. Comme chacun sait, la fonction d’onde exprime une probabilité de présence ; elle se réfère donc à un monde à la fois subjectif et potentiel, c’est-à-dire à l’imagination. Or, quand je rêve ou je rêvasse, le fait est que je m’affranchis totalement de la réalité ambiante (y compris celle de mon corps), que l’univers mental où je baigne est certes soumis à une irréversibilité spatiale (je dois construire un récit avec un début et une fin) mais que le temps y est réversible et que le tiers exclu réaliste ne s’y applique pas, que j’en ai conscience et que je suis donc capable d’y produire des phénomènes psi (c’est la magie onirique), en particulier d‘être “objectivement” (de mon point de vue onirique) non-local. Tandis qu‘éveillé à la réalité objective (me heurtant à elle), j’ai de fait conscience de l’actualisation locale de mon corps et d’un entropie globale inéluctable. Autrement dit, l’onde n’est réduite (“ne se réveille”) qu’au moment de l’impact ; mais il faut en plus que l’Observateur humain (qui a conçu cette onde) lise la trace (soit donc lui aussi réveillé) pour conclure à une réduction.

[ On sait par ailleurs que dans le modèle quantique, la fonction d’onde occupe la totalité de l’univers. Or c’est précisement ce qui caractérise un processus imaginaire : le moi y est alors global, il est un monde. Si la non-localité exclut présentement une conscience éveillée , elle exige une conscience universelle onirique ; et occuper un monde en imagination, c’est toujours se représenter symboliquement un monde qui pourrait (a pu et/ou pourra) exister. De son point de vue cosmique, cette conscience globale ne peut par définition communiquer (transmettre extérieurement des informations) avec personne de réel : elle transmet seulement des intentions internes, fait communier entre elles les parties qui la composent. Mais, parmi celles-ci, peuvent se trouver des représentations de son moi réel (passé ou futur) ou d’autres moi du même type, ce qui peut engendrer des interférences avec la réalité (que les parapsychologues qualifient de psi). Cette communion interne et ces interférences sont une manière de définir l’animisme a . ]

D’Espagnat à qui j’ai soumis cette interprétation de l’animisme n’y a pas trouvé d’objection (lettre du 16.2.89), d’autant qu’il insiste à plusieurs reprises sur le fait que la non-localité n’autorise certainement pas la transmission d’informations (pp. 42-43, 86).

On en déduira que la réalité objective n’est pas un absolu, un “en-soi”, mais un “pour-soi” : elle se réfère nécessairement à un moi particulier.

[ Pour d’Espagnat, la conscience exige un support matériel. Mais quand je rêve, je n’ai pas de mon propre point de vue de corps réel (même si ce corps continue à exister pour un observateur objectif qui, éveillé, regarde ce corps). De plus, l’expérimentation quantique prouve que si un corps n’est pas observé ou observable, il n’est pas localisé. Et c’est précisément parce que je n’ai plus, de mon propre point de vue, de corps réel que je peux consciemment imaginer être à deux endroits à la fois et que je peux donc ultérieurement, parfois, en apporter une preuve réelle (par exemple, avec la confirmation d’une clairvoyance ou d’un effet PK). Ajoutons enfin qu’en général (ectoplasmie et expérimentations LaBerge exclues) un rêve ne peut être directement observé par un tiers : seul donc le rêveur peut en parler et après coup.

(…) Le problème des fentes de Young est doublement compliqué : a) le quanton ne peut parler de son “rêve psi” (sa duplication, sa dilution), b) un organisme macroscopique a une probabilité de localisation qui confine à la certitude (d’où, vraisemblablement, l’impossibilité, même pour un médium exceptionnel, de se diluer et de réapparaître ailleurs).

En somme, je considère la réduction de la fonction d’onde comme l’expression même de la volonté, qui réduit l’infini des possibles à la certitude du fini par passage de la puissance à l’acte. L’aspect non local microphysique doit donc se retrouver chez l’homme dans le fonctionnement moteur ordinaire de son cerveau. ]

Ainsi s’interprètent à mon avis la discontinuité corpusculaire et la continuité ondulatoire : la complémentarité est un absolu “personnaliste”.

[ Les parties d’un système sont par définition incompatibles entre elles (en logique du tiers exclu) : onde/particule, objet/sujet, réel/imaginaire, etc. Un tout (en logique du tiers inclus) est donc forcément libre et doué de raison, c’est-à-dire vivant. On peut décomposer les parties d’un être vivant ; mais, ce faisant, on le tue.

(…) Continu et discontinu (global et local) dépendent de l’observateur : pour un observateur réel regardant un objet réel, cet objet est discontinu, tandis que toutes les tendances seront simultanément pour lui continues, non limitées, non localisées. Pour un observateur imaginaire, toujours en déplacement, les pulsions peuvent être immobiles par rapport à lui (d’où la figuration onirique, l’obsession, etc.), alors que les états (réels) lui paraîtront continus.

Quand on rêve (i.e. quand on est un observateur tachyonique), la vie de veille prend un statut d’inconscient. Et inversement. C’est là un aspect de ce qu’on peut appeler la relativité psychophysique. Il n’y a d’absolu que le complémentaire : continu et discontinu ne peuvent exister l’un sans l’autre et dépendent en plus de l’observateur, selon qu’il est bradyonique ou tachyonique (réel ou imaginaire). On se déprend ainsi du point de vue transcendantal qui est le point de vue de toute théorie occidentale; ce qui reste alors d’absolu, c’est moi. Il n’y a pas de monde sans un Moi. Il n’y a d’absolu que le relatif, mais un relatif centré sur un Moi.

Selon le dualisme ou le matérialisme, la réalité objective est un en-soi. Selon moi, non. Plus concrètement, les sciences découpent dans l’univers des domaines initialement étanches (symbolisés par les quatre quadrants du schéma 1) ; ce découpage leur est nécessaire pour être opérationnelles ; mais, ontologiquement ou existentiellement, on ne peut pas séparer. Une fois que je suis mort, la Réalité n’existe plus. Si on essaie de raisonner avec les quatre quadrants, le seul point commun, c’est moi.

Le lecteur néanmoins ne doit pas se laisser égarer par cette formulation : le personnalisme impliqué par le modèle complémentariste que j’expose ici ne saurait se réduire au solipsisme des modèles idéalistes. ]

Les physiciens s’illusionnent quand ils croient à une réalité en soi alors qu’il n’y a de réalité que pour soi, pour quelqu’un de particulier (qu’il s’agisse d’un individu ou d’un groupe) : moi, la particule, moi et la particule, etc. Raisonner strictement, c’est ne raisonner que par rapport à une (ou des) personne(s), qu’il s’agisse d’organismes vivants, “inertes” (les atomes, par exemple) ou symboliques (l‘Église, l‘État, la Société, etc.).

[ Les mathématiciens, les physiciens et les biologistes — ces nouveaux riches de la technocratie — détestent qu’on parle de leur imaginaire ou de leur inconscient professionnel comme s’ils étaient les seuls à n’en point avoir. Croire à l’animisme (cette conviction enfantine et anti-impérialiste, ce “sentiment aristocratique de l‘égalité avec tout ce qui vit” comme disait Pasternak) dépasse donc totalement leurs forces, et mon modèle ne peut leur apparaître au mieux que diabolique.

En résumé, contrairement à la conception occidentale dominante, il n’y a pas d’observateur anonyme, impersonnel. Dès qu’on traite de significations ou d’affects (qui sont par définition les constituants du monde dans son entier), on doit en traiter en fonction d’un Moi situé spatio-temporellement, à la fois actif et passif, et non en fonction d’un absolu, par exemple le Soi transcendantal des monothéismes (Dieu) ou le strictement Autre (la réalité objective); il n’y a que des observateurs particuliers, personnalisés. Par ailleurs, il y a deux types d’observateurs : les imaginaires (tachyoniques) et les réels (bradyoniques). Enfin, il y a un problème hiérarchique d’observateurs relatif aux niveaux d’organisation (particule, atome, molécule, cellule, organe, individu, société, espèce, planète, galaxie, etc.).

schéma12

B. LE PROBLEME DE LA TELEPATHIE

Pour qu’il y ait télépathie, il faut une sorte de complémentarité significative, de consensus affectif. Le médium se met à la place de l’autre.

L’existence d’antimatière tachyonique (de tachyons subjectifs) est bien démontrée expérimentalement par l’intuition prémonitoire, représentation instantanée d’un futur qui pourrait se produire. La notion de Moi imaginaire (tachyonique), “l’image de soi”, que vous voyez représenté sur le schéma 1 implique qu’il peut se trouver en même temps à deux endroits différents (pour un observateur objectif contre-factuel). D’où l’impression de télépathie, de clairvoyance ou de PK instantané.

[ _Je peux également citer le fait que Mozart, qui en remerciait Dieu, se représentait finalement ses créations musicales, même étendues, comme des objets spatiaux (“tableaux ou statues”) et qu’il n’avait plus alors qu‘à les décrire.

(…) On me rétorque souvent que je ne prends pour exemples que des cas extraordinaires et donc douteux. Oui, tout le problème est là : la preuve de l’imaginaire, sa règle, ce sont les exceptions. Et je ne peux rien pour ceux, majoritaires, qui préfèrent la télévision au cinéma, le rock au jazz, la BD à la peinture, la SF à la poésie ou la pornographie à l‘érotisme.

(…) Elitiste ? Ah oui… mais pas élitaire. Ressembler à quiconque constitue pour moi un sûr garant de lâcheté et de laideur. Il faut être élitiste pour créer, comme F.Brown l’est en SF ou E.Baudoin en BD. La transcendance prônée par les élitaires – qu’elle soit matérialiste ou spiritualiste – n’est que la quintessence du fascisme. Je défends la vie, je suis animiste et, à ce titre, anarchiste : faire partie de toutes les majorités est un signe évident de décomposition avancée.

La transdisciplinarité, pour être créatrice, doit travailler aux marges de la science, au coeur de l’art et contre notre civilisation du spectacle. Un modèle donc qui courrait après le succès (technique, social ou économique) — ce Dieu unaniment respecté des morts et des objets, paradigme de l’Occident moderne — serait à coup sûr une escroquerie. La transdisciplinarité ne permet que d’acquérir un Moi complet : qui cela intéresse ?

(…) Les effets PK (par définition improbables) — qu’ils soient cérébraux, somatiques ou extracorporels — présentent tous les caractères d’effets tachyoniques indirects dont Terletsky avait formulé la théorie dès 1962. C‘était un Russe, marxiste donc et suspect de lyssenkisme (ce lamarckisme prolétarien). Les écoles de physique et de parapsychologie américaines, à dominante “libérale”, l’ont emporté à travers le monde … et n’ont rien rapporté sauf de l’argent. ]

La transmission de base dans la subjectivité est purement intentionnelle. Les buts qu’on se donne sont en effet toujours sémantiques : on cherche à donner un sens (occasionnel, durable ou permanent) à sa vie. Et la représentation de ce sens (le désir) est convertie en actes qui permettent de le signifier concrètement. Une preuve expérimentale de cette transmission intentionnelle est fournie par la parapsychologie : ce sont les cas avérés de compréhension d’une langue étrangère par un médium. Cette compréhension ne s’avère d’ailleurs pas télépathique, mais autoprémonitoire : le médium se souvient de l’explication future qu’on pourra ou pourrait lui donner.

En fait, on peut démontrer que toutes les ESP (clairvoyance, télépathie et rétrocognition) sont réductibles à la seule autoprémonition 15 . “Se voir soi-même, c’est être voyant” ont dit pareillement, à vingt-trois siècles de distance, Lao-tseu et Rimbaud. Toutes les voyances en effet consistent à se voir soi-même (en inhérence, en compréhension, en intention ; donc dans le temps) au travers d’un autre (i.e. d’une forme spatiale). En définitive, le médium voit l’avenir parce qu’il modifie le passé ; mais c’est toujours et seulement vis-à-vis de son temps propre, personnel qu’il opère.

[ L’hypothèse de la clairvoyance ou de la télépathie en tant que transmission approximativement instantanée d’information, est certainement fausse. Et tout ce qui s’apparente à une télépathie collective (rumeurs, coïncidences multiples, champs morpho-génétiques, etc.) relève donc en fait d’une convergence finaliste : c’est le but ultérieur commun qui détermine les effets symboliques présents.

“Tachyons subjectifs” (quadrant III) : l’observateur voit directement de l’imaginaire, des tendances et, indirectement, de la réalité subjective (la mienne ou celle des autres, via l’autoprémonition de perceptions, i.e. de témoignages objectifs d’autrui). Cet observateur imaginaire produit lui-même des tachyons objectifs, devenant ainsi acteur. L’excitation cérébrale qui précède une action corporelle n’est pas localisable, elle intéresse simultanément toute une partie du cerveau. Certains effets PK extracorporels, “extraordinaires” (tels ceux du poltergeist, de la hantise) montrent à l‘évidence que des événements réels peuvent obéir à la logique “imaginiste”. L’imaginaire du sujet occupe l’ensemble de l’univers qu’il conçoit. La capacité d’un médium, c’est de faire coïncider son imaginaire subjectif avec la réalité objective.(…) L’idée d’interpréter la prémonition comme une réception de tachyons subjectifs a été avancée par le physicien américain Dobbs, en 1965.

Que signifie “en intention, donc dans le temps”? Reportons-nous au schéma principal : dans le quadrant I, le Moi réel observe des objets, des formes spatiales (des signifiants réels, informatifs) ; dans le quadrant III, le Moi imaginaire se représente des pulsions, des formes temporelles (des signifiants imaginaires, intentionnels).

Que signifie “voit l’avenir parce qu’il modifie le passé” ? Cette formule est en effet beaucoup trop dense. Considérons d’abord une vision réelle. Quand je vois un cendrier, je ne vois pas à proprement parler du passé, mais des traces présentes du passé, i.e. un souvenir ; de plus, puisque j’appelle cet objet “cendrier”, je fais une projection, un pari sémantique sur l’avenir : j’ai la conviction prémonitoire qu’on pourrait continuer à utiliser cet objet comme cendrier. Je vois le passé dans la mesure où je projette des actions dans le futur. Considérons maintenant une vision imaginaire, i.e. un certain désir : j’ai par exemple envie d’un éclair au chocolat. Je ne vois pas du futur stricto sensu, mais ses prémisses : j‘ébauche un projet. Je fais le pari concret que si j’avais déjà mangé cet éclair, je n’aurais présentement plus cette envie. Le désir est précisément cette satisfaction imaginée. C’est une situation “contre-factuelle”. Je vois le futur dans la mesure ou je rétrojette des agences dans le passé. Un médium ne peut réussir une voyance que dans la mesure où, de concert avec son client, il modifie quelque part un passé qui leur est commun. On ne peut imaginer un avenir (ouvert) qu’en renonçant à l’idée d’un passé irréversible, définitivement écrit. Il faut casser quelque chose du passé. Toute psychothérapie obéit au même mécanisme.

Cf. également ce que j’ai dit en conclusion de V. ]

Dans le monde réel objectif, nous sommes une partie d’un tout ; dans le monde imaginaire subjectif, nous sommes au contraire le tout des parties, notre peau englobe le monde. [ Nous sommes donc à la fois contenus et contenants. ]

C. PARADOXE DU RETRO-PK

Symétriquement, on peut démontrer que tous les PK sont en fait des rétro-PK : on agence l’espace via son propre passé. Une expérience de Libet, en 1985, a d’ailleurs secoué le milieu des psychophysiologistes : le signal cérébral correspondant à un acte volontaire se déclenche avant le passage conscient à l’acte 17 . Physiquement parlant, il s’agit d’une cause ex nihilo , autrement dit d’un effet rétro-PK reproductible.

[ L’expérience de Libet montre que lors d’une tension volontaire, la décision d’agir immédiatement précède bien la contraction musculaire, mais succède au début de l’excitation cérébrale correspondante, ce qui confirme mon modèle selon lequel l’agencement volontaire d’un acte consiste à modifier son passé personnel.

Il va de soi que la quasi totalité des scientifiques rejette la possibilité même du rétro-PK, comme si la liberté était toujours d’ordre intellectuel et jamais physique. L’une pourtant ne va pas sans l’autre puisque leur preuve est réciproque ! Sommes-nous libres en actes ? Une réponse négative ne peut rien signifier puisque la réponse est alors elle-même conditionnée. Affirmer donc que l’expérience de Libet n’est pas rétro-causale, c’est simplement manifester son imbécillité. Nous touchons ici au fondement même, à la justification du circuit psi : puisqu’il ne peut y avoir de signification sans liberté, il s’ensuit que toute signification est nécessairement circulaire et centrée sur un Moi.

Cette expérience fait le pendant aux études sur les perceptions subliminales. Pour les psychologues et les parapsychologues, ces perceptions peuvent engendrer “causalement” de fausses ESP. Cette interprétation n’est pas pertinente dans mon modèle : une représentation ou un acte involontaires relatifs à un stimulus subliminal sont toujours autoprémonitoires. A ma connaissance, l’expérience symétrique à celle de Libet n’a pas été faite, parce qu’elle paraît absurde ; faite, elle confirmerait mon modèle (l’excitation cérébrale motrice précédera l’excitation cérébrale sensorielle) et interdirait aux réductionnistes, comme dans l’expérience de Libet, d’invoquer quelque mystérieuse “cause cérébrale inconsciente”. Pourtant, on connaît déjà beaucoup de cas de rêves symbolisant par une longue mise en scène un événement réel désagréable (par exemple du bruit) qui déclenche très brutalement le réveil. Rappelons-nous le fameux rêve de la guillotine, de Maury. Les psychologues ont par ailleurs montré que le temps de réaction est d’autant plus court que la perception, même subliminale, est désagréable. Or il est parfois si court que l’action précède la perception : c’est le cas pour les actes préventifs consécutifs à une autoprémonition (consciente ou non) d’accident.

Les rationalistes distinguent classiquement quatre phases dans l’action volontaire : la conception, la délibération, la décision, l’exécution. Cette vision intellectualiste, causaliste, analytique est parfaitement contraire à l’expérience vécue de l’action. La délibération, pour un homme de caractère, pour un Moi fort, n’est le plus souvent qu’un leurre servant à entériner une décision déjà prise (Qu’on songe aux parlements-croupion, pour qui le gouvernement est tout et le peuple rien ). L’expérience de Libet est encore plus radicale puisqu’elle prouve que l’exécution cérébrale précède toujours la décision consciente correspondante.

Les réductionnistes expliquent ce genre d’expérience par le primat de l’inconscient ; et sans libre arbitre, bien sûr, le Moi n’est qu’une illusion. Mais traduit en termes éthiques, cela signifie qu’il n’existe en fait que des gouvernements démagogiques et qu’on n’en saurait trouver qui prennent des mesures impopulaires afin de protéger les plus faibles, les plus improbables, et d’ouvrir ainsi l’avenir. [La morale, comme toute démarche créatrice, consiste d’abord à inventer un Soi (indépendamment ou non d’Autrui), puis lui obéir et n‘être finalement jamais, quoi qu’il arrive, du côté du plus fort. La morale est naturellement maternelle et donc rarement masculine. C’est une foi inébranlable en son devenir intérieur et sa puissance effectrice, socialement incarnée aujourd’hui par l’abbé Pierre, hier par Lincoln, jadis — et pour toujours — par Diogène.]

Psychologiquement, Ricœur a justement fait remarquer que l’acte volontaire comportait moins des phases (“bradyoniques”) que des aspects (“tachyoniques”). On retrouve ici l’opposition entre la conscience , qui synthétise dans la durée diverses sensations (spatiales) , et la volonté , qui synthétise dans l‘étendue diverses pulsions (temporelles) et dont la réduction de la fonction d’onde, en physique quantique, est une signification élémentaire (cf. schémas 1 et 11). ]

Il n’y a paradoxe, impossibilité logique que parce qu’on croit à tort que le passé est écrit et inéchangeable. Il est pourtant évident que la moindre action, en changeant le présent, efface la réalité du passé (qui se réduit à des traces). Quand on conteste la possibilité du voyage dans le temps, on suppose le temps réel. On ne pourrait par exemple tuer son ancêtre enfant puisqu’on disparaîtrait du même coup. Eh bien, les logiciens “réalistes” (les rationalistes, les théologiens scientistes) ont tort : cela est possible (puisque le temps est imaginaire) et s’appelle en biologie une mutation.

[ C’est la perspective lamarckienne. Je soulève ici le problème très général du déterminisme historique. La complexification objective, localement observée (quadrant I), de l’univers physique, biotique, social et psychique est une suite de coïncidences inexplicables tant qu’on n’admet pas un déterminisme final (le futur modifie intentionnellement le passé). D’où le bien-fondé théorique du principe anthropique en cosmologie, du lamarckisme en biologie et du jungisme en psychanalyse. Et qui doute que le progrès technique de la société occidentale soit dû à l’intention consciente de la majorité de ses membres ? Ce n’est pas le caractère finaliste de ces théories qui est discutable, mais leur interprétation transcendantale. La finalité est “naturellement” intrinsèque, immanente (monde intérieur imaginé : quadrant III) de même que la causalité est “naturellement” extrinsèque et transcendante (monde extérieur perçu : quadrant I). ]

Autre exemple : dans le poltergeist (“l’esprit frappeur”, la maison hantée), un objet disparaît parfois d’une armoire fermée à clef et reparaît ailleurs. Dématérialisation dans l’espace et rematérialisation instantanée ? Pas du tout : l’objet n’ a plus été mis dans l’armoire.

“La musique crée un passé qui n’est pas dans le nôtre”, disait Oscar Wilde. Et un révolutionnaire chinois : “Qui change la mémoire change le monde“ (je souligne).

[ Le rapport complexe entre probabilités, signification et spatio-temporalité peut être illustré par l’exemple suivant, que je tire de l’actualité :

Supposons que l‘état de mon compte bancaire soit créditeur de 5.000 F un lundi, et de 15.000 F le lendemain. A priori, je peux prélever mercredi 10.000 F. Mais comme les banques françaises antidatent de deux jours les prélèvements, je devrai payer en fait un intérêt sur 5.000 F. “Objectivement”, mon action présente détermine un nouveau passé. Pour les banques, l’intention d’escroquer a déterminé ce moyen qui, actualisé en règle, permet d’atteindre un effet prévisible à terme ; “subjectivement”, c’est le futur (la richesse matérielle) qui a déterminé cet effet présent (le vol). Une décision récente de justice vient enfin d’interdire ces pratiques.

Contrairement à la loi physique, la règle est localement révocable mais pas globalement : avec le temps, les lois sont plus générales et moins nombreuses, tandis que les règles sont de plus en plus personnalisées. A la limite, la Loi — unique — ne fait plus que formaliser le but commun d’individus entièrement responsables. C’est cette utopie-là qu’on appelle démocratie en politique, Dieu en philosophie occidentale, théorie unifiée de l’univers en physique et sagesse en mystique. Sans elle, l’univers ne se fût jamais complexifié. ]

D. LES MONDES PARALLÈLES

Il suit de B et C que les mondes parallèles relèvent d’une théorie parfaitement valable, mais qu’il s’agit de mondes imaginaires, purement virtuels.

[ Résumés de B, C et D : schéma 13. ]

schéma13

E. LA HIERARCHIE STRUCTURELLE EN PHYSIQUE

Les idées de Feynman sur la possibilité d’un va-et-vient des particules dans l’espace-temps (cf. schéma 2.a) lui furent suggérées par une extraordinaire hypothèse émise par Wheeler : “Si tous les électrons de l’univers ont exactement les mêmes propriétés, c’est tout simplement qu’il s’agit d’un seul et même électron qui zigzague dans l’espace-temps. Nous observons en pratique un très grand nombre d‘électrons parce que, en tant qu’observateurs macroscopiques, le temps se déroule obligatoirement pour nous du passé vers le futur.” Feynman avait alors rejeté l’hypothèse en déclarant qu’on observait spontanément beaucoup plus d‘électrons que de positrons (les antiparticules correspondantes). Mais il avait négligé le fait qu’un photon est susceptible de se transformer en un couple de particules antagonistes (électron/positron par exemple) et vice versa. Et comme le photon est à lui-même son antiparticule, on peut admettre que l’univers n’est constitué à la limite que d’un seul et unique photon, sous réserve qu’il existe d’une certaine manière une barrière spatio-temporelle sélective pour la matière et l’antimatière (au sens, toujours employé par moi, de Dirac).

Or, dans l’univers du physicien, la simplicité structurelle s’accompagne d’indifférenciation (matière/antimatière et espace/temps). Les photons, par exemple, sont sans masse (pure énergie) et n’ont pas d’identité propre ; on peut en empiler autant qu’on veut au même endroit/moment (d’où les lasers). A un niveau supérieur, on trouve les fermions (électron, proton et leurs dérivés instables) ; ils sont indiscernables entre eux (du fait de leur aspect en partie ondulatoire : en mélangeant temporairement deux “vagues” de fermions, on ne peut plus dire, lorsqu’elles sont de nouveau séparées, laquelle avait le numéro 1 et laquelle le numéro 2) ; mais ils sont dénombrables et ne sont plus à eux-mêmes leurs antiparticules, comme l‘étaient les photons ; ainsi, du fait de leur relative permanence, ils ont un certain vécu donc une certaine “personnalité”. Au troisième et dernier niveau, on trouve les objets ordinaires : les molécules d’un gaz de même que les objets macroscopiques sont discernables et dénombrables, et l’on n’observe pas spontanément, au moins sur Terre, d’anti-molécule ou d’anti-objet. Tout ceci amène à conclure que, dans l’univers, l’individuation est certainement liée à l’installation d’une barrière matière/antimatière (i.e. à leur coexistence significative, symbolisée dans le schéma 1 par le couple Moi réel/Moi imaginaire).

Si donc l’univers n’est constitué que d’un seul photon, il s’agit assurément alors d’une monade dont les moi de chaque existant ne seraient qu’une expression, une “transition virtuelle”, le photon s’identifiant alors au principe affectif ontologique, au Pathos dont nous parlions en début d’article (cf. “l’horizon lumineux” du schéma 1 et les boucles du schéma 2).

[ Dutheil a proposé un référentiel “luxonique” (de lux : lumière) qui permet de décrire à la fois les bradyons et les tachyons, et de prouver leur équivalence formelle. Ce référentiel me semble une bonne approximation de la situation ontologique où je place le Moi total (réel + imaginaire), centre quintidimensionnel de l’univers 4D.

Si je privilégie l’ “aristocratique “photon parmi les bosons (quantons obéissant tous à la même statistique), c’est que les sciences “dures” , anonymes, sont fondées sur l’observation visuelle tandis que les êtres mystiques produisent des visions fondatrices (accompagnées d’ailleurs parfois de luminosités objectives). Les sciences “molles” se situent entre les deux et privilégient la parole, le clair-obscur, i.e. le Moi.

A mon avis, une théorie complète de la signification doit essentiellement relever du toucher (plutôt que de l’odorat), avec ses coïncidences possibles conscience/volonté, son immédiateté spatio-temporelle et sa charge affective (cf. Section V.h). Mais c’est là une préoccupation féminine qui intéresse très peu les scientifiques mâles et donc, pour l’instant, la transdisciplinarité.

Un modèle animiste de l’univers suppose que chaque participant symbolise tous les autres (passivement et activement ; en pensée, en paroles et en actes), qu’il y a donc entre eux solidarité dans l’espace et le temps, liens “démocratiques”, “en boucle fermée” — termes du physicien Chew — et non “hiérarchiques.” D’où l’auto-consistance prévisible de l’univers, sa cohérence significative (effectivement observées). Et si les participants sont égaux, il ne peut y avoir d’origine spatiale ou temporelle privilégiée, et pas plus de terme absolu : l’univers observable serait donc, devra être en expansion/rétraction infinie (modèle à rayon de courbure imaginaire, dit “hyperbolique” par les cosmologistes). ]

Une autre manière d’aborder la hiérarchie structurelle est de s’interroger sur le nombre de dimensions dans lesquelles vivent, de leur point de vue , les systèmes physiques.

En reprenant le raisonnement développé en V.h., on peut supposer que certains êtres ne voient à un instant donné qu’une ligne (avec des segments et/ou des points), ce qui implique une “profondeur” temporelle ; d’où l’illusion possible de surfaces (2D), mais l’incapacité de produire de l’asymétrie tridimensionnelle (propre au règne vivant). Ce pourrait être le cas de certains systèmes dissipatifs.

A l‘échelon inférieur (OD), on peut envisager des êtres incapables de concevoir la ligne mais qui verraient des points/segments : ce seraient les fermions. Enfin, à l‘échelon le plus bas, il ne saurait y avoir ni vu ni voyant, ni espace ni temps. Mais comme, dans un modèle complémentariste, le néant ne peut exister (une virtualisation absolue est impossible), il existe nécessairement là des êtres élémentaires en indifférenciation chaotique : ce serait le cas de tous les photons lesquels, de leur propre point de vue affectif , n’en formeraient qu’un seul (la Lumière en soi).

L’invention dimensionnelle (2nD, n étant un entier quelconque) constitue des interdits fondateurs : elle différencie. Cf. fin de V.

[ La logique formelle systématise la pensée opératoire, qui porte sur la causalité, elle-même symbole des relations objectives. Mais cette systématisation est auto-référentielle et ne peut donc rien dire du “contenu”, de la finalité, des intentions de cette pensée, d’où ses limites (syntaxiques et sémantiques) : la vérité n’y est jamais palpable, comme l’horizon lumineux. Dans mon modèle au contraire, en boucle fermée, une signification (logique, morale ou esthétique) n’est que palpable (les extrêmes se touchent) ; ou alors elle n’existe pas. Et la signification absolue, c’est l’affectivité, cette chair de la lumière : sans peau (puisque le dedans y équivaut au dehors) et sans âge (puisque le passé y équivaut au futur). Confer le schéma 14.

(…) En logique complémentariste, les questions d’un avant du big bang, de limites de l’univers ne se posent plus.

(…) A propos de l’invention dimensionnelle par un Moi total, on peut citer le cas intéressant des quasi-cristaux. La nature recherche toujours la configuration qui ait l‘énergie la plus basse, la plus économique (d’où le défaut de masse, décrit en II.B). Un cristal ordinaire se constitue par assemblage local, chaque atome résolvant seul son problème de minimisation. Mais un quasi-cristal ne peut se former que par une coopération non locale (quantique) des atomes. Il en va de même pour la phylo- et l’ontogenèse, où l’assemblage se fait par apprentissage réciproque, i.e. selon une procédure démocratique.

schéma14

F. L’ESPACETEMPS CIRCULAIRE

Le temps rectiligne et spatialisé est un mythe occidental, parce que l’Occident identifie l’univers avec la réalité objective. Ce temps-là n’est en fait qu’un point de vue tronqué, une approximation, une illusion de perspective.

Le régime du Moi total (réel + imaginaire) est complémentariste, à la fois causal et final 18 , temporel et spatial. En régime normal (à mi-chemin entre la créativité et la pathologie), le Moi total assimile du matériel objectif qui lui permettra de faire fonctionner sa raison et son imagination, la première de façon “néguentropique” (simplification sémantique : quadrant II) et la seconde de façon “entropique” (la folle du logis et ses errances symboliques : quadrant III). L’action modifie ensuite le monde objectif, etc.

[ La circularité, c’est l’approche métaphysique quand elle est centrée sur un Moi. “Le plus court chemin de soi à soi passe par autrui”, disait Paul Ricœur. Et Swedenborg : “Chaque esprit (chaque Soi) pense non d’après lui-même, mais d’après tous les autres”. Par exemple, si j‘étudie les pulsions en elles-mêmes (quadrant III), je fais de la science ; si j‘étudie ensuite leurs tenants (quadrants II puis I) et leurs aboutissants (quadrants IV puis I), je fais de l‘épistémologie ; si j‘étudie enfin les relations réciproques des ensembles I, II, III et IV, je fais alors nécessairement une métaphysique animiste. Mais si je ne m’appuie pas sur une science, je délire à vide -comme Lacan. ]

1. EN PHYSIQUE

[J’appelle donc circuit psi ma modélisation topologique de l’espace-temps, en bande de Moebius, du point de vue d’un Moi. Cette modélisation s’applique indifféremment à l’affectivité, à la psychosomatique, à l’hypnose, à l‘évolution, à une existence ou aux événements psi. On peut diviser cette boucle orientée en quatre segments : perception de la réalité objective (I), agencement d’une réalité subjective (II), projection d’un imaginaire subjectif (III) et actualisation objective de cet imaginaire (IV).]

Dans un espace-temps circulaire, il n’y a ni début ni terme absolus ; ils sont toujours arbitraires ; passé et futur, dedans et dehors, dépendent en partie de ma propre attitude. Ensuite, chaque segment se caractérise par un régime dominant ; mais le régime inverse est toujours présent. Par exemple l’entropie perçue en I est globale ; mais il y a de l’ordre qui croît localement. Si la néguentropie était dominante en I, plus rien ne serait prévisible et nous mourrions très rapidement ; mais si l’entropie était absolue, la complexification n’aurait pu se développer ( “Matière sans conscience n’est que ruine de l’univers” , constatait Jean Guitton). Dans les deux cas, il n’y aurait pas d’histoire. Or il y a une histoire. On peut faire le même raisonnement pour le segment III : il y a de l’avenir, du rêve actualisable parce que l’imagination y est dominante, mais pas toute-puissante (l’univers sinon ne serait qu’un rêve solipsiste, parfaitement gratuit). [Et si l’entropie (la raison déductive) dominait, il n’y aurait plus d’imagination, partant plus de désir ni d’avenir.]

a. Le modèle cosmologique standard (qui porte sur la réalité objective) s’est constitué progressivement, en choisissant parmi les multiples solutions des équations de la relativité générale celles qui s’adaptaient le mieux aux observations astronomiques.

L’univers est en expansion. La lumière résiduelle d’une explosion originelle ( du “big bang”) étant uniformément répartie à l’horizon, on a admis qu’un observateur extraterrestre quelconque verrait l’univers de la même manière que nous : on a donc posé un “principe cosmologique” selon lequel l’univers est isotrope et homogène, ce qui permettait de définir un temps cosmique absolu (que n’autorisait pas la relativité restreinte), et donc l‘âge et les dimensions de cet univers (le big bang se serait ainsi produit au bout d’un million d’années). A l‘échelle gigantesque du cosmos, c’est — parmi les quatre forces fondamentales de la nature — la gravité qui, de beaucoup, est la plus déterminante. Et comme cette force équivaut à une accélération, on peut la décrire comme une propriété géométrique du continuum spatio-temporel.

Dans les équations d’Einstein, la densité de matière (quadrivecteur impulsion/énergie) est égale à la courbure spatio-temporelle (quadrivecteur métrique). “Plein” matériel et “vide” spatio-temporel se déterminent l’un l’autre. Du point de vue thermodynamique, le modèle stipule que l’entropie reste constante et que la masse/énergie, de valeur positive, est conservée (il n’y pas de création ex nihilo). L’origine de l’univers, assimilable à un point de densité et de chaleur infinies, est donc une singularité initiale que n’explique pas le modèle. C’est pourquoi, vers 1950, le physicien allemand Jordan proposa d’attribuer dans les équations une valeur négative à l‘énergie (potentielle) gravifique : la masse/énergie totale de l’univers devient alors nulle et une “création” de matière positive ne contredit plus le premier principe de la thermodynamique (conservation de la masse/énergie).

[ Jordan s‘était beaucoup intéressé à l’inversion temporelle, à la complémentarité des systèmes biologiques et au refoulement psychanalytique. Il fut aussi un parapsychologue renommé. ]

La topologie globale de l’univers semble actuellement plane, mais on ignore quelle sera son évolution. Si la densité de matière est forte, il se rétractera (rayon de courbure réel) ; sinon, l’expansion s‘étendra à l’infini (rayon imaginaire). [ Même dans ce second cas, l’univers, à partir de l’infini, se contractera. On parle à ce propos d’univers apériodique, par opposition à l’hypothèse précédente. ]

b. Les physiciens estiment achevé l‘édifice de la relativité (restreinte) quantique et s’attaquent maintenant à une théorie unitaire, la gravitation quantique, qui permettrait de décrire toute l’histoire de l’univers et parachèverait leur entreprise. Vont-ils enfin traiter de la finalité, ce fondement même de la pertinence de leurs propos, et cesser ainsi de régresser à l’infini ? J’en doute fortement.

[ La philosophie et la science occidentales ont en commun de refouler tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la finalité. On rationalise, on formalise à outrance dans l’espoir monstrueux, proprement psychotique, que la Vie enfin va rendre gorge. Mais la vie résiste. Alors on enferme le Grand Pan dans une métaphysique quelconque, l’essentiel étant qu’on ne l’entende plus, qu’on le croie mort et que des grands prêtres puissent parler à sa place, qui expliqueront au peuple comment mourir vieux sans avoir jamais vécu et pourquoi l’assurance collective de l’esclavage techno-scientifique vaut infiniment mieux que le risque individuel de la Résurrection. ]

c. Gunzig et Prigogine rejettent le modèle standard pour la raison justifiée que si l’univers a un âge, s’il va en se complexifiant, c’est que le temps cosmique est nécessairement irréversible. Ils proposent donc un nouveau modèle cosmologique qui s’inspire à la fois de Jordan, de Boltzmann (l’univers comme fluctuation de l‘équilibre thermodynamique) et des propriétés du vide quantique relativiste. Ce vide est typiquement complémentariste en ce sens qu’il correspond à un état minimal d‘énergie (et non à un néant), susceptible de fluctuations brèves, dites “virtuelles” (avec production de fermions légers tels les électrons), ou durables (par production de fermions lourds). Confer le schéma 2.d.

Le modèle consiste à supposer qu’une macro-fluctuation du vide quanto-gravifique engendrerait des mini-trous noirs d’où s‘échapperaient, par saut quantique, des fermions qui rétroagiraient sur le vide ; d’où un processus irréversible en boucle jusqu‘à épuisement des trous noirs. Il s’agit d’un mécanisme typiquement dissipatif où le système accède à l’existence par dégradation de l‘énergie. Et c’est ainsi que durant cette période très brève (10 -37 sec.) se constituerait (par production photonique) toute l’entropie de l’univers. Le scénario est ensuite classique : avec la chute progressive de la température, des atomes se constituent, de moins en moins éphémères. Les électrons libres disparaissant, l’univers devient transparent (et c’est de cette époque que date le rayonnement fossile).

Quel sera, selon ce modèle, le destin de l’univers ? Pour Prigogine, la densité deviendra si faible qu’on se retrouvera comme au début dans une situation instable et qu’une nouvelle création ex nihilo se produira. [ C’est donc une modélisation apériodique. ]

d. Nous l’avons dit à plusieurs reprises : spatialiser le temps, c’est ignorer son versant sémantique, sa dimension morale et détruire ainsi sa signification. C’est très précisément cette critique que le mathématicien Gödel, en 1950, fit au modèle standard : la notion d’un temps absolu est incompatible avec la sensation existentielle de vivre toujours dans le présent. Gödel proposa alors des solutions aux équations de la relativité générale où le temps absolu n’est défini qu’en référence à un observateur unique. Dans ce cas, la distinction entre espace et temps ne vaut évidemment que localement. La courbure de cet univers est négative (rayon imaginaire). Le modèle prédit d’une part une rotation globale de l’univers par rapport au repère d’inertie local (ce qui définit une direction spatio-temporelle et suppose l’existence d’une force centrifuge antagoniste de la gravité) et d’autre part la possibilité pour l’observateur de revenir localement dans son passé sans parcourir le temps à l’envers, c’est-à-dire en continuant à vivre. On voit donc que ce modèle formalise en partie notre circuit psi.

[ A l’autre extrême, j’ai été stupéfait — et, pour tout dire, très honoré — de découvrir que le circuit psi modélisait, sommairement mais adéquatement, la conception de l’univers des Indiens hopis, d’une exceptionnelle sagacité. ]

e. Le modèle du circuit psi entend rendre compte des tenants et des aboutissants de l’univers réel que nous observons. Il impose en retour des normes à toute systématisation cosmologique. Je me contenterai d’insister sur quelques points, déjà traités en partie.

Il y a d’abord deux repères absolus : le Moi réel et le Moi imaginaire. Le modèle porte donc sur des mondes irréductiblement personnels, mais peut s’appliquer à toute entité existante quel que soit son niveau hiérarchique (et donc quel que soit celui de l’observateur). Il peut s’appliquer à un fermion, à un être humain ou à l’univers réel tel que nous l’observons.

La complémentarité réel/imaginaire (ou état/tendance), quand elle est appréhendée à partir du Moi réel, s’identifie à celle du discontinu et du continu. Elle est à mettre en parallèle avec la relativité générale (densité de matière/courbure du continuum spatio-temporel) et avec la physique quantique (matière/onde ; quantons/champs quantiques de création et d’annihilation). Mais ma conception d’un vide quantique gravifique se démarque des conceptions dominantes puisque je lui donne les attributs de la lumière et seulement d’elle, en l’assimilant ontologiquement à l’affectivité.

La notion de dimensionalité ne s’applique temporellement qu’au couple objet/sujet. L’existence hypothétique, idéale d’un Moi total implique une symétrie temporelle absolue. Si le monde observé (objectif) commence par un plein et se termine par un vide (modèle de Gunzig-Prigogine), c’est que le monde subjectif part d’un plein (l’océan de Dirac) et aboutit, en remontant le temps, à un vide. L’entropie globale de l’univers est alors nulle ; dans sa partie observée, la complexification néguentropique se traduit simultanément par une production entropique d’espace. Il s’agit d’ailleurs moins de deux mondes complémentaires que d’un unique univers (celui de l’existence, de la signification personnelle) appréhendé de deux manières antagonistes : l’une informative et l’autre intentionnelle. Le big bang serait alors une fontaine blanche objective (“Autrui”) symbolisant une infinité de trous noirs subjectifs (“les Soi”). Si l’on parcourt le circuit psi en observateur, on dira alors d’un point de vue seulement informatif que l’univers commence en fontaine blanche et se termine en trous noirs.

[ Un trou noir n’anéantit pas la lumière, il la capture. A l’intérieur de ce tourbillon, la gravitation est si forte que toute la matière est réduite en bouillie lumineuse. C’est une bonne symbolisation physique du Soi, séjour des morts rendus à la poussière originelle. De cette pompe aspirante surgiront ex nihilo les impulsions, à l’inverse de la pompe foulante d’une fontaine blanche, productrice d‘énergie, symbole d’Autrui et du Fiat Lux biblique. (Cf. V.C et V.E ). Certaines personnes à l’agonie, mais retournées à la vie, déclarent avoir vécu une telle “impérience”. ]

f. Le vide “photonique” correspond dans mon modèle à l‘état d’indifférenciation affective. Une fluctuation aléatoire peut l’amener (il a toute l‘éternité pour cela) à un état d’excitation qui se traduira à la fois par une action matérielle (celle qui précède le big bang) et un but subjectif, les deux étant reliés par un Moi “bosonique”. [ Les bosons sont les particules d’interaction, i.e. véhiculant les quatre grandes forces de la nature. ] Quand la boucle est bouclée, la signification est accomplie et l’excitation résorbée (cf. schéma 2.b).

Les physiciens connaissent bien l’effet Blackett : une planète en rotation dans son propre champ de gravitation donne naissance à un champ magnétique. Mon modèle décrirait le processus inverse : le champ, le vide photonique engendre du réel (une masse d’inertie) et de l’imaginaire (un espace-temps rotatif).

g. Pour terminer cet aperçu cosmologique, il me reste à décrire quelques implications du “présent comme seule réalité”. La première est que passé et futur sont soumis à une morale, i.e. à une création ex nihilo permanente (faute de quoi, c’est le hasard qui gouvernera…). On ne peut dissocier création, facultés psi et liberté. [ Rappelons-nous la discussion sur l’expérience de Libet. Etre physiquement libre implique qu’on puisse modifier le passé (ou deviner l’avenir). La matérialisation d’un souhait correspond toujours à une improbabilité objective. Mais pour en juger ainsi faut-il encore un observateur indépendant, intellectuellement libre. ] L’on comprend alors pourquoi notre univers actuel semble avoir une géométrie plane : c’est que ni l’enfer (la rétraction “réelle” obligée) ni le paradis (l’expansion “imaginaire” infinie) ne sont donnés d’avance. Autrement dit, nous ne pouvons pas ne pas être en situation instable puisque nous sommes des êtres vivants, c’est-à-dire libres. Et si la destinée humaine individuelle se traduit ainsi directement dans les structures de l’univers , c’est que nous sommes tous solidaires. Dans l’espace d’abord, comme l’illustrent à l‘échelle microscopique la démocratie quantique (modèle de Chew) et à l‘échelle macroscopique le fait que l’inertie n’est pas tant une propriété intrinsèque de la matière réelle que l’expression locale d’une solidarité imaginaire, tachyonique, avec le reste de l’univers (pendule de Foucault, principe de Mach). Dans le temps ensuite, selon l’interprétation rétro-temporelle de la réduction de la fonction d’onde ou de l’homéostasie et, plus généralement, selon le principe dit à tort “anthropique” (puisque c’est tout l’univers qui rétroagit sur son propre passé pour accomplir l’avenir qu’il projette). Conclusion : l’expansion infinie n’est pas donnée au départ ni à l’arrivée, chaque instant en décide, l’univers sera ce que ses membres en feront.

Bien entendu, chaque individu peut concevoir l’univers à sa manière, fabriquer localement les preuves qui le convainquent et vivre ainsi conformément à son modèle. S’inventer, se complexifier (par défaut de masse inertielle, au sens propre ou figuré), c’est bien s’individualiser en fabriquant un espace actuel et un temps virtuel spécifiques, ce qui suppose donc une relative plasticité de l’univers. On peut même vivre (en apparence) et mourir (avec certitude) dans une coquille. Mais la question globale soulevée dans cet article est de savoir quel modèle scientifique est à même de rendre compte du plus grand nombre de phénomènes significatifs. Si l’on assimile la complémentarité à l’approche d’un Moi total, c’est-à-dire à la tentative d’acquérir vis-à-vis du monde une dimension supplémentaire, alors on peut affirmer que tous les êtres actuels doivent leur existence à des ancêtres qui se sont battus pour acquérir cette complémentarité et qu’ils n’auront de descendants que s’ils se battent à leur tour.

[ Quels que soient le sens ou la forme d’une signification, existe-t-il une topologie spatio-temporelle unique qui puisse à la fois la décrire, expliquer d’où lui vient son énergie/impulsion, sa “masse”, et où celle-ci la mène ? J’ai donné une réponse affirmative en proposant le circuit psi en début même d’article. Et tout au long de celui-ci, j’ai essayé à la fois de tester cette hypothèse et d’en tirer des conséquences afin de persuader le lecteur de sa cohérence. Le procédé utilisé le plus simple aura consisté à montrer l‘équivalence entre l’ensemble des créations individuelles et la loi objective commune.

(…) J’ai déjà signalé que, dans ce modèle animiste, la réduction de la fonction d’onde n’est rien d’autre qu’un processus d’homéostasie obéissant au principe (finaliste pour le sujet) de minimisation de sa dépense énergétique. Ce modèle étant localement à deux dimensions temporelles et deux dimensions spatiales orientées, la temporalité et la spatialité s’inversent d’un niveau hiérarchique d’observateurs à l’autre. La créativité végétale, par exemple, est perçue de façon causaliste par les animaux herbivores, sans quoi ils n’existeraient pas. Les “sauts quantiques” enfin, dus au principe d’incertitude de la physique des particules, signifient selon mon modèle l’existence immédiate d’un libre arbitre.

Celui-ci peut opérer dans la réalité lors du passage de l’objectivité à la subjectivité (quadrants I puis II) : ainsi les zigzags de Feynman, ou mieux de Dirac, sont aux âmes des bradyons, à leur conscience, ce que le big bang est à la conscience de l’univers. [On sait d’ailleurs produire en laboratoire des photons à très haute énergie qui se transforment en fermions, simulant ainsi un mini-big bang.] L’observateur humain animiste rapportera scientifiquement l’effet du big bang à l’action première, intentionnelle, d’ “Autrui” et les zigzags à de libres conceptions de divers “Soi”.

Le libre arbitre opère également dans l’imaginaire lors du passage inverse de la subjectivité à l’objectivité (quadrants III puis IV) : ainsi les réductions de fonctions d’onde sont à la volition des tachyons ce que le “big scruntch” (l’implosion) est à la volition de l’univers. Le rêveur animiste rapportera scientifiquement sa représentation de l’implosion comme moyen à la fin dernière de son propre Soi, et celle des réductions à de libres actions de divers Autrui.

Le Moi total éprouvera alors le besoin ou non de synthétiser ces faits épars en une signification unique, sa propre destinée (schématisée par le circuit psi). ]

2. EN PATHOLOGIE

Lacan a bien raison de dire que l’inconscient fonctionne comme un langage, un système sémiologique, mais — à mon avis — seulement lorsque le moi est pathologique. Une pathologie apparaît en effet quand il y a prépondérance de la causalité dans la subjectivité (traumatismes physiques, infections, contraintes psychiques entraînant phobies, compulsions, stéréotypies, etc.), autrement dit prépondérance de l’information sur l’intention.

A ce propos, vous avez peut-être remarqué que dans mon modèle, toutes les représentations mentales proviennent de l’avenir. Quid alors du souvenir ? Eh bien, il s’agit d’un jugement partial, objectiviste du Moi réel. Toute image mentale se sert bien de formes passées (qu’elle combine ou non), mais ne signifie que de l’avenir. Seul l’avenir a un sens. Ce qui n’en a pas est oublié. Et c’est précisément, comme le disait Santayana, quand on est incapable de comprendre son passé qu’on se condamne à le revivre.

[Ce qui vaut pour le souvenir individuel vaut également pour la mémoire collective, qu’on l’aborde sous l’angle mental (l’idéologie, les mythes), biologique (les instincts, les gènes) ou physique (les systèmes dissipatifs, les partons en cosmologie, les galaxies, etc.).

(…) Le signifiant, en tant que fondement de la subjectivité, ne peut fonder qu’une pathologie puisque le sémantique, le “nouménal”, devient alors épiphénoménal. “Les pensées meurent dès qu’elles sont incarnées par des mots”, disait Schopenhauer.

Par ailleurs, et pour être plus terre à terre, chacun sait que le propre d’une intuition est d‘être instantanée, mais que sa description peut demander beaucoup de temps, sans même parfois épuiser son contenu. Il y a également de nombreux faits empiriques qui amènent à penser que le rêve est lui aussi parfois instantané et toujours prémonitoire d’une prise de conscience “réelle” ultérieure (Cas le plus simple : la mise en scène d’un bruit qui nous réveille). Quand le rêve ou la pensée créatrice s‘étalent dans le temps , c’est en le remontant.

Si le temps est circulaire, passé et futur sont inextricablement mêlés. Un jugement linéaire (partiel et partial) sur la source du rêve privilégiera le passé ou le futur selon l’endroit où l’on aura effectué la coupure et selon la direction de lecture. ]

A cette pathologie individuelle, on peut faire correspondre une pathologie sociale, le schéma 1 pouvant s’appliquer aussi bien à un “complexe inconscient” (à un Moi secondaire, voire à Soi) qu‘à la société (à Autrui), mais avec inversion temporelle (causal/final) et spatiale (introjection/projection) par rapport au moi individuel. Cf. schéma 4.

[Une décision intentionnelle (finale) de l’Etat est un déterminisme causal pour moi (interdiction de fumer dans le métro) ; de même, dans la mesure où je décide (finalement) de mon destin, cela pèse causalement, entropiquement, sur l’Etat. Entre partie et tout, le temps – comme l’espace – s’inverse. On peut à ce propos citer cette profonde remarque de Malraux : “Ne voit-on jamais que la fatalité des autres ?” ]

Ainsi, notre société se caractérise à la fois par son hyperfinalité [néguentropie dominante dans le quadrant I], c’est-à-dire un changement technocratique constant (d’où pollution excessive) et par son aspect hyposémiologique, comme le montre très bien Virilio 19 , c’est-à-dire un appauvrissement de l’information réelle, une virtualisation de l’environnement (le monde médiatisé perd à la fois son objectivité et sa réalité, devient compréhension immédiate, pur spectacle, rêve passif). En d’autres termes, le temps n’ayant plus de sens, l’histoire étant terminée, le destin individuel se déroule maintenant uniquement dans l’espace, dans l’imaginaire : subjectivement avec la drogue télévisuelle (i.e. le rêve permanent et sans effort), objectivement avec l’activisme (on ne veut plus comprendre mais seulement faire, avec des résultats immédiats). En détruisant l’avenir, la technocratie incarne un désir de suicide collectif.

3. EN ECOLOGIE

Dans un fanzine de Rouen, Génotype XXY , on pouvait lire en 1993 : “Capitaliste, n.m. : le parasite le plus perfectionné de la Création. Son don d’ubiquité lui permet de pomper la force de plusieurs milliers d’humains en même temps”. Ce don “tachyonique” s’exerce d’abord sur les plus faibles. Voici ce que Smohalla, un Indien de l’Ouest américain, déclarait au siècle dernier :

“Vous me demandez de labourer la terre. Dois-je prendre un couteau et déchirer le sein de ma mère ? Mais quand je mourrai, qui me prendra dans son sein pour reposer ?

Vous me demandez de creuser la terre pour chercher du minerai. Dois-je aller sous sa peau chercher ses os ? Mais quand je mourrai, dans quel corps pourrai-je entrer pour renaître ?

Vous me demandez de couper l’herbe, de la faner et de la revendre pour devenir riche comme vous, les hommes blancs. Allons ! Comment oserais-je couper les cheveux de ma mère !

Les hommes qui travaillent ne peuvent rêver et la sagesse vient des rêves. Mon peuple ne travaillera jamais !”

Il ne travailla jamais : il fut massacré.

[ L’animisme ne consiste pas à pleurer pour les chimpanzés ni même avec eux, mais à résister tous à la technocratie sans craindre la mort. ]

Le conflit de l’animiste face à l’Occidental, c’est celui de l’immanence face à toutes les sortes de transcendance, qu’elles soient matérialistes ou spiritualistes. A la fin du xviie siècle, au Canada, le baron de Lahontan expliquait à un Huron que sans le châtiment des coupables et la récompense des justes, le mal se répandrait sur la terre. L’Indien lui répondit : “Je suis le maître de ma condition, je suis le premier et le dernier de ma nation, je ne veux et n’ai rien ici à craindre de personne. Mais toi, ton corps comme ton âme dépendez d’une infinité de chefs ; et tu as peur des menteurs, des voleurs et des assassins”. Tous les Hurons furent massacrés.

Le modèle d’un espace-temps circulaire rend parfaitement compte des problèmes écologiques. Il a conduit certains chercheurs (Lovelock, Margulis) à déclarer dans les années 80 que la Terre était certainement un organisme vivant (l’hypothèse Gaïa ) puisqu’elle était douée d’homéostasie, i.e. capable de conserver un équilibre instable (taux d’O 2 , température, acidité du sol, etc.) tout en se complexifiant. La technocratie cependant engendre actuellement une telle pollution que la Terre n’arrive plus à s‘équilibrer (notamment à absorber le CO 2 ) : la culture occidentale est devenue la maladie mortelle de la Terre.

[_ Quand l’espace-temps disponible semble infini, la pollution — l’entropie — est sans conséquence et les systèmes se caractérisent par leur gigantisme. Quand l’espace-temps est presque entièrement occupé, l’entropie se retourne sur le producteur et risque de le détruire. D’où l’orientation de cet espace-temps (le circuit psi), puis la miniaturisation des systèmes (symbolisés par les Moi réel et imaginaire)._

Cette modélisation physicaliste de l’histoire peut s’appliquer au capitalisme occidental, qui commença par piller sauvagement le Tiers Monde et s’achève avec les outils policés de l’informatique. Elle s’applique évidemment à la cosmologie : nuages galactiques qui se spiralisent et se condensent en étoiles. A l‘évolution des espèces : extension territoriale et nomadisme puis sédentarisation ou migrations régulières avec constitution de cycles écologiques.

L’aboutissement sera la mort (naines blanches, extinction des espèces et des civilisations) et, parfois, la résurrection (pulsars se transformant en trous noirs puis en fontaines blanches, mutations des espèces ou des civilisations). ]

“Peut-être découvrirons-nous qu’avant de restaurer la pureté des rivières, il convient de retrouver l’esprit qui jadis les habitait. Ce n’est pas une image. Je veux dire que dans certains lieux pollués, rien — littéralement rien — ne poussera tant que ne sera pas ressuscité l’esprit des lieux” (N.Mailer).

[ Le XXIe siècle sera religieux, hélas. Le téléphone remplaçant avantageusement la télépathie comme le réductionnisme la morale, l’avenir ne nous réserve probablement que le meilleur des mondes, cette mort très lente, sous les auspices d’un écolo-fascisme que G.Béney 20 , écologiste militant, a jusqu’ici en vain dénoncé parmi les “Verts”.

La technocratie, que notre société révère, n’est au fond qu’une gérontique réservée à la race des plus forts ; c’est le nazisme enfin triomphant.

(..) L’existence d’un espace-temps ambivalent et complémentaire (à la fois signifiant et signifié, 2D-E et 2D-T) implique nécessairement une structure circulaire de la Signification, du Moi et, en définitive, de la Destinée. C’est cette bande de Möbius que nous allons décrire succinctement pour conclure.

Résumé : schéma 15 ]

schéma15

LA DESTINEE ET LE DETERMINISME

Cet exposé n’avait pour but que d’arriver au problème le plus général, celui du déterminisme personnel, de la destinée.

Dans le cas d’une prémonition préventive d’accident, celle-ci permet parfois d‘éviter l’accident. Mais cela n’implique en rien un changement de la signification de notre destinée. L’avenir n’est pas écrit formellement, mais en tant que signification. [ Le futur comme le passé sont par contre écrits formellement. Personne ne conteste l’existence de Louis XIV. Dans le cas d’une prémonition, le médium décrit formellement le futur. Le futur est donc mécaniquement déterminé à cet instant. Mais comme l’accident est parfois évité, il est clair que cette mécanique a été cassée entre temps. Le même raisonnement s’applique au passé : il ne tient qu‘à nous de le changer et de modifier notre mémoire. Tous les créateurs — petits ou grands, connus ou pas — se fabriquent au fur et à mesure un passé nouveau qui contraint mécaniquement leur avenir. Exemples simples : Fellini ou Malraux, qui falsifièrent très volontairement et très lucidement leur biographie. ] Untel évitera peut-être un accident, mais n’en tirera aucune conclusion sur la nouvelle direction à donner à sa destinée : il répétera cet accident sous d’autres formes : maladie, divorce, etc. 15

[ Ce qui est une évidence d’instinct pour le premier psychothérapeute venu ne l’est pas pour la technocratie qui nous écrase. Un vaccin supprimera peut-être le sida dans ses effets, certainement pas dans ses causes sociales qui relèvent d’une fin suicidaire. On trouve encore des universitaires convaincus que la chute de l’Empire romain tint plus à l’intoxication de l‘élite par le plomb qu‘à une décadence morale généralisée. Mais, inversement, il est tout aussi illusoire de croire que c’est Dieu qui détruisit Sodome pour ses péchés, puisque cette ville ne vivait plus que pour l’actuel : elle ne se voulait plus d’avenir, elle s’est donc tout simplement suicidée. Il n’y a aucun mystère, aucun hasard, aucune fatalité dans notre destinée dès lors que notre Moi entend en maîtriser complémentairement (circulairement, i.e. de façon obligatoirement équilibrée) les tenants et les aboutissants. ]

Ce mécanisme de prémonition préventive semble extrêmement fréquent, mais le plus souvent inconscient. Une étude américaine a montré que les jours où il y avait un accident mortel de train, le nombre de voyageurs qui prenaient leur billet pour ce train était significativement inférieur à la moyenne 21 .

S’il y a un déterminisme mécanique, il n’est ni physique (matérialiste, causal ; i.e. Autrui) ni spirituel (i.e. Dieu transcendant, Soi). Il est affectif, il diffère selon chaque personne et ne vaut formellement (objectivement, socialement, intersubjectivement) qu’en un endroit et à un instant donné. Il nous arrive non ce qu’on croit mériter, mais ce qui nous ressemble.

[ Il serait bien naïf de croire que mort soit synonyme d’arrêt organique. La plupart des adultes sur cette terre malade vivent comme des zombies, esclaves de rêves qu’ils refusent de maîtriser, i.e. d’inventer. D’où l’intérêt, pour se libérer de cette errance, d’une herméneutique existentielle : la vie de toute existant peut être interprétée comme un rêve. Mais l’animisme ne se borne pas à ça : c’est aussi une heuristique qui concilie de fait la réalisation de son propre rêve, son auto-création, avec celles des autres. ]

La seule manière, pour nous Occidentaux, d’accomplir pleinement notre destin, d’incarner la Signification potentielle que nous sommes est sans doute, comme le suggérait Gœthe, de savoir mourir pour devenir.

Quoi que l’on fasse, la mort est une réalité objective inéluctable (entropie). Mais il ne dépend que de nous de naître (c’est une pure question d’imagination). Puisque la cause détermine l’effet comme la fin le moyen, on peut être assuré qu’on meurt d‘être né tout autant qu’on naît de mourir. Il est donc faux de dire que l’enfance détermine la vie adulte ; à moins d’admettre aussi que l’adulte choisit l’enfance qui lui convient ; et le mourant, sa naissance… Etre libre, c’est inventer un soi et lui obéir ; être esclave, c’est accepter la réalité objective telle qu’elle est, physiquement ou socialement, qu’on soit cause (comme le patron), effet (comme l’ouvrier) ou les deux à la fois (comme le bourgeois).

On ne saurait néanmoins dissocier libre arbitre et fatalisme. La liberté se nourrit d’obstacles, d’où le développement spatial des âmes (la vie), mais aussi la dégradation temporelle des corps (la mort) : tout corps vieillit parce que toutes les âmes rajeunissent.

[ L’entropie est le prix de toute action néguentropique. Vieillissement physique et rajeunissement spirituel vont ainsi nécessairement de pair, même si l’individu zombie, l’ultra-conservateur ou le vieillard de cœur refuse de changer : les autres l’y contraindront par leur seule existence. Le rajeunissement spirituel, c’est la créativité ; mais elle peut se limiter au seul instinct de survie. D’ailleurs, quand je dis “les autres”, je fais allusion à l’ensemble de la réalité objective : que la vie disparaisse de la Terre n’empêchera pas le reste du monde de continuer à évoluer. ]

Il faut également admettre qu’on n’agit jamais que sur sa propre destinée, contrairement à ce que prône depuis toujours l’idéologie occidentale. Chaque Moi est seul à fabriquer des significations. Croire qu’on agit sur la destinée d’autrui ou la subit, c’est prendre des significations voulues par un tel couple pour un surdéterminisme causal, et non pour ce qu’elles sont : les moyens d’une fin commune. Point de bourreau sans victime séductrice. Et croire que personne ne contrôle le destin, c’est de même nier la finalité en faisant d’absurdités voulues par soi-même de simples traductions du Hasard.

[ Je parais simplifier la relation à autrui en ne l’envisageant que “spatialement”, entre égaux supposés. Mais la filiation, réelle ou symbolique, familiale ou sociale, est aussi une relation de couple -et beaucoup plus générale : les parents doivent armer leurs enfants sans les enrôler, et les enfants s’armer contre tout enrôlement. C’est ça, la démocratie. Le contraire du consensus : personne n’est “égal” à quelqu’un d’autre, chacun est unique.

(…) Bourreau et victime sont des significations, et non des faits objectifs ainsi que l’affirme le manichéisme occidental – qui se justifie ainsi de toutes ses interventions impérialistes. C’est Chevènement, alors ministre des Armées, qui disait avec justesse que la guerre du Golfe n‘était en fait qu’une gigantesque ratonnade. Rony Brauman, président à la même époque de Médecins Sans Frontières, déclarait sans embages qu’une politique humanitaire est une pure hypocrisie ; ce sont les individus (au moins quelques-uns) qui défendent des principes universalistes, non les Etats actuels (qui ne défendent que leur propre intérêt). L’idéologie de la victime (et donc du bourreau), ajoutait-il, déréalise l’autre en vue d’un bénéfice narcissique ; un être humain ou un groupe social ne doit jamais être réduit à un statut de victime. Ou alors on est un salaud, puisqu’on entretient le dualisme (bourreau/victime, riche/pauvre, aryen/juif, etc.).

(…) Quoi qu’il arrive, un être responsable est forcément courageux et ne sera jamais, malgré les apparences, ni bourreau ni victime des autres ou de lui-même. Mais il y a des destins de tigre et des destins de gazelle. Se révolter contre l’inéluctable, faire de la mort le Diable en personne et de tous ses désirs des Dieux constituent des preuves absolues de crétinisme moral. ]

Le monde est rond ; qui l’ignore se cogne toujours et partout à soi-même. Ainsi de Dieu pour les croyants, pour les agnostiques du Hasard et pour les plus bêtes, du “big bang”, du gros boum matérialiste. Les premiers s’excusent d’une fin et les derniers d’un début. Les agnostiques, eux, s’en lavent les mains.

De l’amour, de la beauté, du courage, nous ne devons attendre ni plaisir, ni bonheur, ni extase : seulement qu’ils nous changent.

[ De la roue du schéma 1, on sort par le centre, le moyeu, l’affectivité. Il s’agit de réinventer la roue, d’un point de vue psychophysique. C’est d’ailleurs la base même de l’hindouisme, qui est l’une des multiples façons de formuler un animisme ouvert (et non fermé comme le définit l’Occident). Circularité n’est pas fatalisme ou absurdité. Chacun naît avec une configuration affective unique ; et la signification de chaque existence consiste à inventer sur cette base un rêve impossible qu’il faudra pourtant matérialiser. Beaucoup de gens renoncent à leur destin en confiant à une entité supérieure (Dieu ou la Société, i.e. un pseudo-Soi ou un pseudo-Autrui) ce travail de matérialisation. D’autre part, on fait toujours des erreurs, la vie consiste à en faire ; mais jamais deux fois la même ! Il faut donc toujours incurver sa ligne de vie, infléchir sa route… jusqu‘à faire retour : voie du Tao, voie de la Voie. Ceux qui renoncent à leur destin répètent les mêmes fautes, acceptent l’existence de contraintes absolues. Ils fabriquent du rectiligne, de l’horizontal. Ils se croient vivants, ils sont déjà morts.

On peut aussi se représenter la circularité en termes d’action/réaction. La notion de réaction objective est parfaitement acceptée en Occident, en physique ou en sociologie. La notion de réincarnation (“le retour de bâton”) est, en Orient, son exact équivalent moral. Notre destinée consiste selon moi à faire coïncider, en tant que signification, notre naissance avec notre mort (c’est l’aspect temporel du cercle), mais aussi notre monde intérieur choisi – le Soi – avec le monde extérieur imposé – Autrui – (c’est l’aspect spatial du cercle). ]

François Favre : épistémologue, formation médicale, a fait vingt ans de recherches en parapsychologie scientifique.

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BIBLIOGRAPHIE

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schéma 1 : LES QUATRE CHAMPS DE LA RECHERCHE ET LE CIRCUIT PSI

schéma 2 : GRAPHES DE FEYNMAN

A. · Conception orthodoxe (du passé vers le futur) : Soit en 3 la création d’une paire particule A / antiparticule A’ à partir d‘énergie. A’ se dirige vers 2 et rencontre une autre particule A, d’où annihilation et dégagement d‘énergie ;

· Conception bitemporelle (Dirac et Feynman) : Il s’agit en fait d’une seule particule qui va d’abord de 1 vers 2, puis remonte le temps de 2 en 3, puis repart vers 4.

[Remarquer que ces deux interprétations rentrent intuitivement dans le cadre de la logique habituelle.]

B. Schéma d’une “transition virtuelle”, en boucle fermée causale/finale. Un photon n’a pas de masse : c’est de l‘énergie pure qui, par définition (dans mon modèle), n’a pas d’orientation spatio-temporelle et dont la vitesse est donc constante quelle que soit celle de l’observateur. Il arrive qu’un photon disparaisse très brièvement (en 5) par émission de matière, d’un “plein causal”, en l’occurrence d’une particule (par ex. d’un électron) et réception simultanée d’un trou final d’antimatière, i.e. de l’antiparticule correspondante (par ex. d’un positron). En 6, l’inverse se produit (réception causale d’un plein et émission finale d’un vide) de telle sorte que le photon se reconstitue.

C. Deux particules massives (ou “fermions”) échangent un boson virtuel tachyonique.

D. “Diagramme du vide” : apparition et disparition spontanées de matière et d’antimatière reliées par un boson virtuel.

schéma 3 : L’ANTIMATIERE

L’antiparticule s’approche du présent, d’où choc présent possible. L’antimatière quitte le présent, d’où choc présent impossible.

schéma 4 : LA COMPLEXITE

schéma 5 : PARTICULE TACHYONIQUE ET INVERSION APPARENTE DE LA RELATION CAUSE/EFFET

Soit un observateur immobile (“ligne d’univers” 1), une source A émettant des tachyons et des bradyons, enfin une cible immobile (“ligne d’univers” 2). L’observateur voit, grâce à la lumière, l‘émission de la source en C (c’est la “cause”) et l’impact du bradyon sur la cible en D (c’est “l’effet”) : la cause précède l’effet. Mais l’observateur voit l’impact du tachyon en B (effet) avant l‘émission de la source en C (cause).

schéma 6 :

A. Le bloc spatio-temporel relativiste à quatre dimensions (coordonnées d’un hypervolume).

B. L’interprétation dominante (physiciens et public confondus), à tiers exclu, de la relativité quantique.

C. Le circuit spatio-temporel (boucle en 8), à tiers inclus, du modèle de l’auteur (“circuit psi”).

schéma 7 : TACHYONS ET BRADYONS

schéma 8 : EXPERIENCE DE RETRO-PK (JANIN)

Un générateur produit une série aléatoire en 2 (qui ne sera lue qu’en 5). Trois jours plus tard, en 4, un médium (sujet psi) tente de rétro-agencer le générateur conformément à une série de températures (en 3) relevées dans la rubrique météo d’un journal du jour et que le médium n’est pas censé avoir pu agencer. En 5, la lecture comparée de la série du générateur et de celle de la météo montre une similitude qu’on interprète comme un effet rétro-PK.

On peut critiquer cette expérience en supposant, par exemple, que le médium aurait fait inconsciemment en 1 une clairvoyance prémonitoire de la rubrique météo, puis un PK “ordinaire” (causal) sur le générateur ; la clairvoyance prémonitoire néanmoins, démontrée sans conteste par d’autres expériences, prouve à elle seule un effet rétro-PK sur le corps du médium.

schéma 9 : L’EXPERIENCE EPR

Emission en 1 de deux quantons A corrélés et indéterminés. L’expérimentateur observe en 2 une particule A+, ce qui semble déterminer immédiatement en 3 le second quanton, désormais A-.

· Selon Costa de Beauregard, l’expérimentateur, du fait même d’observer (par sa “conscience”), rétroagence (par une “information-organisation”) l’onde de probabilité, qui remonte alors le temps jusqu‘à la source, puis repart de l’autre côté.

· Suivant Duneau, également physicien et parapsychologue, l’aspect paradoxal de la problématique EPR est une illusion : a] même sans observateur, un appareil de mesure réduit la fonction d’onde, b] l’hypothèse d’une influence instantanée ou rétro-temporelle est absurde puisque les quantons ne sont que des représentations complémentaires (les “particules corrélées”) d’un formalisme unique (la fonction d’onde). La complémentarité est une propriété fondamentale des systèmes microphysiques et non une situation contingente.

· Mon interprétation animiste, intermédiaire, est que le couple fusionnel de quantons est doué de psychisme et en situation virtuelle (étant imaginaire, ce couple occupe tout l’univers et s’y considère seul). La rencontre avec un appareil de mesure (réel), en 2, force le couple à se réaliser, i.e. à se différencier. Et puisque l’une des moitiés, seule, est devenue particule (est née ou s’est réveillée, a pris conscience de son individualité), elle engendre ipso facto un ricochet de l’onde probabiliste vers le passé (“notre fusion n’est plus”), avec une nouvelle probabilité (reconstruction mnémique) menant à la certitude, pour l’autre quanton, d‘être A- quand il s‘éveillera lui-même.

tableau 1 : TERMINOLOGIE COMPAREE EN PSYCHOLOGIE DE L’IMAGINAIRE

tableau 2 : COMPARAISON DES REFERENTIELS

schéma 10 : LA COMPLEMENTARITE PSYCHOPHYSIQUE

schéma 11 : L’EXPERIENCE DES FENTES DE YOUNG

Soit une source lumineuse monochromatique S (émettant des photons), un écran percé de fentes A et B, une plaque photographique C. L’impact de la lumière sur la plaque en une multitude de points (particules) dessine une figure d’interférences qui démontre que la lumière s’est comportée, de la source à la plaque, de manière ondulatoire.

Si l’on réduit l’intensité de la source au point d‘émettre des photons un par un, la figure d’interférences est toujours la même. Mais si l’on obture alternativement les fentes, la superposition des deux figures obtenues est différente de celle obtenue lorsque les fentes sont ouvertes simultanément. Les photons n’ont donc pas le même comportement dans les deux situations. Tout se passe, dans le second cas, comme si chaque photon faisait une sorte de clairvoyance sur l‘état (ouvert ou fermé) de l’autre fente. On retombe ainsi dans la discussion du paradoxe EPR à propos d’influence instantanée à distance.

On signalera que l’expérience marche aussi bien avec des électrons, et même avec des molécules d’hydrogène.

schéma 12 : ONDE ET PARTICULE

schéma 13 : LE CIRCUIT PSI EN PARAPSYCHOLOGIE

schéma 14 : COSMOGENESE

schéma 15 : TEMPS CIRCULAIRE ET DESTINEE

Animisme et espace-temps – 1/2

Particule et onde, discontinu et continu, objet et sujet, réel et imaginaire, causal et final, information et intention, local et global, tous ces couples significatifs, ces “coïncidences”, évoquent chacun à leur manière le fondement métaphysique de la complémentarité.

INTRODUCTION

Une remarque préalable s’impose : on ne peut pas dissocier le temps de l’espace, aussi bien en physique qu’en psychologie, puisque l’existant suppose de l’espace ( des choses ) et du temps ( du changement ).

Pour essayer de rendre clair un exposé difficile et trop bref, je propose de le symboliser par un circuit cybernétique (schéma 1) que j’expliciterai au fur et à mesure. Chaque quadrant correspond à un champ d‘études scientifiques :

  • I : La réalité objective. C’est le domaine de l’observation physique et biologique ;
  • II : La réalité subjective. C’est le domaine où fonctionne la raison, où l’esprit agence. C’est ce qu’explore la psychologie expérimentale et à partir de quoi travaille presque exclusivement la philosophie occidentale ;
  • III : L’imaginaire subjectif. C’est le domaine des représentations, des images, du désir. C’est le champ privilégié de la psychanalyse et de la psychosociologie de l’imaginaire au sens large (Bachelard, Carroll, Lévi-Strauss, Borges, etc.) ;
  • IV : L’imaginaire objectif. Ce terme, qui peut choquer de prime abord, désigne le domaine de la psychosociologie dynamique (conduites objectives), de la pragmatique linguistique (actes d‘énonciation), de l‘éthique ou de l’art (actualisations de valeurs).

psi

[ Grosso modo, les champs I et II contiennent des variations d‘états qu’on cherche à décrire et à prédire. Les champs III et IV contiennent des variations de tendances qu’on cherche à comprendre et à expliquer .]

Ces quatre champs sont isolés dans l’enseignement et la recherche. Je vous propose d‘étudier leurs corrélations par des approches transdisciplinaires 1 . Mais pour bien me faire comprendre, je dois au préalable dire deux mots d’une logique de la signification que j’utiliserai (qui est un cocktail maison de Lao-tseu, Hegel et Lupasco).

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Dans la logique habituelle , dite du tiers exclu, quand une affirmation est vraie, son contraire est faux (il n’y a pas de tierce solution : si un nombre est pair, il ne peut être impair). La réunion d’une classe — par exemple les nombres pairs — et d’un de ses contraires possibles ou “négat” — les impairs — constitue un univers de discours — ici, les nombres entiers naturels —. Ainsi, dans ce cadre et seulement dans ce cadre, la négation d’un nombre pair est un nombre impair ; classe et négat sont dits alors complémentaires. Considérons maintenant un espace constitué seulement d’un vase et d’une table. Selon cette logique, la négation du vase (noté V, V’ ou encore V- qu’on énonce non-V, anti-V ou V négatif) est alors l‘équivalent de la table ; le non-être est un vide défini par ce qui l’entoure, “c’est l’infini moins l‘être “ disait Hegel. Si l‘être est ce qui est objectif, on dira que le vase subjectif (V’) est l‘équivalent de la table objective (T) -ce qui paraît assez étrange, mais le paraîtra moins dans la suite de l’exposé. Envisageons maintenant des faits temporels : le négat d’une action (cause déterminant un effet ultérieur) peut être un désir (moyen déterminé par une fin ultérieure) ; le négat d’une perception (effet) peut être un concept (fin).

La logique est censée étudier les règles auxquelles la pensée doit obéir pour être en accord avec elle-même. La logique moderne de référence, algébrisée, obéit au tiers exclu et opère déductivement. On peut honnêtement s’interroger sur sa pertinence générale puisque la pensée est également inductive, qu’une vérité peut être contradictoire ou contingente, et que ses applications se limitent à des domaines très restreints ou très élémentaires, comme l’informatique : son formalisme s’avère en effet inadéquat au langage ordinaire, à l’expérience vécue et même à l’ensemble des mathématiques (par exemple à la topologie).

D’où la nécessité d’envisager une logique du tiers inclus, moins puissante mais certainement beaucoup plus générale. La logique complémentaire que je propose entend opérer dialectiquement sur des significations. Ainsi le signifiant linguistique “vase” (V), perception phonétique, a pour signifié V’, pour concept (subjectif), tous les emplois (objectifs) de ce mot dans la langue, autrement dit le contexte linguistique qui l’entoure (les causes virtuelles “T”). De même, l’objet “vase” a pour signifié non linguistique tous ses emplois matériels dans notre univers objectif. Il faut donc distinguer dans le signifié ce qui est statique et subjectif (le concept V’) de ce qui est dynamique et objectif (le contexte pratique T i ).

Dans cette perspective, la signification est le lien complémentariste, structuré, affectivement assimilé qui unit signifiant et signifié. Elle n’est donc pas un lien anonyme entre une forme et un usage ; elle est quelque chose de vivant dont un individu fait paradoxalement cohabiter l‘être (une information) et le non-être (une intention). Le principe métaphysique de cette complémentarité n’est donc plus le Logos (la Révélation, la Loi) mais le “Pathos” (l’affectivité personnelle) ; autrement dit, aucune parole, aucun raisonnement classique, aucun fait objectif ou subjectif ne peut y avoir un caractère absolu, transcendant.

Lorsque les relations de signification cessent, il n’y a plus que des objets “en soi” et des idées “en soi”. Le Moi étant supprimé, on fait alors de la science classique ; et de même que les objets macroscopiques peuvent être ramenés à une combinaison de particules élémentaires, de même on peut considérer avec les structuralistes que les idées résultent d’une combinaison de sèmes (ou archétypes).

[ Nous appliquons tous le `principe du tiers exclu à la réalité en réduisant l’aléatoire, le continu, le mobile à de l’inerte, à de l’objectal. Pour raisonner en effet, il est obligatoire de spatialiser, de digitaliser, de quantifier … même soi-même. Le vécu cependant est irréductible au rationnel parce qu’il relève de la signification. Un symbole par exemple, qu’il soit ou non conventionnel, peut être ici en tant qu’objet sonore ou visuel ; mais il est certainement aussi ailleurs en tant que représentant d’un signifié. Autrement dit, le raisonnement complémentariste n’est pas dissociable d’une morale ou d’une esthétique : plutôt que de logique, il faudrait parler d’une “pathique”. ]

D’autre part, puisque l’affectivité (le plaisir ou la souffrance, dont Lupasco disait que, dans notre expérience générale, c‘était la seule chose qui ne pouvait se définir “en fonction de”), puisque l’affectivité donc est le principe ontologique de toute signification, il importe pour la suite de cet exposé transdisciplinaire d’en donner dès à présent une formulation physicaliste. On peut dire que l’affectivité est un effort chaotique , de l‘énergie pure, du “travail en soi”, l‘énergie physique classique étant alors du travail en cours actuel de réalisation (qu’on opposera au travail potentiel de l’imagination).

Enfin, il importe de souligner l’existence d’une hiérarchie des significations : un état affectif peut se traduire par une impulsion ou une sensation, des sensations par une perception d’objet, tel objet type constituer un indice, l’indice servir de signe conventionnel pour communiquer, ce signe devenir purement logique (abstrait) pour faciliter le raisonnement. Mais, à chaque niveau, des contradictions peuvent surgir qui créent un conflit émotionnel. Ainsi, dans ma logique complémentariste, les notions d’objet ou d’idée “en soi” ne sont plus pertinentes ; il n’y a que des signifiés et des signifiants, en relation statique et/ou dynamique.

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Contrairement aux apparences, un lecteur peu familiarisé avec la logique habituelle ou les sciences exactes est mieux armé que le scientifique ordinaire pour suivre cet exposé spéculatif sur le fonctionnement des significations puisque, précisément, son mode de pensée est intuitif, global et analogique, i.e. affectif.

[ Mon ambition, théorique, est de montrer d’une part que les modèles actuels de physique, a priori valables pour le seul quadrant I, s’appliquent en fait également aux trois autres, et d’autre part, complémentairement, que les phénomènes dits paranormaux (ou “psi”) cassent totalement la représentation occidentale classique d’un monde rationalisable et prédictible. Ce modèle, d’origine empirique, débouche sur une ontologie centrée sur l’affectivité et le Moi. Il vise à expliciter le lien entre réalité et rêve, i.e. en définitive la nature de la destinée. ]

LES PROBLÈMES POSÉS PAR LA PHYSIQUE MODERNE

Au début du xxe siècle, la physique a complètement bouleversé notre conception du monde 2 : la physique quantique d’une part, qui remettait en cause la distinction objet/sujet, et la relativité restreinte (propre aux mouvements uniformes) de l’autre, incompatible avec la précédente, qui rendait espace et temps indissociables, masse et énergie équivalentes ; la relativité générale ensuite (propre aux accélérations uniformes), qui affirmait la stricte équivalence de la gravité (l’attraction) et de l’accélération, ce qui entraîne une courbure locale obligée de l’espace-temps ; l’expansion de l’univers enfin, dont la topologie générale reste toujours problématique.

A. L’ANTIMATIERE

En 1929, Dirac ébaucha une théorie conciliant les deux premiers modèles : la physique quantique relativiste.

Constatant qu’on pouvait, dans les équations de la relativité restreinte, affecter du signe moins la masse (et donc l‘énergie), il émit l’hypothèse qu’il devait exister de l’antimatière. Il supposa que la réalité antimatérielle était entièrement remplie de particules ordinaires bien qu’on ne puisse les observer. Cependant, bien qu’on ne puisse les observer, on pouvait agir sur elles. En percutant très violemment de la matière (avec un rayon gamma), on peut en effet déloger une particule ordinaire de l’antimatière, cette “réalité subjective” (quadrant II du schéma). On voit alors (quadrant I) non seulement cette particule, mais aussi l’image matérielle (appelée antiparticule) du trou ainsi créé.

[ Explicitons la validité de l’emploi en physique de ce terme de “réalité subjective” dont nous avions dit en introduction qu’il concernait surtout la psychologie expérimentale et la philosophie occidentale. Ce qui appartient à cette réalité présente toutes les caractéristiques de la réalité objective sauf une : on ne peut l’observer. Or, si ce n’est pas observable, ce n’est pas objectif ; et si ce n’est pas objectif, c’est subjectif (logiques du tiers exclu). ]

Selon Dirac, l’antimatière est de la réalité subjective (inobservable), alors que les antiparticules, puisqu’observées, sont de la réalité objective.

[ On me reproche d’utiliser, avec l’océan d’antimatière de Dirac, une métaphore dépassée. Je ne partage pas du tout cet avis puisque je me représente cet océan comme le meilleur univers conceptuel pour comprendre la signification des antiparticules. Ensuite, le “vide quantique”, métaphore actuellement de mode, n’en est que l’extension. Enfin cette image d’océan a une forte dénotation mythique, à la fois spatiale et temporelle : océan de chaleur du big bang, mer de Fermi pour les sous-particules (les “partons”), soupe primitive en biologie, visions océaniques, sentiment océanique, etc., etc.

Pour conserver l’invariance des lois, les physiciens courent toujours après plus de symétrie formelle, cet ersatz de complémentarité. Ils s’attaquent maintenant à l’unification de la cosmologie (relativité générale) et de la physique des particules, à une théorie du Tout : ils n’y parviendront pas tant qu’ils n’auront pas de modèle sémantique de leur propre manière de penser. ]

Si l’on admet de plus qu’une particule (dont le comportement individuel est toujours imprévisible) est un tout “organique” (doué d’intentionnalité, de conscience, comme nous essaierons de le justifier plus loin), alors – comme tout organisme – une particule a une valeur symbolique et affective en soi (et pas seulement contingente, selon l’observateur). Une particule étant un signifiant dans ma logique complémentariste, son antiparticule est son “antisignifiant”. Or, quand une particule rencontre son antiparticule, il y a annihilation, explosion, retour à une indifférenciation primitive – qui est, dans ma perspective animiste, une manifestation de l’affectivité. Quand un signifiant rencontre son antisignifiant, il y a conflit, émotion, affect.

Ainsi, tant que le cheval n‘était pas domestiqué, signifiant et antisignifiant ne se rencontraient pas. Toute domestication commence bien par un conflit (et peut se terminer en signification, aspect dont je traiterai ultérieurement). Toujours à l‘échelle macroscopique mais cette fois symboliquement, c’est un conflit similaire que produit une véritable œuvre d’art, subversive par définition, dans le cerveau de celui qui tente de l’assimiler et qui constate que ses plus profondes certitudes s‘écroulent à ce contact. Pensez par exemple à Lautréamont, Céline ou Picasso.

[ Autrement dit, l’antiparticule serait la négation anarchiste d’une micro-idée reçue. L‘œuvre créatrice (º antiparticule) est la négation anarchiste en puissance (º retour possible à l’indifférenciation énergétique) d’une idée reçue (º particule). Le signe º indique ici une connaturalité, une équivalence structurelle de signification (et pas seulement une relation analogique, une métaphore ou même une homologie).

Ainsi, en revisitant à partir de la microphysique les catégories d’objet et de sujet, on repère des fonctionnements identiques, mais hiérarchiquement différents, en microphysique, en linguistique et en psychosociologie de l’art. ]

Feynman

La théorie de Dirac fut vérifiée : on a découvert et observé toutes les antiparticules des particules ordinaires. De plus, toujours d’après Dirac, les particules remontent le temps dans la “réalité subjective”, affirmation qui parut parfaitement fantaisiste à l‘époque (alors qu’elle n‘était que logique : cf. l’introduction). Il faut savoir par ailleurs que les calculs sont extrêmement ardus en physique quantique relativiste. Or, en 1949, Feynman propose un modèle de calcul très simple et qui implique que les particules remontent parfois le temps (d’où des trajets en zigzag : schéma 2.a).

Une découverte ultérieure, la non-conservation de la symétrie PC relativement au théorème d’invariance CPT, a permis de nuancer cette théorie. En effet, les physiciens considéraient auparavant que, pour la microphysique, il n’y avait vraisemblablement pas – en théorie – d’irréversibilité du temps. On sait maintenant que, comme en macrophysique (entropie/néguentropie), le temps positif, objectif (du passé vers le futur, “causal”) et le temps négatif, subjectif (du futur vers le passé, “final”) ne sont pas symétriques.

[ Le formalisme de la mécanique quantique implique que les lois restent les mêmes quand on inverse à la fois les directions de l’espace (P), celle du temps (T) et les conjugaisons de charge ©. Dans le diagramme de Feynman, on voit que l’apparition d’une particule équivaut à la disparition de son antiparticule. Le théorème CPT revient à poser que la réaction observée X ® Y + Z peut s‘écrire X + Y’ ® Z ou encore Y’ + Z’ ® X’.

De façon générale, l’usage d’une logique complémentariste (le recours à un principe de symétrie) a permis aux physiciens d’aboutir à une théorie quanto-relativiste satisfaisante. Mais ils n’en sont pas encore au stade topologique et personnaliste de la signification, dont la modélisation implique un présent absolu. Dans un tel cadre, l’antimatière n’est pas observable puisqu’elle va du présent vers le passé ; mais un trou d’antimatière l’est puisque son image pleine (ou “antiparticule”) va alors du futur vers le présent.

(… ) Les physiciens contemporains ont abandonné l’idée de Dirac d’une réalité subjective pleine dont les trous se manifesteraient par des antiparticules. J’ai repris cette idée dans mon modèle en faisant de la subjectivité le domaine plein des intentions, monde dont la forme spatio-temporelle choisie (par le “Soi”) détermine la nature des intentions, à l’inverse du monde extérieur où c’est la matière (“Autrui”) qui détermine l’espace-temps. Par principe, j’utilise des modèles physiques les interprétations, même caduques ou minoritaires, qui me paraissent de bonnes approximations de la métaphysique empirique que je développe dans cet article.

(…) La réalité subjective, c’est selon moi un savoir fondé sur la conscience de son ignorance. Plus une tête est vide, plus elle se croit pleine. ]

***

On remarquera que la néguentropie (accroissement local d’ordre) se manifeste très visiblement dans la complexification de l’univers et que toutes les théories correspondantes ne permettent que de la rétrodiction (cosmologie classique, darwinisme, histoire et psychologie génétique).

[ Il ne peut en être autrement : ces sciences ne peuvent pas faire de prédictions puisque la néguentropie renvoie à un principe d’ordre (de convergence) exprimant une fonction créatrice dont les résultats ne peuvent, dans le détail, être prévisibles pour autrui. On ne peut que constater localement de la complexification. Toutes les sciences historiques donc dégagent du sens (en rétrodisant), mais s’avèrent incapables de prédire le moindre fait objectif. La situation est exactement inverse pour les sciences physiques ne traitant que de systèmes clos, inertes en puissance, déjà morts. ]

Dans le monde objectif (quadrants IV et I), la détermination va du passé vers le futur (c’est la causalité) ; seules des informations sont transmises (objectivement, nous cherchons à informer le monde et à en être informé) ; ces informations n’ont pas de sens en tant que telles ; enfin le bilan global observé (quadrant I) est toujours un accroissement de désordre (entropie). Dans le monde subjectif au contraire, les buts que l’on se donne (l’avenir : quadrant II) engendrent des moyens adéquats (les souvenirs : quadrant III) ; seules des intentions sont donc transmises et c’est le Moi imaginaire qui les convertit librement en multiples symboles imagés (les désirs) et/ou moteurs (les actions). Une action est en soi néguentropique (quadrant IV) et va engendrer localement de l’ordre (quadrant I).

[ D’où la grappe de notions : finalité, intentionnalité, subjectivité, à quoi on est fondé d’associer celle de néguentropie si on généralise par induction son expérience personnelle de créativité à tous les corps qui constituent l’univers. Autrement dit, la finalité est ici conçue, empiriquement et a priori, comme intérieure, intrinsèque, immanente et non comme extrinsèque, transcendantale, démiurgique.

On voit ainsi que finalité physique (antimatière remontant le temps) º finalité mentale (intentionnalité, valeurs, désir, subjectivité). ]

Notons également qu’un temps inversé associé à des informations est un temps absurde (pensez à un film qu’on projette à l’envers). Si l’on pouvait par exemple voir de l’antimatière mouvante se rapprocher de nous, notre jugement sémantique, notre interprétation de ce mouvement seraient totalement erronés puisque l’antimatière, remontant le temps, s‘éloignerait de nous.

Voici, pour démonstration, un passage de Lewis Carroll : “ Alice sciait avec ardeur le gâteau. “C’est exaspérant, finit-elle par dire. J’en ai déjà découpé plusieurs tranches, mais elles se recollent aussitôt ! – C’est que vous ne savez pas vous y prendre avec les gâteaux du miroir, constata la Licorne. Faites-le donc circuler d’abord et découpez-le ensuite”. Cela semblait absurde; mais Alice, obéissante, fit circuler le plat. Le gâteau alors, de lui-même, se divisa en trois morceaux. Et tandis qu’elle regagnait sa place avec le plat vide, le Lion lui dit: “A présent, découpez-le”.

[ On sait que Carroll était mathématicien et logicien. Cette anecdote démontre par l’absurde qu’un temps inversé ne peut être associé qu‘à une transmission d’intentions. Le temps physique inversé est donc nécessairement final, au sens psychologique et philosophique. ]

antimatière

B. COMPLEXITÉ ET INERTIE

Venons-en maintenant à la complexité (i.e. au bilan néguentropique). On sait qu’un organisme vivant est composé d’organes, les organes de cellules, les cellules de molécules, les molécules d’atomes et les atomes de particules.

L’aspect intéressant d’une structure, en physique élémentaire, est qu’elle pèse négativement : deux atomes isolés d’oxygène par exemple pèsent plus lourd que la molécule correspondante. On peut considérer, dans la perspective animiste qui est la nôtre, que ce défaut de masse est l’expression quantitative de sa qualité de structure : ce défaut de masse, c’est à la fois son savoir et sa “ferme intention”.

Explicitons cet aphorisme. En physique et en chimie, l‘énergie de liaison est, au signe près, égale au dégagement de chaleur (qu’il s’agisse d’agitation locale ou de rayonnement photonique) produite par la réaction : un système élémentaire se crée ou se complexifie en évacuant son entropie interne. Le gain d’ordre interne se paie d’un désordre externe.

L’animisme, au niveau des particules, peut se prévaloir de l’incertitude quantique. Mais la question pour l’instant n’est pas tant de savoir dans quelle mesure les réactions physico-chimiques sont dues à une conjoncture fortuite, à une finalité extrinsèque ou à une finalité intrinsèque que d’interpréter la complexification en termes complémentaristes. Les liaisons propres d’une structure réelle constituent sa signification : à la fois intention arrêtée pour elle-même (subjectivement) et forme stable pour autrui (objectivement). Le défaut de masse est à la fois trace et prémisse d’un travail improbable.

Si maintenant l’on compare les énergies de liaison des systèmes stables selon leur niveau de complexité, on constate qu’elles sont d’autant plus faibles qu’on monte dans la hiérarchie. Pour une biomolécule, le défaut de masse peut être d’un trillionième ; pour une molécule, d’un milliardième ; pour un atome, d’un cent millionième ; pour un noyau, d’un centième ; pour un nucléon, le rapport est presque égal à l’unité. En termes d‘évolution, cela signifie que les systèmes les plus simples et les plus stables peuvent servir de “briques” pour la construction d’un métasystème, à condition qu’un dynamisme créateur focalise l‘énergie ambiante et excite (déstabilise) ces systèmes. Autrement dit, plus l’on monte dans la hiérarchie, moins les systèmes sont stables ; différentes forces de liaison, en effet, entrent en concurrence. En s‘écartant de l‘équilibre, les systèmes deviennent de plus en plus improbables. Et ils ne maintiennent leur “métastabilité” (causalement et/ou finalement), éventuellement se complexifient, que grâce à un flux permanent d’entropie, source d‘énergie mais également facteur possible de destruction : c’est ce qu’on appelle les structures dissipatives. Si l’on considère le système le plus évolué, l’homme, il est bien évident que l‘équilibre mental ou corporel se situe à mi-chemin entre immobilisme et activisme.

A l’autre extrême de l’arbre évolutif, on a donc les noyaux atomiques, les nucléons, les quarks, toutes les particules élémentaires massives (les “fermions”) qui constituent à notre échelle la base même de la réalité objective et qu’on caractérise par leur masse au repos. L’aspect fondamental de la réalité matérielle, c’est son inertie.

[ D’un point de vue physique, il faut d’abord bien distinguer la masse objective ou “positive” (d’inertie, au repos) du poids (qui dépend des masses environnantes, de l’attraction gravitationnelle) ; le poids est une masse soumise à une accélération constante (m = P : g); ainsi une boule de fer est plus facile à soulever sur la Lune que sur la Terre (c’est le poids), mais nécessite le même effort, le même travail, pour la faire rouler (c’est la masse). Le défaut de masse est une propriété en soi de toute structure ; et il est d’autant plus grand, pour des composés de même formule brute, que la structure est complexe. Autrement dit, une structure échappe d’autant plus au monde environnant (à la gravitation) qu’elle est complexe.

Ceci précisé, on peut considérer qu’une structure résulte d’une perte de masse objective, autrement dit d’un gain de masse subjective, d’un accroissement d‘énergie interne. Or l‘énergie subjective est précisément ce qui permet la transmission d’intentions. Le défaut de masse mesure donc le degré de liberté d’une structure. Ceci justifie qu’on décrive une structure réelle en termes psychiques : c’est un Moi (réel) capable de s’autodéterminer, de déterminer peu à peu un ensemble archétypique cohérent, i.e. un Soi intérieur. Assimiler de l’information, c’est la convertir en intentions ; le Moi réel (cf. schéma 1) a ainsi la capacité d’inverser la polarité de l‘énergie, de transmuer la matière en antimatière, i.e. d’incurver l’espace-temps. L’inertie, dans mon modèle, signifie l‘équilibre passif entre le Moi réel et Autrui, le monde extérieur gravifique (m = P : g) tandis que le défaut de masse représente l‘équilibre actif avec le monde intérieur, le Soi libérateur (m’ = P’ : g’). Ainsi le Moi réel, à vitesse nulle absolue, peut-il être considéré comme un “travail arrêté”, de l’affectivité fixée (/E/ = /m/c2) en significations, i.e. à la fois objectivement et subjectivement.

Pour situer intuitivement toutes ces notions dans le modèle général ici présenté, tout en anticipant sur les explications qui suivront, le lecteur peut se représenter le cercle du schéma 1 comme la trajectoire d’un pendule circulaire, dans le sens des aiguilles d’une montre, tel qu’on peut en voir, muni d’une cabine, dans des fêtes foraines : arrivée en haut, la cabine s’immobilise un instant (v = 0), puis redescend, atteint en bas une vitesse maximale et remonte. Un tour complet peut représenter une “transition virtuelle” en physique des particules, un stimulus-réponse, un projet accompli, un nycthémère, un cycle de saisons, une vie et même l’histoire de l’univers. Dans ce dernier cas, les Moi réel et imaginaire d’un individu particulier symbolisent, par inversion, les pôles de l’univers. ]

Les êtres vivants sont les structures les plus complexes connues et se caractérisent à l‘évidence par leur finalisme intrinsèque (contrôle global, homéostasie). Un outil possède une finalité extrinsèque potentielle ; mais, si complexe serait-il, il n’aurait toujours qu’une logique (des usages techniques) et jamais une morale (des devoirs qu’il s’imposerait), comparable en tout cas à celle d’un humain. Le câblage d’un ordinateur précède son fonctionnement ; la fonction de la pensée, au contraire, est de câbler le chaos.

La distinction cependant entre finalités intrinsèque et extrinsèque est de moins en moins nette à mesure qu’on descend l‘échelle du vivant. Un organisme supérieur peut être malade, un organisme inférieur n’est que vivant (et bien portant) ou mort. L’organisme le plus inférieur, le virus, peut être même vivant et mort, en alternance (certains peuvent en effet rester latents des millions d’années). On m’accordera sans autre procès que les structures en deçà du virus, qu’elles soient ou non fabriquées par l’homme, sont simultanément mortes et vivantes. Un exemple nous en est fourni par l‘école thermodynamique de Prigogine avec ses structures “dissipatives”, persistant loin de l‘équilibre, cohérentes, imprévisibles, où le tout détermine les parties et dont la modélisation implique un temps (“le devenir”) irréductible à l’espace.

[ En résumé : on a fait tout d’abord une distinction, cruciale, entre réalités objective et subjective. On a ensuite montré que l’inversion du temps articule significativement ces réalités, la direction futur/passé étant par nature intentionnelle et la direction passé/futur informative. On a enfin introduit les notions de complexité, de hiérarchie organique, de finalité intrinsèque et associé intimement la notion d’inertie à celle de réalité.

Quand on cherche à comprendre en profondeur certains modèles physiques, on est ainsi conduit graduellement à aborder des notions, comme le sujet ou l’intentionnalité, qui semblaient ne relever que des sciences humaines et que les physiciens utilisent néanmoins, mais sans vouloir les expliciter. On voit donc déjà que mon modèle transdisciplinaire est une herméneutique épistémologique, qui cherche à relier sous forme de significations des notions scientifiques a priori hétérogènes. On verra, quand nous aborderons l’imaginaire et le psi, que ce modèle est aussi une heuristique, qui trouve d’abord et cherche ensuite. ]

complexité

C. LES TACHYONS 4

Dans les années 60, divers physiciens, dont Feinberg, supposent l’existence de tachyons, particules plus rapides que la lumière (et symétriques des “bradyons”: lent en grec), toujours en mouvement et dont la masse est imaginaire (racine de -1).

[ Il n’existe pas de nombres i qui, élevés à une puissance paire, donnent un résultat négatif (+ 3 2 ou – 3 2 = + 9). L’appellation courante de nombres “réels”, rationnels (comme 2) ou irrationnels (comme p ), et de nombres “imaginaires” i, est parfaitement justifiée si l’on considère à la fois – en bon psychanalyste – la manière dont ils ont été inventés, la culture de l‘époque et l’usage qu’en a fait la physique. Le nombre rationnel symbolise naturellement des objets réels inertes, les nombres irrationnels des concepts (imprévisibles, inobservables) et les nombres imaginaires – ou “impossibles” comme les appelait Cardan, leur inventeur – des tendances. On pourrait également établir la valeur symbolique de toutes les opérations mathématiques. Une métaphysique cohérente ne saurait en effet ignorer les succès de ce langage dans la description de l’univers. Cette approche “archétypique” est évidemment rejetée par tous les formalistes.

Dans mon modèle, et indépendamment de toute arithmétique, les couples réel/imaginaire, espace/temps ou objectif/subjectif sont constitués de notions incompatibles entre elles et pourtant susceptibles d’entrer en relation significative. Or les mathématiciens ont conçu des nombres complexes qui associent réels et imaginaires, et qu’on ne peut visualiser, “comprendre” que topologiquement et dynamiquement ; à partir d’eux, l’algèbre s’est considérablement simplifiée et a spectaculairement progressé.

Mon modèle, circulaire et orienté, se donne entre autres pour but d’attribuer aux opérations mathématiques et aux équations physiques ou biologiques des valeurs de signification précises. C’est une forme d‘ésotérisme, la seule d’ailleurs, que je revendique. Contrairement à une critique qui m’a plusieurs fois été faite, je ne pars pas de modèles mathématiques ou physiques pour délirer, j’entends — très rationnellement — aboutir à ces modèles, en suivant le fil d’Ariane d’une métaphysique empirique (centrée sur l’individu) qui permette de clore des boucles de signification. C’est un pari de très longue haleine dont je ne prétends être que l’initiateur. En tant que théorie de la signification, le modèle cybernétique du schéma 1 (que j’ai baptisé “circuit psi”) est applicable à n’importe quoi.

(…) Au fond si j’attache tant d’importance aux mathématiques, c’est que ce langage, universel et premier, s’est construit (bien avant que l’homme le formalise) sur le chaos primitif cosmique. Le fondement des mathématiques reste mystérieux parce que qu’il est l’affectivité elle-même. ]

cause/effet

Contrairement à l’antimatière (au sens toujours de Dirac), les physiciens ne sont jamais parvenus à mettre indirectement les tachyons en évidence. Ceux-ci pouvant se déplacer plus vite que la lumière, certains observateurs pourraient là aussi constater une inversion de causalité (schéma 5).

[ La relation de cause à effet demande toujours du temps puisque la vitesse de la lumière est finie. Or, avec des tachyons, on pourrait observer un effet avant sa cause et croire ainsi, à tort, que c’est cet effet qui a produit cette cause.

(…) Si l’on n’a pu “objectiver” les tachyons (comme on avait pu objectiver les trous d’antimatière avec les antiparticules), il n’empêche que la théorie actuelle des champs quantiques implique l’existence de particules d’interaction tachyoniques (cf. schéma 2), dites virtuelles, dont tous les physiciens se servent désormais dans leurs descriptions quantitatives. ]

Enfin, si les tachyons existent, leurs antiparticules doivent aussi exister, qui renvoient à une antimatière , subjective et remontant le temps (quadrant III).

[ En théorie, un photon peut donner deux bradyons ou deux tachyons de charge opposée ; et inversement.

schéma6

Selon la relativité quantique, un observateur (ici/maintenant) ne peut voir que des événements bradyoniques passés ; mais il pourrait voir des événements tachyoniques passés ou futurs. D’autre part, la modélisation formelle actuelle établit une stricte équivalence entre particules et antiparticules. Les physiciens évacuent ainsi localement l’idée prodigieuse de Dirac d’une matière inobservable par nature et confient à la cosmologie le soin d’expliquer pourquoi on observe globalement plus de particules que d’antiparticules (c’est pourquoi le terme actuel d’antimatière ne désigne plus, à tort, que l’ensemble des antiparticules); les physiciens escamotent de plus cette évidence première, “vécue”, selon laquelle le temps et l’espace sont orientés (schéma 6.b). On constate ainsi que la civilisation occidentale, comme les sourds-muets , privilégie en pratique l’ordre spatial (les lois), et qu’elle compense cela par une divinisation du temps (le Logos); alors que l’Orient, comme les aveugles de naissance, privilégie l’ordre temporel (les rites) tout en divinisant l’immanence (le polythéisme).

Mon modèle, comme nous le verrons au fur et à mesure, est fondé sur le vécu personnel : il tient compte de l’orientation spatio-temporelle et rend compte du fait qu’on observe plus de particules que d’antiparticules. Son originalité tient, entre autres, à une interprétation tachyonique de l’action et au caractère globalement unidimensionnel de l’espace-temps, en boucle fermée (cf. schémas 1 et 6.c). ]

Notons que la logique classique du tiers exclu est, pour un corps macroscopique bradyonique, valable dans l’espace (si tel objet est là, il ne peut pas être ailleurs dans l’espace) et, pour un corps macroscopique tachyonique, valable dans le temps (si telle tendance est là, elle ne peut être ailleurs dans le temps).

[ Un corps bradyonique (qu’il soit objectif ou subjectif) ne peut occuper deux endroits différents à un instant donné, mais il peut varier d’emplacement spatial d’un instant à l’autre. Un corps tachyonique ne peut occuper deux moments différents en un lieu donné, mais il peut varier d’emplacement temporel d’un lieu à l’autre. Autrement dit, un corps réel, parce que sa vitesse peut être nulle ( et c’est l’inertie qui définit ce corps en tant que réel), peut occuper plusieurs moments successifs au même endroit ; tandis qu’un corps imaginaire (toujours en mouvement), parce que sa vitesse peut être infinie (et c’est l’anti-inertie, ou “masse d’impulsion”, qui définit ce corps en tant qu’imaginaire), peut occuper plusieurs endroits contigus au même moment. ]

schéma7

En définitive, selon moi, les paradoxes auxquels la logique du tiers exclu se heurte dans ses applications tiennent essentiellement à l’incapacité des logiciens à effectuer la distinction précédente, à la volonté très occidentale de réduire l’imaginaire à une simple pathologie du réel. La logique de l’imaginaire n’est pas absurde, mais simplement l’inverse spatio-temporel de la logique du réel. Pour raisonner et agir adéquatement sur le monde, il faut nécessairement maîtriser dialectiquement ces deux logiques. Et c’est dans cette maîtrise que résident à la fois le Vrai, le Bien et le Beau.

[ Résumé : schéma 7. ]

D. PRINCIPE ANTHROPIQUE ET UNIVERS PARALLÈLES

L‘étude de “l’univers” (plus précisément : de la réalité objective) a montré que sa complexification progressive ne pouvait s’expliquer par la simple addition causalité + hasard . De très nombreuses “coïncidences” ponctuent l’histoire de l’univers observé, sans le plus petit début d’explication rationnelle. Certains physiciens ont donc soutenu, dans les années 70, un principe dit “anthropique” qui est en fait une simple resucée du finalisme extrinsèque, i.e. transcendantal. C’est Dieu, et l’homme son image, qui sont ontologiquement premiers et qui imposent présentement à l’univers, par agencement de son origine (par rétroaction sur son plus lointain passé), des conditions initiales improbables compatibles avec l’existence présente de l’homme 5 . C’est le célèbre Hawking, entre autres, qui a défendu cette thèse.

D’autres physiciens, matérialistes mais convenant que le hasard ne peut monter ses propres capteurs, ont contourné le problème : “Il est vrai que nous existons dans un monde compatible avec notre existence, mais il existerait une infinité d’univers parallèles strictement déterminés (détermination mécanique stipulée par la physique quantique) comme l’est le nôtre”.

Cette hypothèse visait initialement à expliquer une énigme de la physique quantique : la réduction de la fonction d’onde (appelée aussi “fonction psi”). Tant qu’une particule n’est pas observée, elle s‘étale dans l’espace-temps (pour la pensée de l’observateur), avec des probabilités plus ou moins grandes selon le moment et l’endroit ; elle semble soluble (c’est précisément son aspect d’onde). Autrement dit, une particule observée, “réduite” ( trace ) se comporte comme une onde tant qu’elle n’est pas observée ( prémisse ) ; certains physiciens ont donc proposé le terme plus adéquat de “quanton”. Le problème de la réduction de la fonction d’onde est également étudié dans le paradoxe d’Einstein-Podolsky-Rosen (EPR), dont nous allons maintenant parler.

E. LE PARADOXE EPR

Einstein, tenant du dualisme (la réalité objective séparée du reste), contestait la généralité de la physique quantique, défendue par N. Bohr, tenant du complémentarisme (objet/sujet, réel/imaginaire, causal/final, etc.).

Einstein proposa vers 1930 une expérience, le paradoxe EPR, qu’on ne put mener à bien que cinquante ans plus tard. Si, par un certain dispositif expérimental, on génère deux quantons corrélés (complémentaires à la manière d’un pile et face), la physique quantique affirme que ces quantons sont indifférenciés (à la fois pile et face) tant qu’on ne les observe pas. Et dès qu’on observe l‘état de l’un, on connaît automatiquement l‘état de l’autre quelle que soit la distance.

[ On lit sur l’appareil de mesure un certain résultat macroscopique, en tiers exclu : pile ou face. Si c’est pile, la théorie quantique affirme que l’autre quanton est maintenant virtuellement face, alors qu’ils étaient tous deux indéterminés avant la lecture. Cette détermination apparemment instantanée est-elle possible ? ]

Pour Einstein, cette corrélation de deux particules apparaît comme l‘équivalent d’une télépathie, une transmission instantanée, incompatible avec la causalité et donc irrecevable. [ La causalité (une émission précède la réception correspondante) suppose en effet un temps non nul de transmission de l’information entre deux quantons, imposé par la vitesse limite de la lumière et quel que soit l’observateur, selon la relativité restreinte. ] Or l’expérience lui donna tort.

[ En résumé, les tachyons ont introduit l‘éventualité qu’en sus de la réalité, la physique traite de l’imaginaire.

Dès qu’on parle d’histoire, d‘évolution, il y a des relations instantanées, des coïncidences significatives. Ce problème est ici constaté et non résolu. Ceci nous amène à la parapsychologie, qui est au sens large l‘étude des coïncidences.

Particule et onde, discontinu et continu, objet et sujet, réel et imaginaire, causal et final, information et intention, local et global, tous ces couples significatifs, ces “coïncidences”, évoquent chacun à leur manière le fondement métaphysique de la complémentarité. ]

PROBLEMES SOULEVES PAR LA PARAPSYCHOLOGIE 6

Vous avez tous entendu parler de la télépathie et de la prémonition, reproduits par de bons médiums en laboratoire, c’est-à-dire conformément à un désir manifesté et vérifiés par une observation indépendante. Le hasard n’a rien à faire dans ces événements, bien qu’ils ne soient pas au sens objectiviste reproductibles – comme n’importe quel événement historique d’ailleurs. Ils relèvent de la créativité, c’est-à-dire d’un finalisme intrinsèque.

Moins connues sont les psychocinèses ou “PK”, agencements directs de la réalité objective par la pensée. En fait, on en trouve partout puisqu’une simple action volontaire relève de cette définition (une fin ultérieure détermine des moyens présents, que le “Moi imaginaire” – cf. schéma 1 – actualise). On notera d’autre part qu’une action volontaire met en branle globalement et simultanément toute une partie du cerveau : une explication causale (transmission nerveuse locale, de proche en proche) ne saurait en rendre compte. Et, de toute façon, d’où vient l’impulsion initiale ?!? Gasparin qu’on critiquait parce qu’il ne fournissait pas d’explication physique à ses tables tournantes répliquait : “Expliquez-moi comment je déplace volontairement ma main et je vous expliquerai comment les tables se déplacent à distance”. Je soulignerai enfin l’aspect purement intentionnel de la transmission PK en rappelant l’effet placebo, déterminé par une croyance (faite de concepts et de désirs, et qui explique l’efficacité des médecines parallèles : homéopathie, acupuncture, phytothérapie, etc.), ainsi que les dermographies par suggestion, très répandues en France au xixe siècle et qui intriguèrent tant les médecins de l‘époque. [ Ainsi la somatisation – qu’elle soit physiologique, pathologique ou thérapeutique – est une modalité relativement ordinaire de PK. ]

1. Mais il y a aussi des PK très extraordinaires et donc rares. En science, on peut toujours mettre en évidence des phénomènes rares en changeant d‘échelle : c’est ce qu’a réussi très brillamment la physique quantique, et aussi l’histoire ou la sociologie. Les démographes nous disent que les sociétés ajustent toujours leur fécondité à leur mortalité. Banal processus d’homéostasie, me direz-vous. Mais aucun démographe n’explique l’accroissement spontané des naissances de garçons après les guerres, phénomène toujours vérifié aussi loin que remontent les statistiques (depuis la Guerre de Sécession) 7 . Aucun biologiste non plus, d’ailleurs, n’explique l’homéostasie.

1. [ On a bien sûr cherché, et trouvé, des explications biologiques : primiparité, âge de la mère, écart d‘âge entre parents, facteurs génétiques, épidémies, etc. Mais ces facteurs se contredisent : voir les deux articles de synthèse cités en référence.

1. La situation est exactement la même pour l’orientation animale : facteurs physiques et récepteurs idoines s’empilent sans qu’on en voie la fin. ]

Plus étonnantes encore peuvent apparaître des expériences de rétro-PK (modification explicite du passé objectif), réussies par des parapsychologues français et américains 8 (schéma 8) et qui s’apparentent à la problématique EPR (rétroaction sur une cible aléatoire), comme nous le verrons plus loin.

schéma8

LES PSEUDOSOLUTIONS

A. LA NÉGATION (“La pire forme de crédulité”, disait Jean Guitton)

1. Les phénomènes paranormaux ne sont pas reproductibles, donc ils n’existent pas. Pur scientisme, qui identifie science et reproductibilité, c’est-à-dire technique. Or toutes les sciences historiques (cosmique, biotique, humaine, sociale ou individuelle) étudient du non reproductible, i.e. du non prédictible. René Thom, le plus grand épistémologue français actuel, a proposé la théorie topologique des “catastrophes” (des discontinuités) qui ne permet aucune prédiction et dont l’efficacité est purement descriptive 9 .

[ L‘Éstablishment scientifique français et sa basse-cour nient massivement le paranormal. Cartésianisme oblige ! Mais renoncer à l’impossible, au miracle, c’est se suicider à la fois intellectuellement, moralement et artistiquement. Que ces débiles continuent donc à croire que les œuvres de Shakespeare sont moins improbables que les événements psi… ]

2. Concernant l’antimatière et l’inversion temporelle, la plupart des physiciens considère qu’il s’agit là de simples commodités formelles, sans aucune correspondance “physique”. L’argument peut leur être retourné. Remarquer que lorsque Copernic a proposé son modèle héliocentrique, ses adversaires déclaraient que c‘était une représentation commode pour le calcul, mais fausse en réalité. Cette distinction n’a aucun sens épistémologique : un système intellectuel quelconque n’est pas fait pour être compris mais pour faire comprendre. Il est parfaitement justifié d’avoir une vision géocentrique dans la vie quotidienne. Non seulement parce que c’est la plus simple, mais surtout parce que c’est la plus utile : si l’on ne pensait pas de cette manière, on mourrait très rapidement d’accident.

[Pourquoi ? Lorsque le modèle héliocentrique a structuré la culture occidentale, les êtres “antipodiques” angoissaient beaucoup le grand public. Car, si malgré notre corps (i.e. notre expérience homéostatique acquise), nous niions absolument (en actes, et pas seulement en paroles) ces absolus vitaux que sont la distinction haut/bas et la platitude de la Terre, l’accident mortel ne tarderait pas. C’est d’ailleurs précisément ce qui arrive dans certaines “crises de folie”. Là encore, on le voit, le critère de vérité, de raison est personnel, affectif. ]

Actuellement par contre, si l’on veut rendre simplement et seulement compte de l’ensemble des mouvements célestes que nous percevons avec nos instruments modernes, ce n’est plus l’héliocentrisme qui est valable, mais l’expansion de l’univers. Tout est donc question d‘échelle et de domaine d’efficacité.

[ Autrement dit, un modèle de la réalité (quadrant II) n’est jamais “plus vrai” qu’un autre et possède, quel qu’il soit (même farfelu), un certain pouvoir de libération, de “lévitation” par rapport à la réalité objective. Si le savoir (l’agencement conceptuel) est bien de l’ordre du réel (quadrant II), la vérité est de l’ordre de l’imaginaire (quadrant III) : c’est une valeur, un absolu qu’on vise et qu’on cherche à matérialiser (quadrant IV puis I). Survivre, par exemple, consiste à modifier localement et efficacement la réalité objective, ce qui suppose que l’on sache et veuille en tenir compte globalement. ]

3. De même, les tachyons seraient de simples jeux d‘écriture ; car la logique (la causalité, le non paradoxal, la déduction, le “si… alors”) doit l’emporter sur l’absurde, le non-sens (le “alors… si” carrollien et les paradoxes qu’il implique) 10 .

4. Idem pour le principe anthropique et les univers parallèles. Le passé n’est pas modifiable, donc la finalité est une illusion. J’attire votre attention sur le fait que ce refus a son exact équivalent dans les théories biogénétiques : toutes les universités du monde enseignent la vulgate darwinienne (mutation au hasard + sélection naturelle) qui n’a pas la moindre preuve prédictive à son actif et dont le schéma théorique gratuit est exactement le même que la théorie cosmologique traditionnelle (hasard + causalité). L‘école française de biologie, c’est son honneur, est pratiquement la seule au monde à protester contre cet abus depuis plus de cent ans (Cuénot, Ruyer, Grassé, etc.)11. Le lamarckisme néanmoins, mais très lentement, refait surface : certaines observations récentes (couronnées par le Nobel de Temin et de Baltimore) montrent en effet que l’acquis finit par s’inscrire dans les gènes. Qui d’ailleurs, hormis les darwinistes et les moutons, pouvait en douter ?

B. RECONNAISSANCE DES FAITS 12 MAIS INTERPRETATIONS FAUSSES

schéma9

Nous choisirons le cas du paradoxe EPR.

1. La “télépathie” entre photons est interprétée comme une “action instantanée de proche en proche” ( sic ) par l‘école rationaliste et matérialiste (Vigier, en France). Mais on réintroduit les fameuses variables cachées locales qui, comme l’a bien démontré B. d’Espagnat 13 , sont interdites depuis l’expérience EPR. De plus, selon la relativité restreinte, la simultanéité n’a pas de caractère absolu et dépend de l’observateur.

[ En science, quand on ne trouve pas de solution déterministe à un problème, on introduit des paramètres, des variables hypothétiques, “cachées” – ceci pour retrouver un déterminisme. Les variables cachées sont toujours “locales”. Or l’expérience EPR a montré que la transmission médiate n’est plus un modèle valable; la transmission apparemment instantanée qu’elle révèle justifie un modèle global. On ne peut donc maintenant introduire de variables cachées qu‘à condition qu’elles soient globales. ]

2. Plus courageuse est l’interprétation de Costa de Beauregard qui, partant de considérations générales sur la nature — objective (a priori) ou subjective — des probabilités, oppose avec raison la conscience perceptive à la volonté active et considère que seule l’intervention d’une subjectivité peut expliquer la réduction de la fonction d’onde, non décrite par la théorie quantique. (Mais, selon lui, lorsqu’il n’y a pas d‘êtres humains, c’est un démiurge – pas moins – qui opère.) Il admet alors, dans la modélisation incluant la relativité restreinte, l’inversion temporelle et le zigzag à la Feynman, en supposant que c’est la conscience de l’observateur qui rétroagit, au moment de la mesure, sur la source (schéma 9). Il prétend ainsi faire le lien avec les phénomènes paranormaux [Costa, 1980, 1988] Il a raison en ce sens qu’effectivement toutes les ESP (perceptions extrasensorielles, mieux appelées percipiences ) peuvent être ramenées à la prémonition ; et tous les PK (ou agences), au rétro-PK. Mais il escamote en parapsychologie tout ce qui ne colle pas avec son modèle, lequel stipule l’existence d’un bloc spatio-temporel (où le temps est assimilé à une dimension spatiale), la liberté et l’indétermination temporelle étant de simples illusions de l’observateur.

Est-il justifié de définir le temps comme une quatrième dimension spatiale ?

· Costa néglige d’abord le fait capital, indépendant des effets relativistes, que dans ce modèle la nature du temps est de dimension imaginaire (racine de -1) et reste strictement antagoniste pour l’observateur des dimensions réelles de l’espace. On peut bien sûr nier le devenir ; mais c’est alors sa propre existence qu’on nie ;

· Si la liberté est une illusion, que peut valoir le discours de Costa ? Le sens suppose la liberté ;

· Il existe des cas de prémonitions préventives d’accident et qui réussissent [Favre, 1982]. Le futur n’est donc pas écrit ;

· Enfin, l’existence de macro-PK sur cible déterminée (d’effets PK macroscopiques, par exemple : déplacements d’objets à distance), PK spontanés de loin les plus fréquents parmi ceux – extraordinaires – qu‘étudient les parapsychologues, échappe totalement à son modèle, qui ne concerne que les micro-événements inobservés (nécessairement aléatoires selon le modèle quantique).

C. CONCLUSION

Les solutions proposées consistent donc soit à nier les faits, soit à proposer des interprétations voulant sauvegarder la causalité ou réduire le temps à une dimension spatiale – ce que dément formellement le psi. [ Toutes nient la liberté, le sens et donc – paradoxe ô combien pertinent – le sujet qui énonce ces contrevérités. Autrement dit, c’est le Logos que nous dénonçons ici. ]

Source : http://sciencesphilo.free.fr