Auto-organisation et symbiose

Le cerveau aurait un comportement dynamique oscillant autour de différents attracteurs non fixes (points, orbites périodiques, attracteurs étranges…) et ces attracteurs auraient des relations avec les pensées et les émotions.

Advertisements

Une réflexion sur la suggestion et l’auto-suggestion de la “Fonction Transcendante”

Introduction

Tenter un rapprochement entre un concept psychanalytique jungien et des notions de complexité en physique ou biologie permet de rechercher en quoi la fonction transcendante peut être apparentée à une propriété émergente au sein de l’Inconscient. Pour peu que l’on accepte de voir l’Inconscient comme un système dynamique structuré par un chaos déterministe. Tentation légitime quand on voit que les TCC (théories du chaos et de la complexité) (1) sont de plus en plus invoquées pour expliquer les comportements des organismes sociaux et des réseaux neuronaux.
C’est pourquoi nous survolerons quelques définitions sur – fonction transcendante – symbiose – système dynamique ou structure dissipative – auto-organisation du chaos – attracteur étrange
pour ébaucher une vision systémique de la fonction transcendante et ses éventuelles répercussions sur le choix d’une suggestion thérapeutique.

Fonction transcendante

Dans L’Ombre et le Mal dans les Contes de fées, Marie-Louise VON FRANZ, collaboratrice de C.G. JUNG, dit à propos de la fonction transcendante :
“…cette faculté qu’a la psyché inconsciente de guider l‘être humain arrêté dans une certaine situation vers une situation nouvelle en le transformant. Chaque fois qu’un individu est bloqué par des circonstances ou par une attitude dont il ne parvient pas à se sortir, la fonction transcendante produit des rêves et des phantasmes qui l’aident à construire, sur un plan symbolique et imaginaire, une nouvelle façon de vivre qui soudain prend forme et conduit à une attitude nouvelle.”
“ Aux quatre fonctions fondamentales (réflexion, sentiment, intuition et perception) qui sont des fonctions d’adaptation au monde, Jung ajoute une cinquième, qu’il appelle fonction transcendante dont il précise bien, dès le début, qu’il n’est pas approprié de la traduire dans un sens métaphysique ; il s’agit, là encore, en examinant les choses de près, d’adaptation, mais d’une adaptation non plus extérieure, mais intérieure entre des opposés qui ne peuvent être réconciliés que par un dépassement. “

Nous proposons, pour avoir quelques représentations de ce concept, de transposer un phénomène biologique et systémique à la sphère psychique : la complexification du vivant par symbiose.

Un exemple typique de symbiose : le lichen, constitué d’une algue et d’un champignon devenus indissociables. C’est une “ association à avantages et inconvénients réciproques et partagés “ (2) dont le coût infligé à chacun des associé est très grand : souffrance (chacun spolie une partie de l’autre), ralentissement de croissance, dépendance… mais dont l’avantage est énorme : une résistance à des conditions de vie extrêmes auxquelles l’algue ou le champignon seul ne survivrait pas. A noter qu’il existe des symbioses à trois ou plus de partenaires. L’individu n’est plus un partenaire constituant mais l’association elle-même . Du fait des relations de dépendance créées, l’association n’est plus divisible, c’est un in-dividu.
Dans cette optique, le SOI apparaît comme une symbiose constituée de toutes les parties du psychisme. L’Ombre, source de souffrance, occupe aussi une place indispensable à la survie du SOI et à son individuation.

Individu

Au moins trois aspects: topologique, systémique, sémiotique.
L’individu vivant est – une boule (espace fermé limité par une surface bordante, une enveloppe) – R.THOM (fig.1) – un système dynamique individué formé par des parties reliées et organisées entre elles (fig.2) qui parfois entrent en conflit entre elles (conflit -> figure de régulation) (3)
ouvert (échanges de flux de matière, d‘énergie et d’information entre intérieur et extérieur)
emboîté dans des systèmes plus vastes (famille, société, humanité…) :
le SOI est emboîté dans l’Inconscient Collectif – un système générateur de significations (4)

A l’intérieur : le SOI, contenant du signifiant ; à l’extérieur : de l’insignifiant. C’est la capacité à interpréter le bruit extérieur qui permet au SOI de créer des informations signifiantes en relation avec les contraintes de fonctionnement du système. Générer des significations sert à maintenir sa stabilité structurelle: le SOI est une structure dissipative qui s’auto-organise.

Figure 1
Source

Du point de vue topologique, le SOI – individu est un espace fermé par une enveloppe asymétrique, l’extérieur contenant l’insignifiant et la mort, l’intérieur le signifiant et la vie. (d’après Apologie du Logos)

Figure 2
Source

fig.2 Chaque partie inconsciente qui compose le SOI – système utilise des flux d‘énergie, matière et informations qui la traversent pour maintenir sa propre survie pendant que la fonction transcendante régule l’ensemble des échanges et interactions entre parties pour assurer l’ individuation

Auto-organisation, complexité et chaos

Ce qui suit est très largement emprunté aux notes de lecture de Patrice JEANDROZ sur le livre de James GLEICK “ La théorie du chaos “ , qu’il a très bien présenté sur son site .
D’origine mathématique et physique, les théories de la complexité et du chaos sont maintenant appliquées à d’autres domaines comme les sciences sociales, politiques, économiques, la biologie et la psychologie. Chaotique ne veut pas dire aléatoire. Bien qu’imprévisible, le chaos est déterministe et structuré: c’est un ordre déguisé en désordre .
Henri ATLAN dit : “ Un ordre dont on ne connaît pas le code. “

Chaos et sociétés : Comme les phénomènes physiques complexes, les sociétés peuvent se révéler, elles aussi, complexes et/ou chaotiques : – des systèmes simples peuvent devenir complexes – ces systèmes sont dynamiques (exemple : changements permanents au sein d’une fourmilière) – ils sont bâtis sur des rétro-actions positives (plus il y a de nourriture, plus il y a de concentration en phéromones, plus les fourmis se concentrent sur les meilleures voies de transport possibles pour cette nourriture) – ils sont sensibles aux conditions initiales (si on déplaçait même de seulement quelques centimètres l’emplacement initial de la reine, l’aspect de la fourmilière en serait complètement différent au bout d’un certain temps) – ils sont auto-organisationnels : ce sont des structures dissipatives (I.PRIGOGINE)
(la fourmilière garde a peu près la même forme générale dans le temps et maintient un certain ordre dans son fonctionnement organisé, tout en rejetant des déchets et en augmentant le désordre à l’extérieur d’elle-même).
Ces systèmes sont déterminés par le chaos, leur auto-organisation est liée aux lois bien particulières des systèmes complexes : – l’existence d’un état loin de l‘équilibre (5) – la nécessité de non-linéarité, (6) – la nécessité de redondance et de bruit – une certaine résistance au changement ainsi qu’une cohérence du système.

Chaos et transmission entre neurones

Le chercheur en neurobiologie Henri KORN a mis en évidence la nature probabiliste de la transmission synaptique. Par ailleurs, le phénomène de la synchronisation neurale lui est apparue comme déterminée par le chaos.
Chaque synapse “joue aux dés” pour transmettre l’information. A l’ouverture de la vésicule synaptique libérant le neuromédiateur, correspond une certaine probabilité. Mais la répétition d’un stimulus augmente la force de la synapse donc sa probabilité de libération. Le phénomène d’apprentissage est donc corrélé à une modification de probabilités des activités synaptiques.
En apparence, le “bruit synaptique” excitateur ou inhibiteur qui parvient à une cellule a un aspect aléatoire. En réalité, les neurones qui génèrent le bruit synaptique sont synchronisés, ils sont couplés par des synapses excitatrices et des synapses inhibitrices. Ces groupes de neurones synchronisés activent la cellule comme des oscillateurs. Ces oscillateurs sont couplés entre eux. Les expériences d’H.KORN montrent que le couplage de ces oscillateurs est contrôlé par le chaos. Le cerveau aurait un comportement dynamique oscillant autour de différents attracteurs non fixes (points, orbites périodiques, attracteurs étranges…) et ces attracteurs auraient des relations avec les pensées et les émotions.

Figure 3
Source

fig.3 Attracteur étrange de Lorenz, figure caractéristique d’un système soumis à un chaos déterministe

Auto – organisation du chaos : Citons de nouveau P.JEANDROZ : “ L’excès d’ordre engendre désordre et inadaptation, le chaos contient en lui-même ses propres facteurs d‘équilibre et d’ordre… Une concentration de pouvoir au plus haut niveau de l‘échelle hiérarchique entraîne une rigidité telle que l’organisation dans son ensemble risque de se retrouver dans l’incapacité de s’adapter rapidement au changement. “
C’est ce qu‘évoque FREUD dans son Introduction à la Psychanalyse, en parlant du Moi comme un souverain qui doit descendre écouter la voix du peuple et ne pas se contenter des interprétations de ses ministres.

Dans les contes, le Roi – métaphore du Moi – doit faire appel à un de ses sujets – le héros – pour résoudre un problème spécifique.
“ Les organisations doivent accepter un certain désordre en favorisant, au niveau opérationnel notamment, une plus grande autonomie permettant à la fois l’adaptation rapide à la réalité de l’organisation et l’imagination de solutions nouvelles, imprévisibles même, à l’intérieur des mécanismes traditionnels. “
L’excès de stabilité est facteur de désadaptation : équilibre pathologique résistant au changement. Pour sortir de l’impasse, il faut introduire de l’instabilité. Ce sera le rôle de la fonction transcendante.
Mais le SOI ne peut pas être contrôlé ; comme tout système non-linéaire éloigné de l‘équilibre, l’organisme peut être piloté mais pas contrôlé .

Suggestion et métaphore dans la fonction transcendante: un langage d’auto-réorganisation du chaos psychique?

Complexité
n’est pas synonyme de complications – certains systèmes simples engendrent des comportements complexes, imprévisibles – certains systèmes complexes engendrent des comportements simples – chaotique ne veut pas dire désordonné: des macro-mouvements ordonnés et stables peuvent émerger de micro-mouvements imprévisibles localement (exemple : les anticyclones) – un système dynamique contrôlé par le chaos a une trajectoire dans l’espace-temps qui suit un “ attracteur étrange “(7), c’est-à-dire qu’il répète un cycle sans jamais repasser exactement par le même point (cas du pendule qui tourne autour du point qu’il occupera à l’arrêt) – les lois du chaos sont universelles, elles s’appliquent quels que soient les détails des composants élémentaires d’un système. Ne pourraient-elles s’appliquer à la majeure partie du fonctionnement psychique: l’Inconscient?
Les Archétypes peuvent-ils être considérés comme des attracteurs de l’Inconscient Collectif?

Ce qui gêne la perception de la complexité :

– les limites qu’inflige notre langage à nos perceptions – le réductionnisme comme méthode dominante d’investigation en science – la logique du tiers-exclu (Aristote); si A = A alors A différent de non-A
Exemples d’auteurs qui ont tenté de sortir de cette logique dichotomique

  • LUPASCO (1950): tiers inclus (physique quantique) = ni onde, ni corpuscule et les deux à la fois —> théorie micro-physique du psychisme — effet EPR et systémique : ce qui paraît séparé est en réalité relié
  • relativité / observateur et relativité d‘échelle – L.NOTTALE (8) :
    Plus on zoom avant, plus c’est différent —> microscope, analyse, réductionnisme…
    Plus on zoom arrière, plus c’est semblable—> vision macroscopique dans un monde fractal.
    C’est l’observateur, contraint par ses processus de perception et ses besoins propres, qui définit ce qui est.

Le langage est un outil de mesure

C’est l’appareil de perception de l’observateur qui “découpe” le processus ou la forme dans un “substrat” sur lequel il projette ses attentes.
Dans une approche constructiviste, il n’y a pas en soi

  • de forme
  • d’information
  • de sens
    sans observateur —> pas de réalité en soi indépendante d’un observateur (9)

Mais “ la carte n’est pas le territoire qu’elle représente. “ (KORZYBSKI)
Dans le détail, il y autant de cartes que d’individus. Les similitudes entre cartes facilitent les échanges et la communication.

La vision systémique n‘échappe pas à ces limites : en réalité, les organismes vivants ne sont pas des systèmes, même si les décrire comme des systèmes permet de prévoir leurs comportements dans une certaine mesure (un système non-linéaire a une évolution imprévisible décrite en termes de probabilités).
Limite: “ le phénoménologique échappe au calcul. La vie n’est pas calculable, le monde n’est pas calculable, l’univers n’est pas un processus. “ (M. DRAGANESCU)

D’un certain point de vue, l’inconscient cognitif apparaît auto-organisationnel, toute nouvelle entrée d’information permettant une reconfiguration du système dans son ensemble (mémoire et réseau neural).

Approche constructiviste : Pour s’adapter au mieux à son environnement, l‘être vivant doit trouver le modèle (10) qui décrit le mieux possible les phénomènes qu’il observe. Trouver la solution à un problème n’est plus “révéler une vérité qui était cachée” mais construire le modèle qui le représente le mieux.
“ La solution est dans le processus de modélisation “ (Edgar MORIN). (11)
Même si la carte n’est pas le territoire qu’elle représente, même si elle est inexacte, elle peut être efficace pour permettre au système d‘évoluer et de s’adapter rapidement à son environnement. (Les contraintes biologiques font que le critère rapidité prime généralement sur le critère précision).

Le conte est un modèle de solution à un type de problème, facile à propager à un maximum d’individus, grâce à un langage analogique utilisable dans tous les domaines. Son utilisation avec ou sans transe formelle en fait un puissant outil suggestif.

Pour penser complexe, il faut, selon Edgar MORIN, utiliser les “ opérateurs de reliance “ du macroscope – systèmes (les différentes parties du psychisme forment un tout dont les propriétés sont différentes de chacune considérée isolément) – causalité circulaire (l’effet rétro-agit sur la cause) – dialogique : aspects opposés et complémentaires d’une même réalité ; exemples : l‘évolution s’appuie à la fois sur la compétition et la collaboration entre individus et entre espèces ; l’identité se construit à la fois sur l’individuel / singulier et sur le collectif / universel – hologrammatique (la forme d’un élément du système est semblable à la forme du tout).

Qui pratique la suggestion et la métaphore en hypnose s’apercevra qu’elle est largement utilisée spontanément par la fonction onirique de la personne elle-même. En cela, le rêve apparaît bien comme une tentative de guérison par auto-suggestion . Le “bricolage” du rêve utilisant le déplacement, la condensation et toute une série de redécoupages et remodelages des idées pour construire ses métaphores, ce bricolage avec brassage et recomposition idéelle étant un des principaux mécanismes de complexification d‘évolution du SOI. La fonction transcendante apparaît ainsi comme essentielle à l‘évolution du psychisme humain et utilise peut-être en partie un processus de mutation-sélection idéelle analogue aux processus Darwiniens d‘évolution génétique. Voir à ce sujet la thèse de Frédéric PAULUS

Les suggestions opérées par le travail du rêve de l’Inconscient vers le Conscient (on ne peut parler que dont on se souvient mais la re-programmation inconsciente pendant le sommeil paradoxal a lieu évidemment aussi quand on a oublié ses rêves) semblent répondre aux caractéristiques de la complexité :

  • analogie
  • paradoxe
  • niveaux multiples d’interprétation
  • systémique
  • analogie : allégories et métaphores ne sont pas l’exclusivité de l’hypnose ou de l’auto-hypnose onirique, tout langage en use abondamment car c’est le principe même de la modélisation. Nous passons notre temps à expliquer en illustrant avec des formes connues de notre interlocuteur pour faciliter son assimilation de nos idées. (Assimilare = faire soi ; assimulare = simuler)
  • paradoxale : le rêve “expose” souvent d’une façon dissociée et atténuée le rêveur à la peur qu’il redoute ; en cela, les techniques de thérapie comportementale ou de thérapie stratégique (“prescrire le symptôme”) imitent le travail de la fonction transcendante. le paradoxe n’est qu’apparent: ce qui parait vrai ( ou bien/mal, beau/laid, vivant/inerte) à une échelle devient illusoire ou erroné à une autre échelle d’observation.
  • multi-niveaux : principe hologrammatique et aspect fractal : on retrouve dans une petite partie des propriétés, des similitudes de forme avec le tout. La suggestion, par son caractère analogique, touche plusieurs niveaux d’interprétation. Exemple: Les métaphores hydrodynamiques sont très employées car tout peut être décrit en termes de flux, les lois qui régissent la dynamique des fluides s’appliquent à toutes les échelles ( “Tout est flux “ disait Heraclite, idée qui a aussi fortement inspiré la médecine traditionnelle chinoise et la théorie Freudienne des pulsions).
  • systémique : Ce qui est suggéré, c’est que le problème, comme sa solution, ont une signification au-delà du niveau où ils sont perçus: au niveau d’un ensemble plus vaste, plus global, où du coup cette signification devient différente (recadrage de sens systémique). La résistance au changement est respectée en tant que loi naturelle de conservation d’un système mais déplacée à un niveau plus élevé (l’ensemble reste stable malgré/grâce à l’instabilité de ses composants).

La suggestion a des conséquences imprévisibles, faisant de l’hypnose ou du rêve une intervention en apparence aléatoire :

  • sensibilité aux conditions initiales : le processus mental induit chez le patient peut varier par rapport à un nombre incalculable de paramètres et une toute petite variation de forme dans une suggestion peut tout changer
  • imprévisibilité fondamentale des systèmes non-linéaires: une intervention spectaculaire peut n’avoir aucun effet alors qu’un rêve en apparence anodin et oublié peut, pourquoi pas, être suivi d’un grand changement.
    Mais, heureusement, l’effet papillon n’existe plus (les anticyclones sont toujours à peu près aux mêmes endroits)
  • il y a des stratégies correctrices
  • redondance de la suggestion: limiter la quantité d’informations en faveur de la qualité (mobilisatrice de la motivation du patient) et répéter
  • aider la fonction transcendante en ayant une attente positive, en partant du présupposé qu’elle existe et qu’elle va provoquer un changement favorable (induction d’une “prédiction auto-réalisatrice”).

Conclusion

En bâtissant sur une analyse positive de son histoire personnelle un futur imaginaire possible, intégrant à la fois ses intérêts et ceux de sa collectivité, postuler l’existence d’une fonction transcendante est un acte de foi utile à “l’auto-organisation” du chaos psychique.
La fonction transcendante, dont le but serait “ d’agir de façon juste au sein de la psyché “, étant

  • une passerelle entre Conscient et Inconscient collectif
  • un processus de vie qui produit des symboles faisant le pont entre les opposés “ (M-L VON FRANTZ)
    nous apparaît comme l‘équivalent dans le domaine psychique de la fonction symbiotique dans l‘évolution biologique :
  • la symbiose est une solution émergente au sein des écosystèmes
  • pour minimiser la violence dans les interactions entre les différents éléments de ces écosystèmes tout en préservant la biodiversité, la coexistence de tous ces différents éléments nécessaires à la pérennité du tout.

Dans cette perspective systémique, fonction symbiotique et fonction transcendante ne sont pas des solutions pré-programmées par une instance centrale, un processus descendant imposé par une autorité divine, mais plutôt des mécanismes de sélection liés aux interactions chaotiques entre les différentes parties de l’inconscient individuel et collectif, dans une dialectique compétition / collaboration. Après un temps de conflit plus ou moins prolongé entre différents éléments en compétition pour l’acquisition de ressources dans un système, des processus de collaboration sont sélectionnés comme meilleure solution du moment face aux contraintes locales ; phénomène apparaissant comme auto-organisationnel.

Cette dialectique est à l‘œuvre dans l’alliance : la convergence des regards vers un objectif commun, ce partage d’imaginaire nous paraissant être la source de la fonction transcendante, s’appuyant sur une sorte de circulation de formes suggestives dans l’Inconscient Collectif.
Pour s’adapter à des variations imprévisibles, un système dynamique doit garder une certaine amplitude d’oscillations autour d’une zone d‘équilibre (exemple: le joueur de tennis qui se balance d’un pied sur l’autre en attendant le service de son adversaire). S’il reste bloqué sur un “mauvais attracteur”, il risque de perdre ses facultés de régulation. Un sujet peut rester psychiquement bloqué de façon stable sur un phantasme ou un schéma trop rigide, il “tourne en rond” autour d’une pensée dysfonctionnelle, un peu comme une barque prise dans une turbulence sur le bord d’un torrent et qui ne rejoint plus le sens du courant. L’auto-suggestion du rêve ou de l’imaginaire créatif – en réalité reliées aux suggestions provenant de l’extérieur (aléatoires ou dirigées) – va modifier la morphologie de cet attracteur et permettre de réintroduire l’instabilité nécessaire à l‘évolution du système: une légère modification du flux peut suffire à l’embarcation pour rejoindre le courant de la vie.
La fonction transcendante est cette capacité de régulation du système psychique:

  • auto-organisation à partir du “bruit” (interprété pour créer des significations)
  • maintien d’une relative stabilité interne malgré l’instabilité externe imprévisible
  • création d’une instabilité en cas de stabilité inadaptée (sortie d’un attracteur dysfonctionnel)
  • intégration adaptative des quatre autres fonctions psychiques : réflexion, sentiment, intuition et perception.

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Didier Seban, Médecin généraliste.

Source : http://www.hypnose.fr/dossiers_auto_organisation_seban.htm

Bibliographie

Pierre BRICAGE – La nature de la décision dans la nature, la décision systémique du biologique au social, Ateliers AFSCET, Paris, 19-20 mai 2001; lien

Mihai DRAGANESCU – L’universalité ontologique de l’information
traduction et adaptation de Yves KODRATOFF; lien

James GLEICK – La théorie du chaos – Champs Flammarion

Patrice JEANDROZ – notes de lecture sur le livre de J.GLEICK; lien

Henri KORN : Cerveau, chance et chaos – Conférence du vendredi 8 novembre 2002 pour l’Université de Tous Les Savoirs

Jean-Louis LEMOIGNE: les fondements du constructivisme

Edgar MORIN – “Quelle Université pour demain ? Vers une évolution transdisciplinaire de l’Université “ (Congrès de Locarno, Suisse, 30 avril – 2 mai 1997) ; Motivation, N° 24, 1997.

René THOM – Esquisse d’une sémiophysique

M-L VON FRANZ – L’Ombre et le mal dans les contes de fées

Notes

(1) L’abréviation TCC n’ a ici évidemment rien à voir avec les Thérapies Cognitives et Comportementales, dont le modèle théorique est beaucoup plus simple.

(2)” Seules perdurent les associations à avantages et inconvénients partagés. “ – Pr BRICAGE

(3) Une figure de régulation rend compréhensible les phénomènes de conflits et collisions entre formes. Le mathématicien René THOM a découvert dans notre espace sept catastrophes élémentaires, sorte d’alphabet de la morphogénèse.
“ Polemos est le père de toutes les choses “ disait Heraclite.

(4) Christophe MENANT – Introduction à une théorie systémique de la signification – AFSCET

(5) stabilité loin de l‘équilibre: un système chaotique peut être stable si son caractère désordonné se maintient face à de petites perturbations.

(6) non-linéarité: signifie que “ le fait de jouer modifie les règles du jeu. “ (GLEICK). Les systèmes biologiques utilisent la non-linéarité pour se protéger contre le bruit. Par ailleurs, ils effectuent des mesures sur leur environnement et à l’intérieur d’eux-mêmes, chaque mesure influençant l‘évolution de ce qui est mesuré (l’influence de l’appareil de mesure sur l‘évolution au niveau quantique serait même un facteur d‘évolution non aléatoire selon le généticien moléculaire Mc Fadden); lien

(7) figure découverte par LORENZ , véritable signature de la présence d’un chaos déterministe dans le fonctionnement d’un système.

(8) Relativité d‘échelle de Laurent NOTTALE: le degré d’irrégularité reste constant sur différentes échelles; le monde présente une irrégularité régulière; une courbe fractale a une longueur infinie dans un espace fini. L’invariance d‘échelle fractale est une caractéristique universelle de la morphogénèse (cf arbres respiratoire, urinaire, circulatoire…)

(9) FREUD a écrit dans l’avenir d’une illusion: “le problème de la nature de l’univers considérée indépendamment de notre appareil de perception psychique est une abstraction vide, dénuée d’intérêt pratique.”

(10) Modèle (mathématique): système de langage formel servant à partager des informations, prévoir et adapter le sujet observant à son environnement.

(11) Tout phénomène n’est pas forcément formalisable: il existe une pensée phénoménologique (DRAGANESCU), une phénoménologie de la communication qui échappe à toute description formelle (du type théorie de la communication) et qui intervient dans les liens affectifs et les processus d’alliance.