Evolution spirituelle

“Tout cela est un rêve, une occurrence impersonnelle, et vous n‘êtes qu’un instrument permettant à la Totalité de fonctionner; il n’existe aucun “vous” en tant qu’entité indépendante”

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L’emploi de l’expression “évolution spirituelle” présuppose que cela s’inscrit dans le temps.

Effectivement, bien sûr. Le processus tout entier se situe dans la phénoménalité espace-temps.

Qu’est-ce qui vit dans le temps, est-ce le mécanisme corps-esprit?

Oh! non. C’est la conscience identifiée, la Conscience qui s’est intentionnellement identifiée à un organisme individuel.

Pourquoi cela s’est-il produit?

Pour que cette lilâ , ce jeu, ce rêve cosmique, puisse se déployer. Le processus d’identification est continu. De nouvelles créatures, de nouveaux être humains sont sans cesse créés, et l’identification prend place en eux. Cette identification va alors subsister, mais en suivant un processus d‘évolution. A un certain stade, l’esprit se tourne vers l’intérieur; alors, débute le processus de désidentification. Ce processus demande beaucoup de temps et beaucoup de naissances. Identification, retournement de l’esprit, processus de désidentification: voilà en quoi consiste tout le jeu. Mais attention! Souvenez-vous bien que tout cela est un concept. Ce concept est cependant susceptible d’aider à engendrer la compréhension ultime.

Le mot évolution est donc un concept qui n’est visible que pour l’individu identifié?

Effectivement.

Pourquoi un concept serait-il nécessaire?

Parce que cette identification a donné lieu au concept d’individu. Or, dès qu’il apparaît, le concept de l’individu rend nécessaire le concept de Dieu. Sinon, dans l’impersonnel, où est l’individu, et où est Dieu?

Se tourner vers l’intérieur, est-ce un moyen d’ignorer l‘égo?

Non. Se tourner vers l’intérieur ne peut que se produire , voyez-vous. Se tourner vers l’intérieur est le processus de l‘évolution spirituelle. L‘évolution se poursuit dans tout. Il y a l‘évolution physique, il y a une évolution dans la musique, il y a une évolution dans l’art, il y a une évolution dans la science, et il y a une évolution spirituelle.
Dans cette évolution spirituelle, il y a d’abord l’identification, qui se poursuit par l’intermédiaire de plusieurs milliers d’organismes corps-esprit — ou peut-être cent mille, ou un million, là n’est pas la question.
Disons qu’elle se poursuit au travers de toute une série d’organismes corps-esprit. Et dans un certain organisme corps-esprit, va se produire ce mouvement vers l’intérieur. Une cause apparente survient, une pensée, ou un événement, ou quelque chose, et l’esprit se tourne vers l’intérieur. Au lieu de s’intéresser à l’extérieur et de désirer de plus en plus d’objets matériels, l’esprit se tourne vers l’intérieur et veut connaître sa vraie nature — “Qui suis-je? Pourquoi suis-je ici? Quel est le sens de la vie?” Alors commence le processus de désidentification. dans cette évolution, la recherche spirituelle commence par ce retournement de l’esprit vers l’intérieur, avec un individu qui se met à chercher. Cette recherche, qui en réalité est le processus de désidentification, se poursuit au travers de divers processus d‘évolution. D’une certaine quête, vous passez à une autre recherche et d’innombrables frustrations, jusqu‘à ce qu’enfin vienne la compréhension soudaine qu’aucun “individu” ne sera jamais éveillé. L‘éveil, en tant qu‘événement impersonnel, ne peut se produire que par l’intermédiaire d’un objet. Pour que n’importe quel événement se produise, il faut un objet. Donc, quand l‘éveil est sur le point de se produire, un organisme corps-esprit est créé dans cette évolution, un organisme prêt à recevoir cet éveil. Il possède la constitution et les caractéristiques physiques et mentales qui vont le rendre apte à recevoir l‘éveil. Et cet organisme corps-esprit est lui-même un processus d‘évolution.

Le point de départ de cette compréhension, dans la durée, est l’acceptation que l‘éveil peut très bien ne pas se produire dans cet organisme corps-esprit. C’est une chose qui est très difficile à accepter pour un chercheur, un chercheur individuel, mais c’est un jalon important de ce processus inscrit dans la dualité. Puis se produit un “lâcher-prise”, qui engendre un immense sentiment de liberté. “Si je ne peux pas connaître l‘éveil, si un objet ne peut pas être éveillé, que suis-je donc entrain de chercher?”
Donc, ce lâcher-prise se produit et cette identification à l’organisme corps-esprit, à ce “moi”, s’affaiblit. Mais il se produit un certain saut quantique dans ce processus. Et le saut quantique ultime, juste avant l‘éveil, est le suivant: il n’y a plus de quête, et peu importe que l‘éveil se produise ou non. Quand cette acceptation apparaît, le “moi” a pratiquement disparu. Parce que le chercheur, c’est le “moi”, et non l’organisme corps-esprit. Par lui-même, l’organisme corps-esprit n’est qu’un objet inerte, nécessaire pour que l‘éveil se produirse.

Le “moi” est le “moi” tant qu’il existe un chercheur, n’est-ce pas?

C’est exact. Oui. Donc quand la quête disparaît, le chercheur “moi” disparaît aussi.

L‘évolution de ce “moi”, c’est donc le but ultime?

Oui. Le “moi” subit une évolution, mais pas ce “moi” particulier.

Oui, je voulais dire collectivement.

Oui. Comme je l’ai dit, un “moi” dénommé Albert Einstein a été développé pour la théorie de la relativité. Mais seulement pour la théorie de la relativité. Pour la poursuite de l‘évolution de la science, d’autres organismes corps-esprit ont été créés. Einstein n‘était pas prêt à contenir le développement ultérieur de la théorie quantique. il n’avait pas la faculté de recevoir la théorie d’Heinsenberg sur l’incertitude. Selon Einstein, cette théorie voulait dire que “Dieu jouait aux dés avec l’univers”, et, ajouta-t-il, il ne pouvait pas accepter que Dieu joue aux dés avec l’univers. A quoi Neils Bohr a répondu: “Dieu ne joue pas aux dés avec l’univers. Nous pensons que Dieu joue aux dés avec l’univers, parce que nous n’avons pas toutes les informations que Dieu possède!”

Je crois que Neils Bohr a dit “Albert, aurais-tu la présomption de croire que tu sais ce que pense Dieu?”

Oui, peut-être bien.

Y a-t-il un plan ou un but ultime, une conclusion finale à toute cette évolution?

Il n’y a aucun but final. C’est un fonctionnement impersonnel et continu de la Totalité. Aujourdh’ui, les scientifiques appellent cela processus “autogénérateur”. Je préfère pour ma part parler d‘énergie latente se déployant d’elle-même. Mais pourquoi l‘énergie s’active-t-elle? Pourquoi cette manifestation existe-t-elle? Voici une réponse: pourquoi pas? Et une autre: Cette énergie ne serait pas latente si elle ne s’activait pas à un certain moment. Elle serait morte.

Je suis en train de lire Je suis Cela, ainsi que vos livres. il semble qu’avant l‘éveil, vous étiez tous les deux, Maharaj et vous-même, des hommes ordinaires, vivant dans le dualisme.

Effectivement, mais il y a une différence. Maharaj a relaté que la première fois qu’il avait entendu son guru dire “Tout cela est un rêve, une occurrence impersonnelle, et vous n‘êtes qu’un instrument permettant à la Totalité de fonctionner; il n’existe aucun “vous” en tant qu’entité indépendante”, il l’a tout de suite accepté. C‘était une certitude absolue. Cela se produit très rarement. dans mon cas, ce genre de réceptivité n‘était pas là.

Cela a été instantané?

Oui, cela a été instantané dans le cas de Maharaj, et dans celui de Ramana Maharshi. mais je ne voudrais pas vous induire en erreur, il se peut qu’il existe plusieurs autres cas semblables non connus, de personnes qui n’occupent pas l’avant de la scène. La publicité n’a rien à voir avec l‘énévenement lui-même. Pour certaines raisons, un certain organisme, dans un certain cas d‘éveil, devient connu. Pour d’autres organismes, cela peut se produire et les choses suivront paisiblement leur cours. Ils savent, ils comprennent, mais ils ne sont pas concernés, parce qu’il n’y a plus de “ils”. La célébrité, la fortune et ce genre de choses, ce n’est pas leur affaire.
Dans mon propre cas, le processus n’a pas été aussi rapide que pour Maharaj. mais cela a été plus doux, plus simple, j’imagine, que dans de nombreux autres cas. Du plus loin que je puisse me souvenir, j’ai toujours eu ce sentiment intuitif que tout cela n’est qu’un rêve, et donc qu’il n‘était absolument pas en mon pouvoir d’accélérer la progression dans la vie, ou dans n’importe quelle direction.

Extrait du livre L’appel de l‘Âtre (p.288-293).

Les étapes de la compréhension, ou des montagnes et des rivières.

Dans la compréhension ultime, survient l‘Âtre. Là, il n’est plus question de voir quoi que ce soit. Tout est une apparence et cette apparence est vue par l’intermédiaire de l’instrument qu’est l’organisme, par l’intermédiaire des sens. Mais ce n’est jamais l’individu qui voit. Même si l’individu dit qu’il voit les montagnes, cela ne peut être dit que parce que la Concience est présente. En réalité, les montagnes sont vues par la Conscience, qui est aussi l’apparition! La totalité de la manifestation n’est qu’une apparition, une apparence, crée dans la Conscience par la Conscience. Et ce fonctionnement de la manifestation, ce que nous appelons la vie et le vivant, c’est aussi la Conscience. La Conscience est à la fois l’interprète et le metteur en scène de tous les rôles des milliards d‘êtres humains. Chaque personnage est joué par la Conscience.

Existe-t-il une progression commune à tous les chercheurs? Chacun passe-t-il par les mêmes stades?

Les bouddhistes ont un excellent raccourci pour décrire à la fois la façon dont les éveillés voient le monde, et comment ils en sont venus à cette vision. Ils disent que la compréhension se décline en trois stades: le premier correspond à la vision de l’individu impliqué; le deuxième comporte une certaine compréhension; et enfin, il y a la compréhension totale.

Tout d’abord, les montagnes et les rivières sont vues comme des montagnes et des rivières. Un sujet individuel identifié voit un objet. L’implication est totale. C’est ce que vit le personne ordinaire.

Ensuite, les montagnes et les rivières ne sont plus vues comme des montagnes et des rivières. Les objets sont vus comme l’objectivation réfléchie du sujet. Ils sont perçus comme des objets illusoires dans la Conscience, donc irréels.

Enfin, les montagnes et les rivières sont de nouveau vues comme des montagnes et des rivières. C’est-à-dire que l‘éveil s‘étant produit, elles sont connues comme étant la Conscience elle-même, se manifestant sous la forme de montagnes et de rivières. Le sujet et les objets ne sont pas vus comme étant séparés.

Dans ce synopsis, les montagnes et les rivières signifient l’ensemble du monde, y compris toute sa population humaine. L’individu impliqué commence par voir des objets, en tant que sujet individuel voyant des objets. Il se considère comme une entité séparée regardant des objets autres. Le fait de voir d’autres objets ou événements provoque des réactions en lui, en tant qu’individu. Donc, l’organisme individuel réagit à ce qui est vu.

Au deuxième stade, quand est présente la compréhension que tout cela est un rêve irréel, la vision change et on commence à voir qu’aucun événement n’a réellement d’importance. Pour cet individu, les événements sont irréels puisque, en tant que sujet, il transcende l’apparence. cette apparence est quelque chose qui naît dans la Conscience. Quand la compréhension atteint ce niveau, l’individu y prend tellement plaisir qu’il a souvent du mal à la garder pour lui. “Tout cela est irréel!” va-t-il chanter sur tous les toits. Mais en fait, en essayant de dire aux autres que le monde est irréel, il cherche à changer le monde, à changer la perception des autres. Il ne réalise pas que le changement doit venir de l’intérieur. Et ainsi, en voulant transformer le monde, il va son chemin et se crée des problèmes. Ces problèmes occasionnés par le deuxième stade ne s’apaiseront qu’au troisième.

Au troisième stade, les objets ne sont vus ni par un individu, ni par un objet voyant un autre objet, ni par un sujet voyant un objet. On se rend compte que cela qui perçoit, est à la fois cela qui a créé l’apparence et qui connaît l’apparence. les deux ne sont plus qu’un. A ce stade, c’est la prise de conscience ultime, non seulement que le monde est irréel, mais qu’en même temps le monde est réel! Le monde est irréel en ce sens que sans la Conscience il n’existerait pas. Il n’a aucune existence en propre. Le monde doit son existence au fait d‘être connu dans la Conscience. Si chaque être humain et chaque animal devenaient tout à coup inconscients, qui resterait-il pour dire qu’il existe un monde? Non seulement le monde ne serait pas vu, mais il n’existerait pas.

Pourriez-vous approfondir cette notion de réalité et d’irréalité?

On a souvent recours à l’analogie de l’ombre pour expliquer les mots “réel” et “irréel”. Une ombre est irréelle en ce sens qu’elle a besoin du soleil pour exister. Néanmoins, en tant qu’ombre, elle est relativement réelle. Ainsi, elle est à la fois réelle et irréelle. De même, toute la manifestation doit son existence à la Conscience. La Conscience est inhérente à tous les objets, à la totalité de la manifestation. La Conscience transcende la manifestation, tout en lui étant immanente. La manifestation est contenue dans la Conscience.

Au deuxième stade, avant la compréhension finale, toutes sortes de concepts font leur apparition. On présume qu’il revient à l’individu de faire des efforts pour s’unir à Dieu. A ce niveau, celui du sujet et de l’objet, nirvâna et samsâra sont traités comme deux choses différentes. Alors, on parle du samsâra comme d’un océan de souffrances à traverser. Le jîva doit traverser cet océan et ne peut le faire qu’en accomplissant telle ou telle sâdhanâ . Et donc le chercheur s’engage dans la sâdhanâ . C’est le grand jeu. Il pratique pendant des années. Pendant des années il observe ce qu’il se passe, et se retrouve imbu de lui-même. A terme, quand il s‘établit dans la contemplation, il rejette tout. Comme le disent les Soufis, une sorte de cérémonie prend place; tout ce qu’il a appris et tout ce qu’il pense avoir atteint est brûlé.

Ainsi, au troisième stade, il est vu que le monde est à la fois réel et irréel. Quand cette compréhension se produit, la connaissance se stabilise et il n’y a plus aucun désir actif d’en parler au monde, de vouloir transformer le monde. Dans cet organisme où s’est produit l‘éveil, il y a une acceptation de ce-qui-est, à la de l’immanence et de la transcendance. Nirvâna et samsâra ne sont plus deux. Le samsâra est l’expression objective du nirvâna .

Dans la compréhension ultime, survient l‘Âtre. Là, il n’est plus question de voir quoi que ce soit. Tout est une apparence et cette apparence est vue par l’intermédiaire de l’instrument qu’est l’organisme, par l’intermédiaire des sens. Mais ce n’est jamais l’individu qui voit. Même si l’individu dit qu’il voit les montagnes, cela ne peut être dit que parce que la Concience est présente. En réalité, les montagnes sont vues par la Conscience, qui est aussi l’apparition! La totalité de la manifestation n’est qu’une apparition, une apparence, crée dans la Conscience par la Conscience. Et ce fonctionnement de la manifestation, ce que nous appelons la vie et le vivant, c’est aussi la Conscience. La Conscience est à la fois l’interprète et le metteur en scène de tous les rôles des milliards d‘êtres humains. Chaque personnage est joué par la Conscience.

Au stade final, la question “Pourquoi cette lilâ existe-t-elle?” est comprise. Par conséquent, plus aucun problème ne s‘élève. Le chercheur a perdu son irrésistible désir d’enseigner au monde ce qu’il a appris, parce que la compréhension de base est qu’il n’a rien appris du tout. La compréhension est venue d’elle-même, c’est un don de Dieu, un don de la Totalité, c’est la Grâce. Mais il n’est absolument pas question d’un “quelqu’un” considérant qu’il a de la chance. L’individu ne pense avoir tiré le gros lot que quand l‘éveil ne s’est pas véritablement produit.

Extrait du livre L’appel de l‘Âtre (p.284-287).