Qui Suis-je ?

Le mental est constitué de pensées. La pensée « je » est la première qui s’élève dans le mental. Si l’on poursuit l’investigation « Qui suis-je ? » d’une manière constante, toutes les autres pensées sont détruites, et finalement la pensée « je» elle-même disparaît, laissant la place au Soi non-duel ; les fausses identifications du Soi avec les manifestations du non-Soi, tels que le corps et le mental, cessent, et l’illumination (le sâkshâtkâra ) s’ensuit.

Introduction

Qui suis-je ? est le titre donné à une série de questions et de réponses ayant trait à la recherche du Soi. Les questions ont été posées à Bhagavan Ramana Maharshi par Shrî M. Sivaprakasam Pillai en 1902. Shrî Pillai, diplômé de philosophie, travaillait à l’époque à la section financière du South Arcot Collectorate. Lors d’une visite officielle à Tiruvannamalai, en 1902, il monta à la grotte de Virupaksha sur la colline Arunâchala où il rencontra le Maharshi. Il le pria de le guider spirituellement et lui posa des questions concernant la recherche du Soi. Shrî Bhagavan ne parlant pas à cette époque – non pas qu’il ait fait un vœu, mais il n’en sentait pas le besoin – lui répondit par écrit. D’après les notes de Shrî Sivaprakasam Pillai, il s’agissait de treize questions et leurs réponses données par Shrî Bhagavan. Ces notes, publiées par Shrî Pillai en 1923 (en langue tamoule) accompagnées par deux de ses propres poèmes, indiquaient comment, par la grâce de Shrî Bhagavan, ses doutes avaient été dissipés et lui-même sauvé d’une crise existentielle.

Par la suite, le Qui suis-je ? a été publié à diverses reprises. Certaines publications présentent treize questions, d’autres vingt-huit. Il existe aussi une version dans laquelle les questions ne figurent pas et où les réponses sont arrangées sous forme d’essai. La présente traduction anglaise (qui servait aussi à la traduction française) a été faite à partir de cet essai et représente la version de vingt-huit questions et leurs réponses.

Avec le Vichara-sangraham (La Recherche de Soi-même), le Nan Yar (Qui suis-je ?) représente la première série d’instructions données par le Maître avec ses propres mots. Parmi les œuvres de Shrî Bhagavan ces deux écrits sont les seuls en forme de prose. Ils exposent clairement son enseignement central, notamment que la voie directe vers la Libération est la recherche du Soi. La manière d’effectuer cette recherche est décrite de façon explicite dans le traité Nan-Yar :

Le mental est constitué de pensées. La pensée « je » est la première qui s’élève dans le mental. Si l’on poursuit l’investigation « Qui suis-je ? » d’une manière constante, toutes les autres pensées sont détruites, et finalement la pensée « je» elle-même disparaît, laissant la place au Soi non-duel ; les fausses identifications du Soi avec les manifestations du non-Soi, tels que le corps et le mental, cessent, et l’illumination (le sâkshâtkâra ) s’ensuit.

Le processus de la recherche du Soi n’est en aucun cas facile. En posant la question « Qui suis-je ? », de nombreuses autres pensées vont surgir; mais, au lieu de leur céder et de les suivre, il faut demander : « A qui se présentent-elles ? ». Pour ce faire on doit rester extrêmement vigilant. Grâce à cette investigation constante le mental s’établira dans sa source et ne pourra se disperser et se perdre dans le labyrinthe des pensées créées par lui-même. Toutes les autres disciplines, tels que le contrôle de la respiration ou la méditation sur une image de Dieu, doivent être considérées comme des pratiques accessoires. Elles ne servent qu’à la maîtrise et la concentration du mental. Pour un mental exercé dans la concentration, la recherche du Soi devient comparativement facile. C’est par une investigation incessante que les pensées seront détruites et le Soi réalisé – la Réalité plénière dans laquelle il n’y a même plus la pensée « je », expérience qui est désignée comme « Silence ».

Tel est en substance l’enseignement de Bhagavan Ramana Maharshi dans le traité Nan Yar (Qui suis-je ?).

Qui suis-je ?
Nan yar

Tout être vivant aspire à un bonheur jamais troublé par la souffrance. Et chacun éprouve le plus grand amour pour soi-même ; la source de cet amour est le bonheur seul. Ainsi, afin d’atteindre ce bonheur qui est notre nature véritable et que nous expérimentons dans le sommeil profond lorsque le mental est absent, chacun doit se connaître soi-même. La meilleure méthode pour y parvenir est la voie de la Connaissance, la quête du Soi par l’investigation « qui suis-je ? ».

1. Qui suis-je ?

Je ne suis pas ce corps physique, constitué des sept éléments subtils ( dhâtu ), ni les cinq organes de perception sensoriels, c’est-à-dire l’oreille, l’œil, la langue, le nez et la peau, et leurs fonctions correspondantes : l’ouïe, la vue, le goût, l’odorat et le toucher. Je ne suis pas les cinq organes d’activité, c’est-à-dire les organes vocaux, les mains et les pieds, l’organe de procréation et l’anus, et leurs fonctions respectives : le langage, les mouvements du corps physique, la jouissance et l’excrétion. Je ne suis pas les cinq forces vitales, le prâna1 etc. qui permettent d’accomplir leurs fonctions correspondantes. Même l’esprit pensant je ne le suis pas ; et pas non plus cet état d’ignorance inconsciente dans lequel ne se trouvent que les impressions des objets, et non les objets eux-mêmes et leurs fonctions.

2. Si je ne suis rien de cela, qui suis-je alors ?

Après avoir rejeté tout ce qui a été mentionné ci-dessus comme n’étant « pas ceci ni cela », cette pure Conscience qui seule demeure – CELA je suis.

3. Quelle est la nature de la pure Conscience ?

La nature de la pure Conscience est Etre-Conscience-Félicité ( sat-chit-ânanda ).

4. Le Soi, quand sera-t-il réalisé ?

Lorsque le monde, ou ce qui est vu, aura disparu, le Soi, ou celui qui voit, sera réalisé.

5. Peut-il y avoir réalisation du Soi tout en expérimentant le monde comme réel ?

Non, ce n’est pas possible.

6. Pourquoi ?

Celui qui voit et ce qui est vu sont comme la corde et le serpent. A moins que la perception illusoire du serpent dans la corde ne cesse, la réalité de la corde, qui est le substrat, ne peut être reconnue. De même, tant que ne cesse la croyance dans la réalité du monde, la réalisation du Soi, le substrat, ne peut être obtenue.

7. Quand le monde, en tant qu’objet visible, disparaîtra-t-il ?

Le monde disparaîtra lorsque le mental, cause de toutes les perceptions et actions, sera au repos.

8. Quelle est la nature du mental ?

Ce qui est appelé «mental» est une merveilleuse force inhérente au Soi par laquelle toutes les pensées s’éveillent. En dehors des pensées le mental n’existe pas. Aussi la pensée constitue-elle la nature du mental. En dehors des pensées il n’y a pas d’entité indépendante appelée « monde ». Dans le sommeil profond il n’y a ni pensée ni monde. Dans les états de veille et de rêve les pensées sont présentes ainsi que le monde. Tout comme l’araignée tire d’elle-même le fil (de la toile) et le résorbe en elle-même, le mental projette le monde en dehors de lui-même et le résorbe en lui-même. Quand le mental émerge du Soi, le monde surgit. Ainsi, lorsque le monde apparaît (comme réel), le Soi n’apparaît pas ; et lorsque le Soi apparaît (ou resplendit), c’est le monde qui n’apparaît pas. Si on s’interroge assidûment sur la nature du mental, celui-ci finira par disparaître, laissant seul le Soi. Ce qui est désigné comme le Soi est l’ âtman . Le mental ne peut exister indépendamment du monde grossier ; il ne peut subsister par lui-même. C’est le mental qu’on appelle corps subtil ou âme ( jîva ).

9. En quoi consiste la voie de l’investigation dans la nature du mental ?

Ce qui s’élève dans ce corps en tant que « je » est le mental. Si on se demande de quelle partie du corps la pensée « je » s’élève en premier, on découvrira que c’est du Cœur. C’est là qu’elle prend naissance. Même si on pense continuellement « je, je » on sera conduit à cet endroit. La première de toutes les pensées qui apparaissent dans le mental est la pensée « je ». C’est seulement après la naissance de celle-ci que les autres pensées s’élèvent. En
d’autres termes, ce n’est qu’après l’apparition du premier pronom personnel que le deuxième et le troisième pronom apparaissent ; en l’absence du premier le deuxième et le troisième ne peuvent exister.

10. Comment le mental peut-il devenir tranquille ?

Par l’investigation « qui suis-je ? ». La pensée « qui suis-je ? » détruira toutes les autres pensées, et, semblable au bâton qu’on utilise pour remuer le bûcher, elle sera détruite, elle aussi, en temps voulu. C’est alors que la réalisation du Soi commencera à poindre.

11. Par quel moyen peut-on se maintenir dans la pensée « qui suis-je ? » ?

Lorsque des pensées surgissent, au lieu de les suivre, on doit plutôt se demander : « A qui sont elles venues ? ». Peu importe le nombre de pensées qui s’élèvent ainsi. Si vous vous demandez à chaque fois : « A qui cette pensée est-elle venue ? », la réponse sera « à moi ». Si vous poursuivez alors l’investigation « qui suis-je ? », le mental retournera à sa source et la pensée qui venait de surgir s’évanouira. En persévérant ainsi dans cette pratique, le mental développera peu à peu la capacité de demeurer dans sa source. Lorsque le mental, qui lui est subtil, s’extériorise à travers le cerveau et les organes sensoriels, les noms et les formes du monde grossier apparaissent ; s’il demeure dans le Cœur, les noms et les formes disparaissent. Ne pas laisser le mental s’extérioriser, mais le maintenir dans le Cœur est ce qu’on appelle « intériorisation » ( antar-mûka ). Si le mental quitte le Cœur, on appelle cela « extériorisation » ( bahir-mûka ).
Ainsi, quand le mental demeure dans le Cœur, le « je », origine de toutes les pensées, s’évanouit, et le Soi toujours présent resplendit. Quoique l’on fasse, on doit le faire sans le faux « je ». Si l’on agit de telle manière, tout se révèle comme étant de la nature de Shiva (Dieu).

12. N’existe-t-ils pas d’autres moyens pour apaiser le mental ?

Il n’y a que l’investigation comme moyen adéquat. Si l’on s’efforce de maîtriser le mental par d’autres moyens il paraîtra maîtrisé, mais il s’élèvera à nouveau. C’est ainsi que le mental peut être apaisé par le contrôle de la respiration, mais cela ne dure que le temps du contrôle de celle-ci; quand elle reprend, le mental se met, lui aussi, à s’agiter et à errer par la force de ses impressions latentes. Le mental et la respiration ont la même source. Le mental est constitué de pensées. La première qui surgit dans le mental est la pensée « je » ; c’est l’ego. L’ego a son origine à l’endroit même d’où s’élève la respiration. Ainsi, quand le mental s’apaise, la respiration est contrôlée, et quand la respiration est contrôlée, le mental s’apaise. Mais dans le sommeil profond, bien que le mental soit tranquille, la respiration ne s’arrête par pour autant. Ceci est dû à la volonté divine et a pour but de protéger le corps et d’éviter qu’il soit pris pour mort. En état de samâdhi2, et en état de veille lorsque le mental est tranquille, la respiration est contrôlée. Le souffle est la forme grossière du mental. Jusqu’au moment de la mort, le mental garde le souffle dans le corps ; et quand le corps meurt le mental emmène le souffle avec lui. Par conséquent, la pratique du contrôle de la respiration n’est qu’une aide pour dompter le mental ( manonigraha ) ; elle n’apporte pas l’extinction du mental ( manonâsha ).

Comme la pratique du contrôle de la respiration, ainsi la méditation sur une forme de Dieu, la répétition de mantras, le régime alimentaire etc. ne sont que des aides pour apaiser le mental.

Par la méditation sur des images de Dieu et par la répétition de mantras, le mental se fixe sur un seul point. La nature du mental est précisément d’errer. Tout comme la trompe d’un éléphant cesse de s’agiter lorsqu’il tient une chaîne, car il ne cherche plus à saisir autre chose, de même le mental quand il est occupé à méditer sur des noms et des formes ne s’intéresse à rien d’autre. Quand le mental se déploie sous forme d’innombrables pensées, chacune d’elles finit par s’affaiblir. Quand, au contraire, les pensées s’évanouissent, le mental se fixe sur un seul but et devient fort. Pour un tel mental la recherche du Soi devient facile.

De toutes les règles de conduite, celle d’un régime restreint à la nourriture sattvique en quantité modérée est la meilleure. En observant cette règle, la qualité sattvique du mental se développe et cela favorise la pratique de la recherche du Soi.

13. Les impressions résiduelles (les pensées) relatives aux objets apparaissent, interminablement, comme les vagues sur l’océan. Quand seront-elles toutes détruites ?

Par la méditation de plus en plus puissante les pensées seront finalement détruites.

14. Est-il possible pour ces impressions, formées depuis des temps immémoriaux, de se résorber, afin que l’on demeure le pur Soi ?

On doit toujours persévérer dans la méditation sur le Soi, sans laisser place au doute « est-ce possible, ou non ? ». Aussi pêcheur qu’on puisse être, il ne sert à rien de se tourmenter et de pleurer « oh, je suis un pêcheur, comment puis-je être sauvé ? ». Si l’on renonce à la pensée « je suis un pêcheur » et si l’on reste profondément centré dans la méditation sur le Soi, le succès est assuré. Il n’y pas deux mentaux, un qui serait bon et un qui serait mauvais ; il n’y a qu’un seul mental. Ce ne sont que les impressions résiduelles qui sont de deux sortes – favorable et défavorable. Quand le mental est sous l’influence des impressions favorables on le considère comme bon ; sous des impressions défavorables il est dit mauvais.

On ne doit pas permettre au mental de se tourner vers les choses du monde et de se mêler des affaires des autres. Aussi mauvais que certains êtres puissent paraître, on ne doit pas les haïr pour autant. Le désir doit être évité au même titre que la haine. Tout ce que l’on donne à autrui, on se le donne à soi-même. Sachant que telle est la vérité, comment peut-on encore refuser quoi que ce soit à son prochain? Si l’ego se manifeste, tout se manifeste ; si l’ego s’apaise, tout s’apaise. A mesure que nous nous conduisons avec humilité, le bien s’établit. Une fois le mental tranquillisé, peu importe où l’on vit.

15. Combien de temps l’investigation doit-elle être pratiquée ?

Tant que les impressions des objets demeurent dans le mental, il est nécessaire de poursuivre l’investigation « qui suis-je ? ». Dès que les pensées se manifestent elles doivent êtres détruites à l’endroit même de leur origine par l’investigation. Se livrer sans interruption à la contemplation du Soi, jusqu’à ce qu’il soit réalisé, cela suffit. Tant que la forteresse est occupée par les ennemis, ceux-ci tenteront de se lancer au dehors ; mais si, au moment où ils s’élancent, ils sont anéantis, la forteresse tombera dans nos mains.

16. Quelle est la nature du Soi ?

En vérité, seul le Soi existe. Le monde, l’âme individuelle et Dieu ne sont que des apparences dans le Soi, comparable à l’argent dans la nacre. Ils apparaissent et disparaissent simultanément. Le Soi est ce en quoi il n’y a pas la moindre pensée « je ». Cela est appelé « Silence ». Le Soi lui-même est le monde ; il est le « Je » ; il est Dieu ; tout est Shiva, le Soi.

17. Tout n’est-il pas l’œuvre de Dieu ?

Le soleil se lève sans désir, sans intention ni effort ; et par sa simple présence, la pierre émet de la chaleur, le lotus fleurit, l’eau s’évapore et les hommes accomplissent leurs tâches diverses et variées, puis se reposent. De même qu’en présence de l’aimant l’aiguille se met à bouger, ainsi, par le pouvoir de la présence de Dieu, les âmes, gouvernées par les trois fonctions (cosmiques) ou par la quintuple activité divine, accomplissent leurs actions, puis se reposent, conformément à leur karma. Dieu n’a pas d’intention et aucun karma n’adhère à Lui ; c’est comme le soleil qui reste insensible aux activités du monde ou l’éther qui pénètre tout sans être influencé par les aspects positifs ou négatifs des quatre autres éléments.

18. Qui, parmi les adorateurs, est le plus grand ?

Celui qui s’abandonne au Soi, c’est à dire Dieu, est l’adorateur le plus parfait. S’abandonner à Dieu signifie demeurer fermement dans le Soi sans permettre à une autre pensée que celle du Soi de surgir.

Tout fardeau que nous remettons à Dieu, Il le portera. Puisque le pouvoir suprême de Dieu anime tout, pourquoi ne nous y soumettons-nous pas, plutôt que de nous tracasser pour ce qui doit être accompli et comment il le sera. Sachant que le train transporte toute lourde charge, pourquoi devrions nous, nous les passagers, continuer à porter nos petits bagages sur les genoux, pour notre plus grand inconfort, au lieu de les poser à terre dans le train et d’être à l’aise.

19. Qu’est-ce que le non-attachement ?

Non-attachement signifie détruire les pensées à l’endroit même où elles naissent et cela sans laisser aucune trace. Tout comme le pêcheur de perles attache des pierres à sa taille et plonge au fond de la mer pour ramener la perle, de même chacun de nous devrait se munir de non-attachement, plonger en lui-même et obtenir la Perle du Soi.

20. Est-il possible pour Dieu et le Gourou de provoquer la Libération de l’âme ?

Dieu et le Gourou ne font que montrer le chemin vers la Libération ; Ils ne conduisent pas eux-mêmes l’âme à l’état de Libération.

En vérité, Dieu et le Gourou ne sont pas différents. De même que la proie qui est tombée entre les mâchoires du tigre ne pourra jamais s’échapper, ainsi ceux qui sont tombés sous le regard de grâce du Gourou seront sauvés par lui et ne se perdront plus ; cependant, chacun doit par son propre effort poursuivre la voie que Dieu ou le Gourou lui a indiqué et ainsi obtenir la Libération. Se connaître soi-même n’est possible que par son propre œil de connaissance et non avec celui d’autrui. Celui qui est Râma a-t-il besoin d’un miroir pour savoir qu’il est Râma ?

21. Est-il nécessaire pour celui qui aspire à la Libération d’explorer la nature des différents tattva3 ?

Tout comme on n’éprouve pas le besoin d’examiner une par une les ordures avant de les jeter, de même il n’est pas nécessaire pour celui qui désire connaître le Soi de compter le nombre de tattva ou de s’intéresser à leurs caractéristiques ; il lui faut plutôt rejeter tous les tattva qui lui cachent le Soi. Le monde doit être considéré comme un rêve.

22. N’y a-t-il pas de différence entre l’état de veille et l’état de rêve ?

L’état de veille est long, l’état de rêve est court ; il n’y a pas d’autre différence. Les événements du rêve paraissent tout aussi réels quand on rêve que ceux de l’état de veille paraissent réels quand on est éveillé. Dans le rêve le mental revêt un autre corps. Les pensées, les noms et les formes apparaissent simultanément aussi bien dans l’état de veille que dans l’état de rêve.

23. Les études livresques sont-elles de quelque utilité pour ceux qui aspirent à la Libération ?

Toutes les Écritures sont d’accord sur le fait que, pour obtenir la Libération, le mental doit être apaisé; une fois que l’on a compris que l’essence de leur enseignement est la maîtrise du mental, il devient futile de faire des études interminables. Pour tranquilliser le mental il suffit de chercher en soi-même ce qu’est la nature du Soi. Cette recherche, comment peut-on la mener dans les livres ? On ne peut connaître le Soi que grâce à son propre œil de Sagesse. Le Soi se trouve à l’intérieur des cinq enveloppes4, mais les livres se trouvent en dehors d’elles. Puisque le Soi doit être cherché à l’intérieur en rejetant les cinq enveloppes, il serait donc futile de le chercher dans les livres. Arrivera le moment où il faudra oublier tout ce que l’on a appris.

24. Qu’est-ce que le bonheur ?

Le bonheur est la nature même du Soi ; le Soi et le bonheur ne sont pas distincts. Le bonheur ne se trouve dans aucun objet du monde. A cause de notre ignorance nous nous imaginons que ce sont les objets qui nous procurent le bonheur. Quand le mental s’extériorise il éprouve de la souffrance. La vérité est que, ses désirs une fois satisfaits, il retourne chez lui [à sa source] et jouit du bonheur qui n’est autre que le Soi. De la même manière, dans les états de sommeil, de samâdhi et d’évanouissement et quand l’objet désiré est obtenu ou l’objet non désiré éliminé, le mental se tourne vers l’intérieur et jouit du bonheur du Soi. Ainsi le mental erre sans cesse, tantôt il abandonne le Soi, tantôt il y retourne. Il est agréable d’être à l’ombre d’un arbre ; dehors, la chaleur du soleil est brûlante. Quand on s’est promené sous le soleil on apprécie la fraîcheur de l’ombre. Celui qui n’arrête pas de passer de l’ombre au soleil et du soleil à l’ombre est un insensé. L’homme avisé reste toujours à l’ombre. De même le mental de celui qui connaît la vérité ne quitte jamais le brahman5. Le mental de l’ignorant, au contraire, se mêle aux choses du monde et, se sentant misérable, il retourne vers le brahman un court instant afin d’éprouver le bonheur. En fait, ce qui est appelé monde n’est rien que pensée. Quand le monde disparaît, en d’autres termes, quand le mental est libre de pensées, il fait l’expérience du bonheur ; inversement, quand le monde apparaît il éprouve douleur et souffrance.

25. Qu’est ce que la vision de la Sagesse (jñâna-drishti) ?

Rester tranquille est ce qu’on appelle la vision de la Sagesse. Rester tranquille, c’est laisser le mental se résorber dans le Soi. Télépathie, clairvoyance et connaissance du passé, du présent et de l’avenir n’ont rien à voir avec la vision de la Sagesse.

26. Quelle est la relation entre absence de désir et Sagesse ?

L’absence de désir est Sagesse. Les deux ne sont pas distincts ; ils sont un et le même. L’absence de désir veut dire que le mental n’est plus tourné vers les objets. La Sagesse signifie qu’aucun objet n’apparaît dans la conscience. En d’autres termes, ne pas chercher autre chose que le Soi signifie détachement ou absence de désir ; ne pas quitter le Soi est Sagesse.

27. Quelle est la différence entre investigation et méditation ?

Par l’investigation on maintient le mental dans le Soi. La méditation consiste en la contemplation du Soi qui est le brahman , Etre-Conscience-Félicité.

28. Qu’est-ce que la Libération ?

Scruter la nature de son soi enchaîné et réaliser sa véritable nature est la Libération.

***

Traduction française : Eleonore Braitenberg.

Source: ramana-maharshi.org

Notes

1 …vyâna, samâna, apâna, udâna.

2 Absorption totale dans la contemplation.

3 Principes fondamentaux de la manifestation.

4 La Taittirîya-upanishad décrit cinq enveloppes (kosha) recouvrant le Soi :

  • annamaya-kosha – enveloppe faite de nourriture (le corps physique)
  • prânamaya-kosha – enveloppe faite de souffle (la force vitale)
  • manomaya-kosha – enveloppe faite de mental
  • vijñânamaya-kosha – enveloppe faite de l’intellect
  • ânandamaya-kosha – enveloppe faite de félicité

5 Le Soi, l’Etre suprême, l’Absolu.

Le jîvan-moukta, le libéré dès cette vie…

Le monde est créé par vous. Vous êtes la forme du monde — un tissu, une toile de relations. Celles-ci vous emprisonnent, coupez-les!

  • Demeure tel qu’il est.
  • N’est plus ici.
  • Est dénué de désirs.
  • Fait les choses sans effort.
  • N’est pas lié à un endroit particulier.
  • Demeure dans son soi naturel et n’a pas de masque.
  • Est déjà Cela et demeure Cela.
  • Reste à tout moment relaxé au plus profond de son coeur.
  • Resplendit et semble ne pas avoir de corps.
  • Vit à la fois sur le plan absolu et relatif.
  • Connaît Cela par quoi tout est connu.
  • Est indifférent, parce que ce monde est un spectacle de magie.
  • Est celui dont le corps est dissous dans le néant.
  • Est celui qui a expérimenté les sens de toutes les Écritures.
  • A des éclairs d’inspiration de temps en temps, quand c’est nécessaire.
  • Est devenu tout. Il ne peut être troublé par quiconque.
  • Est Nirâlamba , n’a aucun support extérieur.
  • Ne va pas selon sa propre volonté, ni ne suit celle de quiconque.
  • Resplendit brillamment et n’a pas peur de la mort, qui est la peur ultime.
  • Est un expert en tout ce qu’il fait et n’est pas agité par quoi que ce soit.
  • N’est pas séduit par les objets du monde. Il n’a absolument rien à faire.
  • Est victorieux sur le chemin spirituel et est toujours dans la félicité ultime, l‘ânanda.
  • Ne fait jamais quoique ce soit de sa propre volition. Il sait trouver dans la vie la pleinitude de la joie.
  • Peut aussi aller dans des états émotionnels qui paraissent incontrôlés à cause de la Volonté divine.
  • N’a pas de pensées; celles-ci glissent indéfiniment les unes sur les autres comme des spaghettis…
  • Ne dit même pas: “Je suis Cela”, puisque dans le “Je suis Cela”, il y a dualité, celui qui voit et Cela.
  • Est libre des tentacules du mental. Il est celui dont le mental est libéré de toutes limitations.
  • Il est toujours éveillé, toujours vigilant, c’est le veilleur sur sa tour. Il vit et demeure dans son propre Soi.
  • Ne donne aucune attention à quoique ce soit. Quand il voit, et il ne voit rien. Il sait qu’il n’y a rien d’autre que lui.
  • Est un Mahâtma, un saint dont l‘âme s’est dilatée. Il trouve que le monde entier est en son propre Soi. Il y voit sa propre expansion.
  • Est celui qui ne parle jamais, même si il est engagé dans des conversations. Il est celui dont le savoir vient de la Source des sources, le Seigneur.
  • Est celui qui est calme même quand il est en colère.
  • est celui qui n’a pas d’esprit ou de vibrations mentales. Il est dans l’ unmani bhâva , là où il n’y a pas de mental. Toutes les souffrances l’ont quitté, et ce pour de bon.
  • Vit en pratique d’une façon naturelle comme un homme ordinaire. Il ne porte aucun masque et ne prend pas différents visages en différentes occasions. Il ne calcule pas, il n’a pas de but à atteindre en portant un masque. Tout ce qu’il fait, il le fait parfaitement. Il est toute conscience.

(Considérons ce qu’il y a ci-dessus à propos du jîvan-moukta comme une liste de points à vérifier, c’est un modèle établi pour nous afin de savoir où nous en sommes.)

  • L’absence de forme est la forme rélle de l‘âme réalisée.
  • C’est l‘énergie cosmique qui mène la danse et le jîvan-mouka est aussi utilisé par cette énergie.
  • Celui qui a retiré de son mental tout le rajas , la tendance à l’activisme, et le tamas , la tendance à la léthargie, est un jîvan-moukta .
  • Le mental d’un jîvan-moukta est toujours calme, il ne bouge pas. Quel que soit le bien ou le mal qui arrive, son mental reste sans mouvement. Il n’a pas la moindre vibration. Il n’y a pas de vibrations du tout dans son mental.
  • Il n’entreprend aucun travail de lui-même. Si par hasard, la Volonté divine, de façon programmée par la Totalité, un travail vient à lui, il l’effectue de la façon la plus simple qui soit.
  • Un être de connaissance, jnâni , accomplit une activité minima pour se maintenir lui-même.
  • Il est celui pour lequel toutes les portes sont ouvertes. Il a le passe-partout, en connaissant Cela par quoi tout est connu.
  • Suivre le chemin de la Connaissance, c’est marcher sur le fil de l‘épée — vous devez être attentifs.
  • La flûte de la connaissance chante à tout jamais dans votre coeur. Entendez-la et atteignez le suprême. Point n’est besoin d’efforts ou de pratiques. Le but ultime peut être atteint d’une façon dénuée d’efforts.
  • Toutes les pensées reviennent pour vous attraper.
  • C’est la toile des relations à l’intérieur de notre propre mental qui nous emprisonne.
  • Notre mental n’est qu’un employé de bureau. Maintenant, durant la minute qui vient, calmez votre mental.
  • Le mental doit être indifférent à propos de ces devoirs qu’il a faits ou oublié de faire.
  • Unmani avasthâ ,c’est le non-mental: comme par un coup de baguette magique, l’océan du mental s’est désséché.
  • Nos pensées sont des pensées de critique. Toutes ces pensées qui viennent sont en lien avec le futur et représentent des critiques du présent. Soyez comme quelqu’un sans pensées.
  • Le chemin de la méditation, dhyâna , est le chemin le plus rapide.
  • Le jour où vous dépouillez votre mental de toute pensée, vous obtenez la Libération. Quand il n’y a rien à quoi se raccrocher, votre mental tombe de lui-même, comme quelqu’un à qui on ôterait ses béquilles.
  • Quand le sens de possession s’en va, le bonheur éternel arrive.
  • Le renoncement direct doit venir de l’intérieur (et pas des livres).
  • Reposez-vous complètement, soyez étbali dans le repos intégral. Devenez entièrement mûr, comme un fruit qui tombe de l’arbre; retirez-vous du monde.
  • Satyam, shivam sundaram , dit-on dans les Oupanishads: le Soi est vrai, bon et beau; voyez toutes choses en tant que beauté.
  • Soyez ce que vous êtes; ôtez votre masque et demeurez seulement comme témoin.
  • Une méthode de yoga et de pratique: observez votre respiration et rentrez à l’intérieur.
  • Les chercheurs spirituels doivent faire très attention à ne pas transgresser de règles. Ils doivent être extrêmement alertes et vigilants.
  • La pratique de la recherche du Soi, “Qui suis-je ?” est faite pour ceux qui sont déjà prêts, pour ceux qui se sont déjà purifiés et sont mûrs.
  • Découvrez ce son qui est éternel et déjà présent ici, ce son qui n’est jamais épuisé, la mélodie du Brahman, la mélodie du Soi.
  • Il vous suffit de demeurer calme et silencieux pendant deux ou trois ans — sans pensées à l’intérieur, sans chanter etc., cela sera assez pour vous faire progresser sur le chemin spirituel.
  • La félicité finale, ânanda , est votre nature. Entrez dans le vide, le silence éternel où même la respiration est arrêtée, où tous les désirs, les vâsanâs sont déjà partis.
  • Restez dans votre propre compagnie en faisant face à votre Soi, protégez-vous comme une jeune pousse d’arbre. Point n’est besoin de vous enfuir dans la forêt pour atteindre le Suprême.
  • Faites monter la Kundalinî jusqu’au niveau du coeur et écoutez les sons variés, les mélodies divines qui sortent du silence quand l’ego s’en est allé. Voyez votre mental (tel qu’il est) et observez la Présence vibrante dans le silence.
  • Vikalpa signifie choix, nirvikalpa signifie une vie dépourvue de choix, où l’on accepte tout ce qui vient. Il n’y a pas de monde phénoménal et donc dans l‘état de nirvikalpa-samâdhi , le sage n’a pas de relations avec le monde et le monde ne peut pas l’atteindre de ses morsures. Dans cet état, il n’y a pas de différence entre lui et le monde, et tout est unité.
  • Le monde est créé par vous. Vous êtes la forme du monde — un tissu, une toile de relations. Celles-ci vous emprisonnent, coupez-les!
  • Tombez dans le silence; tombez dans le rien; tombez dans le vide; tombez dans la vacuité.
  • Celui qui est déjà bien préparé pour comprendre la vérité supérieure, quand il l’entend, se met immédiatement à éviter le monde et mène une vie d’homme tranquille. Il s’efface même au point de se comporter comme s’il était un simple d’esprit. Il est calme et à part, et ne se laisse pas impliquer dans les activités du monde.
  • Le chercheur spirituel qui se plaint des circonstances extérieures est pareil à un artisan qui se plaindrait de ses propres instruments.
  • Le yogui est un super-conducteur.
  • Vous pouvez réaliser l‘Âtre suprême dans le silence. Demeurer dans l‘éloquence du silence.
  • Ce sont les pensées qui nous poussent vers les actions. Après avoir été complètement épuisé par les choses du monde, résignez-vous au silence du mental; fatigué apr toutes les pensées, veznez-en au silence éternel.
  • Quand votre mental est pur, quand vous êtes vigilants et attentifs, ce qui ressort, c’est la voix du Seigneur qui vient dans votre silence absolu. Sphourana , l’expansion pure de conscience, l’intuition spirituelle se manifeste quand vous êtes inactifs.

Réflexions à propos de l’Ashtâvakra-Gîtâ, extrait de l’ouvrage Soi, l’expérience de l’absolu selon l’Ashtâvakra-Gîtâ .

Ashtavakra Gita

The wise man who is contented in all circumstances is not asleep even in deep sleep, nor sleeping in a dream, nor waking when he is awake.

Translator’s Introduction

The Ashtavakra Gita, or the Ashtavakra Samhita as it is sometimes called, is a very ancient Sanskrit text. Nothing seems to be known about the author, though tradition ascribes it to the sage Ashtavakra; hence the name.

There is little doubt though that it is very old, probably dating back to the days of the classic Vedanta period. The Sanskrit style and the doctrine expressed would seem to warrant this assessment.

The work was known, appreciated, and quoted by Ramakrishna and his disciple Vivekananda,as well as by Ramana Maharshi, while Radhakrishnan always refers to it with great respect. Apart from that the work speaks for itself.

It presents the traditional teachings of Advaita Vedanta with a clarity and power very rarely matched.

The translation here is by John Richards, and is presented to the public domain with his affection. The work has been a constant inspiration in his life for many years. May it be so for many others.

John Richards
Stackpole Elidor, UK

***

Ashtavakra Gita

Janaka said:

How is one to acquire knowledge? How is one to attain liberation? And how is one to reach dispassion? Tell me this, sir. 1.1

Ashtavakra said:

If you are seeking liberation, my son, avoid the objects of the senses like poison and cultivate tolerance, sincerity, compassion, contentment, and truthfulness as the antidote. 1.2

You do not consist of any of the elements — earth, water, fire, air, or even ether. To be liberated, know yourself as consisting of consciousness, the witness of these. 1.3

If only you will remain resting in consciousness, seeing yourself as distinct from the body, then even now you will become happy, peaceful and free from bonds. 1.4

You do not belong to the brahmin or any other caste, you are not at any stage, nor are you anything that the eye can see. You are unattached and formless, the witness of everything — so be happy. 1.5

Righteousness and unrighteousness, pleasure and pain are purely of the mind and are no concern of yours. You are neither the doer nor the reaper of the consequences, so you are always free. 1.6

You are the one witness of everything and are always completely free. The cause of your bondage is that you see the witness as something other than this. 1.7

Since you have been bitten by the black snake, the opinion about yourself that “I am the doer,” drink the antidote of faith in the fact that “I am not the doer,” and be happy. 1.8

Burn down the forest of ignorance with the fire of the understanding that “I am the one pure awareness,” and be happy and free from distress. 1.9

That in which all this appears is imagined like the snake in a rope; that joy, supreme joy, and awareness is what you are, so be happy. 1.10

If one thinks of oneself as free, one is free, and if one thinks of oneself as bound, one is bound. Here this saying is true, “Thinking makes it so.” 1.11

Your real nature is as the one perfect, free, and actionless consciousness, the all-pervading witness — unattached to anything, desireless and at peace. It is from illusion that you seem to be involved in samsara. 1.12

Meditate on yourself as motionless awareness, free from any dualism, giving up the mistaken idea that you are just a derivative consciousness or anything external or internal. 1.13

You have long been trapped in the snare of identification with the body. Sever it with the knife of knowledge that “I am awareness,” and be happy, my son. 1.14

You are really unbound and actionless, self-illuminating and spotless already. The cause of your bondage is that you are still resorting to stilling the mind. 1.15

All of this is really filled by you and strung out in you, for what you consist of is pure awareness — so don’t be small-minded. 1.16

You are unconditioned and changeless, formless and immovable, unfathomable awareness, unperturbable: so hold to nothing but consciousness. 1.17

Recognise that the apparent is unreal, while the unmanifest is abiding. Through this initiation into truth you will escape falling into unreality again. 1.18

Just as a mirror exists everywhere both within and apart from its reflected images, so the Supreme Lord exists everywhere within and apart from this body. 1.19

Just as one and the same all-pervading space exists within and without a jar, so the eternal, everlasting God exists in the totality of things. 1.20

Janaka said:

Truly I am spotless and at peace, the awareness beyond natural causality. All this time I have been afflicted by delusion. 2.1

As I alone give light to this body, so I do to the world. As a result the whole world is mine, or alternatively nothing is. 2.2

So now that I have abandoned the body and everything else, by good fortune my true self becomes apparent. 2.3

Waves, foam, and bubbles do not differ from water. In the same way, all this which has emanated from oneself is no other than oneself. 2.4

When you analyse it, cloth is found to be just thread. In the same way, when all this is analysed it is found to be no other than oneself. 2.5

The sugar produced from the juice of the sugarcane is permeated throughout with the same taste. In the same way, all this, produced out of me, is completely permeated with myself. 2.6

From ignorance of oneself, the world appears, and by knowledge of oneself it appears no longer. From ignorance of the rope it appears to be a snake, and by knowledge of it it does so no longer. 2.7

Shining is my essential nature, and I am nothing other than that. When the world shines forth, it is only me that is shining forth. 2.8

All this appears in me imagined due to ignorance, just as a snake appears in the rope, the mirage of water in the sunlight, and silver in mother of pearl. 2.9

All this, which has originated out of me, is resolved back into me too, like a jug back into clay, a wave into water, and a bracelet into gold. 2.10

How wonderful I am! Glory to me, for whom there is no destruction, remaining even beyond the destruction of the world from Brahma down to the last clump of grass. 2.11

How wonderful I am! Glory to me, solitary even though with a body, neither going or coming anywhere, I who abide forever, filling all that is. 2.12

How wonderful I am! Glory to me! There is no one so clever as me! I who have borne all that is forever, without even touching it with my body! 2.13

How wonderful I am! Glory to me! I who possess nothing at all, or alternatively possess everything that speech and mind can refer to. 2.14

Knowledge, what is to be known, and the knower — these three do not exist in reality. I am the spotless reality in which they appear because of ignorance. 2.15

Truly dualism is the root of suffering. There is no other remedy for it than the realisation that all this that we see is unreal, and that I am the one stainless reality, consisting of consciousness. 2.16

I am pure awareness though through ignorance I have imagined myself to have additional attributes. By continually reflecting like this, my dwelling place is in the Unimagined. 2.17

For me here is neither bondage nor liberation. The illusion has lost its basis and ceased. Truly all this exists in me, though ultimately it does not even exist in me. 2.18

Recognising that all this and my body too are nothing, while my true self is nothing but pure consciousness, what is there left for the imagination to work on now? 2.19

The body, heaven and hell, bondage and liberation, and fear too, all this is pure imagination. What is there left to do for me whose very nature is consciousness? 2.20

I do not even see dualism in a crowd of people, so what do I gain if it is replaced by a desert? 2.21

I am not the body, nor is the body mine. I am not a living being. I am consciousness. It was my thirst for living that was my bondage. 2.22

Truly it is in the infinite ocean of myself, that, stimulated by the colourful waves of the world, everything suddenly arises in the wind of consciousness. 2.23

In the infinite ocean of myself, the wind of thought subsides, and the world boat of the living-being traders is wrecked by lack of goods. 2.24

How wonderful it is that in the infinite ocean of myself the waves of living beings arise, collide, play, and disappear, in accordance with their nature. 2.25

Ashtavakra said:

Knowing yourself as truly one and indestructible, how could a wise man possessing self-knowledge like you feel any pleasure in acquiring wealth? 3.1

Truly, when one does not know oneself, one takes pleasure in the objects of mistaken perception, just as greed arises for the mistaken silver in one who does not know mother of pearl for what it is. 3.2

All this wells up like waves in the sea. Recognising, “I am That,” why run around like someone in need? 3.3

After hearing of oneself as pure consciousness and the supremely beautiful, is one to go on lusting after sordid sexual objects? 3.4

When the sage has realised that he himself is in all beings, and all beings are in him, it is astonishing that the sense of individuality should be able to continue. 3.5

It is astonishing that a man who has reached the supreme nondual state and is intent on the benefits of liberation should still be subject to lust and in bondage to sexual activity. 3.6

It is astonishing that one already very debilitated, and knowing very well that its arousal is the enemy of knowledge, should still hanker after sensuality, even when approaching his last days. 3.7

It is astonishing that one who is unattached to the things of this world or the next, who discriminates between the permanent and the impermanent, and who longs for liberation, should still be afraid of liberation. 3.8

Whether feted or tormented, the wise man is always aware of his supreme self-nature and is neither pleased nor disappointed. 3.9

The great-souled person sees even his own body in action as if it were someone else’s, so how should he be disturbed by praise or blame? 3.10

Seeing this world as pure illusion, and devoid of any interest in it, how should the strong-minded person, feel fear, even at the approach of death? 3.11

Who can be compared to the great-souled person whose mind is free from desire even in disappointment, and who has found satisfaction in self-knowledge? 3.12

How should a strong-minded person who knows that what he sees is by its very nature nothing, consider one thing to be grasped and another to be rejected? 3.13

An object of enjoyment that comes of itself is neither painful nor pleasurable for someone who has eliminated attachment, and who is free from dualism and from desire. 3.14

Ashtavakra said:

The wise person of self-knowledge, playing the game of worldly enjoyment, bears no resemblance whatever to samsara’s bewildered beasts of burden. 4.1

Truly the yogi feels no excitement even at being established in that state which all the Devas from Indra down yearn for disconsolately. 4.2

He who has known That is untouched within by good deeds or bad, just as space is not touched by smoke, however much it may appear to be. 4.3

Who can prevent the great-souled person who has known this whole world as himself from living as he pleases? 4.4

Of all four categories of beings, from Brahma down to the last clump of grass, only the man of knowledge is capable of eliminating desire and aversion. 4.5

Rare is the man who knows himself as the nondual Lord of the world, and he who knows this is not afraid of anything. 4.6

Ashtavakra said:

You are not bound by anything. What does a pure person like you need to renounce? Putting the complex organism to rest, you can find peace. 5.1

All this arises out of you, like a bubble out of the sea. Knowing yourself like this to be but one, you can find peace. 5.2

In spite of being in front of your eyes, all this, being insubstantial, does not exist in you, spotless as you are. It is an appearance like the snake in a rope, so you can find peace. 5.3

Equal in pain and in pleasure, equal in hope and in disappointment, equal in life and in death, and complete as you are, you can find peace. 5.4

Ashtavakra said:

I am infinite like space, and the natural world is like a jar. To know this is knowledge, and then there is neither renunciation, acceptance, or cessation of it. 6.1

I am like the ocean, and the multiplicity of objects is comparable to a wave. To know this is knowledge, and then there is neither renunciation, acceptance or cessation of it. 6.2

I am like the mother of pearl, and the imagined world is like the silver. To know this is knowledge, and then there is neither renunciation, acceptance, or cessation of it. 6.3

Alternatively, I am in all beings, and all beings are in me. To know this is knowledge, and then there is neither renunciation, acceptance, or cessation of it. 6.4

Janaka said:

In the infinite ocean of myself the world boat drifts here and there, moved by its own inner wind. I am not put out by that. 7.1

Whether the world wave of its own nature rises or disappears in the infinite ocean of myself, I neither gain nor lose anything by that. 7.2

It is in the infinite ocean of myself that the mind-creation called the world takes place. I am supremely peaceful and formless, and I remain as such. 7.3

My true nature is not contained in objects, nor does any object exist in it, for it is infinite and spotless. So it is unattached, desireless and at peace, and I remain as such. 7.4

I am pure consciousness, and the world is like a magician’s show. How could I imagine there is anything there to take up or reject? 7.5

Ashtavakra said:

Bondage is when the mind longs for something, grieves about something, rejects something, holds on to something, is pleased about something or displeased about something. 8.1

Liberation is when the mind does not long for anything, grieve about anything, reject anything, or hold on to anything, and is not pleased about anything or displeased about anything. 8.2

Bondage is when the mind is tangled in one of the senses, and liberation is when the mind is not tangled in any of the senses. 8.3

When there is no “me,” that is liberation, and when there is “me” there is bondage. Consider this carefully, and neither hold on to anything nor reject anything. 8.4

Ashtavakra said:

Knowing when the dualism of things done and undone has been put to rest, or the person for whom they occur has, then you can here and now go beyond renunciation and obligations by indifference to such things. 9.1

Rare indeed, my son, is the lucky man whose observation of the world’s behaviour has led to the extinction of his thirst for living, thirst for pleasure, and thirst for knowledge. 9.2

All this is transient and spoiled by the three sorts of pain. Knowing it to be insubstantial, ignoble, and fit only for rejection, one attains peace. 9.3

When was that age or time of life when the dualism of extremes did not exist for men? Abandoning them, a person who is happy to take whatever comes attains perfection. 9.4

Who does not end up with indifference to such things and attain peace when he has seen the differences of opinions among the great sages, saints, and yogis? 9.5

Is he not a guru who, endowed with dispassion and equanimity, achieves full knowledge of the nature of consciousness, and leads others out of samsara? 9.6

If you would just see the transformations of the elements as nothing more than the elements, then you would immediately be freed from all bonds and established in your own nature. 9.7

One’s desires are samsara. Knowing this, abandon them. The renunciation of them is the renunciation of it. Now you can remain as you are. 9.8

Ashtavakra said:

Abandon desire, the enemy, along with gain, itself so full of loss, and the good deeds which are the cause of the other two — practice indifference to everything. 10.1

Look on such things as friends, land, money, property, wife, and bequests as nothing but a dream or a magician’s show lasting three or five days. 10.2

Wherever a desire occurs, see samsara in it. Establishing yourself in firm dispassion, be free of passion and happy. 10.3

The essential nature of bondage is nothing other than desire, and its elimination is known as liberation. It is simply by not being attached to changing things that the everlasting joy of attainment is reached. 10.4

You are one, conscious and pure, while all this is inert non-being. Ignorance itself is nothing, so what is the point of wanting to understand? 10.5

Kingdoms, children, wives, bodies, pleasures — these have all been lost to you life after life, attached to them though you were. 10.6

Enough of wealth, sensuality, and good deeds. In the forest of samsara the mind has never found satisfaction in these. 10.7

How many births have you not done hard and painful labour with body, mind, and speech. Now at last, stop! 10.8

Ashtavakra said:

Unmoved and undistressed, realising that being, non-being and change are of the very nature of things, one easily finds peace. 11.1

At peace, having shed all desires within, and realising that nothing exists here but the Lord, the Creator of all things, one is no longer attached to anything. 11.2

Realising that misfortune and fortune come in their own time from fortune, one is contented, one’s senses under control, and does not like or dislike. 11.3

Realising that pleasure and pain, birth and death are from destiny, and that one’s desires cannot be achieved, one remains inactive, and even when acting does not get attached. 11.4

Realising that suffering arises from nothing other than thought, dropping all desires one rids oneself of it, and is happy and at peace everywhere. 11.5

Realising, “I am not the body, nor is the body mine. I am awareness,” one attains the supreme state and no longer remembers things done or undone. 11.6

Realising, “I alone exist, from Brahma down to the last clump of grass,” one becomes free from uncertainty, pure, at peace, and unconcerned about what has been attained or not. 11.7

Realising that all this varied and wonderful world is nothing, one becomes pure receptivity, free from inclinations, and as if nothing existed, one finds peace. 11.8

Janaka said:

First of all I was averse to physical activity, then to lengthy speech, and finally to thought itself, which is why I am now established. 12.1

In the absence of delight in sound and the other senses, and by the fact that I am myself not an object of the senses, my mind is focused and free from distraction — which is why I am now established. 12.2

Owing to the distraction of such things as wrong identification, one is driven to strive for mental stillness. Recognising this pattern I am now established. 12.3

By relinquishing the sense of rejection and acceptance, and with pleasure and disappointment ceasing today, brahmin — I am now established. 12.4

Life in a community, then going beyond such a state, meditation and the elimination of mind-made objects — by means of these I have seen my error, and I am now established. 12.5

Just as the performance of actions is due to ignorance, so their abandonment is too. By fully recognising this truth, I am now established. 12.6

Trying to think the unthinkable, is doing something unnatural to thought. Abandoning such a practice therefore, I am now established. 12.7

He who has achieved this has achieved the goal of life. He who is of such a nature has done what has to be done. 12.8

Janaka said:

The inner freedom of having nothing is hard to achieve, even with just a loin-cloth, but I live as I please, abandoning both renunciation and acquisition. 13.1

Sometimes one experiences distress because of one’s body, sometimes because of one’s speech, and sometimes because of one’s mind. Abandoning all of these, I live as I please in the goal of human life. 13.2

Recognising that in reality no action is ever committed, I live as I please, just doing what presents itself to be done. 13.3

Yogis who identify themselves with their bodies are insistent on fulfilling and avoiding certain actions, but I live as I please abandoning attachment and rejection. 13.4

No benefit or loss comes to me by standing, walking or lying down, so consequently I live as I please whether standing, walking or sleeping.13.5

I lose nothing by sleeping and gain nothing by effort, so consequently I live as I please, abandoning success and failure. 13.6

Continually observing the drawbacks of such things as pleasant objects, I live as I please, abandoning the pleasant and unpleasant. 13.7

Janaka said:

He who by nature is empty-minded, and who thinks of things only unintentionally, is freed from deliberate remembering like one awakened from a dream. 14.1

When my desire has been eliminated, I have no wealth, friends, robbers, senses, scriptures or knowledge. 14.2

Realising my supreme self-nature in the Person of the Witness, the Lord,and the state of desirelessness in bondage or liberation, I feel no inclination for liberation. 14.3

The various states of one who is free of uncertainty within, and who outwardly wanders about as he pleases like an idiot, can only be known by someone in the same condition. 14.4

Ashtavakra said:

While a man of pure intelligence may achieve the goal by the most casual of instruction, another may seek knowledge all his life and still remain bewildered. 15.1

Liberation is distaste for the objects of the senses. Bondage is love of the senses. This is knowledge. Now do as you wish. 15.2

This awareness of the truth makes an eloquent, clever and energetic man dumb, stupid and lazy, so it is avoided by those whose aim is enjoyment. 15.3

You are not the body, nor is the body yours, nor are you the doer of actions or the reaper of their consequences. You are eternally pure consciousness, the witness, in need of nothing — so live happily. 15.4

Desire and anger are objects of the mind, but the mind is not yours, nor ever has been. You are choiceless awareness itself and unchanging — so live happily. 15.5

Recognising oneself in all beings, and all beings in oneself, be happy, free from the sense of responsibility and free from preoccupation with “me.” 15.6

Your nature is the consciousness, in which the whole world wells up, like waves in the sea. That is what you are, without any doubt, so be free of disturbance. 15.7

Have faith, my son, have faith. Don’t let yourself be deluded in this. You are yourself the Lord, whose very nature is knowledge, and you are beyond natural causation. 15.8

The body invested with the senses stands still, and comes and goes. You yourself neither come nor go, so why bother about them? 15.9

Let the body last to the end of the Age, or let it come to an end right now. What have you gained or lost, who consist of pure consciousness? 15.10

Let the world wave rise or subside according to its own nature in you, the great ocean. It is no gain or loss to you. 15.11

My son, you consist of pure consciousness, and the world is not separate from you. So who is to accept or reject it, and how, and why? 15.12

How can there be either birth, karma, or responsibility in that one unchanging, peaceful, unblemished, and infinite consciousness which is you? 15.13

Whatever you see, it is you alone manifest in it. How can bracelets, armlets and anklets be different from the gold they are made of? 15.14

Giving up such distinctions as “He is what I am,” and “I am not that,” recognise that “Everything is myself,” and be without distinction and happy. 15.15

It is through your ignorance that all this exists. In reality you alone exist. Apart from you there is no one within or beyond samsara. 15.16

Knowing that all this is just an illusion, one becomes free of desire, pure receptivity, and at peace, as if nothing existed. 15.17

Only one thing has existed, exists and will exist in the ocean of being. You have no bondage or liberation. Live happily and fulfilled. 15.18

Being pure consciousness, do not disturb your mind with thoughts of for and against. Be at peace and remain happily in yourself, the essence ofjoy. 15.19

Give up meditation completely but don’t let the mind hold on to anything. You are free by nature, so what will you achieve by forcing the mind? 15.20

Ashtavakra said:

My son, you may recite or listen to countless scriptures, but you will not be established within until you can forget everything. 16.1

You may, as a learned man, indulge in wealth, activity, and meditation, but your mind will still long for that which is the cessation of desire, and beyond all goals. 16.2

Everyone is in pain because of their striving to achieve something, but noone realises it. By no more than this instruction, the fortunate one attains tranquillity. 16.3

Happiness belongs to noone but that supremely lazy man for whom even opening and closing his eyes is a bother. 16.4

When the mind is freed from such pairs of opposites as, “I have done this,” and “I have not done that,” it becomes indifferent to merit, wealth, sensuality and liberation. 16.5

One man is abstemious and averse to the senses, another is greedy and attached to them, but he who is free from both taking and rejecting is neither abstemious nor greedy. 16.6

So long as desire, the state of lack of discrimination, remains, the sense of revulsion and attraction will remain, which is the root and branch of samsara. 16.7

Desire springs from usage, and aversion from abstension, but the wise man is free from the pairs of opposites like a child, and becomes established. 16.8

The passionate man wants to eliminate samsara so as to avoid pain, but the dispassionate man is free from pain and feels no distress even in it. 16.9

He who is proud about even liberation or his own body, and feels them his own, is neither a seer nor a yogi. He is still just a sufferer.16.10

If even Shiva, Vishnu, or the lotus-born Brahma were your instructor, until you have forgotten everything you cannot be established within. 16.11

Ashtavakra said:

He who is content, with purified senses, and always enjoys solitude, has gained the fruit of knowledge and the fruit of the practice of yoga too. 17.1

The knower of truth is never distressed in this world, for the whole round world is full of himself alone. 17.2

None of these senses please a man who has found satisfaction within,just as Nimba leaves do not please the elephant that has acquired the taste for Sallaki leaves. 17.3

The man is rare who is not attached to the things he has enjoyed, and does not hanker after the things he has not enjoyed. 17.4

Those who desire pleasure and those who desire liberation are both found in samsara, but the great-souled man who desires neither pleasure nor liberation is rare indeed. 17.5

It is only the noble-minded who is free from attraction or repulsion to religion, wealth, sensuality, and life and death too. 17.6

He feels no desire for the elimination of all this, nor anger at its continuing, so the fortunate man lives happily with whatever sustinence presents itself. 17.7

Thus fulfilled through this knowledge, contented, and with the thinking mind emptied, he lives happily just seeing, hearing, feeling, smelling, and tasting. 17.8

In him for whom the ocean of samsara has dried up, there is neither attachment or aversion. His gaze is vacant, his behaviour purposeless,and his senses inactive. 17.9

Surely the supreme state is everywhere for the liberated mind. He is neither awake nor asleep, and neither opens nor closes his eyes. 17.10

The liberated man is resplendent everywhere, free from all desires. Everywhere he appears self-possessed and pure of heart. 17.11

Seeing, hearing, feeling, smelling, tasting, speaking, and walking about, the great-souled man who is freed from trying to achieve or avoid anything is free indeed. 17.12

The liberated man is free from desires everywhere. He neither blames, praises, rejoices, is disappointed, gives, nor takes. 17.13

When a great-souled one is unperturbed in mind, and equally self-possessed at either the sight of a woman inflamed with desire or at approaching death, he is truly liberated. 17.14

There is no distinction between pleasure and pain, man and woman, success and failure for the wise man who looks on everything as equal. 17.15

There is no aggression nor compassion, no pride nor humility, no wonder nor confusion for the man whose days of samsara are over. 17.16

The liberated man is not averse to the senses nor is he attached to them. He enjoys hinself continually with an unattached mind in both success and failure. 17.17

One established in the Absolute state with an empty mind does not know the alternatives of inner stillness and lack of inner stillness, and of good and evil. 17.18

A man free of “me” and “mine” and of a sense of responsibility, aware that “Nothing exists,” with all desires extinguished within, does not act even in acting. 17.19

He whose thinking mind is dissolved achieves the indescribable state and is free from the mental display of delusion, dream, and ignorance. 17.20

Ashtavakra said:

Praise be to That by the awareness of which delusion itself becomes dream-like, to that which is pure happiness, peace, and light. 18.1

One may get all sorts of pleasure by the acquisition of various objects of enjoyment, but one cannot be happy except by the renunciation of everything. 18.2

How can there be happiness, for one who has been burnt inside by the blistering sun of the pain of thinking that there are things that still need doing, without the rain of the nectar of peace? 18.3

This existence is just imagination. It is nothing in reality, but there is no non-being for natures that know how to distinguish being from nonbeing. 18.4

The realm of one’s self is not far away, nor can it be achieved by the addition of limitations to its nature. It is unimaginable, effortless, unchanging, and spotless. 18.5

By the simple elimination of delusion and the recognition of one’s true nature, those whose vision is unclouded live free from sorrow. 18.6

Knowing everything as just imagination, and himself as eternally free, how should the wise man behave like a fool? 18.7

Knowing himself to be God, and being and non-being just imagination, what should the man free from desire learn, say, or do? 18.8

Considerations like “I am this” or “I am not this” are finished for the yogi who has gone silent realising “Everything is myself.” 18.9

For the yogi who has found peace, there is no distraction or one-pointedness, no higher knowledge or ignorance, no pleasure and no pain. 18.10

The dominion of heaven or beggary, gain or loss, life among men or in the forest, these make no difference to a yogi whose nature it is to be free from distinctions. 18.11

There are no religious obligations, wealth, sensuality, or discrimination for a yogi free from such opposites as “I have done this,” and “I have not done that.” 18.12

There is nothing needing to be done or any attachment in his heart for the yogi liberated while still alive. Things things will last just to the end of life. 18.13

There is no delusion, world, meditation on That, or liberation for the pacified great soul. All these things are just the realm of imagination.18.14

He by whom all this is seen may well make out it doesn’t exist, but what is the desireless one to do? Even in seeing it he does not see it. 18.15

He by whom the Supreme Brahma is seen may think “I am Brahma,” but what is he to think who is without thought, and who sees no duality? 18.16

He by whom inner distraction is seen may put an end to it, but the noble one is not distracted. When there is nothing to achieve what is he to do? 18.17

The wise man, unlike the worldly man, does not see inner stillness, distraction, or fault in himself, even when living like a worldly man. 18.18

Nothing is done by him who is free from being and non-being, who is contented, desireless, and wise, even if in the world’s eyes he does act. 18.19

The wise man who just goes on doing what presents itself for him to do, encounters no difficulty in either activity or inactivity. 18.20

He who is desireless, self-reliant, independent, and free of bonds functions like a dead leaf blown about by the wind of causality. 18.21

There is neither joy nor sorrow for one who has transcended samsara. With a peaceful mind he lives as if without a body. 18.22

He whose joy is in himself, and who is peaceful and pure within has no desire for renunciation or sense of loss in anything. 18.23

For the man with a naturally empty mind, doing just as he pleases, there is no such thing as pride or false humility, as there is for the naturalman. 18.24

“This action was done by the body but not by me.” The pure-natured person thinking like this,is not acting even when acting. 18.25

He who acts without being able to say why, but is not thereby a fool, he is one liberated while still alive, happy and blessed. He is happy even in samsara. 18.26

He who has had enough of endless considerations and has attained peace, does not think, know, hear, or see. 18.27

He who is beyond mental stillness and distraction does not desire either liberation or its opposite. Recognising that things are just constructions of the imagination, that great soul lives as God here and now. 18.28

He who feels responsibility within, acts even when doing nothing, but there is no sense of done or undone for the wise man who is free from the sense of responsibility. 18.29

The mind of the liberated man is not upset or pleased. It shines unmoving, desireless, and free from doubt. 18.30

He whose mind does not set out to meditate or act, still meditates and acts but without an object. 18.31

A stupid man is bewildered when he hears the ultimate truth, while even a clever man is humbled by it just like the fool. 18.32

The ignorant make a great effort to practise one-pointedness and the stopping of thought, while the wise see nothing to be done and remain in themselves like those asleep. 18.33

The stupid man does not attain cessation whether he acts or abandons action, while the wise man finds peace within simply by knowing the truth. 8.34

People cannot come to know themselves by practices — pure awareness, clear, complete, beyond multiplicity, and faultless though they are. 8.35

The stupid man does not achieve liberation even through regular practice, but the fortunate remains free and actionless simply by understanding. 18.36

The stupid does not attain Godhead because he wants it, while the wise man enjoys the Supreme Godhead without even wanting it. 18.37

Even when living without any support and eager for achievement, the stupid are still nourishing samsara, while the wise have cut at the very root of its unhappiness. 18.38

The stupid man does not find peace because he desires it, while the wise man discriminating the truth is always peaceful minded. 18.39

How can there be self-knowledge for him whose knowledge depends on what he sees? The wise do not see this and that, but see themselves as infinite. 18.40

How can there be cessation of thought for the misguided who is striving for it. Yet it is there always naturally for the wise man delighting in himself. 18.41

Some think that something exists, and others that nothing does. Rare is the man who does not think either, and is thereby free from distraction. 18.42

Those of weak intelligence think of themselves as pure nonduality, but because of their delusion do not really know this, and so remain unfulfilled all their lives. 18.43

The mind of the man seeking liberation can find no resting place within, but the mind of the liberated man is always free from desire by the very fact of being without a resting place. 18.44

Seeing the tigers of the senses, the frightened refuge-seekers at once enter the cave in search of cessation of thought and one-pointedness. 18.45

Seeing the desireless lion, the elephants of the senses silently run away, or, if that is impossible, serve him like courtiers. 18.46

The man who is free from doubts and whose mind is free does not bother about means of liberation. Whether seeing, hearing, feeling, smelling, or tasting, he lives at ease. 18.47

He whose mind is pure and undistracted from just hearing of the Truth does not see anything to do or anything to avoid or even a cause for indifference. 18.48

The upright person does whatever presents itself to be done, good or bad, for his actions are like those of a child. 18.49

By inner freedom one attains happiness, by inner freedom one reaches the Supreme, by inner freedom one comes to absence of thought, by inner freedom to the Ultimate State. 18.50

When one sees oneself as neither the doer nor the reaper of the consequences, then all mind waves come to an end. 18.51

The spontaneous unassuming behaviour of the wise is noteworthy, but not the deliberate purposeful stillness of the fool. 18.52

The wise who are rid of imagination, unbound and with unfettered awareness, may enjoy themselves in the midst of many goods, or alternatively go off to mountain caves. 18.53

There is no attachment in the heart of a wise man whether he sees or pays homage to a learned brahmin, a celestial being, a holy place, a woman, a king or a friend. 18.54

A yogi is not in the least put out even when humiliated by the ridicule of servants, sons, wives, grandchildren, or other relatives. 18.55

Even when pleased he is not pleased, not suffering even when in pain. Only those like him can know the wonderful state of such a man. 18.56

It is the feeling that there is something that needs to be achieved which is samsara. The wise who are of the form of emptiness, formless, unchanging, and spotless see nothing of the sort. 18.57

Even when doing nothing the fool is agitated by restlessness, while a skillful man remains undisturbed even when doing what there is to do. 18.58

Happy he stands, happy he sits, happy sleeps, and happy he comes and goes. Happy he speaks and happy he eats. This is the life of a man at peace. 18.59

He who of his very nature feels no unhappiness in his daily life like worldly people, remains undisturbed like a great lake, cleared of defilement. 18.60

Even abstention from action has the effect of action in a fool, while even the action of the wise man brings the fruits of inaction. 18.61

A fool often shows aversion towards his belongings, but for him whose attachment to the body has dropped away, there is neither attachment nor aversion. 18.62

The mind of the fool is always caught in thinking or not thinking, but the wise man’s is of the nature of no thought because he thinks what is appropriate. 18.63

For the seer who behaves like a child, without desire in all actions,there is no attachment for such a pure one even in the work he does. 18.64

Blessed is he who knows himself and is the same in all states, with a mind free from craving whether he is seeing, hearing, feeling, smelling, or tasting. 18.65

There is no one subject to samsara, no sense of individuality, no goal or means to the goal in the eyes of the wise man who is always free from imagination and unchanging like space. 18.66

Glorious is he who has abandoned all goals and is the incarnation of the satisfaction, which is his very nature, and whose inner focus on the Unconditioned is quite spontaneous. 18.67

In brief, the great-souled man who has come to know the Truth is without desire for either pleasure or liberation, and is always and everywhere free from attachment. 18.68

What remains to be done by the man who is pure awareness and has abandoned everything that can be expressed in words from the highest heaven to the earth itself? 18.69

The pure man who has experienced the Indescribable attains peace by virtue of his very nature, realising that all this is nothing but illusion, and that nothing is. 18.70

There are no rules, dispassion, renunciation, or meditation for one who is pure receptivity by nature, and admits no knowable form of being. 18.71

For him who shines with the radiance of Infinity and is not subject to natural causality there is neither bondage, liberation, pleasure, nor pain. 18.72

Pure illusion reigns in samsara which will continue until self-realisation, but the enlightened man lives in the beauty of freedom from me and mine, from the sense of responsibility and from any attachment. 18.73

For the seer who knows himself as imperishable and beyond pain there is neither knowledge, a world, nor the sense that I am the body or the body mine. 18.74

No sooner does a man of low intelligence give up activities like the elimination of thought than he falls into mind racing and chatter. 18.75

A fool does not get rid of his stupidity even on hearing the truth. He may appear outwardly free from imaginations, but inside he is still hankering after the senses. 18.76

Though in the eyes of the world he is active, the man who has shed action through knowledge finds no means of doing or speaking anything. 18.77

For the wise man who is always unchanging and fearless there is neither darkness nor light nor destruction nor anything. 18.78

There is neither fortitude, prudence, nor courage for the yogi whose nature is beyond description and free of individuality. 18.79

There is neither heaven nor hell nor even liberation during life. In a nutshell, in the sight of the seer nothing exists at all. 18.80

He neither longs for possessions nor grieves at their absence. The calm mind of the sage is full of the nectar of immortality. 18.81

The dispassionate man does not praise the good or blame the wicked. Content and equal in pain and pleasure, he sees nothing that needs doing. 18.82

The wise man is not averse to samsara, nor does he seek to know himself. Free from pleasure and impatience, he is not dead and he is not alive. 18.83

The wise man excels by being free from anticipation, without attachment to such things as children or wives, free from desire for the senses,and not even concerned about his own body. 18.84

The wise man, who lives on whatever happens to come to him, roams wherever he pleases, and sleeps wherever the sun happens to set, is at peace everywhere. 18.85

Whether his body rises or falls, the great-souled one gives it no thought, having forgotten all about samsara in coming to rest on the ground of his true nature. 18.86

The wise man has the joy of being complete in himself and without possessions, acting as he pleases, free from duality and rid of doubts, and without attachment to any creature. 18.87

The wise man excels in being without the sense of “me”. Earth, a stone, or gold are the same to him. The knots of his heart have been rent asunder, and he is freed from greed and blindness. 18.88

Who can compare with that contented, liberated soul who pays no regard to anything and has no desire left in his heart? 18.89

Who but the upright man without desire knows without knowing, sees without seeing, and speaks without speaking? 18.90

Beggar or king, he excels who is without desire, and whose opinion of things is rid of “good” and “bad.” 18.91

There is neither dissolute behaviour nor virtue, nor even discrimination of the truth for the sage who has reached the goal and is the very embodiment of guileless sincerity. 18.92

That which is experienced within by one who is desireless and free from pain, and content to rest in himself — how could it be described, and of whom? 18.93

The wise man who is contented in all circumstances is not asleep even in deep sleep, nor sleeping in a dream, nor waking when he is awake. 18.94

The seer is without thoughts even when thinking, without senses among the senses, without understanding even in understanding, and without a sense of responsibility even in the ego. 18.95

Neither happy nor unhappy, neither detached nor attached, neither seeking liberation nor liberated, he is neither something nor nothing. 18.96

Not distracted in distraction, in mental stillness not poised, in stupidity not stupid, that blessed one is not even wise in his wisdom. 18.97

The liberated man is self-possessed in all circumstances and free from the idea of “done” and “still to do.” He is the same wherever he is and without greed. He does not dwell on what he has done or not done. 18.98

He is not pleased when praised nor upset when blamed. He is not afraid of death nor attached to life. 18.99

A man at peace does not run off to popular resorts or to the forest. Whatever and wherever, he remains the same. 18.100

Janaka said:

Using the tweezers of the knowledge of the truth I have managed to extract the painful thorn of endless opinions from the recesses of my heart. 19.1

For me, established in my own glory, there are no religious obligations, sensuality, possessions, philosophy, duality, or even nonduality. 19.2

For me established in my own glory, there is no past, future, or present. There is no space or even eternity. 19.3

For me established in my own glory, there is no self or non-self, no good or evil, no thought or even absence of thought. 19.4

For me established in my own glory, there is no dreaming or deep sleep, no waking nor fourth state beyond them, and certainly no fear. 19.5

For me established in my own glory, there is nothing far away and nothing near, nothing within or without, nothing large and nothing small. 19.6

For me established in my own glory, there is no life or death, no worlds or things of this world, no distraction and no stillness of mind. 19.7

For me remaining in myself, there is no need for talk of the three goals of life, of yoga or of knowledge. 19.8

Janaka said:

In my unblemished nature there are no elements, no body, no faculties, no mind. There is no void and no despair. 20.1

For me, free from the sense of dualism, there are no scriptures, no self-knowledge, no mind free from an object, no satisfaction and no freedom from desire. 20.2

There is no knowledge or ignorance, no “me,” “this,” or “mine,” no bondage, no liberation, and no property of self-nature. 20.3

For him who is always free from individual characteristics there is no antecedent causal action, no liberation during life, and no fulfilment at death. 20.4

For me, free from individuality, there is no doer and no reaper of the consequences, no cessation of action, no arising of thought, no immediate object, and no idea of results. 20.5

There is no world, no seeker for liberation, no yogi, no seer, no one bound and no one liberated. I remain in my own nondual nature. 20.6

There is no emanation or return, no goal, means, seeker or achievement. I remain in my own nondual nature. 20.7

For me who am forever unblemished, there is no assessor, no standard, nothing to assess, and no assessment. 20.8

For me who am forever actionless, there is no distraction or one-pointedness of mind, no lack of understanding, no stupidity, no joy and no sorrow. 20.9

For me who am always free from deliberations there is neither conventional truth nor absolute truth, no happiness and no suffering. 20.10

For me who am forever pure there is no illusion, no samsara, no attachment or detachment, no living organism, and no God. 20.11

For me who am forever unmovable and indivisible, established in myself, there is no activity or inactivity, no liberation and no bondage. 20.12

For me who am blessed and without limitation, there is no initiation or scripture, no disciple or teacher, and no goal of human life. 20.13

There is no being or non-being, no unity or dualism. What more is there to say? There is nothing outside of me. 20.14

Source: realization.org

Atma-Bodha, La Conscience du Soi

Étant autre que le mental, je suis libre de peines, attachements, méchanceté, craintes, etc. “En vérité sans souffle et sans mental, il est pur” dit l‘Écriture.

1. Atma-Bodha, Traité de la Conscience du Soi, est composé pour ceux qui, purifiés par les actes d’austérité, sont calmes, libres de désirs, aspirent à la Libération et dignes d’approcher le Soi.

2. La Conscience du Soi est la seule voie de Libération, comme le feu est indispensable pour cuisiner. Sans connaissance, il n’y a pas d‘émancipation.

3. L’action ne peut pas détruire l’ignorance, car elle n’est pas son opposée. C’est la connaissance qui détruit véritablement l’ignorance, comme la lumière détruit l’obscurité profonde.

4. L’ignorance nous fait paraître limités, lorsqu’elle est détruite le Soi, unique, se révèle véritablement par lui-même, comme le soleil lorsque les nuages s‘éloignent.

5. La pratique constante de la conscience purifie le Jivatman, entaché d’ignorance qui disparaît, comme le fruit du Kataka purifie l’eau.

6. Le monde (samsara) plein de désirs et aversions, est comme un rêve. Il paraît réel dans sa durée mais disparaît dès que l’on est réveilllé.

7. Le monde (Jagat) apparaît comme réel aussi longtemps que Brahman n’a pas été réalisé comme le support de toute chose, comme la nacre paraît de l’argent.

8. Comme des bulles dans l’eau, les mondes émergent, existent et se dissolvent dans le Soi suprême qui est la cause matérielle et le support de toute chose.

9. Le monde est une projection de l’imagination sur le support qu’est Vishnou, l‘Éternel Omnipénétrant, dont la nature est Existence-Conscience, comme des bijoux tous en or.

10. Comme l’espace, Omniprésent, paraît différent selon les divers conditionnements, de même l’Omniprésent paraît multiple avec les divers conditionnements et devient une par leur destruction.

11. Lorsque l’Atman est associé à divers conditionnement se superposent, les castes, couleurs, positions, seulement comme le goût et la couleur à l’eau.

12. Le corps grossier, fait des 5 éléments auto-divisés par 5, et lieu des expériences de souffrance-plaisir, est déterminé par les actions passées (karma).

13. Le corps subtil, autre instrument d’expérience, est fait des 5 pranas, manas, buddhi, des 10 indriyas, combinés avec les grands éléments avant leur division par 5.

14. Le corps causal est sans commencement, inconnaissable, indescriptible. Il faut saisir que l’Atman est autre que ces trois corps.

15. Par identification avec les 5 gaines, l’Immaculé Atman, leur paraît identique, comme un cristal peut prendre la couleur d’un vêtement bleu.

16. Il faut séparer le Pur Atman des gaines par la réflexion logique, comme on sépare le riz de la balle et du son.

17. L’Atman, quoique omnipénétrant, ne brille pas partout, il ne se manifeste que dans la Buddhi, comme un reflet dans un miroir sans tâche.

18. L’Atman est distinct du corps, des sens, de mental et de la buddhi, comme un roi l’est de ses sujets, et il est le témoin du fonctionnement de toute cette matière (praktiti).

19. L’Atman semble être actif quand fonctionnent les organes des sens, comme pour les gens sans discernement la lune semble bouger lorsque courent les nuages.

20. Le corps, les sens, le mental et l’intellect dépendent de l‘énergie vitale de la conscience (Atman Chaitanya) pour leurs activités respectives, comme les hommes dépendent de la lumière du soleil.

21. Par manque de discrimination, on surajoute au pur Atman (Sat Chit) les qualités des corps, gunas et karma, comme on attribue au ciel la couleur bleue et ce qui lui ressemble.

22. Les qualités d’agent, qui appartiennent au seul mental, sont attribuées au Soi par ignorance, comme la lune paraît trembler dans l’eau.

23. Attachement, désir, plaisir, douleur sont perçus lorsque le mental ou l’intellect fonctionnent, ils ne le sont pas dans le sommeil profond quand le mental n’existe plus, donc ils ne sont pas de l’Atman.

24. Comme la nature du soleil est luminosité, de l’eau fraîcheur, du feu chaleur, la nature de l’Atman est Réalité, conscience, félicité, éternité et pureté;

25. Le “je sais” fonctionne sans discriminer la Lumière de la conscience et l’activité de l’intellect.

26. L’Atman ne fait jamais rien, la buddhi ne peut pas expérimenter le “je sais”. Notre individualité croit faussement être à la fois celui qui voit et celui qui sait.

27. Celui qui s’identifie à l‘égo prend peur comme celui qui prend une corde pour un serpent. Il est sans peur quand il a compris qu’il est le Soi suprême.

28. L’Atman éclaire l’intellect et les organes des sens, comme une lampe des pots car ces objets inertes ne peuvent pas s‘éclairer eux-mêmes.

29. Comme une lampe n’a pas besoin d’une autre lampe pour éclairer sa lumière, l’Atman, qui est la connaissance même, n’a besoin d’aucune autre connaissance pour savoir.

30. Les aphorismes védiques sur l’unicité de l‘âme individuelle et de l‘âme suprême se fondent sur les néti, néti (ni ceci ni cela) des écritures.

31. Les corps, jusqu’au corps causal, sont des objets perçus aussi périssables que des bulles. Réalisez que vous êtes le pur brahman complètement séparé d’eux.

32. Parce que je suis autre que le corps, je ne suis pas soumis à la naissance, au vieillissement, à la sénilité et à la mort. Sans organes des sens, je ne suis pas les perceptions des sons, goûts…

33. Étant autre que le mental, je suis libre de peines, attachements, méchanceté, craintes, etc. “En vérité sans souffle et sans mental, il est pur” dit l‘Écriture.

34. Sans attribut et sans action, éternel (nitya), inaltéré (nirvikalpa), immaculé, sans changement, sans forme, libéré à jamais, pur pour toujours.

35. Comme l’espace, je remplis toute chose au-dedans comme au-dehors. Immuable, toujours pareil, pur, sans lien, immaculé, immobile.

36. En vérité, moi seul suis ce suprême Brahman éternel, pur, libre, un, félicité totale, non-duel et ma nature est réalité, connaissance, infini.

37. La répétition constante de “Je suis Brahman” détruit l’ignorance et l’agitation qui en découle, comme la médecine détruit la maladie.

38. Assis dans un endroit solitaire, libéré de désirs et contrôlant les sens, méditez avec une attention constante sur le Soi unique et sans limitation.

39. Par sa vision, le sage devrait totalement immerger dans l’Atman la totalité du monde des objets et penser constamment au Soi, comme au ciel immaculé.

40. Après avoir rejeté toute forme, couleur … celui qui a réalisé l’Absolu demeure dans sa commune incarnation de la Conscience et de la Béatitude infinies.

41. Dans le Soi suprême s’unifient “celui qui connaît”, la connaissance et l’objet connu, par sa nature de connaissance et de félicité, il brille par lui-même.

42. Comme le feu dans le creuset de la contemplation intérieure jaillit la flamme de la connaissance qui réduit en cendres notre ignorance.

43. Comme le dieu de l’aurore (Aruna) a déjà détruit l’obscurité universelle avant que le soleil se lève, de même pour le Soi.

44. L’Atman est une réalité omni-présente, l’ignorance empêche de le réaliser, à la disparition de l’ignorance c’est comme le collier, que l’on croyait perdu et qui était autour du cou.

45. Comme un poteau pris pour pour un homme, ainsi par erreur le Brahman est pris pour l’individu (jiva). A la réalisation du jiva comme étant le Soi, l‘égo est dissous.

46. En expérimentant la nature véritable du soi par la prise de conscience, l’igorance de dire “je et mon” est détruite, comme une erreur de direction.

47. Le Yogi totalement réalisé voit par son “oeil-de-sagesse” l’univers entier à l’intérieur de son propre Soi et considère tout comme son propre Soi.

48. L’univers entier est l’Atman, il n’y a rien en dehors de lui, l‘âme éclairée le voit comme elle voit la même argile dans tous les pots et cruches …

49. L’homme véritablement libéré abandonne ses convictions antérieures et retrouve sa nature de Sat-Chit-Ananda, comme la nymphe redevient une abeille.

50. Après avoir traversé l’océan des illusions et tué les monstres du désir-répulsion, le Yogi, uni à la paix, brille de sa propre lumière et repose en lui-même (Atmaram).

51. Après avoir renoncé aux attachements du monde extérieur, satisfait de sa félicité intérieure, il rayonne comme une lampe placée à l’intérieur d’un vase.

52. Bien qu’associé aux enveloppes (upadhis) le contemplatif qui sait, sans attachement est libre de tout lien comme le vent dans l’espace.

53. Lors de la destruction des upadhis, le contemplatif est totalement absorbé dans l’esprit omni-pénétrant (Vishnou), comme l’eau dans l’eau, l’espace dans l’espace, la lumière dans la lumière.

54. Une fois réalisé que cela est Brahman, il n’y a rien d’autre à atteindre, pas d’autre béatitude que la béatitude, pas d’autre connaissance que la connaissance.

55. Ainsi réalisez que Cela est Brahman, alors ceci vu, rien d’autre à voir, devenu ceci plus d’autre réincarnation, ceci connu rien d’autre à connaître.

56. Réalisez que Cela est Brahman, Sat-Chit-Ananda, Absolu, non-duel, Infini, Eternel, Unique, remplissant tout chose en dessus, en dessous et sur les cotés.

57. Réalisez que cela est Brahman, Non-duel, indivisible, Unique, Bienheureux, comme indiqué par le Védanta à l’aide du processus de négation.

58. Brahma et les autres dieux ne goûtent qu’une parcelle de Brahman, dont la nature est la béatitude illimitée, ils n’ont qu’une félicité proportionnelle.

59. Tous les objets sont pénétrés par Brahman, toutes les actions ne sont possibles que par Lui, il imprègne tout comme le beurre dans le lait.

60. Réalisez que cela est Brahman, ni subtil ni grossier, ni court ni long, sans naissance ni changement, sans forme, qualité (guna), couleur et nom.

61. Cela, par la Lumière de qui sont éclairés le soleil et la lune, et par qui seul tout cet univers brille, réalisez que c’est Brahman.

62. Habitant l’univers entier au dedans et au dehors, le Suprême brahman brille par lui-même, comme le feu imprègne le fer chauffé au rouge et le rend incandescent.

63. Brahman est autre que l’univers, mais il n’existe rien qui soit autre que Brahman, si quelque chose le paraît c’est une illusion et un mirage.

64. Tout ce qui est perçu et entendu est Brahman et rien d’autre. Accédant à la connaissance de la Réalité, on voit ce Brahman non-duel, Sat-Chit-Ananda.

65. L’Atman, pure Conscience, qui est partout présent, n’est perçu que par le seul oeil-de-sagesse, celui dont la vision est obscurcie par l’ignorance ne le voit pas, comme l’aveugle ne voit pas le brillant soleil.

66. Le Jiva libre de toute impureté, chauffé au feu de la connaissance, embrasé par l’audition des Ecritures, brille de lui-même comme l’or.

67. L’Atman, soleil de la connaissance, qui se lève au ciel du coeur, dissipe l’obscurité de l’ignorance, pénètre et soutient tout, brille et fait tout briller.

68. Celui qui, renonçant à toute activité, adore son propre Atman, libre de toute limitation de direction, temps et espace, présent partout, détruisant le froid et le chaud, Béatitude éternelle et sans tâche, celui-là devient Omni-connaissant, Omni-pénétrant, Immortel.

Traduction nouvelle par Marc Alain Descamps.

Source : europsy.org

Rencontre du 3ème type avec l’Advaita

« Ce que vous pensez devoir faire dans n’importe quelle situation est précisément ce que Dieu veut que vous pensiez devoir faire »

Le nihilisme euphorique de Ramesh Balsekar

Entretien avec Ramesh Balsekar
mené par Chris Parish

WIE : Vous êtes de plus en plus connu comme enseignant de l’Advaita Védanta, en Inde comme en occident. Pouvez- vous nous décrire ce que vous enseignez ?

RAMESH BALSEKAR : Je peux le dire en une phrase, vraiment. La seule phrase sur laquelle est fondé tout mon enseignement : « Que ta Volonté soit faite». Ou comme le disent les Musulmans, « Inch Allah » ­ « S’il plaît à Dieu ». Ou bien, en paroles du Bouddha : « Les événements arrivent, les actions sont faites, il n’y a pas d’agissant individuel/d’individu qui agit ». Voyez vous, le conflit de base dans la vie est : « Tout ce que je fais est bien, donc je veux ma récompense ; lui ou elle fait toujours quelque chose de mal et devrait être puni. » C’est de cela qu’il est question dans la vie, n’est-ce pas ? W

WIE : C’est vrai que cela arrive certainement très souvent.

RB :Voilà la base de ce que j’ai observé. Tout le problème de ce que quelqu’un dit, « Moi, j’ai fait quelque chose et je mérite une récompense, ou lui, il a fait quelque chose et donc je veux le punir pour cela ».

WIE : Comment amenez vous les gens à cette idée :« il n’y a pas d’agissant individuel/d’individu qui agit »?

RB :C’est très simple. Analysez n’importe quelle action que vous considérez comme votre action, vous allez trouver que c’est la réaction du cerveau à un événement extérieur sur lequel vous n’avez aucun contrôle. Une pensée arrive – vous n’avez aucun contrôle sur quelle pensée va arriver. Une chose est vue ou entendue – vous n’avez aucun contrôle sur ce que vous allez voir ou entendre par la suite. Tous ces événements, sur lesquels vous n’avez aucun contrôle, arrivent. Et ensuite que se passe-t-il ? Le cerveau réagit à la pensée ou à la chose qui a été vue, entendue, goûtée, sentie ou touchée. La réaction du cerveau est ce que vous appelez « votre action ». Mais en fait, ce n’est simplement qu’un concept.

WIE : Alors quelle est la différence entre les pensées, sentiments et actions d¹une personne éveillée et celles d¹une personne non éveillée ?

RB :Il se passe la même chose. La seule différence est que dans le cas du sage, il comprend que les choses se passent ainsi. Et donc il sait que rien n’est fait par lui­ simplement tout arrive. Le sage sait que «ce n’est pas moi qui agis». Mais une personne ordinaire va dire, « je fais ceci ou il ou elle fait cela. Donc je veux ma récompense et je veux qu’il ou elle soit puni ». La récompense ou la punition dépend de l’idée que moi, lui ou elle agissons.

WIE : D’après ma propre expérience, je peux comprendre que nous n’avons aucun contrôle sur quelle pensée où quelle émotion va surgir. Mais parfois une action s’ensuit et parfois non, et il me semble qu’il y a une très grande différence entre la simple émergence d’une pensée et une action qui affecte une autre personne.

RB :L’action est le résultat de la réaction du cerveau à la pensée. S’il arrive que la pensée a simplement été témoignée et le cerveau ne réagit pas à la pensée, alors il n’y a pas d’action.

WIE : Mais si, comme vous dites, il n’y a personne qui décide comment réagir, alors quelle est la cause qui fait que l’action se produit ou non ?

RB :Une action arrive si c’est la volonté de Dieu que cette action se passe. Si ce n’est pas la volonté de Dieu, l’action ne se fait pas.

WIE : Est ce que vous êtes en train de dire que chaque action qui se fait est la volonté de Dieu ?

RB :Oui ­ c’est la volonté de Dieu.

WIE : Agissant à travers une personne ?

RB :À travers une personne, oui.

WIE : Qu’elle soit éveillée ou non ? Autrement dit, à travers tous ?

RB :C’est juste. La seule différence, comme je le disais, c’est que l’homme ordinaire pense, « cette action est mienne », alors que le sage sait que l’action n’appartient à personne. Le sage sait que « les actes sont faits, les événements arrivent, mais il n’y a pas d’agissant individuel ». C’est l’unique différence pour ce qui me concerne. À la différence du sage, la personne ordinaire croit que les actes qui arrivent à travers cet organisme corps-esprit est le fait de l’individu, voilà la seule différence. Donc comme le sage sait qu’aucune action n’est de son fait, s’il arrive qu’une action blesse quelqu’un, il fera tout ce qu’il peut pour aider la personne blessée mais il n’y aura aucun sentiment de culpabilité.

WIE : Voulez-vous dire que si un individu agit de manière à finalement faire du mal à un autre, alors la personne qui a agi, ou comme vous dites cet « organisme corps-esprit» n’est pas responsable ?

RB :Ce que je suis en train de dire c’est que vous savez que « je » ne l’ai pas fait. Je ne dis pas que je ne suis pas désolé d’avoir fait du mal a quelqu’un. Le fait que quelqu’un a été blessé produira un sentiment de compassion et cette compassion me conduira à tout essayer pour soulager la douleur. Mais il n’y aura pas de sentiment de culpabilité : Ce n’est pas moi qui ai agi ! L’autre aspect de cela, c’est que lorsqu’il arrive une action que la société loue et pour laquelle elle me récompense, je ne dis pas que cela ne provoquera pas un sentiment de bonheur. C’est juste que la compassion émerge en conséquence d’une peine, de la même façon qu’une sensation de satisfaction ou de bonheur émerge en conséquence d’une récompense. Mais il n’y aura pas de fierté.

WIE : Mais voulez-vous dire que littéralement si je frappe quelqu’un, ce n’est pas moi qui agis ? Je veux juste clarifier ce point.

RB :La réalité de base, le concept de base reste inchangé : vous frappez quelqu’un. Après s’ajoute le concept que tout ce qui arrive est la volonté de Dieu, et en référence à chaque organisme corps-esprit la volonté de Dieu est le destin de chaque organisme corps-esprit.

WIE : Je pourrais donc dire, « C’était la volonté de Dieu que j’agisse ainsi; ce n’est pas ma faute. »

RB :Bien sûr. Une action se passe parce que tel est le destin de l’organisme corps-esprit qui agit, et parce que telle est la volonté de Dieu. Et les conséquences de cette action sont aussi le destin de l’organisme corps-esprit. Si une bonne action se produit, c’est le destin. Par exemple nous avions une Mère Teresa. L’organisme corps-esprit appelé « Mère Teresa » était programmé de telle façon qu’il ne faisait que de bonnes actions. Alors le déroulement de ces bonnes actions était le destin de l’organisme corps-esprit appelé Mère Teresa. Et les conséquences furent un Prix Nobel, des récompenses, des prix et des donations pour ses oeuvres. Tout cela était le destin de l’organisme corps-esprit appelé Mère Teresa. Et à l’opposé, il existera un organisme psychopathe, programmé par la même source de façon à ce qu’il n’en émerge que du mal ou de la perversion. L’accomplissement de ses actions perverses et mauvaises est le destin de l’organisme corps-esprit que la société appellera psychopathe. Mais le psychopathe n’a pas choisi d’être psychopathe. En fait il n’y a pas de psychopathe ; il n’y a qu’un organisme corps-esprit psychopathe dont le destin est de commettre des actes malsains et pervers. Et les conséquences de ces actes sont aussi le destin de cet organisme corps-esprit là.

WIE : Est ce que vous dites que tout est prédestiné ? Que tout est préprogrammé depuis la naissance ?

RB :Oui. J’utilise le terme « programmer » pour faire référence aux caractéristiques inhérentes à l’organisme corps-esprit. Pour moi «programmer » signifie : les gènes plus le conditionnement par l’environnement. Vous n’aviez pas le choix des parents particuliers qui vous ont fait naître, et donc vous n’aviez pas le choix de vos gènes. Pareillement, vous n’aviez pas le choix de l’environnement spécifique de votre naissance. Donc vous n’avez pas le choix de vos conditionnements d’enfant reçu dans cet environnement, cela comprend le conditionnement à la maison, dans la société, à l’école, et à l’église. Les psychologues disent que notre conditionnement de base nous l’avons reçu en totalité avant l’âge de trois ou quatre ans. Il y en aura d’autres, mais le conditionnement de base qui crée la personnalité est composé des gènes plus le conditionnement de l’environnement. J’appelle cela programmation. Chaque organisme corps-esprit est programmé d’une façon unique. Il n’y en a pas deux pareil.

WIE : Oui, mais n’est-il pas vrai que deux personnes avec des programmations très semblables, pourront cependant se développer l’un et l’autre de manière très différente ?

RB :C’est juste. C’est pour cela que j’utilise deux expressions : l’une est programmation en soi des organismes corps-esprit ; et l’autre est destin. Le destin est la volonté de Dieu par rapport à un organisme corps-esprit particulier, gravé au moment de la conception. Le destin d’une conception peut être de ne pas naître du tout – dans ce cas, il y a avortement. Tout cela est un concept, ne vous y trompez pas. C’est mon concept.

WIE : Vous dites que c’est un concept et bien sûr, toute parole est concept, mais comment savoir si ce concept représente la vérité ? J’ai tendance à penser que chacun a sa responsabilité individuelle et bien qu’il y ait un certain degré de conditionnement dont nous héritons, nous pouvons toujours choisir comment nous réagissons. Un individu peut transcender des aspects de son conditionnement dans lesquels un autre restera bloqué toute sa vie. Comme cela se passe ainsi, je dirai que cela est dû à la volonté de l’individu de transcender son conditionnement et d’y réussir.

RB :Mais si cela se passe, cela peut-il arriver sans la volonté de Dieu ? Prenons deux personnes : l’une essaie de surmonter son handicap et y arrive ; l’autre n’y arrive pas. Je dirais que s’il y en a un qui y arrive et l’autre qui échoue, c’est à cause du destin de chacun des deux organismes corps-esprit – par la volonté de Dieu.

WIE : Mais ne pourrions-nous pas tout autant dire que c’est la volonté de Dieu de donner à chaque individu le libre-arbitre de ses décisions ?

RB :Non. Voyez vous, je vous pose la question suivante : Quelle volonté à l’avantage ? Celle de l’individu ou celle de Dieu ? D’après votre propre expérience, jusqu’à quel point le libre-arbitre l’emporte?

WIE : Enfin je trouve que la volonté individuelle peut clairement l’emporter par moments.

RB :Sur la volonté de Dieu ? Si vous voulez quelque chose et vous travaillez pour l’obtenir et l’obtenez, si cela se passe c’est que votre volonté coïncide avec la volonté de Dieu.

WIE : Prenons l’exemple d’un individu qui devient un drogué et qui le reste toute sa vie. On pourrait très bien soutenir qu’il a choisi d’aller contre la volonté de Dieu et y est arrivé – justement parce qu’existe le libre-arbitre.

RB :Mais que vous l’acceptiez ou non est en soi la volonté de Dieu, comprenez-vous ? Que vous acceptez la volonté de Dieu ou que vous n’acceptez pas la volonté de Dieu, est en soi la volonté de Dieu !

WIE : Dire que tout est préprogrammé, que tout est destin et que le choix n’existe pas, ressemble à une forme extrême de réductionnisme. Dans cette perspective, les êtres humains sont comme des ordinateurs ; tout ce qui nous concerne est déjà totalement fixé.

RB :Oui, c’est exactement ainsi.

WIE:Mais pour moi dans cette vision, il manque le coeur humain. Nous ne serions alors que des machines – les choses ne font que nous arriver. Il n’y a rien que nous puissions faire, rien que nous puissions changer.

RB :Exactement, oui !

WIE : Mais cela peut mener à une profonde indifférence à la vie.

RB :Oui, et si cela était le cas, ce serait merveilleux !

WIE : Vraiment ! Merveilleux ?

RB :Mais c’est le but ! Bien sûr. Ainsi vous pouvez dire que tout ce qui arrive est accepté. Alors il n’y a plus de malheur ; il n’y a plus de misères, plus de culpabilité, plus d’orgueil, plus de haine, plus de jalousie. Qu’y a-t-il de mal à cela ? Et comme je vous l’ai déjà dit les actions se font à travers l’organisme corps-esprit, et si l’individu découvre qu’une action a blessé quelqu’un, la compassion survient.

WIE : Mais ça ne vous paraît pas un peu étrange d’aller blesser quelqu’un et d’avoir de la compassion pour cette personne après coup ? Ne serait-ce pas mieux de ne pas faire du mal en premier lieu ?

RB :Mais vous n’avez aucun contrôle sur cela ! Si vous pouviez-le contrôler, vous ne le feriez pas.

WIE : Mais si on croit avoir le contrôle, plutôt que de croire qu’on ne l’a pas, on pourrait choisir de ne pas le faire !

RB : Alors pourquoi l’être humain n’exerce-t-il pas le contrôle sur chacune des actions qu’il produit? Je vais vous poser une question. L’être humain a, de toute évidence, beaucoup d’intelligence, tellement d’intelligence qu’un minable humain a été capable d’envoyer un homme sur la lune.

WIE : Oui, c’est vrai.

RB :Et il a aussi l’intelligence de savoir que s’il fait certaines choses, les conséquences seront terribles. Il a l’intelligence de savoir que s’il produit des armes nucléaires ou chimiques, les gens vont les utiliser et de terribles choses vont arriver au monde. Il en a l’intelligence alors, si le libre-arbitre existe, pourquoi le fait il? Pourquoi a-t-il réduit le monde à ce qu’il est, s’il a un libre-arbitre ?

WIE : J’admets, que la situation que vous décrivez est évidemment insensée. Mais je dirai que cela est dû au fait que les gens sont faibles. Et je suis persuadé que les gens peuvent changer s’ils le veulent – si cela compte pour eux.

RB :Alors pourquoi ne le font-ils pas?

WIE :Il y a des gens qui changent, mais comme je l’ai dit, malheureusement, il semble que la plupart des gens ont trop peu de volonté. Avoir du libre-arbitre ne garantit pas que nous allons agir intelligemment. Comme dans l’exemple que vous venez de donner, il est clair que les gens choisissent souvent de faire des choses très destructrices.

RB :Si vous êtes en train de dire que nous avons la libre volonté de détruire le monde, cela veut dire que nous détruisons le monde parce que nous le voulons – en sachant très bien que le monde va être détruit ! Le libre-arbitre signifie que nous voulons le faire.

WIE : Je pense que le problème est plutôt que les gens ne prennent pas en compte les conséquences de leurs actions. Souvent ils ne pensent qu’à eux-mêmes, sans considérer où leurs actions pourraient aboutir.

RB :Mais l’être humain est formidablement intelligent. Pourquoi ne pensent-ils pas? Ma réponse est qu’ils ne sont pas censés le faire !

WIE : Quand vous dites « pas censés le faire », que voulez-vous dire?

RB :Ce n’est pas la volonté de Dieu que les humains pensent dans ces termes. Ce n’est pas la volonté de Dieu que les êtres humains soient parfaits. La différence entre le sage et la personne ordinaire est que le sage accepte ce qui est comme volonté de Dieu, mais – et ceci est important – cela ne l’empêche pas de faire ce qu’il pense doit être fait. Et ce qu’il pense doit être fait dépend de sa programmation.

WIE : Mais pourquoi le sage « ferait-il ce qu’il pense qui doit être fait » si, comme vous l’avez déjà expliqué, il sait que ce n’est pas lui qui pense en premier lieu.

RB :Vous voulez savoir comment une action se produit ? La réponse est que l‘énergie dans cet organisme corps-esprit produit une action correspondant à sa programmation.

WIE : Alors l’action, comme vous le décrivez, ne fait que passer à travers la personne.

RB :Elle se déroule, oui. L’action se produit. C’est exactement ce que je suis en train de dire – pour revenir aux paroles du Bouddha « les événements arrivent, les actions se font. »

WIE : Cependant de ce que je sais des paroles du Bouddha est qu’il affirmait toujours que l’individu était personnellement responsable de ses actes. N’est-ce pas la base de tout son enseignement sur le karma, sur la loi de cause à effet ?

RB :Pas le Bouddha !

WIE : Mon impression est que le Bouddha enseignait beaucoup la notion «d’action juste ». Il semblait très concerné par ce que faisaient les gens et insistait pour que les gens fournissent l’effort nécessaire pour changer.

RB :Ceci est une interprétation postérieure du Bouddhisme. Les paroles du Bouddha sont très claires. Qui contrôle ce qui se passe ? Dieu est celui qui contrôle ! Comme nous l’avons vu, ceci est à la base de toute religion. Et pourtant, pourquoi y a-t-il des guerres de religions, si la base de toutes les religions est la même ? Ce sont les interprétations qui sont la cause de ces guerres ! Et comment tout cela pourrait-il arriver si ce n’est par la volonté de Dieu ?

WIE : Il est clair que vous pensez que tout ce que nous faisons est par la volonté de Dieu. Mais il me semble que cela n’a vraiment du sens que chez l’individu qui est arrivé à la fin de son chemin spirituel – qui est arrivé à la fin de l’ego – parce que les actions d’une telle personne ne sont pas égocentriques et par cela ne sauraient être une distorsion de la volonté de Dieu. Mais tant qu’il n’est pas arrivé à cet état, si un individu agit mal envers un autre, ce peut être par réaction compulsive parce qu’il est égoïste. Si ce que vous dites est vrai cela peut être utilisé comme justification pour tout comportement déplaisant ou agressif. On pourra simplement dire, « Tout est la volonté de Dieu. Ça n’a aucune importance ! »

RB :Je sais, mais c’est la vérité. Votre vraie question est : « Pourquoi Dieu a-t-il crée le monde tel qu’il est ? » Mais voyez-vous, un être humain n’est qu’un objet créé qui fait partie de la totalité de la manifestation issue de la Source. Alors ma réponse est : un objet créé ne peut jamais connaître son créateur ! Je vais vous donner une métaphore. Imaginons que vous peignez un tableau, et dans ce tableau, vous peignez un personnage. Puis ce personnage veut savoir, premièrement, pourquoi en tant que peintre, avez-vous choisi de peindre ce tableau-là et deuxièmement, pourquoi vous avez rendu votre personnage si laid ! Vous voyez, comment est-ce possible qu’un objet créé connaisse un jour la volonté de son propre créateur ? Cependant, à mon avis, cela ne vous empêche pas de faire ce que vous croyez devoir faire ! Accepter que rien ne se fait sans la volonté de Dieu n’empêche personne de faire ce qu’il croit devoir faire. Que peut-on faire d’autre ?

WIE : Si l’on suit cette façon de raisonner, comme je le disais, ce serait assez facile d’arriver à la conclusion, « Et bien, tout est la volonté de Dieu ; rien de ce qui arrive n’a d’importance » et ensuite simplement de tout laisser tomber.

RB :Vous voulez dire, « Pourquoi ne resterai-je pas au lit toute la journée? »

WIE: Oui, pourquoi faire quelque effort que ce soit ?

RB :La réponse à cette question est que l’énergie contenue dans cet organisme corps-esprit ne lui permettra pas de rester inactif longtemps. L’énergie va continuer à produire de l’action, physique ou mentale, à chaque fraction de seconde, suivant la programmation de l’organisme corps-esprit en question et aussi selon sa destinée, qui est la volonté de Dieu. Mais cela ne vous empêche pas, vous qui pensez toujours être un individu, de faire ce que vous pensez devoir faire. Donc, ce que je suis en train de dire c’est que ce que vous croyez devoir faire dans n’importe quelle situation à n’importe quel moment, est précisément ce que Dieu veut que vous pensiez devoir faire ! En conclusion, l’acceptation de la volonté de Dieu ne vous empêche pas de faire ce que vous pensez devoir faire. Vous comprenez ? En fait, vous ne pouvez pas vous en empêcher !

WIE : J’ai lu dans une brochure écrite par plusieurs de vos élèves quelque chose qui semble pertinent à ce sujet : « Ce que vous aimez ne peut être que ce que Dieu veut que vous aimiez. Rien ne peut arriver si ce n’est par Sa volonté. » Le texte dit aussi : « Ne vous sentez pas coupable, même en cas d’adultère. Vous qui êtes la Source êtes toujours pur. »

RB :C’est ce qu’a dit Ramana Maharshi.

WIE : La Source sera peut-être toujours pure, mais encore une fois, il me semble que cette conception peut être comprise comme donnant le droit d’agir sans conscience. Vous pourriez dire, « Cela n’a aucune importance, si je commets l’adultère, aucune importance si je fais du mal à mes amis, parce que ces actions sont tout simplement arrivées». On pourrait prendre cela facilement comme la permission d’agir selon son désir, juste parce qu’il m’arrive d’avoir ce désir.

RB :Mais n’est-ce pas ce qui arrive ?

WIE : Certainement, cela arrive, mais…

RB :Voulez-vous dire qu’il en arrivera davantage ?

WIE : Cela pourrait facilement arriver plus. Je pourrais dire, « Et bien, ce que je fais n’a aucune importance maintenant. Je ne devrai pas prendre la peine de me retenir si je ressens un désir ». Vous comprenez ce que je veux dire ?

RB :D’habitude on me pose la question : « Si ce n’est pas vraiment moi qui agis réellement qu’est-ce qui m’empêche de prendre une mitrailleuse et de tuer une vingtaine de personnes ? » C’est bien votre question, n’est-ce pas ?

WIE : Oui mais c’est un exemple un peu extrême !

RB :Oui, prenons un exemple extrême !

WIE : Mais je trouve l’exemple de l’adultère plus intéressant, parce que la plupart des gens ne voudraient pas vraiment faire quelque chose d’aussi extrême que d’aller mitrailler les autres.

RB :Soit. C’est la même chose si nous parlons d’adultère. J’ai lu que les psychologues et les biologistes ont conclu en se fondant sur leurs recherches, que si vous trompez votre femme, vous ne devez pas vous sentir coupables. De plus en plus, le scientifique arrive à la même conclusion que le mystique, toute action trouve son origine dans la programmation.

WIE : Je peux comprendre que dans certains cas c’est peut-être vrai, mais admettons, par exemple, que j’ai cette pulsion de commettre un adultère. Je pourrais donc dire, « Cela doit être la volonté de Dieu que je le fasse, alors j’y vais » – ou bien, je pourrais me retenir et ne pas causer un tas de souffrance à mes amis. Est-ce que ça ne serait pas mieux de me retenir ?

RB :Alors qui vous empêche de vous retenir ? Faites ce que vous voulez ! Qu’est-ce qui vous empêche de vous retenir ? Retenez-vous donc !

WIE : Je pense que c’est mieux de faire ainsi !

RB :C’est aussi mon point de vue.

WIE : Mais d’après vous, je pourrais tout simplement dire « Ce doit être la volonté de Dieu parce que je ressens ce désir. » et ensuite ne pas me retenir

RB :Vous dites que vous savez que vous devriez vous retenir – alors pourquoi ne vous retenez vous pas ? Si un organisme corps-esprit est programmé pour ne pas tromper sa femme, il ne le fera pas quoi qu’on lui dise. Si vous avez été programmé pour ne pas lever la main sur un autre, est-ce que vous allez commencer à tuer des gens ? Maintenant, si on passe une loi qui vous donne le droit de battre votre femme sans qu’il y ait de poursuites, allez-vous commencer à la battre ? Seulement si l’organisme corps-esprit a été programmé pour le faire, et dans ce cas, il le fait déjà. Alors comme j’ai dit, accepter la volonté de Dieu ne vous empêche pas de faire ce que vous pensez devoir faire. Faites le ! Faites exactement ce que vous pensez devoir faire !

WIE : Finalement, comment pouvons-nous dire que nous savons que c’est le destin ou la volonté de Dieu ? Tout ce que nous savons c’est que certains événements se déroulent. Plus tard, nous pouvons rétrospectivement dire que tel événement est, « tout simplement arrivé, » et si nous le voulons nous pouvons appeler cela le destin. Mais ne serait-il pas plus juste de dire que nous ne savons pas vraiment si c’est le destin ou non ? Dire que nous ne savons pas est différent de dire « Nous savons que c’est la volonté de Dieu. » C’est, différent de dire que nous savons que tout est fixé d’avance. Voyez-vous, il me semble que vous dites que vous savez pour de bon que tout est la volonté de Dieu.

RB :Nous ne le savons pas et ça c’est le fondement ; alors si vous voulez, vous pouvez laisser tomber le concept de destin et dire que personne ne peut réellement rien savoir. Très bien ! Le concept de destin n’est pas nécessaire. Après tout, si vous acceptez que tout ce qui arrive est hors de votre contrôle, qui sera là pour se préoccuper du destin ?

WIE : Comme beaucoup de gens viennent à vous pour entendre vos conseils au sujet de leur chemin spirituel, je voudrais vous demander quelle valeur donnez-vous (s’il en est une) à la pratique spirituelle en tant que moyen d’atteindre l’éveil ?

RB :Si une sadhana (pratique spirituelle) est nécessaire, l’organisme corps-esprit est programmé pour faire une sadhana.

WIE : En d’autres termes, si cela arrive, cela arrive ?

RB :C’est exact. Parfois les gens me demandent, « Si rien n’est en mon pouvoir, est-ce que je dois méditer ou non ? » Ma réponse est très simple. Si vous aimez méditer, alors méditez, si vous n’aimez pas méditer, ne vous forcez pas.

WIE : Est-ce que la recherche spirituelle est un obstacle à l’éveil ?

RB :Oui, la quête spirituelle est le plus grand obstacle à cause de celui qui cherche. C’est le chercheur qui est l’obstacle – pas le fait de chercher ; la quête se fait d’elle-même. La quête se fait d’elle-même parce que l’organisme corps-esprit est programmé pour chercher ce qu’il cherche. Alors si la recherche de l’éveil se fait, c’est que l’organisme corps-esprit a été programmé pour cette quête. L’obstacle est le chercheur qui dit : « Je veux l’éveil. »

WIE : Comment se fait-il que beaucoup de grands sages ont parlé de l’importance de la quête ? Ramana Maharshi a dit que celui qui cherche doit désirer l’éveil autant qu’un homme qui se noie désir respirer – avec ce niveau de concentration et de sincérité là.

RB :Bien sûr. Cela veut dire qu’il faut ce genre d’intensité dans la recherche. Mais il a aussi dit : « Si vous voulez faire un effort, vous devez faire un effort ; si le destin ne l’a pas prévu, l’effort ne se fera pas ». C’est ce que Ramana Maharshi a dit. Alors vous voyez, que l’on cherche ou que l’on ne cherche pas, c’est hors de votre contrôle. Ni la recherche de Dieu, ni celle de l’argent n’est à votre crédit ou de votre faute.

WIE : Vous avez écrit dans un de vos livres qu’on est déjà arrivé à une compréhension bien profonde quand on peut dire, « Cela m’est égal que l’éveil advienne dans cet organisme corps-esprit ou non ».

RB :C’est juste. Quand il arrive à ce stade, cela veut dire que le chercheur n’est plus présent. C’est très proche de l’éveil parce que s’il n’y a plus personne pour s’en soucier, il n’y a plus de personne qui cherche.

WIE : Mais est-ce que le résultat ne pourrait pas être une indifférence incroyablement profonde – ce qui n’est pas l’éveil.

RB :Cela pourrait mener à l’éveil !

WIE : J’ai encore une question. Vous dites souvent que nous devrions « juste accepter ce qui est ».

RB :Oui, s’il vous est possible de le faire – et cela est hors de votre contrôle !

Source : WIE

Les dix images de la capture du boeuf

Des diverses représentations qu’on a pu donner de la connaissance dans le zen, aucune n’est plus connue que les images de la Capture du Boeuf, série de dix illustrations accompagnées de commentaires en vers et en prose.

Des diverses représentations qu’on a pu donner de la connaissance dans le zen, aucune n’est plus connue que les images de la Capture du Boeuf, série de dix illustrations accompagnées de commentaires en vers et en prose. C’est probablement à cause du caractère sacré du boeuf en Inde antique que cet animal a été choisi pour symboliser la nature essentielle de l’homme et son esprit-de-bouddha.

Les dessins originaux et leurs commentaires sont attribués à Kakuan Shien (Kuo-an, Shih-Yuan), un maître du zen chinois du XII e siècle, mais il ne fut pas le premier à illustrer graphiquement les stades successifs de la connaissance selon le zen. Il existe des versions antérieures de cinq et de huit dessins, où le boeuf devient progressivement plus blanc, le dernier dessin représentant un simple cercle. Cela signifiait que la connaissance de l’Unité (c’est-à-dire de l’effacement de toute notion de “moi” et d’“autrui”) était le but ultime du zen. Mais Kakuan deux images au cercle pour montrer que l’adepte du zen vraiment accompli vit dans le monde quotidien et se mêle avec une parfaite liberté d’esprit aux autres hommes, que sa compassion incite à suivre la Voie du Bouddha. C’est cette version qui a été le plus largement adoptée au Japon. Elle est présentée ici sous la forme de peintures à l’encre de Gyokusei Jikihara.

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1. Chercher le boeuf

Le boeuf n’est jamais vraiment égaré, donc pourquoi le chercher? Ayant tourné le dos à sa vraie nature, l’homme ne peut la voir. A cause de ses erreurs, il a perdu le boeuf de vue. Soudain, il se trouve devant un labyrinthe de routes qui s’entrecroisent. L’avidité et la peur s’emparent de lui, les idées de bien et de mal le menacent de toutes parts.

Perdu dans la forêt, effrayé par la jungle,
il cherche le boeuf qu’il ne trouve pas.
Le long des larges rivières sombres et sans nom,
dans d‘épais fourrés de montagne, il suit de nombreux sentiers.
Las, le coeur lourd, il poursuit sa recherche
de cette chose qu’il ne peut encore trouver.
Le soir, il entend les cigales craqueter dans les arbres.

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2. Trouver les empreintes

Grâce aux sutras et aux enseignements, il discerne les empreintes du Boeuf. Il a appris que, de même que des vases d’or de forme différente sont tous faits du même or, de même chaque chose est une manifestation du Moi. Mais il est incapable de distinguer le bien du mal, le faux du vrai. Il n’a pas vraiment franchi la barrière mais il commence à apercevoir les empreintes du boeuf.

Il a vu d’innombrables empreintes de pas dans la forêt
et au bord de l’eau
Voit-il là-bas l’herbe foulée?
Même les plus profondes gorges des plus hautes montagnes
ne peuvent cacher le museau de ce Boeuf qui se dresse vers le ciel.

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3. Première apparition du Boeuf

S’il écoute attentivement les bruits de chaque jour, il accédera à la connaissance et, à cet instant, il verra la Source même. Les six sens ne se distinguent pas de cette Source, qui est présente en chaque activité, comme le sel l’est dans l’eau1. Lorsque la vision intérieure est convenablement centrée, on se rend compte que ce qui est vu est identique à la Source.

Un rossignol chante sur une branche,
le soleil brille sur les saules frissonnants.
Voici le Boeuf, où pouvait-il se cacher?
Cette tête splendide, ces cornes imposantes,
quel artiste pourrait les peindre?

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4. Attraper le Boeuf

Aujourd’hui, il a rencontré le Boeuf, qui avait longtemps cabriolé dans les champs, et il l’a attrapé. Le Boeuf s’est si longtemps ébattu en liberté qu’il n’est pas facile de lui en faire perdre l’habitude: il continue à rêver à l’herbe odorante, et il est encore entêté et déchaîné. Si l’homme veut le domestiquer complètement, il devra utiliser son fouet.

Il doit saisir fortement la corde et ne pas la lâcher,
car le Boeuf a encore des tendances malsaines2.
Tantôt il fonce vers les hauteurs,
tantôt il flâne dans un ravin brumeux.

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5. Domestiquer le Boeuf

Une pensée en entraîne une autre et encore une autre. L’illumination apporte la connaissance du fait que ces pensées ne sont pas irréelles, car même elles naissent de notre vraie nature. C’est seulement parce que l’erreur subsiste qu’on les croit irréelles. Cet état d’erreur n’a pas son origine dans le monde objectif mais dans notre propre esprit.

Il doit tenir fermement la corde et ne pas permettre au Boeuf de vagabonder,
faute de quoi il pourrait s’enfuir vers des refuges boueux.
Bien gardé, il devient propre et gentil,
Et suit de bon gré son maître, sans être à l’attache.

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6. Ramener le Boeuf à la maison

Le combat est terminé, “gagner” ou “perdre” n’affecte plus l’homme. Il fredonne la chanson du bûcheron et jour sur sa flûte les simples chansons des enfants du village. Monté sur le dos du Boeuf, il regarde sereinement les nuages. Sa tête ne se détourne pas [dans la direction des tentations]. Même si on essaye de le troubler, il reste calme.

Libre comme l’air sur le dos du Boeuf, il rentre gaiement à la maison
[dans le brouillard du soir, avec son grand chapeau de paille et sa cape.
Où qu’il aille, une brise fraîche l’accompagne,
tandis que dans son coeur règne une profonde tranquillité.
Ce Boeuf n’a pas besoin d’un seul brin d’herbe3

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7. Le Boeuf oublié, le Moi seul existe

Il n’y a pas de dualité dans le Dharma. Le Boeuf est la nature originelle de l’homme: il l’a enfin compris. Plus besoin de collet lorsque le lièvre est capturé, ni de filet lorsque le poisson est pris. De même que l’or séparé de la boue et que la lune lorsqu’elle a percé les nuages, un rayon de Lumière éclatante brille éternellement.

C’est seulement sur le boeuf qu’il a été capable de rentrer chez lui.
Mais voici que le Boeuf a disparu, et l’homme reste seul et serein.
Le soleil rouge brille haut dans le ciel,
tandis qu’il rêve paisiblement.
Et là, sous le toit de chaume,
son fouet et sa corde ne servent plus à rien.

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8. Le Boeuf et le Moi oubliés

Tous les sentiments trompeurs ont disparu, de même que les idées de sainteté. L’homme ne s’attarde pas à penser: “Je suis un bouddha”, et il dépasse rapidement le stade où l’on pense: “Et maintenant je me suis libéré du sentiment orgueilleux de n‘être pas un bouddha.” Même les mille yeux (de cinq cents bouddhas et patriarches) ne pourraient discerner en lui de qualité spécifique4. Si des centaines d’oiseaux parsemaient sa chambre de fleurs, il ne pourrait que se sentir honteux de lui-même5.

Forêt, corde, Boeuf et l’homme appartiennent au Vide.
Si vaste et infini est le ciel d’azur6
qu’aucun concept, quel qu’il soit, ne peut l’atteindre.
Un flocon de neige ne peut survivre sur un feu ardent7
Lorsque cet état d’esprit est atteint,
enfin vient le compréhension
de l’esprit des anciens patriarches.

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9. Retour à la source

Depuis le commencement il n’y a pas eu fût-ce un grain de poussière [pour souiller la Pureté essentielle]. L’homme observe la montée et le déclin de la vie dans le monde en s’installant modestement dans un état de sérénité inébranlable. Ce va-et-vient de la vie n’est pas illusion ou fantôme, mais manifestation de la Source. Pourquoi serait-il alors nécessaire de lutter8 pour quoi que ce soit? Les eaux sont bleues, les montagnes vertes. Seul avec lui-même, il observe le changement incessant des choses.

Il est retourné à l’Origine, revenu à la Source,
mais c’est en vain qu’il a marché.
C’est comme si, à présent, il était aveugle et sourd9.
Assis dans sa hutte, il n’aspire plus aux choses extérieures10.
Les rivières serpentent d’elles-mêmes,
les fleurs rouges sont naturellement rouges.

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10. Se rendre au marché11 avec des mains secourables

La porte de son cottage est fermée et même le plus sage ne peut le trouver12. Son panorama mental13 a finalement disparu. Il va son chemin, sans s’efforcer de suivre les pas des anciens sages. Portant une gourde14, il se rend au marché; appuyé sur son bâton, il rentre chez lui. Il conduit les aubergistes et les marchands de poisson sur la Voie du Bouddha.

Poitrine nue, pieds nus, il arrive sur la place du marché.
Couvert de boue et de poussière, comme il sourit largement!
Sans recourir à des pouvoirs surnaturels,
il fait fleurir soudain des arbres morts15.

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Texte et illustrations extraits de l’ouvrage Les trois piliers du zen — Éditions Stock, 1972.

Notes

1 Le sel correspond au vide et l’eau à la forme. Avant d’avoir connu le “goût” du satori on ignore ce vide et on ne connaît que la forme. Après l’illumination, on ne fait plus de distinction entre eux.

2 Littéralement: “une force sauvage” — c’est-à-dire qu‘à ce stade les sentiments illusoires subsistent encore et qu’il faut s’appliquer à les détruire.

3 C’est-à-dire que l’esprit-de-bouddha, symbolisé par le Boeuf, se suffit entièrement à lui-même.

4 Ce passage signifie que les bouddhas et les patriarches ont une sagesse qui leur permet de discerner aisément le caractère de l’homme ordinaire, comme un miroir est souillé par diverses taches. Mais celui qui se serait lavé de toutes les impuretés, y compris les formes les plus subtiles de l’orgueil, serait si pur et si naturel que même un bouddha serait incapable en le regardant de dire qu’il est ceci ou cela.

5 Allusion à une parabole relative à Hoyu-zenji, un maître du zen de la dynastie T’ang, qui vivait sur le mont Gozu et était réputé pour l’ardeur de son zazen. Mêmes les oiseaux, dit-on, chantaient sa louange en apportant des fleurs dans sa hutte. Après son illumination, poursuit la légende, les oiseaux interrompirent leurs offrandes parce que, ayant atteint le parfait satori, il ne dégageait plus aucune aura, fût-ce de dévotion ou de vertu.

6 “Ciel d’azur” signifie ici “esprit pur”.

7 Avec l’illumination véritable, toutes les pensées illusoires disparaissent, y compris celles d’“illumination” ou d’“illusion”.

8 “Si, comme le disent les sutras, notre nature essentielle est parfaite, pourquoi tous les bouddhas ont-ils dû lutter pour atteindre la perfection et l’illumination?” demandait Dogen, lequel ne fut capable de répondre à cette question qu’après des années d’effort, qui aboutirent à sa propre illumination.

9 C’est-à-dire que l’homme illuminé, n‘étant plus prisonnier des objets des sens, s’identifie si naturellement avec ce qu’il voit et entend qu’on ne peut même plus dire qu’il voit et qu’il entend.

10 L’illumination apportant la conscience d’embrasser tout l’univers, que reste-t-il à désirer?

11 Le marché est l’image du monde impur.

12 C’est-à-dire qu’il est devenu si pur et si parfait que le plus grand sage ne peut distinguer sur lui aucune marque de perfection.

13 C’est-à-dire tous les concepts, opinions, hypothèses et préjugés.

14 Dans la Chine antique, les gourdes servaient à transporter le vin. Ce qui est ici impliqué, c’est que l’homme qui a atteint la plus profonde spiritualité n’est pas hostile au fait de boire avec ceux qui aiment l’alcool, pour les aider à surmonter leurs erreurs. Cela souligne une différence fondamentale entre le Hinayana et le Mahayana. Dans le Hinayana, le moine célibataire, image même de la plus haute spiritualité, vit à l‘écart des laïcs; il doit se comporter comme un saint et un parangon de vertu pour répondre à l’idée qu’on se fait de lui. Dans le Mahayana, au contraire, l’homme illuminé (qui peut être et est souvent un laïc) n’a pas à incarner la “sainteté” ni à se tenir à l‘écart du monde et de ses souillures. Au contraire, il s’y plonge au besoin pour libérer les autres hommes de leurs erreurs, mais sans se laisser souiller lui-même. Il ressemble en cela au lotus, symbole bouddhiste de pureté et de perfection, qui pousse dans l’eau boueuse sans être souillée par elle.

15 En d’autres termes, l’illuminé, parce que toute sa personnalité est irradiée d’un éclat intérieur, apporte lumière et espoir à ceux qui vivent dans l’obscurité et le désespoir.

L’Être et le Temps

Mais la vérité a une autre face. Lorsque j’ai escaladé la montagne et traversé la rivière, j‘étais du temps. Le temps et moi sommes inséparables. Lorsque le temps n’est pas considéré comme un phénomène de flux et de reflux, le moment où j’ai ecaladé la montagne est le moment présent de l‘être-temps. Lorsqu’on ne pense pas au temps comme à une chose qui vient et qui va, le moment est pour moi le temps absolu.

Cessez de vous préoccuper de la dialectique du bouddhisme et apprenez plutôt à regarder dans votre propre esprit, dans la solitude.

Un ancien maître du zen1 a dit : “L‘être-temps se trouve sur le plus haut sommet et au plus profond de la mer, l‘être-temps à trois têtes et huit coudes, l‘être-temps mesure seize ou dix-huit pieds, l‘être-temps est un bâton de moine, l‘être-temps est un hossu2, l‘être-temps est une lanterne de pierre, l‘être-temps est Taro, l‘être-temps est Jiro3, l‘être-temps est la terre, l‘être-temps est le ciel.”

L‘être-temps signifie que le temps se confond avec l‘être. Toute chose existante est du temps. Une statue dorée est du temps et, par le fait, a la grandeur du temps. Vous devez apprendre qu’il y a douze heures4 de “présent”. Trois têtes et huit coudes sont du temps et, par le fait, ne peuvent qu‘être identiques, dans l’immédiat, à ces douze heures. Pour nous, douze heures ne représentent pas un temps long ou court, mais nous y voyons quand même douze heures. Les traces du flux et du reflux du temps sont si évidentes que nous ne les mettons pas en doute, mais nous ne devons pas pour autant en conclure que nous les comprenons. Les êtres humains se transforment, s’interrogeant tantôt sur ce qu’ils ne comprennent pas et tantôt sur autre chose, en sorte que leurs questions ne sont pas toujours les mêmes. L’interrogation seule, par sa durée, est du temps.

L’homme s’identifie avec le monde. Vous devez admettre que toute chose et tout être dans ce monde est du temps. Aucun objet ne s’oppose à un autre, de même qu’aucun temps ne s’oppose à un autre. En conséquence, l’orientation initiale e chaque esprit vers la vérité existe dans le même temps, et pour chaque esprit il y a, de même, un point de départ temporel dans son orientation vers la vérité. Il en va de même pour la pratique de l’illumination.

L’homme s’identifie avec le monde, c’est-à-dire avec le temps. Il faut admettre qu’il y a dans ce monde des millions d’objets et que chacun est le monde tout entier — voilà où débute l‘étude du bouddhisme. Lorsqu’on en arrive à comprendre cela, on se rend compte que tout objet, toute chose vivante représente la totalité, même s’ils n’en ont pas conscience. Comme il n’y a pas d’autre temps que celui-là, chaque être-temps représente la totalité du temps: un brin d’herbe, n’importe quel objet est du temps. Chaque point du temps inclut tous les êtres et le monde entier.

Demandez-vous s’il existe ou non des êtres ou des mondes qui ne soient pas inclus dans ce temps présent. Si vous êtes un homme ordinaire, ignorant le bouddhisme, en entendant les mots aru toki5 vous comprendrez sans doute qu‘à un moment donné l‘Âtre est apparu comme trois têtes et huit coudes, qu‘à un moment donné l‘Âtre mesurait seize ou dix-huit pieds ou qu‘à un moment donné j’ai traversé le fleuve et à un autre moment j’ai escaladé la montagne. Vous penserez peut-être que ce fleuve et cette montagne sont des choses du passé, que je les ai laisées derrière moi et que je vis à présent dans ce palais, c’est-à-dire qu’elles sont aussi distinctes de moi que le ciel l’est de la terre.

Mais la vérité a une autre face. Lorsque j’ai escaladé la montagne et traversé la rivière, j‘étais du temps. Le temps et moi sommes inséparables. Lorsque le temps n’est pas considéré comme un phénomène de flux et de reflux, le moment où j’ai ecaladé la montagne est le moment présent de l‘être-temps. Lorsqu’on ne pense pas au temps comme à une chose qui vient et qui va, le moment est pour moi le temps absolu. Lorsque j’ai escaladé la montagne et traversé le fleuve, n’ai-je pas connu le temps que je suis dans ce palais? Trois têtes et huit coudes sont le temps d’hier, une hauteur de seize ou dix-huit pieds est le temps d’aujourdh’ui, mais “hier” ou “aujourd’hui” représentent le temps où l’on va dans les montagnes et où l’on voit les dix mille sommets6. Ce temps n’est jamais passé. Trois têtes et huit coudes sont mon être-temps. Cela semble appartenir au passé, mais cela appartient au présent, comme le pin et le bambou.

Ne considérez pas le temps simplement comme une chose qui passe; ne pensez pas que sa seule fonction soit de passer. Pour que le temps passe, il faudrait qu’il y eût une séparation (entre lui et les choses). En croyant que le temps passe, vous n’apprenez pas la vérité de l‘être-temps. En un mot, chaque être dans le monde entier est un temps particulier dans un continuum unique. Et l‘être étant du temps, je suis mon être-temps. Le temps à pour caractéristique de passer d’aujourd’hui à demain, d’aujourd’hui à hier, d’aujourd’hui à aujourd’hui, de demain à demain. En raison de cette caractéristique, le temps présent et le temps passé ne se chevauchent pas, n’empiètent pas l’un sur l’autre. Mais le maître Seigen est du temps, Obaku est du temps, Kosei est du temps, Sekito est du temps7. Et du fait que vous et moi sommes du temps, la pratique de l’illumination en est aussi.

Trésor de l’Oeil du vrai Dharma , extrait de l’ouvrage Les trois piliers du Zen , Philip kapleau — Editions Stock, 1972.

1 Yakusan Igen-zenji, maître chinois de la période T’ang.

2 Chasse-mouches utilisé par les maîtres du zen.

3 Ces noms, Taro et Jiro, désignent n’importe qui — nous dirions Pierre et Paul.

4 C’est-à-dire une journée.

5 L’idéogramme utilisé ici peut signifier ou bien aru toki , c’est-à-dire “à un moment donné”, ou uji , c’est-à-dire “être-temps”.

6 Les “dix mille sommets des montagnes” représentent symboliquement les innombrables et diverses circonstances et activités de la vie quotidienne.

7 Dogen veut certainement dire que ces anciens maîtres du zen chinois, bien que morts depuis longtemps, existent toujours dans l’intemporalité du temps.

Bouddhisme et Physique quantique

Il y a un parallélisme surprenant entre le concept philosophique de la réalité de Nagarjuna et le concept physique de la réalité de la physique quantique. Pour les deux la réalité fondamentale ne repose pas sur un noyau dur mais sur des systèmes d‘éléments mutuels et interdépendants. Ces concepts de réalité sont incompatibles avec les concepts substantiels, subjectifs, holistes et instrumentalistes qui sont le fondement des manières de pensée du monde moderne.

Un étrange parallélisme entre deux concepts de la réalité

Le concept de la réalité de Nagarjuna

Nagarjuna était le philosophe bouddhiste le plus important de l’Inde. Selon Etienne Lamotte il vivait dans la deuxième partie du 3eme siècle. Sa philosophie est encore très actuelle. Elle détermine, jusqu‘à aujourd’hui les manières de penser de toutes les traditions du bouddhisme tibétain. Nous possédons peu d’informations biographiques sur sa vie, en revanche beaucoup de légendes reposent sur celle-ci. L’authenticité de 13 de ses œuvres est prouvée par la recherche scientifique. C’est surtout le danois Chr. Lindtner qui s’est occupé de la vérification et de la traduction de ces 13 œuvres [1]. Son œuvre principal, portant le titre Stances du milieu par excellence [Mulamadhyamaka-karika][en abréviation: MMK] est récemment parue dans une traduction française de Guy Bugault [2]. Nagarjuna est le fondateur de l‘école philosophique du chemin du milieu, Madhyamaka. Le chemin du milieu représente une voie philosophique et spirituelle qui cherche à éviter les concepts métaphysiques extrêmes, surtout ceux de la pensée substantielle et subjective. Dans son ouvrage principal, Stances du milieu par excellence [MMK] le chemin du milieu est décrit de la façon suivante: „24,18 C’est la production dépendante [pratityasamutpada] que nous entendons sous le nom de la non-substantialité [sunyata]. C’est là une désignation métaphorique, ce n’est rien d’autre que la voie du milieu” [3]. Nous comprenons donc que selon Nagarjuna la dépendance des choses est identique avec la non-substantialité des choses.

La philosophie de Nagarjuna repose sur deux aspects . D’une part sur une exposition de son propre concept de réalité [pratityasamutpada et sunyata] selon lequel la réalité fondamentale n’a pas de noyau dur et ne se base pas sur des éléments indépendants mais sur des systèmes comportant deux parties mutuelles et interdépendantes. Ce concept est opposé à une des expressions clef de la métaphysique traditionnelle existante en Inde: svabhava [être propre]. D’autre part elle comporte de nombreuses indications à des contradictions internes de 4 concepts extrêmes, qui ne sont pas présentés dans tous les détails mais seulement dans leurs principes. On peut cependant aisément reconnaître à quels modes de pensée ces principes font référence et c’est important, car il s’agit de nos modes de pensée qui ne nous permettent pas de connaître la réalité comme elle est. Ce thème n’est pas seulement une discussion sur la métaphysique traditionnelle en Inde. Ces 4 approches extrêmes, je les mets en relation aux modes de pensée substantiels, subjectifs, holistes et instrumentalistes du monde moderne. Pour pouvoir contourner et éviter ces modes de penser, il faut d’abord les connaître. Je vais donc les présenter ici de façon fragmentaire.

Le substantialisme . La pensée substantielle est en Europe au centre de la métaphysique traditionnelle, si l’on se base sur la philosophie présocratique en passant par Platon jusqu‘à Kant. Selon la métaphysique traditionnelle la substance ou l‘être propre est une chose inchangeable, identique à elle-même, ne résultant d’aucun élément, existant par soi-même . La substance ou l‘être propre est la raison d‘être de toute chose, le fondement immatériel du monde dans lequel nous vivons. Sous les termes « substance suprême » la métaphysique traditionnelle assimilait souvent Dieu ou un être divin. Depuis Kant les courants principaux de la philosophie moderne ne considéraient plus les choses comme des éléments de la réflexion philosophique. L’objet de la pensée étant devenu la raison comme moyen de la connaissance. C’est pour cela que la métaphysique traditionnelle a perdu une certaine importance. Mais les concepts centraux comme l‘être, la substance, la réalité ont été remplacés par des expressions scientifiques substantielles et réductionnistes: Maintenant ce sont des termes scientifiques tels que les atomes, les particules, l‘énergie, les champs de force, les lois de la nature, de symétrie qui sont la raison d‘être des choses .

Le subjectivisme . Par l’expression la pensée subjective j’entends le tournant vers le sujet qui a été introduit par René Descartes. C’est la doctrine selon laquelle la conscience est la donnée primaire tandis que toute autre chose est le contenu, la forme ou la création de la conscience. L’apogée de ce subjectivisme c’est l’idéalisme de Berkeley. La philosophie de Kant peut être considérée comme un subjectivisme modéré. La primauté de la subjectivité ou de la conscience de soi-même est depuis Descartes le pivot de la pensée philosophique moderne qui lui rend évidence et certitude [Gadamer].

L’holisme . Cette troisième approche cherche à éviter l’alternative stéréotypée et schématique des deux premières approches en faisant une fusion des deux aspects en un seul. Maintenant il ne s’agit plus de parties, il n’y a rien que l’identité, tout est un. L’holisme fait du tout un principe absolu. C’est une mythification. Le tout devient une unité indépendante des ses parties. La totalité est entendue comme une chose concrète comme si la totalité était un fait empirique qui se base sur l’expérience. Cette approche est liée à l’histoire de la philosophie aux noms de différents penseurs comme Saint Thomas d’Aquin, Leibniz et Schelling. Dans la physique quantique elle est représentée avant tout par le physicien David Bohm.

L’instrumentalisme . Cette 4eme approche consiste à une réfutation de l’existence du sujet et de l’objet. Elle ne tient pas compte du sujet et de l’objet. Au lieu de préférer l’un ou l’autre ou les deux à la fois, l’instrumentalisme refuse les deux. La question de la réalité est dénuée d’importance ou même inutile. L’instrumentalisme est moderne, intelligent [par exemple dans la personne du philosophe Enst Cassirer] et parfois un peu chicanier. Il est difficile de s’en échapper. Il consiste à considérer la pensée comme une assimilation d’informations. Il ne s’occupe plus de quels phénomènes les informations informent. C’est un problème qui lui vient du subjectivisme, dont le philosophe Donald Davidson disait: „Quand on s’est décidé pour l’approche de Descartes, il parait que l’on ne sait plus indiquer pour quelles choses les références sont références” [4]. L’instrumentalisme est une notion collective, il indique des conceptions scientifiques différentes , qui font abstractions de la connaissance humaine dans son ensemble ou des formations scientifiques (des conceptions, thèses ou théories) comme reproduction de la structure de la réalité mais plutôt comme un résultat de l’interaction humaine avec la nature pour le but d’une orientation théorique et pratique. Selon l’instrumentalisme les théories ne sont pas une description du monde mais des instruments efficaces pour le calcul et la prédiction [5]. L’approche instrumentaliste est exprimée en quelques mots seulement par le physicien Anton Zeilinger qui dit dans un interview: „Dans la physique classique nous parlons d’un monde des choses, qui existent quelque par là à l’extérieur et nous décrivons cette nature. Dans la physique quantique nous avons appris qu’il faut être très prudent. En dernière analyse la physique n’est pas la science de la nature mais la science des déclarations sur la nature. La nature elle même est toujours une construction mentale. Niels Bohr a dit cela une fois de cette manière: Il n’y a pas de monde quantique, il n’ y a qu’une déscription quantique” [6].

Nagarjuna présente ces 4 concepts de la réalité dans un schéma qui est appelé en Sanscrit ‘catuskoti’ et en grèque ‘tétralemme’. C’est un groupe de quatre propositions, dont la deuxième est la contradictoire de la première, la troisième étant l’addition des deux et la quatrième leur annulation. En peu de mots les 4 concepts principaux de Nagarjuna peuvent être formulé de la façon suivante : Jamais, le nulle part, rien qui surgisse substantiellement , ni de soi-même, ni d’autres chose, ni des deux à la fois, ni sans cause. Derrière cette phrase il y a des concepts de la réalité qui peuvent être liés à 4 façons de penser : les façons substantielles, subjectives, holistes et instrumentalistes. Il sera difficile de trouver un homme ou une femme moderne qui ne manifeste pas à sa manière une de ses quatre approches extrêmes. C’est cela qui explique l’actualité de la philosophie de Nagarjuna. Nagarjuna n’a pas du tout réfuté la pensée substantielle pour arriver au subjectivisme, comme cela lui a été reproché . Il n’a pas refusé le schéma dualiste pour arriver à une approche holiste ou de la totalité, comme l’ont dit de lui certains interprètes bienveillants. Et il n’a pas réfuté l’holisme pour s’arrêter dans les nuages de l’instrumentalisme, comme bon nombre d’interprètes succédant à Ludwig Wittgenstein l’affirment. Et pourquoi pas? Ce sont précisément les 4 approches extrêmes qui sont réfutées systématiquement par Nagarjuna.

Déjà dans la première stance des ‘Stances du milieu par excellence’ explique non seulement le dilemme mais le tétralemme de notre pensée: „MMK 1,1 Jamais, nulle part, rien qui surgisse, ni de soi-même, ni d’autre chose, ni des deux à la fois, ni sans cause”. Cette stance peut être considérée comme l’affirmation principale des MMK: la réfutation de 4 approches métaphysiques extrêmes qui ne sont pas compatibles avec la dépendance mutuelle des choses. Le reste des MMK ne serait alors qu’une explication de cette stance. C’est pour cela qu’il faut effectuer une approche minutieuse et précise. Qu’est-ce-que l’affirmation de cette stance, qu’il n’y a rien à trouver, qu’il n’y a rien, que rien n’existe? Nagarjuna était-il aveugle? Est-ce-qu’il voulait nier le monde extérieur? Est ce qu’il voulait réfuter ce qui est évident? Voulait-il remettre en question le monde dans lequel nous vivons? Voulait- il réfuter l’expérience quotidienne que nous pouvons trouver partout, des choses qui ont surgit d’une manière ou d’une autre? Quand une cause n’est pas surgit d’elle-même elle doit avoir surgit d’autre chose . Cela serait une objection valable si on entend par surgir la production empirique des choses. Mais que signifie la notion ‘surgir’? Dans un autre livre Nagarjuna donne lui-même une indication pour la compréhension de cette notion. Il écrit dans son livre Yuktisastika (YS): „19 Ce qui n’est pas surgit d’une façon substantielle, comment on peut le nommer l ittéralement ‘surgir’? [7] Par la production des choses il n’entend pas la production empirique, mais plutôt la production substantielle. Quand Nagarjuna dit dans son œuvre principale [MMK] que la production d’une chose est dépourvue de sens [MMK 7, 29], qu’il n’y a pas d’existence des choses [MMK 3,7; MMK 5,8; MMK 14,6], que l’on ne les trouve pas [MMK 2, 24-25; MMK 9,11], qu’ils ne sont pas[MMK 15,10] et qu’ils sont des faux-semblant [MMK 13,1] – cela signifie manifestement que les choses ne surgissent pas d’une façon substantielle, elles n’existent pas par elles mêmes, on ne trouve pas leur indépendance et dans ce sens elles sont irréelles. C’est uniquement l’idée de la production substantielle des choses, uniquement celle d’une existence absolue et indépendante, mais nullement la production empirique ou l’existence empirique des choses qui sont réfutées par Nagarjuna.

Nagarjuna s’explique dans les ‘Stances du milieu par excellence’. Il dit: „MMK 15, 10 Dire ‘il y a’ c’est prendre les choses comme éternelles, dire ‘il n’y a pas’ c’est ne voir que leur anéantissement. C’est pourquoi l’homme clairvoyant ne s’attachera ni à l’idée d‘être ni à l’idée de non-être”. L’expression ‘Il y a’ a chez Nagarjuna la signification ‘Il y a substance’. Son thème n’est pas l’existence empirique des choses, mais l’idée métaphysique d’une durée permanente ou d’une substance des choses. Ce n’est que l’idée de l‘être propre, sans participation à une autre chose qui est réfutée par Nagarjuna: Les choses n’existent pas pour elles-mêmes, elles n’existent pas d’une façon absolue, leur permanence est introuvable, elles ne sont pas indépendantes, mais elles sont dépendantes l’une de l’autre.

Quand aux nombreuses interprétations qui essayent de faire dire de Nagarjuna qu’il réfute l’existence empirique des choses, c’est une généralisation inadmissible qui approche Nagarjuna au subjectivisme ou idéalisme ou instrumentalisme. Ce genre d’interprétation est né d’approches métaphysiques qui ont des difficultés à reconnaitre l’existence empirique des choses, ce qui n’est pas du tout le cas chez Nagarjuna.

Comment Nagarjuna justifie t’il son idée de la dépendance mutuelle? Le point de départ de sontœu vre principale c’est la double nature des choses. Ces choses doubles ne peuvent être divisées en deux parties indépendantes. Elles sont un système de deux éléments matériels ou immatériels qui se comp lètent. Un élément n’existe pas sans l’autre, l’un est en corrélation avec l’autre. Dans les MMK Nagarjuna s’occupe de ces différents systèmes doubles tels que:

Une chose & ses conditions, un marcheur & son trajet, le sujet voyant & l’objet vu, la cause & l’effet, le caractère & le caractérisable, la concupiscence & le sujet concupiscent, l’idée de la production & les causes de la production, l’acte & l’agent, le sujet qui voit & la vision, le feu & le combustible.

De cette manière nous sommes guidés au centre de la philosophie de Nagarjuna. Il réside dans son concept de la réalit é. Dans le premier 10 premiers chapitres de son œuvre principale, mais également dans les chapitres qui suivent Nagarjuna souligne une seule idée qui se trouve dans la conclusion suivante: les deux éléments d’un système de deux éléments ne sont pas identiques mais ils ne scindent pas en deux. La marque la plus importante des choses c’est leur dépendance et la non-substantialité qui en résulte, l’impossibilité de pouvoir exister d’une façon seule, indépendante, séparée, détachée et isolée. Ceci est le sens de sunyata: les choses sont sans un être propre et sans indépendance. La réalité fondamentale ne consiste trouver des facteurs singuliers et isolés. Les choses surgissent seulement en dépendance mutuelle d’autres choses. Elles ne surgissent pas substantiellement, car une chose dépendante ne peut pas être indépendante:

Une chose n’est pas indépendante des ses conditions et elle n’est pas identique avec elle. Un marcheur n’existe pas sans un trajet parcouru et il n’est pas lui même ce trajet . Chez un sujet voyant il n’y a ni identité ni disparité avec l’objet vu. Il n’y a pas une cause sans effet et vice versa. Le concept ‘cause’ n’a pas de sens sans sa contrepartie ‘effet’. Cause et effet ne font pas un, mais ils ne peuvent pas être séparés en deux concepts. Sans un caractère nous ne pouvons pas parler du caractérisable et vice versa. Comment pourrait-il avoir un sujet concupiscent sans la concupiscence? Quand il n’y a pas des causes de la production alors il n’y a pas de production, par elle-même il n’y a ni l’un ni l’autre. Sans l’acte il n’y a pas l’agent, sans feu il n’y a pas de combustible. Feu et combustible ne forment pas un mais ils ne tombent pas en deux objets indépendants. Les éléments matériels et mentaux d’un système de deux éléments n’existent pas d’une façon isolée d’elles-mêmes. Ils ne sont pas identiques et ils ne sont pas indépendants mutuellement. Chez une paire de deux éléments corrélatifs la constitution et même l’existence entière d’un élément est dépendante de l’autre. Un se produit avec l’autre. Quand l’un disparait l’autre disparait avec lui. C’est pour cela: Jamais, nulle part, rien qui surgisse substantiellement , ni de soi-même, ni d’autre chose, ni des deux à la fois, ni sans cause. La réalité fondamentale ne consiste pas à la formation de noyau dur mais de systèmes dépendants.

Ce concept de réalité est pour l’instant une idée, une indication à une réalité qui à vrai dire ne peut pas être expliqu é. Celui qui peut parler de la réalité tel qu’elle est, sans concepts, ne la connait pas. L’expérience yogine de la non-substantialité, l’expérience de sunyata et de pratityasamutpada, l’expérience vécue de la réalité telle qu’elle est, présuppose pour la tradition bouddhiste qui se réfère à Nagarjuna, une haute réalisation spirituelle. Elle demande d’abandonner les positions extrêmes, et même la dissolution de toute la pensée dualiste. Faire l’expérience de sunyata, vivre la non-substantialité des choses cela veut dire se libérer de tous les enche vêtrements de ce monde. Un autre mot pour décrire cela est : le nirvana.

Les interprétations . Selon Nagarjuna la première question à se poser est celle de la réalité et pas du tout celle concernant la conscience, l’esprit ou la connaissance. Ce subjectivisme est plutôt valable pour l‘école philosophique du Yogacara ou pur le bouddhisme tantrique. Mais les interp rétations des œuvres les plus importantes du Yogacara sont controversées parce qu’elles peuvent être comprises dans un sens ontologique qui nie le monde extérieur et qui adopte la position de l’idéalisme ou dans un sens une épistémologique ou dans un sens d’une théorie de la connaissance qui n’explique pas le monde extérieur mais plutôt la manière dans laquelle la perception est une projection de la conscience. Ce qui est appelé alayavijnana dans le Yogacara et Mahamoudra dans le bouddhisme tantrique se réfère à la connaissance bienheureuse de sunyata et chez Nagarjuna à sunyata même [8].

Pour montrer que ce sont les objets qui sont sans substances et d’une dépendance mutuelle et non seulement leur conception, je m’appuie sur la physique quantique. Dans la physique il ne s’agit pas uniquement de concepts mais aussi de constitution de la réalité physique. Elle ne produit directement que des modèles. Elle n’examine donc pas que des réalités qu’elle produit elle-même, mais nous devons aucunement aller si loin de considerer toutes nos perceptions et tous nos modèles de penser comme complètement arbritraires : Les constructions de notre esprit ne sont pas directement identiques avec la réalité mais elles ne sont pas du tout accidentelles et contingentes et en règle générale elles ne sont pas trompeuses [Irvin Rock]. Derrière ces modèles il y a les objets empiriques et approximativement il y a une ressemblance de structure d’un modèle physique réaliste avec l’objet correspondant.

Les fondements métaphysiques de la physique quantique

Remarque préalable . Il ne s’agit pas d’un exposé ou d’une critique de la physique quantique, mais plutôt d’une discussion des tournures d’esprit métaphysique, qui sont à la base de la physique quantique. Le concept de réalité de la physique quantique peut être exposé par trois notions clé: complémentarité, les 4 interactions et le phénomène d’intrication . [Le phénomène d’intrication n’est pas expliqué ici. Je mentionne seulement le commentaire de Roger Penrose. Il dit que: „Le phénomène d’intrication est une chose très étrange. C’est une chose intermédiaire entre des objets d‘être séparés et d‘être ensemble”. Roger Penrose, The Large, the Small and the Human Mind , Cambridge University Press 1999, p. 66].

La physique quantique a une longue histoire, dans laquelle il n’y a pas été prouvé d’une façon définitive si les plus petits éléments de la lumière et de la matière ont un caractère de corpuscule ou d’onde. Nombreuses expériences soutenaient l’une et l’autre supposition. Les électrons et les photons se comportent parfois comme des ondes et parfois comme des corpuscules. Cela était nommé le dualisme d’ondes-corpuscules. La conception du dualisme a été comprise comme une dichotomie et une contradiction logique. Selon la conception du dualisme les électrons et les photons ne peuvent pas être des corpuscules et également des ondes. Ce sont des espérances et attentes que nous avons liées à l’atomisme, car dans le sens de l’atomisme une explication scientifique consiste à réduire une chose changeable à ses éléments constants ou à des lois mathématiques. C’est de la conception dualiste de base que l’atomisme moderne a hérité de la science de la nature des grecques: il n’y a pas de substance et de permanence dans les objets de perception du monde dans lequel nous vivons, mais uniquement dans les éléments des choses et dans l’ordre mathématique. Ces fondements matériels et immatériels tiennent le monde ensemble. Ils ne changent pas tandis que tout est instable et changeable. Selon les attentes de l’atomisme il doit être possible de réduire un objet à ses éléments indépendants ou à ses lois mathématiques ou principes de base simples, selon lesquels les systèmes fondamentaux doivent être corpuscules ou ondes, mais non pas les deux à la fois.

Que faut entendre par éléments indépendants? Platon avait fait la différence entre deux formes de l‘être. Il distinguait les choses particulières qui sont tout ce qu’elles sont par participation et qui pour cela n’ont pas un être propre, et d’autre part les idées qui ont un être propre . La métaphysique traditionnelle a adopté cette division en deux parties faite par Platon. Dans la métaphysique traditionnelle un être propre et indépendant désigne une entité qui n’est dépendante de rien d’autre [Descartes], qui existe de soi-même et par soi-même [More], qui est complètement illimitée par d’autres et libre de toute influence extérieure [Spinoza], qui consiste pour soi-même sans les autres [Schelling]. Albert Einstein suivait cette tradition métaphysique quand il écrivait: „Pour la classification des choses qui sont introduites dans la physique il est essentiel que ces choses demandent a un temps précis une mutuelle existence indépendante autant que les choses ‘soient situées dans différentes parties de l’espace’. Sans la supposition d’une telle indépendance de l’existence [des ‘So-seins’, de ‘l‘être ainsi’, de ‘l‘être sans rien’] des choses distantes qui sont mutuellement à distance, les idées physiques ne seraient pas possibles dans un sens courant, mêmes si l’origine de cette supposition est issu de la pensée quotidienne” [9].

Cette idée d’une réalité indépendante était projetée par l’atomisme sur les éléments fondamentaux de la matière. Une explication scientifique repose dans son sens sur la réduction de l’instabilité et la multiplicité des objets et des états à leurs éléments permanents, stables, indépendants et indivisibles. Selon les attentes des atomistes tous les changements de la nature s’expliquent par la séparation, l’union et par le mouvement d’atomes ou d‘éléments encore plus fondamentaux qui sont inchangés et indépendants. Ces éléments fondamentaux ou leurs lois mathématiques constituent le noyau des choses, ils sont le fondement de tout et ils tiennent le monde ensemble. A savoir si les éléments fondamentaux de la matière étaient des corpuscules ou des ondes était un thème explosif: Les conceptions traditionnelles de la réalité que la métaphysique avait mis e à la disposition de la physique quantique étaient en jeu. Il était possible que la réalité fondamentale ne puisse pas être saisit avec les conceptions traditionnelles de la réalité. Quelle valeur d’explication a l’atomisme s’il s’avère qu’il n’y a pas d’atomes ou objets quantiques indépendants et que les objets quantiques n’ont pas de noyau stable? Est-ce-que les objets étaient objectifs, subjectifs, les deux à la fois, ni l’un ni l’autre? Qu’est-ce-que la réalité? Le monde quantique est-il différent du monde dans lequel nous vivons?

Niels Bohr . A partir de 1927 le physicien Niels Bohr introduisait la notion de complémentarité, selon laquelle les images de corpuscule et d’onde ne représentent pas deux images irréductibles, opposées et séparées mais se complètent mutuellement et ne donnent une description complète des phénomènes physiques commun. La complémentarité signifiait pour Niels Bohr qu’il n‘était pas possible dans le monde quantique de parler d’objets quantiques indépendants et objectifs parce qu’ils sont en corrélation mutuelle et avec l’instrument de mesure. Bohr soulignait que cette corrélation entre l’objet quantique et l’instrument de mesure était un élément inséparable des objets quantiques parce qu’elle jouait un rôle important pour la manifestation de certaines qualités importantes des objets quantiques : certaines mesures fixent les objets quantiques en tant que corpuscules. Ils déterminent l‘état ou la manifestation des objets et détruisent l’interférence [dans ce cas on parle de décohérence] qui caractérise les objets en tant qu’ondes. D’autres procédés de mesures les déterminent an tant qu’ondes. Voilà en quelques mots la nouvelle conception physique de la réalité de Niels Bohr. De la découverte de la non-séparabilité de l’objet quantique et l’instrument de mesure Niels Bohr ne tirait pas la conséquence instrumentaliste qu’il n’y a pas d’objets quantiques, c’est du moins ce qu’il disait dans son argumentation physique. Quand il parlait au niveau métaphysique de la physique quantique il adoptait une approche instrumentaliste [10]. D’un point de vue physique la réalité physique fondamentale consistait pour lui à une interaction des objets corrélés.

L’Interaction dans le modèle standard de la physique quantique orthodoxe

Entre temps la notion d’ interaction était introduite dans le modèle standard de la physique quantique. Les 4 interactions élémentaires empêchèrent de réduire les choses à leurs éléments de base comme Démocrite l’avait pensé. Aux éléments de base s’ajoutent le s 4 interactions, les forces qui agissent entre les objets élémentaires. En tant qu‘éléments de base ils ne se sont pas établis comme objets indépendants et isolés mais en tant que des systèmes de deux corps ou plusieurs corps ou des ensembles de particules élémentaires. Entres ces éléments agissent les interactions. Ce sont les forces qui tiennent les éléments ensemble [11]. Ces forces sont une composante des éléments. Elles sont souvent des forces d’attraction mais parfois aussi des forces de répulsion, surtout quand il s’agit des forces électromagnétiques. On peut s’imaginer les interactions entre les particules élémentaires comme un échange de particules élémentaires. Le physicien Steven Weinberg a écrit: „Aujourd’hui nous nous approchons à une vue homogène de la nature quand nous pensons dans les notions de particules élémentaires et les interactions entre eux […]. Les plus connus sont la gravitation et l‘électromagnétisme. Ils appartiennent au monde empirique à cause de leur grande portée. La gravitation maintient nos pieds sur le sol et les planètes dans leur orbite. L’interaction électromagnétique entre les électrons et le noyau atomique est responsable pour toutes les propriétés chimiques et physiques de corps solides ordinaires, les liquides et les gaz. Les deux forces de noyau appartiennent à une autre catégorie en ce qui concerne la portée et la familiarité: L’interaction ‘forte’ qui maintient les protons et neutrons du noyau atomique a une portée de ca 10 – 13 centimètres seulement. C’est pour cela qu’elle se perd complètement dans la vie quotidienne et même dans le domaine de l’atome [10 – 8 centimètre]. Le moins familier c’est l’interaction ‘faible’, qui a une portée tellement courte [moins que 10 – 15 centimètres] et qui est si faible qu’elle ne peut maintenir ensemble probablement rien du tout” [12].

Ce genre d’explications entre jusqu’aux détails difficiles et subtiles . Par exemple: comment un électron qui n’est qu’ un seul objet peut il faire une interaction avec un autre objet quantique? Quelle partie peut-il émettre quand il est d’une seule partie? A cette question on peut répondre par la conception de l’interaction. Un électron ne se construit pas par une seule partie, car l’interaction de l‘électron est elle-même une partie de l‘électron. Dans un article sur la supergravitation, publié en 1978, les physiciens Daniel Z. Freedman et Pieter van Nieuwenhuizen écrivent sur ce thème la chose suivante : „On peut par exemple décrire la masse d‘électron observée en tant que somme d’une ‘masse nue’ et de ‘self-enery’ [auto-énergie], qui est fondée sur l’interaction de l‘électron avec son propre champs électromagnétique. D’une façon détachée aucun de ces éléments n’est visible” [13].

Ce que la physique quantique sait des porteurs de l’interaction peut être rendu brièvement avec les mots du physicien Gerhard ‘t Hooft. Il écrit ‘qu’un électron est entouré par un nuage de parties virtuelles qu’il émet et absorbe d’une façon permanente. Ce nuage n’est pas seulement formé de photons, mais également de paires de particules chargées, comme par exemple électrons et leur antiparticules, les positrons”[…]. „Un quark est également entouré d’un nuage de particules virtuelles, à savoir des gluons et des paires de quark-anti-quark” [14]. Des quarks isolés et indépendants n’ont jamais été vus. Ce phénomène est nommé ‘Confinement’ par la recherche scientifique récente, c’est à dire : quarks sont des prisonniers, ils ne peuvent pas apparaître seuls, mais uniquement comme paire ou trio. Quand on cherche à séparer deux quarks par la force ils se manifestent entre eux des quarks nouveaux qui s’unissent par paires ou trios. Le physicien Claudio Rebbi et d’autres scientifiques constatent qu’: „Entre les quarks et les gluons à l’intérieur d’une particule élémentaire se manifestent d’une facon permanente des quarks et des gluons supplémentaires qui se dissipent après un court de temps” [15]. Ces nuages de particules virtuelles représentent l’interaction ou établissent les interactions.

Nous sommes arrivés au centre de la physique quantique. Elle naît d’une nouvelle conception physique de la réalité. Cette conception ne regarde plus les éléments isolés et indépendants comme fondements de la réalité, mais des systèmes de deux corps ou de deux états des objets quantiques, comme terre & lune, proton & électrons, proton & neutron, onde & instruments de mesure, corpuscule & instrument de mesure, photons de jumeaux, particule & champs de force. Les deux parties ne sont pas identiques, ils ne ne sont pas un, mais il ne tombe pas en morceaux, il ne se laissent pas réduire en deux corps ou états séparés et indépendants dont l’un est fondamental et l’autre dérivé, comme le cherche à faire le schéma du substantialisme et du subjectivisme. Il n’est pas une unité d’ensemble sans soudure, il n’est pas un tout mystique comme l’holisme le prétend. On ne peut pas affirmer qu’il n’est rien d’autre qu’un modèle mathématique que nous construisons et à qui ne corresponde à aucune réalité . Cette dernière affirmation est avancée par le physicien Stephen Hawking. Dans une discussion avec Roger Penrose il dit: “Moi, par contre, je suis positiviste – je pense que les théories physiques ne sont que des modèles mathématiques et qu’il est vide de sens de demander si elles correspondent à la réalité. A la rigueur on peut se demander si elles peuvent faire une prédiction des observations” [16]. Est-il vraiment vide de ses de demander si une théorie corresponde à une réalité? Aucunement. Car, quand le modèle de penser est juste il y a une ressemblance aux données qu’il reconstruit. Autrement il serait possible de faire des prédictions pour lesquelles il n’y a pas d’explications rationnel les parce qu’elles ne peuvent pas correspondre à la réalité. Une grande partie des expériences physiques est faite parce qu’on se demande si une théorie corresponde à une réalité.

D’un point de vue physique une réalité physique est une réalité fondamentale qui n’est pas un système d’un seul corps mais plutôt un système de deux corps ou un ensemble de corps, un nuage de particules virtuelles dont les corps sont entourés. Entre ces corps il y a une interaction qui est une composante de ces corps. Ces découvertes physiques sont définitives. Et pourtant tous nos concepts métaphysiques s’opposent à cela. Ce nuage ne correspond pas à nos espérances traditionnelles de ce qui représente la stabilité, la substance, la permanence et l’ordre et à ce qui doit être fondamental. Comment des nuages peuvent être ce que nous sommes habitués à considé rer comme les fondements de la matière? Comment cette petite chose oscillante peu être ce que des générations entières de philosophes et de physicien ont cherché à analyser pour arriver jusqu’au noyau des choses, à une réalité ultime? Est- ce tout? De ce nuage nous voulons filtrer et faire ressortir par une interprétation métaphysique ce qui est durable, ce qui reste. Ceci va dans le sens de la métaphysique de substance de Platon quand Werner Heisenberg appelait les fomes mathematiques ‘les idées de la matière’ dont les particules élémentaires corresponait en tant que objet. Carl Friedrich von Weizsäcker appelait la mathématique ‘l’essence de la matière’ et pour le physicien Herwig Schopper les champs de force sont la réalité ultime. Ou d’autre part nous voulons regarder ces nuages comme un tout mystique [holisme]. Ou nous voulons écarter les nuages comme une construction sans fondement [instrumentalisme]. Et pourquoi? Seulement parce que nous ne pouvons pas admettre que les interactions complexes du monde dans lequel nous vivons sont sans fondements solides et stables. Il est impossible de trouver un objet élémentaire qui n’est pas dépendant d’autres objets quantiques ou de ses propres composants. Il est impossible de dissoudre la double nature ou la multiplicité des objets quantiques. La réalité physique fondamentale consiste des nuages corrélés d’objets quantiques.

Les résultats

La réalité fondamentale n’est pas statique, stable, dur et indépendante. Elle ne se forme pas par des facteurs isolés , mais plutôt par des systèmes de corps dépendants. La plupart des systèmes se composent de plus de deux corps mais il n’y a pas de systèmes qui existent avec moins de deux corps. Dans la physique quantique on appelle ce genre de systèmes à deux corps : terre & lune, électron & positron, particule & champs de force. Nagarjuna appelle ses systèmes marcheur & trajet parcouru, feu & combustible, sujet voyant & objet vu, cause & effet, acte & agent. Les deux modèles décrivent des systèmes à deux corps qui ne sont ni séparés ni vraiment ensemble, ils ne s’unissent pas et ils ne tombent pas en deux. Les corps ne sont pas indépendants, ils n’existent pas d’eux-mêmes et ils ne peuvent pas être observés d’une façon isolée parce qu’ils sont dans leur constitution et même dans leur existence toute entière interdépendants et ne peuvent pas exister et fonctionner indépendamment. Ils sont maintenus ensemble par interaction. On ne peut pas réduire un corps à un autre, l’un ne peut pas être expliqué par l’autre. Les corps ne sont pas identiques. Les systèmes ont une stabilité fragile qui est basée sur des interactions et des dépendances mutuelles de leur corps qui sont s ouvent connues, même si certain ne le sont que partiellement et d’autres ne le sont que dans un stade très peu avancés [comme par exemple chez les photons jumeaux ou dans la relation conscience & cerveau].

Qu’est ce que la réalité? Nous sommes habitués à avoir une base solide sous les pieds et de voir des nuages fugitifs au ciel. Le concept de réalité de la philosophie de Nagarjuna et les concepts physiques de la complémentarité et des interactions dans la physique quantique nous enseignent une autre histoire: Tout est bâtit sur le sable et même les grains de sable n’ont pas de noyau stable. Leur stabilité est basée sur les interactions instables de leurs éléments fondamentaux.

Source: Site internet

Notes

[1] Cf. Chr. Lindtner, Nagarjuniana, Copenhagen 19882. La recherche nouvelle a exprimé des doutes envers l’authenticité de quelques de ces 13 œvres. Voir par exemple: Tilmann Vetter, On the Authenticity of the Ratnavali, in: Asiatische Studien XLVI [1992], p. 492-506

[2] Cf. Nagarjuna, Stances du milieu par excellence [Madhyamaka-karikas], édité par Guy Bugault, Paris 2002

[3] Ibid., p. 311

[4] Donald Davidson, Der Mythos des Subjektiven, Stuttgart 1993, p.90

[5] Voir Enzyklopädie Philosophie und Wissenschaftstheorie, 4 Bände, Jürgen Mittelstraß [Hg.], Stuttgart, Weimar 1980 ff, B.2, p.252 f

[6] Anton Zeilinger, ‘Tagesspiegel’, 20/12/1999

[7] Chr. Lindtner, op.cit., p. 109

[8] Voir Geshe Rabten, Mahamudra, Le Mont-Pèlerin 2002, p. 255. Voir Tarab Tulku Rinpoche, UD-Newsletter, N° 4 January 2006. Voir Damien Keown, Lexikon des Buddhismus, Düsseldorf 2003

[9] Albert Einstein, Quanten-Mechanik und Wirklichkeit, Dialectika 2, 320-324, p. 321, in: Jürgen Audretsch [Hg.], Verschränkte Welt, Weinheim 2002, p. 198

[10] Niels Bohr interprétait la physique quantique de façon instrumentaliste. Il disait par exemple comme lors de conférence de Solvay en 1927: „I do not know what quantum mechanics is. I think we are dealing with some mathematical methods which are adequate for description of our experimets” [Niels Bohr, Collected Works Volume 6, North-Holland, Amsterdam, New York, Oxford, Tokyo 1985, p.103]

[11] Pour le concept des systèmes à deux corps, qui ne peuvent pas être divisés en deux, je m’appuie sur des physiciens Elliot D. Bloom et Gary J. Feldman. Ils écrivent que: „Les forces fondamentales de la nature se font examiner le mieux quand on observe des systèmes physiques les plus simples possible, particulièrement deux corps qui sont liés par des forces d’attraction mutuelles. Par exemple: terre et lune se présentent comme objets d’illustration pour le mode de fonctionnement de la gravitation. Pour la théorie de l‘électromagnétisme convient l’atome de hydrogène comme système de modèle, parce qu’il est maintenu ensemble par les forces d’attraction entre proton et électron. Evidemment il y a aussi pour les forces nucléaires un simple corpuscule à deux corps: le deutéron. Un noyau d’hydrogène existant d’un proton et d’un neutron. Ce qui maintien la matière ensemble dans son intérieur, à savoir les forces entre les éléments des protons, neutron et beaucoup d’autres particules, se fait également examiner par un système à deux corps. Car les éléments les plus petits, les quarks, peuvent s’unir également en une sorte d’Atomium – on appelle ce système quarkonium: Il se forme d’un quark lourd qui est lié à un anti-quark de la même masse. Entre les deux quarks agissent des forces qui sont plus forts que tout ce que nous pensions jusqu‘à présent: elles sont nommées forces de couleur parce qu’elles vont ensemble avec une propriété que l’on appelle couleur ou une charge de couleur” [Elliot D. Bloom/Gary J. Feldman, Quarkonim: ‘Atome’ der kleinsten Materiebausteine, in: Teilchen, Felder und Symmetrien, Spektrum, Heidelberg 1995, p. 102. Scientific American, vol. 246, May 1982, p. 66-77].

[12] Steven Weinberg, Vereinheitlichte Theorie der elektroschwachen Wechselwirkung, in Teilchen, Felder und Symmetrien, Spektrum, Heidelberg 1995, p. 14. Scientific American, December 1999

[13] Daniel Z. Freedman/Pieter Nieuwenhuizen, Supergravitation und die Einheit der Naturgesetze, in: Teilchen Felder, Sysmmetrien, op.cit ., p. 154. Scientific American, February 1978

[14] Gerhard ‘t Hooft, Symmetrien in der Physik der Elementarteilchen, in: Teilchen, Felder und Symmetrien, op.,cit., p. 42, 56

[15] Voir Rainer Scharf, Frankfurter Allgemeine Zeitung, 05-09-2001

[16] Stephen Hawking, Einwände eines schamlosen Reduktionisten, in: Roger Penrose, Das Große, das Kleine und der menschliche Geist, Heidelberg, Berlin 2002, p. 211. Roger Penrose, The Large, the Small and the Human Mind, Cambridge University Press 1999

Svegliarsi dal sogno dei memes

Ho dovuto fare un lungo giro per rispondere alle mie domande, ma spero che potete adesso capire le mie risposte. “Da che dobbiamo svegliarci?” – “Dal Sogno dei Meme, naturalmente” – “E come?” – “Col vedere che si tratta di un sogno di Meme”.

Conferenza data in occasione di The Psychology of Awakening:
International Conference on Buddhism, Science and Psychotherapy Dartington 7-10
Novembre 1996

Replicazione: la teoria dei Meme.

Queste sono le domande che intendo trattare oggi. Da che dobbiamo svegliarci? E come? Le mie risposte saranno “Dal Sogno di Meme” e “Tramite il vedere che si tratta di un sogno di Meme”. Ma ci vorra probabilmente un po’ di tempo a spiegarlo!

C’e’ una lunga storia, nelle tradizioni spirituali e religiosi, dell’idea che la vita desta normale e’ un sogno o un’ illusione Questo non fa nessun senso per chi si guarda intorno ed e’ convinto che c’e’ un mondo reale li’ fuori, e un ego che lo percepisce. Eppure, ci sono molti indizi che questa concezione ordinaria e’ falsa. Certi indizi provengono da sperimenti mistici spontanei nei quali la gente “vede la luce!”, si rende conto che tutto e’ uno, e vanno “aldila’ del ego” per vedere il mondo “come e’ davvero”. Sono certi che il loro nuovo modo di vedere vale meglio ed e’ piu’ vero dal vecchio (benche’ potrebbero naturalmente sbagliare!). Altri indizi provengono dalla prattica spirituale. E’ probabile che la prima cosa che qualcuno possa scoprire quando incommincia a meditare, o cerca di mantenere la concentrazione, e’ che la loro mente e’ costantemente piena di pensieri. Di solito non sono quei pensieri ne saggi ne maravigliosi, e neanche utili o produttivi, ma soltanto chiacchere incessanti. Dal più meschino all’emozionalmente impegolato, continuano senza tregua. E di piu’, implicano quasi tutti “io”. Non ci vuole molto per chiedersi chi e’ questo “io” sofferente, e perche “io” non ce la fa a fermare i pensieri.

Finalmente, gli indizi provengono dalla scienza. La conclusione la piu’ovvia (e la piu’ spaventosa) della neuroscienza moderna e’ che non c’e nessuno all’interno del cervello (nota di michel proulx: e’ la vecchia teoria dell’omuncolo, o Homunculus) Piu’ impariamo a proposito del modo in cui funziona il cervello, meno sembra necessitare un controllore centrale, una piccola persona all’interno, un decidatore delle decisioni o uno sperimentatore degli sperimenti. Questi sono soltanto finzioni – parte della storia che racconta se stesso il cervello di un “io” all’interno (Churchland e Sejnowski, 1992; Dennett, 1991).

C’e’ chi dice che non serve nulla cercare una comprensione intellettuale di fatti spirituali. Non sono d’accordo.

E vero che la comprensione intellettuale non e’ uguale con la realizzazione, ma questo non significa che non serve a niente. Nella mia tradizione della prattica, lo Zen, vi e’ molto spazio per la lotta intellettuale; per esempio, nella coltivazione del Koan della “Mente che non sa”, o nel lavorare con i Koan. Si puo’ portare una domanda sino ad un tale livello di confusione intellettuale che puo’ finalmente essere tenuta, valutata, nella sua intera complessita’ e semplicita’. Come “Chi sono io?”, Cos’e’ questo?” o (uno questo con lo quale mi sono dibattuta> “Cosa ti spinge?”

C’e’ pure un pericolo terribile nel rifiutarsi di essere intellettuali con i soggetti spirituali. Cioe’, possiamo divorziare la nostra prattica spirituale dalla scienza cui dipende l’intera nostra societa’. Se deve questa societa’ giungere ad una profondita’ qualsiasi, questa deve coincidere strettamente colla nostra crescente comprensione dei meccanismi del cervello e della natura della mente. Non possiamo permetterci di avere un mondo specifico in cui i scienziati capiscono la mente, ed un altro in cui gente specifica realizza il Risveglio.

Non faccio dunque alcuna scusa per il mio procedimento. Cerchero’ di rispondere alle mie domande usando la scienza migliore ch’io possa trovare. Ci pare di vivere in un imbroglio che crediamo importa ad un ego che non esiste. Voglio trovare perche’.

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La pericolosa idea di Darwin

C’e’ un’idea scientifica specifica che, a mio parere, supera tutte le altre. E squisitamente semplice e bella. Spiega le origini di tutte le forme di vita e tutti i disegni biologici. Sgombera il bisogno d’Iddio, di un disegnatore, di un piano maestro o di un proposito per la vita. E’ solo nella luce di quest’idea che la biologia e’ del tutto sensata. E’ naturalmente l’idea darwiniana dell’evoluzione tramite la selezione naturale. Le implicazioni della selezione naturale sono talmente profonde che la gente n’e stata impressionata o infuriata, affascinati od oltraggiati, visto che fu proposta per la prima volta in The Origin of Species nel 1859. Ecco la raggione per cui Dennett (1995) la chiama Darwin’s Dangerous Idea (La pericolosa idea di Darwin). Purtroppo, troppa gente hanno capito l’idea male, e, peggio ancora, l’hanno utilizzato per diffendere dottrine politiche indefendibili che non hanno niente a che vedere con il Darwinismo. Quindi, spero che mi perdonerete se prendo qualche tempo per spiegarlo piu’ chiaramente che posso.

Tutto cio che ci vuole per avviare la selezione naturale e’ un replicatore in un ambiente idoneo. Un replicatore e’ qualcosa che si copia se stesso, benche non sempre perfettamente. L’ambiente deve esserne uno in cui il replicatore puo’ creare copie numerose di se stesso, non tutte potendo sopravvivere. Ecco.

Sara davvero cosi’ semplice? Si’. Tutto cio che succede e’ questo. In ogni generazione copiata, non tutte le copie sono identiche e talune sono migliori delle altre a sopravvivere in quell’ambiente. Sussequentemente, fanno piu’ copie di se stesse e quindi questo tipo di copia diventa piu’ numeroso. Naturalmente comminciano ad essere piu’ complicate le cose, a questo punto. La popolazione di copie in rapida espansione comincia a cambiare l’ambiente e questo cambia le pressioni selettive. Variazioni locali nell’ambiente significano che tipi diversi di copie andranno bene in diversi posti ecosi’ sorge piu’ complessita’. Cosi’ produce il processo tutti i tipi di complessita’ organizzata che vediamo nel mondo vivente – eppure gli serve solo questo semplice, elegante, bellissimo ed ovvio processo: la selezione naturale.

Per fare le cose piu’ concrete, immaginiamo una zuppa primevale nella quale e’ sorso un semplice replicatore chimico. Chiameremo i replicatori “Blobbies”. Questi blobbies, per virtu’ della loro costituzione chimica, fanno copie di se stessi ogni volta che trovano i prodotti chimici adatti. Adesso, mettiamogli in un pantano chimicamente ricco e cominciano a copiarsi, benche cogli errori occasionali. Qualche millione di anni passa e ci sono parecchie sorti di blobbies. Quelli che hanno bisogno di un sacco di pantanon hanno usato tutte le riserve e stanno fallendo, cosiche’, adesso, la specie che puo’ utilizzare l’isopantanina, invece, sta facendo meglio. Presto ci sono parecchie zone in cui prodotti chemici diversi predominano e diversi tipi di blobbies compaiono. La competizione per i prodotti chimici del pantano diventa feroce e la maggioranza delle copie muore. Solo quelle che, per rara fortuna, si rivelano avere furbe nuove proprieta’ vanno avanti a copiarsi ancora. Queste proprieta’ furbe possono includere la capacita’ a muoversi e trovare il pantanon, ad intrappolare l’isopantanina3-7 e ad attacarvisi, o a costruire una membrana attorno di loro. Una volta comparsi i blobbies con membrana, comincieranno a vincere sopra i galeggianti e sono fatti super-blobbies. Qualche altri millioni di anni passano e si scoprono astuzie come prendere altri blobbies con se all’interno della membrana, o

Ancora qualche millioni di anni passano e si scoprono astuzie come prendere altri blobbies all’interno della membrana, o giungere parecchi super-blobbies assieme. Hyper-super-blobbies appaiano, come animali pluri-cellulari con fornimenti energetici e pezzi specializzati per muoversi e proteggersi. Tuttavia, questi sono soltanto cibo per hyper-super-blobbies ancora piu’ grossi. basta un po’ di tempo prima che le variazioni aleatorie e la selezione naturale creera’ un vasto mondo vivente. Nel corso del processo, miliardi di miliardi di bloobies falliti saranno stati creati e spariti, ma e’ un processo così lento e cieco che produce i “beni”. I “beni” sul nostro pianeta comprendono batterie e piante, pesci e rane, ornitorinchi e noi.

Le forme escono fuori dal nulla. Non c’e’ bisogno di un creatore o di un piano regolatore, e nessun punto finale verso lo quale la creazione sembra dirigersi. Richard Dawkins (1996) lo chiama “Climbing Mount Improbable” (“Arrampicata al Monte Improbabile”). Si tratta soltanto di un semplice ma inesorabile processo che produce cose incredibilmente improbabili.

E’ importante ricordarsi che l’evoluzione non ha nessuna visione a lungo termine e cosi’ non produce necessariamente la soluzione “migliore”. L’evoluzione puo’ soltanto andare avanti da quel punto li’ dove sta adesso. E’ quella la ragione, tra altri, il disegno del occhio nostro e’ talmente goffo, con tutti i neuroni partendo dal davanti della retina e impicciandosi nella via della luce. Una volta che l’evoluzione s’e’ avviata su questo tipo di occhio, e’ riamsta con esso. Non c’era un creatore in giro per dire ‘Au! rifatemi questo, mettiamogli i fili didietro!”. Non c’era neanche un creatore in giro per dire “Au! Facciamola divertente per gli umani”. I geni se ne fregano.

Capendo i fantastici processi della selezione naturale possiamo vedere come i nostri umani corpi sono arrivati ad essere quel che sono. Ma com’e’ stato colle nostre menti? La psicologia evoluzionista non risponde con facilita’ a queste domande. Per esempio, perche’ stiamo pensando in permanenza? Da un punto di vista genetico, questo sembra uno straordinario spreco – ed animali che sprecono energia non sopravivono. Il cervello utilizza qualche 20% dell’energia del corpo, mentre ne pesa che il 2%. Se fossimo pensando pensieri utili, o risolvendo problemi pertinenti, si capirebbe, ma per lo piu’ non lo sembra. Allora, perche’ non possiamo solo sederci e non pensare?

Perche’ crediamo in un “Io” che non esiste? Qualcuno potrebbe ancora spiegare questo in termini evoluzionarii, ma, perlomeno al livello superficiale, non ha comunque alcun senso. Perche’ costruirsi una falsa idea di un ego, con tutti i meccanismi di protezione per l’amor proprio e la sua paura del fallimento e della perdita, quando, dal punto di vista biologico, e’ il corpo che ha bisogno di protezione. Nota bene che se pensassimo di noi stessi come un organismo intero, non ci sarebbe problema, ma questo non lo famo – pare invece preferiamo credere in un ego separato; qualcosa che sta in carica del corpo, qualcosa che deve esser protetto in se e per se. Mi auguro che domandassi “Cosa preferisci perdere – il corpo o l’anima?” non sareste lunghi a scegliere.

Come altri scienziati, mi starebbe molto bene trovare un principio altrettanto semplice, bello ed elegante quanto la selezione naturale, che spiegherebbe la natura della mente.

Penso che ci sia uno. E apparentato da molto vicino alla selezione naturale. Benche’ stia in giro da qualche vent’anni, non e’ stata ancora messa in uso in modo completo. E’ la teoria dei Memes.

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Una breve storia del Meme dei Meme

Nel 1976 Richard Dawkins scrisse quelche fu probabilmente il libro Piu’ popolare mai pubblicato sull’evoluzione — The Selfish Gene (il Gene egoista). Il libro dava un nome vistoso alla teoria che l’evoluzione procede interament per il bisogno di replicanti egoisti. Cioe’, l’evoluzione capita non per il bene della specie, non per il bene del gruppo, neanche per quello di un organismo individuale. Accade soltanto per il bene dei geni. Geni che sono fortunati si spargono e quelli che non lo sono non lo fanno. Il resto e’ conseguenza di questo fatto.

Naturalemente, considerava il gene come replicante principale — unita’ di informazione codata nel ADN ed affissa nella sintesi proteica. Tuttavia, alla tutta fine del suo libro, affermava che c’e’ un’ altro replicante sul pianeta: il Meme.

Il meme e’ un’ unita’ informativa (o istruzione di comportamento) riparata nel cervello e passata per imitazione d’un cervello all’altro. Dawkins dava per esempii: idee, arie, teorie scientifiche, credenze religiose, mode nel vestire, ed abilita’, tipo nuovi modi di fare vasi o di costruire archi.

Le implicazioni dell’idea sono stravolgenti e Dawkins ne ha formulate talune. Se i memes sono davvero replicanti, allora si comporteranno, inevitabilmente, in modo egoistico. Cioe’ quelli che sono buoni per spandersi lo faranno e quelli che non lo sono non lo faranno. In conseguenza, il mondo delle idee — o memosfera— non si riempie colle idee migliori, veritiere, piu’ cariche di speranza o utili. No, si riempie con i superstiti. Memes sono superstiti, come lo sono i geni.

Nel processo di sopravvivere, creeranno, proprio come i geni, gruppi mutui e soccorsivi di memes.

Ricordatevi i blobbies. in pochi millioni di anni hanno cominciato a mettersi assieme in gruppi, perche’ quelli in gruppi sopravvivono meglio dei solitari. I gruppi sono diventati sempre piu’ grossi e migliori, e un ecosistema complesso n’e’ sorto. Nel mondo reale della biologia, geni si sono ragruppati assieme per creare enti enormi che si accoppiano e passano i gruppi in giro. In un modo simile, i memes si possono ragruppare assieme nei cervelli umani e riempire il mondo delle idee con i loro prodotti.

Se e’ giusta questa concezione, allora dovrebbero i memes poter evolvere in un modo piuttosto indipendente dei geni (coll’eccezione del bisogno di un cervello). Ci sono stati parecchi tentativi per studiare l’evouzione culturale, ma la maggioranza tratta le idee (o i memes) in modo implicito come fossero subordinate ai geni (vedi per es. Cavalli-Sforza e Feldman, 1981; Crook, 1995; Durham,1991; Lumsden e Wilson, 1981). La potenza nel rendersi conto che i memes sono replicanti proviene dal fatto che possono essere visti come funzionando puramente e semplicemente nel loro proprio interesse. Naturalemente, sino un certo punto, i memes avranno fortuna se sono utili per gli ospiti loro, ma questo non e’ l’unico modo che abbia un meme per sopravvivere — e vedremo presto qualche conseguenze di questo.

Da quando ha per primo sugerito l’idea dei Memes, Dawkins ha discusso l’espansione di comportamenti tali il portare un beretto da baseball al rovescio (i miei figli hanno di recente rigirato i loro colla visiera davanti!), l’uso di vestiti di marchio per identificare le bande, e (piu’ famosamente) il potere delle religioni. Queste sono, a secondo Dawkins (1993) enormi complessi co-adattati di Memes; cioe’ gruppi di Memes qui vanno in giro assieme per il supporto mutuo ed in conseguenza sopravvivono meglio di quello che farebbe un Meme solitario. Altri complessi di Memes comprendono sette, sistemi politici, sistemi alternativi di credenze e teorie e paradigmi scientifici.

Le religioni sono speciali perche’ usano quasi ogni trucco di Meme del manuale (questa e presumibilmente la raggione per cui durano cosi’ a lungo ed infettano tanti cervelli). Pensatela cosi’: l’idea dell’inferno all’origine e’ utile perche’ la paura dell’inferno rinforza i comportamenti socialmente preferibili. Ora, aggiungiamo l’idea che gl’incredenti vanno in inferno, ed il Meme e i suoi compagni se ne stanno al riparo. L’idea di Dio e’ un compagno da Meme naturale, appagando la paura e fornendo un (finto) conforto. La distesa di un complesso di Meme e’ sostenuta dalle esortazioni a convertire gli altri e da trucchi come il sacerdozio celibe. Il celibato e’ un disastro per i geni, ma aiutera’ ad espandere i Memes visto che un prete celibe ha tanto piu’ tempo per promuovere la sua fede.

Un altro trucco e’ di valutare la fede e sopprimere i dubbi che portano ogni bambino a fare domande difficili come “Dov’e’ l’inferno?” e “Se Iddio e’ cosi’ buono, perche’ e’ stata torturata questa gente?”. Notate che la scienza (e certe forme di Buddhismo) fanno l’opposto ed encoraggiano il dubbio.

Finalemente, una volta infettati con questi complessi di Memes, sono difficilissimi da liberarsene. Se provate a buttargli via, certi, tipo spalle al muro, riescono sino a usare minacce di morte, di excommunicazione, o di bruciare per l’eternita’ nelle fiamme dell’inferno.

Non dovrei lasciarmi trascinare. Il punto che voglio far valere e’ che questi Meme religiosi non hanno sopravvissuto per secoli perche’ sono veri, utili per i geni, o perche’ ci fanno felici. Anzi, credo che sono falsi e responsibili per le peggiori miserie della storia dell’Umanita’. No- hanno sopravvissuto perche sono Memes egoistici e che sono bravi al sopravvivere – non hanno bisogno di nessun’altra raggione.

Una volta che si inizia a pensarla cosi’, una prospettiva davvero sconvolgente si apre davanti a noi. Ci siamo tutti abituati al pensare che i nostri corpi sono degli organismi biologici creati dall’evoluzione. Eppure stiamo tuttora a pensare che i nostri “IO” sono qualcosa di piu’. Siamo incaricati dei nostri corpi, comandiamo noi, decidiamo noi quali idee dobbiamo credere e quali rigettare. Ma lo famo davvero? Si iniziate a riflettere sui Meme egoistici, diventa presto chiaro che le nostre idee sono nelle nostre teste perche’ sono Meme di successo. Il filosofo americano Dan Dennett (1995) conclude che una “persona” e’ una specie particolare di animale infestato di Meme. In altre parole, voi, io e tutti gli amici nostri sono il prodotto di due ciechi replicanti: i geni ed i Memes.

Trovo queste idee assolutamente stupefacenti. Potenzialmente, potremmo essere capaci di capire ogni vita mentale in termini della competizione tra Memes, proprio come capiamo ogni vita biologica in termini della competizione tra geni.

Quel che vorrei fare, in fin dei conti, e’ applicare le idee Memetiche alle domande che ho fatte all’inizio. Cos’e’ da che ci svegliamo, e come farlo?

***

Perche’ e’ la mia testa cosi’ piena di pensieri?

Si risponde a questa domanda con una facilita’ ridicola, una volta che s’inizia a pensare in termini di Memes. Se un Meme deve sopravvivere, bisogna essere sicuramente al riparo in un cervello umano e passato accuratamente ad altri cervelli. Un Meme che s’interra profondamente nella memoria e non si fa mai piu’ vedere semplicemente svanisce. Un Meme che diventa terribilmente distorto nella memoria o nella trasmissione svanisce pure. Un modo semplice di assicurarsi la sopravvivenza per un Meme e’ di farsi ripetere continuamente nella vostra testa.

Prendete due arie. Una complicata e difficile da cantare, e peggio mai in silenzio per se stessi. L’altra e’ un piccolo pezzo allettante che manco ce la fate a non cantarellarlo. Cosi’ lo fate. Va e riviene, finche’ la prossima volta che vi la sentite di cantare ad alta voce, sara’ quest’aria la piu’ suscettibile di venire a galla. Cosi’ viene il successo, ed e’ percio’ che il mondo e’ riempito di orrende arie allettanti e di jingles di publicita’.

Ma ci sono altre conseguenze. I nostri cervelli se ne riempono pure. Questi Meme vincenti saltano di una persona all’altra, riempiendo i cervelli degli loro ospiti col passare. E’ cosi’ che le nostre menti vengono sempre piu’ piene.

Possiamo applicare la medesima logica alle altre specie di Meme. Le idee che girano e rigirano nella nostra testa avranno esito. Non solo verranno ricordate bene, ma la prossima volta che siete parlando con qualcun’altro, saranno quelle che avrete “in testa” e quindi verranno passate in giro. Possono venire a questa posizione col essere emozionalmente cariche, eccitanti, facilmente memorizzabili, o pertinenti per le vostre attuali preoccupazioni. Poco importa il come lo fanno. Fatto sta che i Meme che succedono a farsi ripetere sono quelli che generalmente hanno la meglio su quelli che non ce la fanno. La conseguenza ovvia di questo e’ che le nostre teste vengono presto riempite di idee. Ogni tentativo di sgomberare la mente solo crea posto per altri Meme.

Questa semplice logica spiega perche’ e’ cosi’ difficile per noi di sederci e “non pensare”, e perche’ la battaglia per domare i “nostri” pensieri e’ perduta in partenza. In un senso molto reale, non sono affatto i “nostri” pensieri. Sono soltanto i Meme che riescono ad sfruttare le nostre onde cerebrali del momento.

Questo solleva la delicata domanda di chi sta pensando o non pensando. Chi e’ che combatte con i Meme egoisti? In altre parole, chi sono io?

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Chi sono io?

Mi auguro che adesso potete indovinare cos’e’ la mia risposta a questa. Noi siamo soltanto complessi di Mêmes co-adattati. Noi, i nostri peziosi, mitici “eghi”, siamo soltanto gruppi di Mêmes egoisti che si sono radunati assieme per e pro loro stessi.

L’idea e’ proprio stravolgente e, nella mia esperienza, meglio la si capisce, e piu’ affascinante e strana diventa. Smantella il modo nostro ordinario di pensarci e solleva domande bizzarre a proposito della nostra relazione colle nostre idee. Per capirla, bisogna riflettere sul come ed il perche’ i Memes si radunano in gruppi, per primo. proprio come i blobbies o i geni, Meme in gruppi stanno piu’ al riparo quanto i Memes solitari. Un’ idea che sta saldamente inestata in un complesso di Meme e’ piu’ soscettibile di sopravvivere nella memosfera quanto un idea isolata. Questo puo’ darsi perche’ le idee che compogono un gruppo di Memes sono passate assieme (per es. quando qualcuno si converte ad una fede, una teoria o una tendenza politica), ottengono soccorso mutuo (per es., se odii il liberalismo selvatico, sei soscettibile di favorire uno stato sociale generoso), e si proteggono dalla destruzione. Se non lo facessero, non durerebbero e non starebbero qua, oggi. I complessi di Memes che incontriamo sono tutti quelli che hanno avuto successo!

Quanto le religioni, l’astrologia e’ un complesso di Memes da successo. L’idea che Leoni vanno bene con gli Acquarii a poche probabilita’ di riuscire da sola, ma in quanto parte dell’astrologia, e’ facile da ricordarsi e da tramandare. L’astrologia ha un fascino ovvio che la mette nella nostra mente in partenza; fornisce una carina (ma fasulla) spiegazione per le differenze umane e un senso confortante (benche’ falso) della predittibilita’. Si espande con facilita’ (si puo’ andare avanti all’infinito aggiungendo nuove idee!) ed ha una resistenza elevata alle prove che gli sono contrarie. Difatti, i risultati di centinaie di sperimenti dimostrano che le pretese dell’astrologia sono fasulle, ma questo apparentemente non ha ridotto d’un iota la credenza nell’astrologia (Dean, Mather and Kelly, 1996). E’ chiaro che, una volta che si crede nell’astrologia, e’ difficilissimo di sradicare tutte le credenze e trovare alternativi. Forse non vale la pena. Cosi’ diventiamo ospiti inconsapevoli di un’enorme bagaglio d’inutili ed anche dannosi complessi di Memes.

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Uno di questi sono io.

Perche’ lo dico che l’ego e’ un complesso di Meme? Perche’ funziona nello stesso modo che gli altri complessi di Meme. Come per l’astrologia, l’idea di un ego ha una buona raggione per insedarsi in partenza. Poi, una volta al loro posto, i Meme all’interno del complesso si sopportano mutualmente, gli si puo’ aggiungere quasi all’infinito, ed il complesso intero e’ resistente ad ogni prova ch’e’ falso.

Prima di tutto, l’idea di un ego deve arrivare li’. Imaginatevi una creatura sociale di grande intelligenza ma senza il linguaggio. Questa creatura avra’ bisogno di un senso dell’ego per poter predire il comportamento degli altri (Humphrey, 1986) e per trattare la proprieta’, l’inganno, le amicizie e le alleanze (Crook, 1980). Con questo semplice ego, puo’ sapere che la sua figlia ha paura di una femmina di alto rango e puo’ prendere provvedimenti per proteggerla, ma non ha il linguaggio con cui puo’ pensare “Credo che la mia figlia ha paura etc.”. E’ con il linguaggio che i Meme vanno davvero avanti – e con il linguaggio che compare l’ “ego”. Un sacco di Meme semplici possono allora unirsi in tanto delle “mie” credenze ed opinioni, i “miei” desideri.

Per esempio, consideriamo l’idea della diversita’ dei sessi nell’abilita’. Come idea astratta (o Meme isolato) questa a poche chance di vincere. ma mettiamola sotto la forma del “Io credo nell’uguaglianza dei sessi” e prende di botto il peso enorme dell’ego dietro di essa. “Io” combattero per quell’idea come fossi minacciato. Potro’ argumentare con gli amici, scrivere brani di opinione, o partecipare a proteste. Il Meme sta al riparo nell’porto dell’“ego” anche di fronte alle prove a lui contrarie. Le “mie” idee sono protette. Allora cominciano a proliferare. Idee che possono entrare in un ego – cioe’ diventare “le mie” idee, o “le mie” opinioni, vincono. Cosi’ ne abbiamo tutti un sacco. Prima che lo sapessimo, “noi” siamo un vasto conglomerato di Meme vincenti. Naturalemente, non c’e’ un “io” che “ha” le opinioni. Questo e’ ovviamente un non-senso se ci pensate chiaramente. Si, certo che c’e’ un corpo che dice “io” credo nel essere gentile colla gente” ed un corpo che e’ (on non e’) gentile colla gente, ma non c’e’, in premio, un ego che “ha” le credenze.

Abbiamo adesso un’idea radicalemente nuova di chi siamo. Siamo soltanto conglomerati temporari di idee, plasmate assieme per la loro propria protezione. L’analogia con i nostri corpi sta vicino. I corpi sono le creazioni di complessi temporari di geni; benche’ ognuno di noi sia unico, i geni stessi provengono tutti da creature anteriori e, se ci riproduciamo, andranno avanti in future creature. Le nostre menti sono la creazione di complessi temporari di Meme: benche’ ognuno di noi sia unico, i Meme stessi provengono da creature anteriori e, se ci parliamo, scriviamo e communichiamo, andranno avanti in future creature. E basta. Il problema e’ che non la vediamo cosi’. Crediamo che c’e’ davvero qualcheduno all’interno per effetuare il credere, e davvero qualcheduno che ha bisogno di essere protetto. E’ questa l’illusione – e’ questo il sogno di Meme dallo quale ci possiamo svegliare.

***

Smantellare il Sogno dei Meme.

So di due sistemi che possono smantellare complessi di Meme (anche se sono sicura che ne stanno altri). Naturalemente, questi sistemi sono se stessi Meme, ma sono, se volete, disinfettanti di Meme, Meme che mangiano altri Meme, o “complessi di Meme che distruggono complessi di Meme”. Questi due sono la scienza e lo Zen.

La scienza funziona cosi’ per causa dei suoi ideali di verita’ e di ricerca delle prove. Non sta sempre all’altezza di detti ideali, ma in teoria, e’ capace di distruggere ogni complesso di Meme non veritiero col sometterlo alla prova, col esigere prove o col organizzare uno sperimento.

Lo Zen fa questo pure, anche se i metodi sono completamente diversi. Nell’allenamento Zen, ogni concetto e’ sottomesso a scrutinio, niente e’ lasciato non-indagato, anche l’ego che fa l’indagine deve essere sottomesso alla luce ed interrogato “Chi sei?”

Dopo qualche quindici anni di prattica dello Zen, e rileggendo i Tre Pilastri dello Zen di Philip Kapleau, ho comminciato a lavorare sul koan “Chi…?”. Lo sperimento e’ stato interessantissimo e posso tutt’al piu’ assomigliarlo all’osservazione di un Meme sviscerando altri Meme. Ogni pensiero che viene a galla durante la meditazione viene scontrato dal “Chi e’ che pensa questo?” o “Chi lo vede, questo?” o “Chi e’ che avverte quello?”, o soltanto “Chi…?”. Vedendo il falso ego come un vasto complesso di Meme mi e’ parso aiutare – perche’ e’ molto piu’ facile di lasciar presa su dei Meme di passaggio che su di un ego reale, sodo e permanente. E’ molto piu’ facile di lasciare lo sviscera-Meme fare le sue faccende se si sa che non sta a’ffa altro che sviscera’ Meme.

Un altro koan mio e’ caduto contro i Meme. Domanda: “Chi ti conduce?” Risposta: “I Meme, naturalmente.” Questa non e’ solo una risposta intellettuale, am un modo di vedersi come un costrutto temporario e fuggente. La domando dissolve quando anche l’ego ed il conduttore sono visti come tanti Meme.

Ho dovuto fare un lungo giro per rispondere alle mie domande, ma spero che potete adesso capire le mie risposte. “Da che dobbiamo svegliarci?” – “Dal Sogno dei Meme, naturalmente” – “E come?” – “Col vedere che si tratta di un sogno di Meme”.

E chi e’ che lascia lo sviscera-Meme fare la sua? Chi e’ che si sveglia quando il sogno dei Meme e’ completamente sviscerato? A! Ecco una domanda…

The Selfish Gene : Chapter 11

Examples of memes are tunes, ideas, catch-phrases, clothes fashions, ways of making pots or of building arches. Just as genes propagate themselves in the gene pool by leaping from body to body via sperms or eggs, so memes propagate themselves in the meme pool by leaping from brain to brain via a process which, in the broad sense, can be called imitation. If a scientist hears, or reads about, a good idea, he passed it on to his colleagues and students. He mentions it in his articles and his lectures. If the idea catches on, it can be said to propagate itself, spreading from brain to brain. As my colleague N.K. Humphrey neatly summed up an earlier draft of this chapter: `… memes should be regarded as living structures, not just metaphorically but technically. When you plant a fertile meme in my mind you literally parasitize my brain, turning it into a vehicle for the meme’s propagation in just the way that a virus may parasitize the genetic mechanism of a host cell. And this isn’t just a way of talking — the meme for, say, “belief in life after death” is actually realized physically, millions of times over, as a structure in the nervous systems of individual men the world over.’

Memes: the new replicators

So far, I have not talked much about man in particular, though I have not deliberately excluded him either. Part of the reason I have used the term `survival machine’ is that `animal’ would have left out plants and, in some people’s minds, humans. The arguments I have put forward should, prima facie, apply to any evolved being. If a species is to be excepted, it must be for good reasons. Are there any good reasons for supposing our own species to be unique ? I believe the answer is yes.

Most of what is unusual about man can be summed up in one word: `culture’. I use the word not in its snobbish sense, but as a scientist uses it. Cultural transmission is analogous to genetic transmission in that, although basically conservative, it can give rise to a form of evolution. Geoffrey Chaucer could not hold a conversation with a modern Englishman, even though they are linked to each other by an unbroken chain of some twenty generations of Englishmen, each of whom could speak to his immediate neighbours in the chain as a son speaks to his father. Language seems to `evolve’ by non-genetic means, and at a rate which is orders of magnitude faster than genetic evolution.

Cultural transmission is not unique to man. The best non-human example that I know has recently been described by P.F. Jenkins in the song of a bird called the saddleback which lives on islands off New Zealand. On the island where he worked there was a total repertoire of about nine distinct songs. Any given male sang only one or a few of these songs. The males could be classified into dialect groups. For example, one group of eight males with neighbouring territories san a particular song called the CC song. Other dialect groups sang different songs. Sometimes the members of a dialect group shared more than one distinct song. By comparing the songs of fathers and sons, Jenkins showed that song patterns were not inherited genetically. Each young male was likely to adopt songs from his territorial neighbours by imitation, in an analogous way to human language. During most of the time Jenkins was there, there was a fixed number of songs on the island, a kind of `song pool’ from which each young male drew his own small repertoire. But occasionally Jenkins was privileged to witness the `invention’ of a new song, which occurred by a mistake in the imitation of an old one. He writes: `New song forms have been shown to arise variously by change of notes and the combination of parts of other existing songs … The appearance of the new form was an abrupt event and the product was quite stable over a period of years. Further, in a number of cases the variant was transmitted accurately in its new form to younger recruits so that a recognizably coherent group of like singers developed.’ Jenkins refers to the origins of new songs as `cultural mutations’.

Song in the saddleback truly evolves by non-genetic means. There are other examples of cultural evolution in birds and monkeys, but not these are just interesting oddities. It is our own species that really shows what cultural evolution can do. Language is one example out of many. Fashions in dress and diet, ceremonies and customs, art and architecture, engineering and technology, all evolve in historical time in a way that looks like highly speeded up genetic evolution, but has really nothing to do with genetic evolution. As in genetic evolution though, the change may be progressive. There is a sense in which modern science is actually better than ancient science. Not only does our understanding of the universe change as the centuries go by: it improves. Admittedly the current burst of improvement dates back to the Renaissance, which was preceded by a dismal period of stagnation, in which European scientific culture was frozen at the level achieved by the Greeks. But, as we saw in chapter 5, genetic evolution too may proceed as a series of brief spurts between stable plateaux.

The analogy between cultural and genetic evolution has frequently been pointed out, sometimes in the context of quite unnecessary mystical overtones. The analogy between scientific progress and genetic evolution by natural selection has been illuminated especially by Sir Karl Popper. I want to go even further into directions which are also being explored by, for example, the geneticist L.L. Cavalli-Sforza, the anthropologist F.T. Cloak, and the ethologist J.M. Cullen.

As an enthousiastic Darwinian, I have been dissatisfied with explanations that my fellow-enthousiasts have offered for human behaviour. They have tried to look for `biological advantages’ in various attributes of human civilization. For example, tribal religion has been seen as a mechanism for solidifying group identity, valuable for a pack-hunting species whose individuals rely on cooperation to catch large and fast prey. Frequently the evolutionary preconception in terms of which such theories are framed is implicitly group-selectionist, but it is possible to rephrase the theories in terms of orthodox gene selection. Man may well have spent large portions of the last several million years living in small kin groups. Kin selection and selection in favour of reciprocal altruism may have acted on human genes to produce many of our basic psychological attributes and tendencies. These ideas are plausible as far as they go, but I find that they do not begin to square up to the formidable challenge of explaining culture, cultural evolution, and the immense differences between human cultures around the world, from the utter selfishness of the Ik of Uganda, as described by Colin Turnbull, to the gentle altruism of Margaret Mead’s Arapesh. I think we have got to start again and go right back to first principles. The argument I shall advance, surprising as it may seem coming from the author of the earlier chapters, is that, for an understanding of the evolution of modern man, we must begin by throwing out the gene as the sole basis of our ideas on evolution. I am an enthousiastic Darwinian, but, I think Darwinism is too big a theory to be confined to the narrow context of the gene. The gene will enter my thesis as an analogy, nothing more.

What, after all, is so special about genes ? The answer is that they are replicators. The laws of physics are supposed to be true all over the accessible universe. Are there any principles of biology that are likely to have similar universal validity ? When astronauts voyage to distant planets and look for life, they can expect to find creatures too strange and unearthly for us to imagine. But is there anything that must be true of all life, wherever it is found, and whatever the basis of its chemistry ? If forms of life exist whose chemistry is based on silicon rather than carbon, or ammonia rather than water, if creatures are discovered that boil to death at -100 degrees centigrade, if a form of life is found that is not based on chemistry at all but on electronic reverberating circuits, will there still be any general principle that is true of all life ? Obviously I do not know but, if I had to bet, I would put my money on one fundamental principle. This is the law that all life evolves by the differential survival of replicating entities.(1) The gene, the DNA molecule, happens to be the replicating entity that prevails on our planet. There may be others. If there are, provided certain other conditions are met, they will almost inevitable tend to become the basis for an evolutionary process.

But do we have to go to distant worlds to find other kinds of replicator and other, consequent, kinds of evolution ? I think that a new kind of replicator has recently emerged on this very planet. It is staring us in the face. It is still in its infancy, still drifting clumsily about in its primeval soup, but already it is achieving evolutionary change at a rate that leaves the old gene panting far behind.

The new soup is the soup of human culture. We need a name for the new replicator, a noun that conveys the idea of a unit of cultural transmission, or a unit of imitation . `Mimeme’ comes from a suitable Greek root, but I want a monosyllable that sounds a bit like `gene’. I hope my classicist friends will forgive me if I abbreviate mimeme to meme .(2) If it is any consolation, it could alternatively be thought of as being related to `memory’, or to the French word même . It should be pronounced to rhyme with `cream’.

Examples of memes are tunes, ideas, catch-phrases, clothes fashions, ways of making pots or of building arches. Just as genes propagate themselves in the gene pool by leaping from body to body via sperms or eggs, so memes propagate themselves in the meme pool by leaping from brain to brain via a process which, in the broad sense, can be called imitation. If a scientist hears, or reads about, a good idea, he passed it on to his colleagues and students. He mentions it in his articles and his lectures. If the idea catches on, it can be said to propagate itself, spreading from brain to brain. As my colleague N.K. Humphrey neatly summed up an earlier draft of this chapter: `… memes should be regarded as living structures, not just metaphorically but technically.(3) When you plant a fertile meme in my mind you literally parasitize my brain, turning it into a vehicle for the meme’s propagation in just the way that a virus may parasitize the genetic mechanism of a host cell. And this isn’t just a way of talking — the meme for, say, “belief in life after death” is actually realized physically, millions of times over, as a structure in the nervous systems of individual men the world over.’

Consider the idea of God. We do not know how it arose in the meme pool. Probably it originated many times by independent `mutation’. In any case, it is very old indeed. How does it replicate itself ? By the spoken and written word, aided by great music and great art. Why does it have souch high survival value ? Remember that `survival value’ here does not mean value for a gene in a gene pool, but value for a meme in a meme pool. The question really means: What is it about the idea of a god that gives it its stability and penetrance in the cultural environment ? The survival value of the god meme in the meme pool results from its great psychological appeal. It provides a superficially plausible answer to deep and troubling questions about existence. It suggests that injustices in this world may be recified in the next. The `everlasting arms’ hold out a cushion against our own inadequacies which, like a doctor’s placebo, is none the less effective for being imaginary. These are some of the reasons why the idea of God is copied so readily by successive generations of individual brains. God exists, if only in the form of a meme with high survival value, or infective power, in the environment provided by human culture.

Some of my colleagues have suggested to me that this account of the survival value of the god meme begs the question. In the last analysis they wish always to go back to `biological advantage’. To them it is not good enough to say that the idea of a god has `great psychological appeal’. They want to know why it has great psychological appeal. Psychological appeal means appeal to brains, and brains are shaped by natural selection of genes in gene-pools. They want to find some way in which having a brain like that improves gene survival.

I have a lot of sympathy with this attitude, and I do not doubt that there are genetic advantages in our having brains of the kind we have. But nevertheless I think that these colleagues, if they look carefully at the fundamentals of their own assumptions, will find that they begging just as many questions as I am. Fundamentally, the reason why it is good policy for us to try to explain biological phemomena in terms of gene advantage is that genes are replicators. As soon as the primeval soup provided conditions in which molecules could make copies of themselves, the replicators themselves took over. For more than three thousand million years, DNA has been the only replicator worth talking about in the world. But it does not necessarily hold these monopoly rights for all time. Whenever conditions arise in which a new kind of replicator can make copies of itself, the new replicators will tend to take over, and start a new kind of evolution of their own. Once this new evolution begins, it will in no necessary sense be subservient to the old. The old gene-selected evolution, by making brains, provided the `soup’ in which the first memes arose. Once self-copying memes had arisen, their own, much faster, kind of evolution took off. We biologists have assimilated the idea of genetic evolution so deeply that we tend to forget that it is only one of many possible kinds of evolution.

Imitation, in the broad sense, is how memes can replicate. But just as not all genes that can replicate do so successfully, so some memes are more successful in the meme-pool than others. This is the analogue of natural selection. I have mentioned particular examples of qualities that make for high survival value among memes. But in general they must be the same as those discussed for the replicators of Chapter 2: longevity, fecundity, and copying-fidelity. The longevity of any one copy of a meme is probably relatively unimportant, as it is for any one copy of a gene. The copy of the tune `Auld Lang Syne’ that exists in my brain will last only for the rest of my life.(4) The copy of the same tune that is printed in my volume of The Scottish Student’s Song Book is unlikely to last much longer. But I expect there will be copies of the same tune on paper and in people’s brains for centuries to come. As in the case of genes, fecundity is much more important than longevity of particular copies. If the meme is a scientific idea, its spread will depend on how acceptable it is to the population of individual scientists; a rough measure of its survival value could be obtained by counting the number of times it is referred to in successive years in scientific journals.(5) If it is a popular tune, its spread through the meme pool may be gauged by the number of people heard whistling it in the streets. If it is a style of women’s shoe, the population memeticist may use sales statistics from shoe shops. Some memes, like some genes, achieve brilliant short-term success in spreading rapidly, but do not last long in the meme pool. Popular songs and stiletto heels are examples. Others, such as the Jewish religious laws, may continue to propagate themselves for thousands of years, usually because of the great potential permanence of written records.

This brings me to the third general quality of successful replicators: copying-fidelity. Here I must admit that I am on shaky ground. At first sight it looks as if memes are not high-fidelity repliators at all. Every time a scientist hears an idea and passes it on to somebody else, he is likely to change it somewhat. I have made no secret of my debt in the book to the ideas of R.L. Trivers. Yet I have not repeated them in his own words. I have twisted them round for my own purposes, changing the emphasis, blending them with ideas of my own and of other people. The memes are being passed on to you in altered form. This looks quite unlike the particulate, all-or-none quality of gene transmission. It looks as though meme transmission is subject to continuous mutation, and also to blending.

It is possible that this appearance of non-particulateness is illusory, and that the analogy with genes does not break down. After all, if we look at the inheritance of many genetic characters such as human height or skin-colouring, it does not look like the work of indivisible and unbendable genes. If a black and an white person mate, their children do not come out either black or white: they are intermediate. This does not mean the genes concerned are not particulate. It is just that there are so many of them concerned with skin colour, each one having such a small effect, that they seem to blend. So far I have talked of memes as though it was obvious what a single unit-meme consisted of. But of course that is far from obvious. I have said a tune is one meme, but what about a symphony: how many memes is that ? Is each movement one meme, each recognizable phrase of melody, each bar, each chord, or what ?

I appeal to the same verbal trick as I used in Chapter 3. There I divided the `gene complex’ into large and small genetic units, and units within units. The `gene’ was defined, not in a rigid all-or-none way, but as a unit of convenience, a length of chromosome with just sufficient copying-fidelity to serve as a viable unit of natural selection. If a single phrase of Beethoven’s ninth symphony is sufficiently distinctive and memorable to be abstracted from the context of the whole symphony, and used as the call-sign of a maddeningly intrusive European broadcasting station, then to that extent it deserves to be called one meme. It has, incidentally, materially diminished my capacity to enjoy the original symphony.

Similarly, when we say that all biologists nowadays believe in Darwin’s theory, we do not mean that every biologist has, graven in his brain, an identical copy of the exact words of Charles Darwin himself. Each individual has his own way of interpreting Darwin’s ideas. He probably learned them not from Darwin’s own writings, but from more recent authors. Much of what Darwin said is, in detail, wrong. Darwin if he read this book would scarcely recognize his own theory in it, though I hope he would like the way I put it. Yet, in spite of all this, there is something, some essence of Darwinism, which is present in the head of every individual who understands the theory. If this were not so, then almost any statement about two people agreeing with each other would be meaningless. An `idea-meme’ might be defined as an entity that is capable of being transmitted from one brain to another. The meme of Darwin’s theory is therefore that essential basis of the idea which is held in common by all brains that understand the theory. The differences in the ways that people represent the theory are then, by definition, not part of the meme. If Darwin’s theory can be subdivided into components, such that some people believe component A but not component B , while others believe B but not A , then A and B should be regarded as separate memes. If almost everybody who believes in A also believes in B — if the memes are closely `linked’ to use the genetic term — then it is convenient to lump them together as one meme.

Let us pursue the analogy between memes and genes further. Throughout this book, I have emphasized that we must not think of genes as conscious, purposeful agents. Blind natural selection, however, makes them behave rather as if they were purposeful, and it has been convenient, as a shorthand, to refer to genes in the language of purpose. For example, when we say `genes are trying to increase their numbers in future gene pools’, what we really mean is `those genes that behave in such a way as to increase their numbers in future gene pools tend to be the genes whose effects we see in the world’. Just as we have found it convenient to think of genes as active agents, working purposefully for their own survival, perhaps it might be convenient to think of memes in the same way. In neither case must we get mystical about it. In both cases the idea of purpose is only a metaphor, but we have already seen what a fruitful metaphor it is in the case of genes. We have even used words like `selfish’ and `ruthless’ of genes, knowing full well it is only a figure of speech. Can we, in exactly the same spirit, look for selfish or ruthless memes ?

There is a problem here concerning the nature of competition. Where there is sexual reproduction, each gene is competing particularly with its own alleles — rivals for the same chromosomal slot. Memes seem to have nothing equivalent to alleles. I suppose there is a trivial sense in which many ideas can be said to have `opposites’. But in general memes resemble the early replicating molecules, floating chaotically free in the primeval soup, rather than modern genes in their neatly paired, chromosomal regiments. In what sense then are memes competing with each other ? Should we expect them to be `selfish’ or `ruthless’, if they have no alleles ? The answer is that we might, because there is a sense in which they must indulge in a kind of competition with each other.

Any user of a digital computer knows how precious computer time and memory storage space are. At many large computer centres they are literally costed in money; or each user may be allotted a ration of time, measured in seconds, and a ration of space, measured in `words’. The computers in which memes live are human brains.(6) Time is possibly a more important limiting factor than storage space, and it is the subject of heavy competition. The human brain, and the body that it controls, cannot do more than one or a few things at once. If a meme is to dominate the attention of a human brain, it must do so at the expense of `rival’ memes. Other commodities for which memes compete are radio and television time, billboard space, newspaper column-inches, and library shelf-space.

In the case of genes, we saw in Chapter 3 that co-adapted gene complexes may arise in the gene pool. A large set of genes concerned with mimicry in butterflies became tightly linked together on the same chromosome, so tightly that they can be treated as one gene. In Chapter 5 we met the more sophisticated idea of the evolutionarily stable set of genes. Mutually suitable teeth, claws, guts, and sense organs evolved in carnivore gene pools, while a different stable set of characteristics emerged from herbivore gene pools. Has the god meme, say, become associated with any other particular memes, and does this association assist the survival of each of the participating memes ? Perhaps we could regard an organized church, with its architecture, rituals, laws, music, art, and written tradition, as a co-adapted set of mutually-assisting memes.

To take a particular example, an aspect of doctrine that has been very effective in enforcing religious observance is the threat of hell fire. Many children and even some adults believe that they will suffer ghastly torments after death if they do not obey the priestly rules. This is a peculiarly nasty technique of persuasion, causing great psychological anguish throughout the middle ages and even today. But it is highly effective. It might almost have been planned deliberately by a macchiavellian priesthood trained in deep psychological indoctrination techniques. However, I doubt if the priests were that clever. Much more probably, unconscious memes have ensured their own survival by virtue of those same qualities of pseudo-ruthlessness that successful genes display. The idea of hell fire is, quite simply, self perpetuating , because of its own deep psychological impact. It has become linked with the god meme because the two reinforce each other, and assist each other’s survival in the meme pool.

Another member of the religious meme complex is called faith. It means blind trust, in the absence of evidence, even in the teeth of evidence. The story of Doubting Thomas is told, not so that we shall admire Thomas, but so that we can admire the other apostles in comparison. Thomas demanded evidence. Nothing is more lethal for certain kinds of meme than a tendency to look for evidence. The other apostles, whose faith was so strong that they did not need evidence, are held up to us as worthy of imitation. The meme for blind faith secures its own perpetuation by the simple unconscious expedient of discouraging rational inquiry.

Blind faith can justify anything.(7) If a man believes in a different god, or even if he uses a different ritual for worshipping the same god, blind faith can decree that he should die — on the cross, at the stake, skewered on a Crusader’s sword, shot in a Beirut street, or blown up in a bar in Belfast. Memes for blind faith have their own ruthless ways of propagating themselves. This is true of patriotic and political as well as religious blind faith.

Memes and genes may often reinforce each other, but they sometimes come into opposition. For example, the habit of celibacy is presumably not inherited genetically. A gene for celibacy is doomed to failure in the gene pool, except under very special circumstances such as we find in the social insects. But still, a meme for celibacy can be successful in the meme pool. For example, suppose the success of a meme depends critically on how much time people spend in actively transmitting it to other people. Any time spent in doing other things than attempting to transmit the meme may be regarded as time wasted from the meme’s point of view. The meme for celibacy is transmitted by priests to young boys who have not yet decided what they want to do with their lives. The medium of transmission is human influence of various kinds, the spoken and written word, personal example and so on. Suppose, for the sake of argument, it happened to be the case that marriage weakened the power of a priest to influence his flock, say because it occupied a large proportion of his time and attention. This has, indeed, been advanced as an official reason for the enforcement of celibacy among priests. If this were the case, it could follow that the meme for celibacy could have greater survival value than the meme for marriage. Of course, exactly the opposite would be true for a gene for celibacy. If a priest is a survival machine for memes, celibacy is a useful attribute to build into him. Celibacy is just a minor partner in a large complex of mutually-assisting religious memes.

I conjecture that co-adapted meme-complexes evolve in the same kind of way as co-adapted gene-complexes. Selection favours memes that exploit their cultural environment to their own advantage. This cultural environment consists of other memes which are also being selected. The meme pool therefore comes to have the attributes of an evolutionarily stable set, which new memes find it hard to invade.

I have been a bit negative about memes, but they have their cheerful side as well. When we die there are two things we can leave behind us: genes and memes. We were built as gene machines, created to pass on our genes. But that aspect of us will be forgotten in three generations. Your child, even your grandchild, may bear a resemblance to you, perhaps in facial features, in a talent for music, in the colour of her hair. But as each generation passes, the contribution of your genes is halved. It does not take long to reach negligible proportions. Our genes may be immortal but the collection of genes that is any one of us is bound to crumble away. Elizabeth II is a direct descendant of William the Conqueror. Yet it is quite probable that she bears not a single one of the old king’s genes. We should not seek immortality in reproduction.

But if you contribute to the world’s culture, if you have a good idea, compose a tune, invent a sparking plug, write a poem, it may live on, intact, long after your genes have dissolved in the common pool. Socrates may or may not have a gene or two alive in the world today, as G.C. Williams has remarked, but who cares ? The meme-complexes of Socrates, Leonardo, Copernicus and Marconi are stil going strong.

However speculative my development of the theory of memes may be, there is one serious point which I would like to emphasize once again. This is that when we look at the evolution of cultural traits and at their survival value, we must be clear whose survival we are talking about. Biologists, as we have seen, are accustomed to looking for advantages at the gene level (or the individual, the group, or the species level according to taste). What we have not previously considered is that a cultural trait may have evolved in the way that it has, simply because it is advantageous to itself .

We do not have to look for conventional biological survival values of traits like religion, music, and ritual dancing though these may also be present. Once the genes have provided their survival machines with brains that are capable of rapid imitation, the memes will automatically take over. We do not even have to posit a genetic advantage in imitation, though that would certainly help. All that is necessary is that the brain should be capable of imitation: memes will then evolve that exploit the capacity to the full.

I now close the topic of the new replicators, and end the chapter on a note of qualified hope. One unique feature of man, which may or may not have evolved memically, is his capacity for conscious foresight. Selfish genes (and, if you alllow the speculation of this chapter, memes too) have no foresight. They are unconscious, blind, replicators. The fact that they replicate, together with certain further conditions means, willy nilly, that they will tend towards the evolution of qualities which, in the special sense of this book, can be called selfish. A simple replicator, whether gene or meme, cannot be expected to forgo short-term selfish advantage even if it would really pay it, in the long term, to do so. We saw this in the chapter on aggression. Even though a `conspiracy of doves’ would be better for every single individual than the evolutionarily stable strategy [=ESS], natural selection is bound to favour the ESS.

It is possible that yet another unique quality of man is a capacity for genuine, desinterested, true altruism. I hope so, but I am not going to argue the case one way or another, nor to speculate over its possible memic evolution. The point I am making now is that, even if we look on the dark side and assume that individual man is fundamentally selfish, our conscious foresight — our capacity to simulate the future in imagination — could save us from the worst selfish excesses of the blind replicators. We have at least the mental equipment to foster our long-term selfish interests rather than merely our short-term selfish interests. We can see the long-term benefits of participating in a `conspiracy of doves’, and we can sit down together to discuss ways of making the conspiracy work. We have the power to defy the selfish genes of our birth and, if necessary, the selfish memes of our indoctrination. We can even discuss ways of deliberately cultivating and nurturing pure, disinterested altruism — something that has no place in nature, something that has never existed before in the whole history of the world. We are built as gene machines and cultured as meme machines, but we have the power to turn against our own creators. We, alone on earth, can rebel against the tyranny of the selfish replicators.(8)

***

NOTES

(1) I would put my money on one fundamental principle … all life evolves by the differential survival of repicating entities.

My wager that all life, everywhere in the universe, would turn out to have evolved by Darwinian means has now been spelled out and justified more fully in my paper `Universal Darwinism’ and in the last chapter of The Blind Watchmaker . I show that all the alternatives to Darwinism that have ever been suggested are in principle incapable of doing the job of explaining the organized complexity of life. The argument is a general one, not based upon particular facts about life as we know it. As such it has been criticized by scientists pedestrian enough to think that slaving over a hot test tube (or cold muddy boot) is the only method of discovery in science. One critic complained that my argument was `philosophical’, as though that was sufficient condemnation. Philosophical or not, the fact is that neither he nor anybody else has found any flaw in what I said. And `in principle’ arguments such as mine, far from being irrelevant to the real world, can be more powerful than arguments based on particular factual research. My reasoning, if it is correct, tells us something important about life everywhere in the universe. Laboratory and field research can tell us only about life as we have sampled it here.

(2) Meme

The word meme seems to be turning out to be a good meme. It is now quite widely used and in 1988 it joined the official list of words being considered for future editions of Oxford English Dictionaries. This makes me the more anxious to repeat that my designs on human culture were modest almost to vanishing point. My true ambitions — and they are admittedly large — lead in another direction entirely. I want to claim almost limitless power for slightly inaccurate self-replicating entities, once they arise anywhere in the universe. This is because they tend to become the basis for Darwinian selection which, given enough generations, cumulatively builds systems of great complexity. I believe that, given the right conditions, replicators automatically band together to create systems, or machines, that carry them around and work to favour their continued replication. The first ten chapters of The Selfish Gene had concentrated exclusively on one kind of replicator, the gene. In discussing memes in the final chapter I was trying to make the case for replicators in general, and to show that genes were not the only members of that important class. Whether the milieu of human culture really does have what it takes to get a form of Darwinism going, I am not sure. But in any case that question is subsidiary to my concern. Chapter 11 will have succeeded of the reader closes the book with the feeling that DNA molecules are not the only entities that might form the basis for Darwinian evolution. My purpose was to cut the gene down to size, rather than to sculpt a grand theory of human culture.

(3) … memes should be regarded as living structures, not just metaphorically but technically

DNA is a self-replicating piece of hardware. Each piece has a particular structure, which is different from rival pieces of DNA. If memes in brains are analogous to genes they must be self-replicating brain structures, actual patterns of neurological wiring-up that reconsititute themselves in one brain after another. I had always felt uneasy spelling this out aloud, because we know far less about brains than about genes, and are therefore necessarily vague about what such a brain structure might actually be. So I was relieved to receive very recently a very interesting paper by Juan Delius of the University of Konstanz in Germany. Unlike me, Delius doesn’t have to feel apologetic, because he is a distinguished brain scientist whereas I am not a brain scientist at all. I am delighted, therefore, that he is bold enough to ram home the point by actually publishing a detailed picture of what the neuronal hardware of a meme might look like. Among the other interesting things he does is to explore, far more searchingly than I had done, the analogy of memes with parasites; to be more precise, with the spectrum of which malignant parasites are one extreme, benign `symbionts’ the other extreme. I am particularly keen on this approach because of my own interest in `extended phenotypic’ effects of parasitic genes on host behaviour (see Chapter 13 of this book and in particular chapter 12 of The Extended Phenotype ). Delius, by the way, emphasizes the clear separation between memes and their (‘phenotypic’) effects. And he reiterates the importance of coadapted meme-complexes, in which memes are selected for their mutual compatibility.

(4) `Auld Lang Syne’

`Auld Lang Syne’ was, unwittingly, a revealingly fortunate example for me to have chosen. This is because, almost universally, it is rendered with an error, a mutation. The refrain is, essentially always nowadays, sung as `For the sake of auld lang syne’, whereas Burns actually wrote `For auld lang syne’. A memically minded Darwinian immediately wonders what has been the `survival value’ of the interpolated phrase, `the sake of’. Remember that we are not looking for ways in which people might have survived better through singing the song in altered form. We are looking for ways in which the alteration itself might have been good at surviving in the meme pool. Everybody learns the song in childhood, not through reading Burns but through hearing it sung on New Year’s Eve. Once upon a time, presumably, everybody sang the correct words. `For the sake of’ must have arisen as a rare mutation. Our question is, why has the initially rare mutation spread so insidiously that it has become the norm in the meme pool ?

I don’t think the answer is far to seek. The sibilant `s’ is notoriously obtrusive. Church choirs are drilled to pronounce `s’ sounds as lightly as possible, otherwise the whole church echoes with hissing. A murmuring priest at the altar of a great cathedral can sometimes be heard, from the back of the nave, only as a sporadic sussuration of `s’s. The other consonant in `sake’, `k’, is almost as penetrating. Imagine that nineteen people are correctly singing `For auld lang syne’, and one person, somewhere in the room, slips in the erroneous `For the sake of auld lang syne’. A child, hearing the song for the first time, is eager to join in but uncertain of the words. Although almost everybody is singing `For auld lang syne’, the hiss of an `s’ and the cut of a `k’ force their way into the child’s ears, and when the refrain comes round again he too sings `For the sake of auld lang syne’. The mutant meme has taken over another vehicle. If there are any other children there, or adults unconfident of the words, they will be more likely to switch to the mutant form next time the refrain comes round. It is not that they `prefer’ the mutant form. They genuinely don’t know the words and are honestly eager to learn. Even if those who know better indignantly bellow `For auld lang syne’ at the top of their voice (as I do!), the correct words happen to have no conspicuous consonants, and the mutant form, even if quietly and diffidently sung, is far easier to hear.

A similar case is `Rule Brittannia’. The correct second line of the chorus is `Brittannia, rule the waves’. It is frequently, though not quite universally, sung as `Brittannia rules the waves’. Here the insistently hissing `s’ of the meme is aided by an additional factor. The indended meaning of the poet (James Thompson) was persumably imperative (Brittannia, go out and rule the waves !) or possibly subjunctive (let Brittannia rule the waves). But it is superficially easier to misunderstand the sentence as indicative (Brittannia, as a matter of fact, does rule the waves). This mutant meme, then, has two separate survival values over the original form that it replaced: it sounds more conspicuous and it is easier to understand.

The final test of a hypothesis should be experimental. It should be possible to inject the hissing meme, deliberately, into the meme pool at a very low frequency, and then watch it spread because of its own survival value. What if just a few of us were to start singing `God saves our gracious Queen’ ?

(5) If the meme is a scientific idea, its spread will depend on how acceptable it is to the population of individual scientists; a rough measure of its survival value could be obtained by counting the number of times it is referred to in successive years in scientific journals.

(6) The computers in which memes live are human brains.

It was obviously predictable that manufactured electronic computers, too, would eventually play host to self-replicating patterns of information — memes. Computers are increasingly tied together in intricate networks of shared information. Many of them are literally wired up together in electronic mail exchange. Others share information when their owners pass floppy disks around. It is a perfect milieu for self-replicating programs to flourish and spread. When I wrote the first edition of this book I was naïve enough to suppose that an undesirable computer meme would have to arise by a spontaneous error in the copying of a legitimate program. Alas, that was a time of innocence. Epidemics of `viruses’ and `worms’, deliberately released by malicious programmers, are now familiar hazards to computer-users all over the world. [Un-original paragraph break]

My own hard disc has to my knowledge been infected in two diffent virus epidemics during the past year, and that is a fairly typical experience among heavy computer users. I shall not mention the names of particualr viruses for fear of giving any nasty little satisfaction to their nasty little perpetrators. I say `nasty’, because their behaviour seems to me morally indistinguishable from that of a technician in a microbiology laboratory, who deliberately infects the drinking water and seeds epidemics in order to snigger at people getting ill. I say `little’, because these people are mentally little. There is nothing clever about designing a computer virus. Any half-way competent programmer could do it, and half-way competent programmers are two-a-penny in the modern world. I’m one myself. I shan’t even bother to explain how computer viruses work. It’s too obvious.

[ Hear, hear ! …. So even Dawkins is not immune to burst off in `flames’ and in useless gratuitous morality and ethics. :):) Still, nevertheless, this note (bar the moralisms) does contain some interesting stuff. ]

What is less easy is how to combat them. Unfortunately some very expert programmers have had to waste their valuable time writing virus-detector programs, immunization programs and so on (the analogy with medical vaccination, by the way, is astonishingly close, even down to the injection of a `weakened strain’ of the virus). The danger is that an arms race will develop, with each advance in virus-prevention being matched by counter-advances in new virus programs. So far, most anti-virus programs are written by altruists and supplied free of charge as a service. But I foresee the growth of a whole new profession — splitting into lucrative specialisms just like any other profession — of `software doctors’ on call with black bags full of diagnostic and curative floppy disks. I use the name `doctors’, but real doctors are solving natural problems that are not deliberately engineered by human malice. My software doctors, on the other hand, will be, like lawyers, solving man-made problems that should never have existed in the first place. In so far as virus-makers have any discernible motive, they presumably feel vaguily anarchistic. I appeal to them: do you really want to pave the way for a new cat-profession ? If not, stop playing at silly memes, and put your modest programming talents to better use.

(7) Blind faith can justify anything.

I have had the predictable spate of letters from faith’s victims, protesting about my criticisms of it. Faith is such a successful brainwasher in its own favour, especially a brainwasher of children, that it is hard to break its hold. But what, after all, is faith ? It is a state of mind that leads people to believe something — it doesn’t matter what — in the total absence of supporting evidence. If there were good supporting evidence then faith would be superfluous, for the evidence would compel us to believe it anyway. It is this that makes the often-parrotted claim that `evolution is a matter of faith’ so silly. People believe in evolution not because they arbitrarily want to believe it but because of overwhelming, publicly available evidence.

I said `it doesn’t matter what’ the faithful believe, which suggests that people have faith in entirely daft, arbitrary things, like the electric monk in Douglas Adam’s delightful Dirk Gently’s Holistic Detective Agency . He was purpose-built to do your believing for you, and very successful at it. On the day that we meet him he unshakingly believes, against all the evidence, that everything in the world is pink. I don’t want to argue that things in which a particular individual has faith are necessarily daft. They may of may not be. The point is that there is no way of deciding whether they are, and no way of preferring one article of faith over another, because evidence is explicitly eschewed. Indeed the fact that true faith doesn’t need evidence is held up as its greatest virtue; this was the point of my quoting the story of Doubting Thomas, the only really admirable member of the apostles.

Faith cannot move mountains (though generations of children are solemnly told the contrary and believe it). But it is capable of driving people to such dangerous folly that faith seems to me to qualify as a kind of mental illness. It leads people to believe in whatever it is so strongly that in extreme cases thay are prepared to kill and die for it without the need for further justification. Keith Henson has coined the name `memeoids’ for `victims that have been taken over by a meme to the extent that their own survival becomes inconsequential … You see lots of these people on the evening news from such places as Belfast or Beirut’. Faith is powerful enough to immunize people agains all appeals to pity, to forgiveness, to decent human feelings. It even immunizes them against fear, if they honestly believe that a martyr’s death will send them straight to heaven. What a weapon ! Religious faith deserves a chapter to iteself in the annals of war technology, on an even footing with the longbow, the warhorse, the tank, and the hydrogen bomb.

(8) We, alone on earth, can rebel against the tyranny of the selfish replicators.

The optimistic tone of my conclusion has provoked scepticism among critics who feel that it is inconsistent with the rest of the book. In some cases the criticism comes from doctrinaire sociobiologists jealously protective of the importance of genetic influence. In other cases the criticism comes from a paradoxically opposite quarter, high priests of the left jealously protective of a favourite demonological icon ! Rose, Kamin, and Lewontin in Not in Our Games have a private bogey called `reductionism’; and all the best reductionists are also supposed to be `determinists’, preferably `genetic determinists’.

Brains, for reductionists, are determinate biological objects whose properties produce the behaviours we observe and all the states of thought or intention we infer from that behaviour&bnsp;… Such a position is, or ought to be, completely in accord with the principles of sociobiology offered by Wilson and Dawkins. However, to adopt it would involve them in the dilemma of first arguing the innateness of much human behaviour that, being liberal men, they clearly find unattractive (spite, indoctrination, etc.) and then to become entangled in liberal ethical concerns about responsibility for criminal acts, if these, like all other acts, are biologically determined. To avoid the problem, Wilson and Dawkins invoke a free will that enables us to go against the dictates of ou genes if we so wish … This is essentially a return to unabashed Cartesianism, a dualistic deus ex machina .

I think that Rose and his colleagues are accusing us of eating our cake and having it. Either we must be `genetic determinists’ or we believe in `free will’; we cannot have it both ways. But — and here I presume to speak for Professor Wilson as well as for myself — it is only in the eyes of Rose and his colleagues that we are `genetic determinists’. What they don’t understand (apparently, though it is hard to credit) is that it is perfectly possible to hold that genes exert a statistical influence on human behaviour while at the same time believing that this influence can be modified, overridden or reversed by other influences. Genes must exert a statistical influence on any behaviour pattern that evolves by natural selection. Presumably Rose and his colleagues agree that human sexual desire has evolved by natural selection, in the same sense that anything ever evolves by natural selection. They therefore must agree that there have been genes influencing their sexual desires — in the same sense as genes ever influence anything. Yet they presumably have no trouble with curbing their sexual desires when it is socially necessary to do so. What is dualist about that ? Obviously nothing. And no more is it dualist for me to advocate rebelling `against the tyrammy of the selfish replicators’. We, that is our brains, are separate and independent enough from our genes to rebel against them. As already noted, we do so in a small way every time we use contraception. There is no reason why we should noy rebel in a large way, too.

The Selfish Gene , 1989 edition: Oxford University Press.