Qui Suis-je ?

Le mental est constitué de pensées. La pensée « je » est la première qui s’élève dans le mental. Si l’on poursuit l’investigation « Qui suis-je ? » d’une manière constante, toutes les autres pensées sont détruites, et finalement la pensée « je» elle-même disparaît, laissant la place au Soi non-duel ; les fausses identifications du Soi avec les manifestations du non-Soi, tels que le corps et le mental, cessent, et l’illumination (le sâkshâtkâra ) s’ensuit.

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Introduction

Qui suis-je ? est le titre donné à une série de questions et de réponses ayant trait à la recherche du Soi. Les questions ont été posées à Bhagavan Ramana Maharshi par Shrî M. Sivaprakasam Pillai en 1902. Shrî Pillai, diplômé de philosophie, travaillait à l’époque à la section financière du South Arcot Collectorate. Lors d’une visite officielle à Tiruvannamalai, en 1902, il monta à la grotte de Virupaksha sur la colline Arunâchala où il rencontra le Maharshi. Il le pria de le guider spirituellement et lui posa des questions concernant la recherche du Soi. Shrî Bhagavan ne parlant pas à cette époque – non pas qu’il ait fait un vœu, mais il n’en sentait pas le besoin – lui répondit par écrit. D’après les notes de Shrî Sivaprakasam Pillai, il s’agissait de treize questions et leurs réponses données par Shrî Bhagavan. Ces notes, publiées par Shrî Pillai en 1923 (en langue tamoule) accompagnées par deux de ses propres poèmes, indiquaient comment, par la grâce de Shrî Bhagavan, ses doutes avaient été dissipés et lui-même sauvé d’une crise existentielle.

Par la suite, le Qui suis-je ? a été publié à diverses reprises. Certaines publications présentent treize questions, d’autres vingt-huit. Il existe aussi une version dans laquelle les questions ne figurent pas et où les réponses sont arrangées sous forme d’essai. La présente traduction anglaise (qui servait aussi à la traduction française) a été faite à partir de cet essai et représente la version de vingt-huit questions et leurs réponses.

Avec le Vichara-sangraham (La Recherche de Soi-même), le Nan Yar (Qui suis-je ?) représente la première série d’instructions données par le Maître avec ses propres mots. Parmi les œuvres de Shrî Bhagavan ces deux écrits sont les seuls en forme de prose. Ils exposent clairement son enseignement central, notamment que la voie directe vers la Libération est la recherche du Soi. La manière d’effectuer cette recherche est décrite de façon explicite dans le traité Nan-Yar :

Le mental est constitué de pensées. La pensée « je » est la première qui s’élève dans le mental. Si l’on poursuit l’investigation « Qui suis-je ? » d’une manière constante, toutes les autres pensées sont détruites, et finalement la pensée « je» elle-même disparaît, laissant la place au Soi non-duel ; les fausses identifications du Soi avec les manifestations du non-Soi, tels que le corps et le mental, cessent, et l’illumination (le sâkshâtkâra ) s’ensuit.

Le processus de la recherche du Soi n’est en aucun cas facile. En posant la question « Qui suis-je ? », de nombreuses autres pensées vont surgir; mais, au lieu de leur céder et de les suivre, il faut demander : « A qui se présentent-elles ? ». Pour ce faire on doit rester extrêmement vigilant. Grâce à cette investigation constante le mental s’établira dans sa source et ne pourra se disperser et se perdre dans le labyrinthe des pensées créées par lui-même. Toutes les autres disciplines, tels que le contrôle de la respiration ou la méditation sur une image de Dieu, doivent être considérées comme des pratiques accessoires. Elles ne servent qu’à la maîtrise et la concentration du mental. Pour un mental exercé dans la concentration, la recherche du Soi devient comparativement facile. C’est par une investigation incessante que les pensées seront détruites et le Soi réalisé – la Réalité plénière dans laquelle il n’y a même plus la pensée « je », expérience qui est désignée comme « Silence ».

Tel est en substance l’enseignement de Bhagavan Ramana Maharshi dans le traité Nan Yar (Qui suis-je ?).

Qui suis-je ?
Nan yar

Tout être vivant aspire à un bonheur jamais troublé par la souffrance. Et chacun éprouve le plus grand amour pour soi-même ; la source de cet amour est le bonheur seul. Ainsi, afin d’atteindre ce bonheur qui est notre nature véritable et que nous expérimentons dans le sommeil profond lorsque le mental est absent, chacun doit se connaître soi-même. La meilleure méthode pour y parvenir est la voie de la Connaissance, la quête du Soi par l’investigation « qui suis-je ? ».

1. Qui suis-je ?

Je ne suis pas ce corps physique, constitué des sept éléments subtils ( dhâtu ), ni les cinq organes de perception sensoriels, c’est-à-dire l’oreille, l’œil, la langue, le nez et la peau, et leurs fonctions correspondantes : l’ouïe, la vue, le goût, l’odorat et le toucher. Je ne suis pas les cinq organes d’activité, c’est-à-dire les organes vocaux, les mains et les pieds, l’organe de procréation et l’anus, et leurs fonctions respectives : le langage, les mouvements du corps physique, la jouissance et l’excrétion. Je ne suis pas les cinq forces vitales, le prâna1 etc. qui permettent d’accomplir leurs fonctions correspondantes. Même l’esprit pensant je ne le suis pas ; et pas non plus cet état d’ignorance inconsciente dans lequel ne se trouvent que les impressions des objets, et non les objets eux-mêmes et leurs fonctions.

2. Si je ne suis rien de cela, qui suis-je alors ?

Après avoir rejeté tout ce qui a été mentionné ci-dessus comme n’étant « pas ceci ni cela », cette pure Conscience qui seule demeure – CELA je suis.

3. Quelle est la nature de la pure Conscience ?

La nature de la pure Conscience est Etre-Conscience-Félicité ( sat-chit-ânanda ).

4. Le Soi, quand sera-t-il réalisé ?

Lorsque le monde, ou ce qui est vu, aura disparu, le Soi, ou celui qui voit, sera réalisé.

5. Peut-il y avoir réalisation du Soi tout en expérimentant le monde comme réel ?

Non, ce n’est pas possible.

6. Pourquoi ?

Celui qui voit et ce qui est vu sont comme la corde et le serpent. A moins que la perception illusoire du serpent dans la corde ne cesse, la réalité de la corde, qui est le substrat, ne peut être reconnue. De même, tant que ne cesse la croyance dans la réalité du monde, la réalisation du Soi, le substrat, ne peut être obtenue.

7. Quand le monde, en tant qu’objet visible, disparaîtra-t-il ?

Le monde disparaîtra lorsque le mental, cause de toutes les perceptions et actions, sera au repos.

8. Quelle est la nature du mental ?

Ce qui est appelé «mental» est une merveilleuse force inhérente au Soi par laquelle toutes les pensées s’éveillent. En dehors des pensées le mental n’existe pas. Aussi la pensée constitue-elle la nature du mental. En dehors des pensées il n’y a pas d’entité indépendante appelée « monde ». Dans le sommeil profond il n’y a ni pensée ni monde. Dans les états de veille et de rêve les pensées sont présentes ainsi que le monde. Tout comme l’araignée tire d’elle-même le fil (de la toile) et le résorbe en elle-même, le mental projette le monde en dehors de lui-même et le résorbe en lui-même. Quand le mental émerge du Soi, le monde surgit. Ainsi, lorsque le monde apparaît (comme réel), le Soi n’apparaît pas ; et lorsque le Soi apparaît (ou resplendit), c’est le monde qui n’apparaît pas. Si on s’interroge assidûment sur la nature du mental, celui-ci finira par disparaître, laissant seul le Soi. Ce qui est désigné comme le Soi est l’ âtman . Le mental ne peut exister indépendamment du monde grossier ; il ne peut subsister par lui-même. C’est le mental qu’on appelle corps subtil ou âme ( jîva ).

9. En quoi consiste la voie de l’investigation dans la nature du mental ?

Ce qui s’élève dans ce corps en tant que « je » est le mental. Si on se demande de quelle partie du corps la pensée « je » s’élève en premier, on découvrira que c’est du Cœur. C’est là qu’elle prend naissance. Même si on pense continuellement « je, je » on sera conduit à cet endroit. La première de toutes les pensées qui apparaissent dans le mental est la pensée « je ». C’est seulement après la naissance de celle-ci que les autres pensées s’élèvent. En
d’autres termes, ce n’est qu’après l’apparition du premier pronom personnel que le deuxième et le troisième pronom apparaissent ; en l’absence du premier le deuxième et le troisième ne peuvent exister.

10. Comment le mental peut-il devenir tranquille ?

Par l’investigation « qui suis-je ? ». La pensée « qui suis-je ? » détruira toutes les autres pensées, et, semblable au bâton qu’on utilise pour remuer le bûcher, elle sera détruite, elle aussi, en temps voulu. C’est alors que la réalisation du Soi commencera à poindre.

11. Par quel moyen peut-on se maintenir dans la pensée « qui suis-je ? » ?

Lorsque des pensées surgissent, au lieu de les suivre, on doit plutôt se demander : « A qui sont elles venues ? ». Peu importe le nombre de pensées qui s’élèvent ainsi. Si vous vous demandez à chaque fois : « A qui cette pensée est-elle venue ? », la réponse sera « à moi ». Si vous poursuivez alors l’investigation « qui suis-je ? », le mental retournera à sa source et la pensée qui venait de surgir s’évanouira. En persévérant ainsi dans cette pratique, le mental développera peu à peu la capacité de demeurer dans sa source. Lorsque le mental, qui lui est subtil, s’extériorise à travers le cerveau et les organes sensoriels, les noms et les formes du monde grossier apparaissent ; s’il demeure dans le Cœur, les noms et les formes disparaissent. Ne pas laisser le mental s’extérioriser, mais le maintenir dans le Cœur est ce qu’on appelle « intériorisation » ( antar-mûka ). Si le mental quitte le Cœur, on appelle cela « extériorisation » ( bahir-mûka ).
Ainsi, quand le mental demeure dans le Cœur, le « je », origine de toutes les pensées, s’évanouit, et le Soi toujours présent resplendit. Quoique l’on fasse, on doit le faire sans le faux « je ». Si l’on agit de telle manière, tout se révèle comme étant de la nature de Shiva (Dieu).

12. N’existe-t-ils pas d’autres moyens pour apaiser le mental ?

Il n’y a que l’investigation comme moyen adéquat. Si l’on s’efforce de maîtriser le mental par d’autres moyens il paraîtra maîtrisé, mais il s’élèvera à nouveau. C’est ainsi que le mental peut être apaisé par le contrôle de la respiration, mais cela ne dure que le temps du contrôle de celle-ci; quand elle reprend, le mental se met, lui aussi, à s’agiter et à errer par la force de ses impressions latentes. Le mental et la respiration ont la même source. Le mental est constitué de pensées. La première qui surgit dans le mental est la pensée « je » ; c’est l’ego. L’ego a son origine à l’endroit même d’où s’élève la respiration. Ainsi, quand le mental s’apaise, la respiration est contrôlée, et quand la respiration est contrôlée, le mental s’apaise. Mais dans le sommeil profond, bien que le mental soit tranquille, la respiration ne s’arrête par pour autant. Ceci est dû à la volonté divine et a pour but de protéger le corps et d’éviter qu’il soit pris pour mort. En état de samâdhi2, et en état de veille lorsque le mental est tranquille, la respiration est contrôlée. Le souffle est la forme grossière du mental. Jusqu’au moment de la mort, le mental garde le souffle dans le corps ; et quand le corps meurt le mental emmène le souffle avec lui. Par conséquent, la pratique du contrôle de la respiration n’est qu’une aide pour dompter le mental ( manonigraha ) ; elle n’apporte pas l’extinction du mental ( manonâsha ).

Comme la pratique du contrôle de la respiration, ainsi la méditation sur une forme de Dieu, la répétition de mantras, le régime alimentaire etc. ne sont que des aides pour apaiser le mental.

Par la méditation sur des images de Dieu et par la répétition de mantras, le mental se fixe sur un seul point. La nature du mental est précisément d’errer. Tout comme la trompe d’un éléphant cesse de s’agiter lorsqu’il tient une chaîne, car il ne cherche plus à saisir autre chose, de même le mental quand il est occupé à méditer sur des noms et des formes ne s’intéresse à rien d’autre. Quand le mental se déploie sous forme d’innombrables pensées, chacune d’elles finit par s’affaiblir. Quand, au contraire, les pensées s’évanouissent, le mental se fixe sur un seul but et devient fort. Pour un tel mental la recherche du Soi devient facile.

De toutes les règles de conduite, celle d’un régime restreint à la nourriture sattvique en quantité modérée est la meilleure. En observant cette règle, la qualité sattvique du mental se développe et cela favorise la pratique de la recherche du Soi.

13. Les impressions résiduelles (les pensées) relatives aux objets apparaissent, interminablement, comme les vagues sur l’océan. Quand seront-elles toutes détruites ?

Par la méditation de plus en plus puissante les pensées seront finalement détruites.

14. Est-il possible pour ces impressions, formées depuis des temps immémoriaux, de se résorber, afin que l’on demeure le pur Soi ?

On doit toujours persévérer dans la méditation sur le Soi, sans laisser place au doute « est-ce possible, ou non ? ». Aussi pêcheur qu’on puisse être, il ne sert à rien de se tourmenter et de pleurer « oh, je suis un pêcheur, comment puis-je être sauvé ? ». Si l’on renonce à la pensée « je suis un pêcheur » et si l’on reste profondément centré dans la méditation sur le Soi, le succès est assuré. Il n’y pas deux mentaux, un qui serait bon et un qui serait mauvais ; il n’y a qu’un seul mental. Ce ne sont que les impressions résiduelles qui sont de deux sortes – favorable et défavorable. Quand le mental est sous l’influence des impressions favorables on le considère comme bon ; sous des impressions défavorables il est dit mauvais.

On ne doit pas permettre au mental de se tourner vers les choses du monde et de se mêler des affaires des autres. Aussi mauvais que certains êtres puissent paraître, on ne doit pas les haïr pour autant. Le désir doit être évité au même titre que la haine. Tout ce que l’on donne à autrui, on se le donne à soi-même. Sachant que telle est la vérité, comment peut-on encore refuser quoi que ce soit à son prochain? Si l’ego se manifeste, tout se manifeste ; si l’ego s’apaise, tout s’apaise. A mesure que nous nous conduisons avec humilité, le bien s’établit. Une fois le mental tranquillisé, peu importe où l’on vit.

15. Combien de temps l’investigation doit-elle être pratiquée ?

Tant que les impressions des objets demeurent dans le mental, il est nécessaire de poursuivre l’investigation « qui suis-je ? ». Dès que les pensées se manifestent elles doivent êtres détruites à l’endroit même de leur origine par l’investigation. Se livrer sans interruption à la contemplation du Soi, jusqu’à ce qu’il soit réalisé, cela suffit. Tant que la forteresse est occupée par les ennemis, ceux-ci tenteront de se lancer au dehors ; mais si, au moment où ils s’élancent, ils sont anéantis, la forteresse tombera dans nos mains.

16. Quelle est la nature du Soi ?

En vérité, seul le Soi existe. Le monde, l’âme individuelle et Dieu ne sont que des apparences dans le Soi, comparable à l’argent dans la nacre. Ils apparaissent et disparaissent simultanément. Le Soi est ce en quoi il n’y a pas la moindre pensée « je ». Cela est appelé « Silence ». Le Soi lui-même est le monde ; il est le « Je » ; il est Dieu ; tout est Shiva, le Soi.

17. Tout n’est-il pas l’œuvre de Dieu ?

Le soleil se lève sans désir, sans intention ni effort ; et par sa simple présence, la pierre émet de la chaleur, le lotus fleurit, l’eau s’évapore et les hommes accomplissent leurs tâches diverses et variées, puis se reposent. De même qu’en présence de l’aimant l’aiguille se met à bouger, ainsi, par le pouvoir de la présence de Dieu, les âmes, gouvernées par les trois fonctions (cosmiques) ou par la quintuple activité divine, accomplissent leurs actions, puis se reposent, conformément à leur karma. Dieu n’a pas d’intention et aucun karma n’adhère à Lui ; c’est comme le soleil qui reste insensible aux activités du monde ou l’éther qui pénètre tout sans être influencé par les aspects positifs ou négatifs des quatre autres éléments.

18. Qui, parmi les adorateurs, est le plus grand ?

Celui qui s’abandonne au Soi, c’est à dire Dieu, est l’adorateur le plus parfait. S’abandonner à Dieu signifie demeurer fermement dans le Soi sans permettre à une autre pensée que celle du Soi de surgir.

Tout fardeau que nous remettons à Dieu, Il le portera. Puisque le pouvoir suprême de Dieu anime tout, pourquoi ne nous y soumettons-nous pas, plutôt que de nous tracasser pour ce qui doit être accompli et comment il le sera. Sachant que le train transporte toute lourde charge, pourquoi devrions nous, nous les passagers, continuer à porter nos petits bagages sur les genoux, pour notre plus grand inconfort, au lieu de les poser à terre dans le train et d’être à l’aise.

19. Qu’est-ce que le non-attachement ?

Non-attachement signifie détruire les pensées à l’endroit même où elles naissent et cela sans laisser aucune trace. Tout comme le pêcheur de perles attache des pierres à sa taille et plonge au fond de la mer pour ramener la perle, de même chacun de nous devrait se munir de non-attachement, plonger en lui-même et obtenir la Perle du Soi.

20. Est-il possible pour Dieu et le Gourou de provoquer la Libération de l’âme ?

Dieu et le Gourou ne font que montrer le chemin vers la Libération ; Ils ne conduisent pas eux-mêmes l’âme à l’état de Libération.

En vérité, Dieu et le Gourou ne sont pas différents. De même que la proie qui est tombée entre les mâchoires du tigre ne pourra jamais s’échapper, ainsi ceux qui sont tombés sous le regard de grâce du Gourou seront sauvés par lui et ne se perdront plus ; cependant, chacun doit par son propre effort poursuivre la voie que Dieu ou le Gourou lui a indiqué et ainsi obtenir la Libération. Se connaître soi-même n’est possible que par son propre œil de connaissance et non avec celui d’autrui. Celui qui est Râma a-t-il besoin d’un miroir pour savoir qu’il est Râma ?

21. Est-il nécessaire pour celui qui aspire à la Libération d’explorer la nature des différents tattva3 ?

Tout comme on n’éprouve pas le besoin d’examiner une par une les ordures avant de les jeter, de même il n’est pas nécessaire pour celui qui désire connaître le Soi de compter le nombre de tattva ou de s’intéresser à leurs caractéristiques ; il lui faut plutôt rejeter tous les tattva qui lui cachent le Soi. Le monde doit être considéré comme un rêve.

22. N’y a-t-il pas de différence entre l’état de veille et l’état de rêve ?

L’état de veille est long, l’état de rêve est court ; il n’y a pas d’autre différence. Les événements du rêve paraissent tout aussi réels quand on rêve que ceux de l’état de veille paraissent réels quand on est éveillé. Dans le rêve le mental revêt un autre corps. Les pensées, les noms et les formes apparaissent simultanément aussi bien dans l’état de veille que dans l’état de rêve.

23. Les études livresques sont-elles de quelque utilité pour ceux qui aspirent à la Libération ?

Toutes les Écritures sont d’accord sur le fait que, pour obtenir la Libération, le mental doit être apaisé; une fois que l’on a compris que l’essence de leur enseignement est la maîtrise du mental, il devient futile de faire des études interminables. Pour tranquilliser le mental il suffit de chercher en soi-même ce qu’est la nature du Soi. Cette recherche, comment peut-on la mener dans les livres ? On ne peut connaître le Soi que grâce à son propre œil de Sagesse. Le Soi se trouve à l’intérieur des cinq enveloppes4, mais les livres se trouvent en dehors d’elles. Puisque le Soi doit être cherché à l’intérieur en rejetant les cinq enveloppes, il serait donc futile de le chercher dans les livres. Arrivera le moment où il faudra oublier tout ce que l’on a appris.

24. Qu’est-ce que le bonheur ?

Le bonheur est la nature même du Soi ; le Soi et le bonheur ne sont pas distincts. Le bonheur ne se trouve dans aucun objet du monde. A cause de notre ignorance nous nous imaginons que ce sont les objets qui nous procurent le bonheur. Quand le mental s’extériorise il éprouve de la souffrance. La vérité est que, ses désirs une fois satisfaits, il retourne chez lui [à sa source] et jouit du bonheur qui n’est autre que le Soi. De la même manière, dans les états de sommeil, de samâdhi et d’évanouissement et quand l’objet désiré est obtenu ou l’objet non désiré éliminé, le mental se tourne vers l’intérieur et jouit du bonheur du Soi. Ainsi le mental erre sans cesse, tantôt il abandonne le Soi, tantôt il y retourne. Il est agréable d’être à l’ombre d’un arbre ; dehors, la chaleur du soleil est brûlante. Quand on s’est promené sous le soleil on apprécie la fraîcheur de l’ombre. Celui qui n’arrête pas de passer de l’ombre au soleil et du soleil à l’ombre est un insensé. L’homme avisé reste toujours à l’ombre. De même le mental de celui qui connaît la vérité ne quitte jamais le brahman5. Le mental de l’ignorant, au contraire, se mêle aux choses du monde et, se sentant misérable, il retourne vers le brahman un court instant afin d’éprouver le bonheur. En fait, ce qui est appelé monde n’est rien que pensée. Quand le monde disparaît, en d’autres termes, quand le mental est libre de pensées, il fait l’expérience du bonheur ; inversement, quand le monde apparaît il éprouve douleur et souffrance.

25. Qu’est ce que la vision de la Sagesse (jñâna-drishti) ?

Rester tranquille est ce qu’on appelle la vision de la Sagesse. Rester tranquille, c’est laisser le mental se résorber dans le Soi. Télépathie, clairvoyance et connaissance du passé, du présent et de l’avenir n’ont rien à voir avec la vision de la Sagesse.

26. Quelle est la relation entre absence de désir et Sagesse ?

L’absence de désir est Sagesse. Les deux ne sont pas distincts ; ils sont un et le même. L’absence de désir veut dire que le mental n’est plus tourné vers les objets. La Sagesse signifie qu’aucun objet n’apparaît dans la conscience. En d’autres termes, ne pas chercher autre chose que le Soi signifie détachement ou absence de désir ; ne pas quitter le Soi est Sagesse.

27. Quelle est la différence entre investigation et méditation ?

Par l’investigation on maintient le mental dans le Soi. La méditation consiste en la contemplation du Soi qui est le brahman , Etre-Conscience-Félicité.

28. Qu’est-ce que la Libération ?

Scruter la nature de son soi enchaîné et réaliser sa véritable nature est la Libération.

***

Traduction française : Eleonore Braitenberg.

Source: ramana-maharshi.org

Notes

1 …vyâna, samâna, apâna, udâna.

2 Absorption totale dans la contemplation.

3 Principes fondamentaux de la manifestation.

4 La Taittirîya-upanishad décrit cinq enveloppes (kosha) recouvrant le Soi :

  • annamaya-kosha – enveloppe faite de nourriture (le corps physique)
  • prânamaya-kosha – enveloppe faite de souffle (la force vitale)
  • manomaya-kosha – enveloppe faite de mental
  • vijñânamaya-kosha – enveloppe faite de l’intellect
  • ânandamaya-kosha – enveloppe faite de félicité

5 Le Soi, l’Etre suprême, l’Absolu.

Le jîvan-moukta, le libéré dès cette vie…

Le monde est créé par vous. Vous êtes la forme du monde — un tissu, une toile de relations. Celles-ci vous emprisonnent, coupez-les!

  • Demeure tel qu’il est.
  • N’est plus ici.
  • Est dénué de désirs.
  • Fait les choses sans effort.
  • N’est pas lié à un endroit particulier.
  • Demeure dans son soi naturel et n’a pas de masque.
  • Est déjà Cela et demeure Cela.
  • Reste à tout moment relaxé au plus profond de son coeur.
  • Resplendit et semble ne pas avoir de corps.
  • Vit à la fois sur le plan absolu et relatif.
  • Connaît Cela par quoi tout est connu.
  • Est indifférent, parce que ce monde est un spectacle de magie.
  • Est celui dont le corps est dissous dans le néant.
  • Est celui qui a expérimenté les sens de toutes les Écritures.
  • A des éclairs d’inspiration de temps en temps, quand c’est nécessaire.
  • Est devenu tout. Il ne peut être troublé par quiconque.
  • Est Nirâlamba , n’a aucun support extérieur.
  • Ne va pas selon sa propre volonté, ni ne suit celle de quiconque.
  • Resplendit brillamment et n’a pas peur de la mort, qui est la peur ultime.
  • Est un expert en tout ce qu’il fait et n’est pas agité par quoi que ce soit.
  • N’est pas séduit par les objets du monde. Il n’a absolument rien à faire.
  • Est victorieux sur le chemin spirituel et est toujours dans la félicité ultime, l‘ânanda.
  • Ne fait jamais quoique ce soit de sa propre volition. Il sait trouver dans la vie la pleinitude de la joie.
  • Peut aussi aller dans des états émotionnels qui paraissent incontrôlés à cause de la Volonté divine.
  • N’a pas de pensées; celles-ci glissent indéfiniment les unes sur les autres comme des spaghettis…
  • Ne dit même pas: “Je suis Cela”, puisque dans le “Je suis Cela”, il y a dualité, celui qui voit et Cela.
  • Est libre des tentacules du mental. Il est celui dont le mental est libéré de toutes limitations.
  • Il est toujours éveillé, toujours vigilant, c’est le veilleur sur sa tour. Il vit et demeure dans son propre Soi.
  • Ne donne aucune attention à quoique ce soit. Quand il voit, et il ne voit rien. Il sait qu’il n’y a rien d’autre que lui.
  • Est un Mahâtma, un saint dont l‘âme s’est dilatée. Il trouve que le monde entier est en son propre Soi. Il y voit sa propre expansion.
  • Est celui qui ne parle jamais, même si il est engagé dans des conversations. Il est celui dont le savoir vient de la Source des sources, le Seigneur.
  • Est celui qui est calme même quand il est en colère.
  • est celui qui n’a pas d’esprit ou de vibrations mentales. Il est dans l’ unmani bhâva , là où il n’y a pas de mental. Toutes les souffrances l’ont quitté, et ce pour de bon.
  • Vit en pratique d’une façon naturelle comme un homme ordinaire. Il ne porte aucun masque et ne prend pas différents visages en différentes occasions. Il ne calcule pas, il n’a pas de but à atteindre en portant un masque. Tout ce qu’il fait, il le fait parfaitement. Il est toute conscience.

(Considérons ce qu’il y a ci-dessus à propos du jîvan-moukta comme une liste de points à vérifier, c’est un modèle établi pour nous afin de savoir où nous en sommes.)

  • L’absence de forme est la forme rélle de l‘âme réalisée.
  • C’est l‘énergie cosmique qui mène la danse et le jîvan-mouka est aussi utilisé par cette énergie.
  • Celui qui a retiré de son mental tout le rajas , la tendance à l’activisme, et le tamas , la tendance à la léthargie, est un jîvan-moukta .
  • Le mental d’un jîvan-moukta est toujours calme, il ne bouge pas. Quel que soit le bien ou le mal qui arrive, son mental reste sans mouvement. Il n’a pas la moindre vibration. Il n’y a pas de vibrations du tout dans son mental.
  • Il n’entreprend aucun travail de lui-même. Si par hasard, la Volonté divine, de façon programmée par la Totalité, un travail vient à lui, il l’effectue de la façon la plus simple qui soit.
  • Un être de connaissance, jnâni , accomplit une activité minima pour se maintenir lui-même.
  • Il est celui pour lequel toutes les portes sont ouvertes. Il a le passe-partout, en connaissant Cela par quoi tout est connu.
  • Suivre le chemin de la Connaissance, c’est marcher sur le fil de l‘épée — vous devez être attentifs.
  • La flûte de la connaissance chante à tout jamais dans votre coeur. Entendez-la et atteignez le suprême. Point n’est besoin d’efforts ou de pratiques. Le but ultime peut être atteint d’une façon dénuée d’efforts.
  • Toutes les pensées reviennent pour vous attraper.
  • C’est la toile des relations à l’intérieur de notre propre mental qui nous emprisonne.
  • Notre mental n’est qu’un employé de bureau. Maintenant, durant la minute qui vient, calmez votre mental.
  • Le mental doit être indifférent à propos de ces devoirs qu’il a faits ou oublié de faire.
  • Unmani avasthâ ,c’est le non-mental: comme par un coup de baguette magique, l’océan du mental s’est désséché.
  • Nos pensées sont des pensées de critique. Toutes ces pensées qui viennent sont en lien avec le futur et représentent des critiques du présent. Soyez comme quelqu’un sans pensées.
  • Le chemin de la méditation, dhyâna , est le chemin le plus rapide.
  • Le jour où vous dépouillez votre mental de toute pensée, vous obtenez la Libération. Quand il n’y a rien à quoi se raccrocher, votre mental tombe de lui-même, comme quelqu’un à qui on ôterait ses béquilles.
  • Quand le sens de possession s’en va, le bonheur éternel arrive.
  • Le renoncement direct doit venir de l’intérieur (et pas des livres).
  • Reposez-vous complètement, soyez étbali dans le repos intégral. Devenez entièrement mûr, comme un fruit qui tombe de l’arbre; retirez-vous du monde.
  • Satyam, shivam sundaram , dit-on dans les Oupanishads: le Soi est vrai, bon et beau; voyez toutes choses en tant que beauté.
  • Soyez ce que vous êtes; ôtez votre masque et demeurez seulement comme témoin.
  • Une méthode de yoga et de pratique: observez votre respiration et rentrez à l’intérieur.
  • Les chercheurs spirituels doivent faire très attention à ne pas transgresser de règles. Ils doivent être extrêmement alertes et vigilants.
  • La pratique de la recherche du Soi, “Qui suis-je ?” est faite pour ceux qui sont déjà prêts, pour ceux qui se sont déjà purifiés et sont mûrs.
  • Découvrez ce son qui est éternel et déjà présent ici, ce son qui n’est jamais épuisé, la mélodie du Brahman, la mélodie du Soi.
  • Il vous suffit de demeurer calme et silencieux pendant deux ou trois ans — sans pensées à l’intérieur, sans chanter etc., cela sera assez pour vous faire progresser sur le chemin spirituel.
  • La félicité finale, ânanda , est votre nature. Entrez dans le vide, le silence éternel où même la respiration est arrêtée, où tous les désirs, les vâsanâs sont déjà partis.
  • Restez dans votre propre compagnie en faisant face à votre Soi, protégez-vous comme une jeune pousse d’arbre. Point n’est besoin de vous enfuir dans la forêt pour atteindre le Suprême.
  • Faites monter la Kundalinî jusqu’au niveau du coeur et écoutez les sons variés, les mélodies divines qui sortent du silence quand l’ego s’en est allé. Voyez votre mental (tel qu’il est) et observez la Présence vibrante dans le silence.
  • Vikalpa signifie choix, nirvikalpa signifie une vie dépourvue de choix, où l’on accepte tout ce qui vient. Il n’y a pas de monde phénoménal et donc dans l‘état de nirvikalpa-samâdhi , le sage n’a pas de relations avec le monde et le monde ne peut pas l’atteindre de ses morsures. Dans cet état, il n’y a pas de différence entre lui et le monde, et tout est unité.
  • Le monde est créé par vous. Vous êtes la forme du monde — un tissu, une toile de relations. Celles-ci vous emprisonnent, coupez-les!
  • Tombez dans le silence; tombez dans le rien; tombez dans le vide; tombez dans la vacuité.
  • Celui qui est déjà bien préparé pour comprendre la vérité supérieure, quand il l’entend, se met immédiatement à éviter le monde et mène une vie d’homme tranquille. Il s’efface même au point de se comporter comme s’il était un simple d’esprit. Il est calme et à part, et ne se laisse pas impliquer dans les activités du monde.
  • Le chercheur spirituel qui se plaint des circonstances extérieures est pareil à un artisan qui se plaindrait de ses propres instruments.
  • Le yogui est un super-conducteur.
  • Vous pouvez réaliser l‘Âtre suprême dans le silence. Demeurer dans l‘éloquence du silence.
  • Ce sont les pensées qui nous poussent vers les actions. Après avoir été complètement épuisé par les choses du monde, résignez-vous au silence du mental; fatigué apr toutes les pensées, veznez-en au silence éternel.
  • Quand votre mental est pur, quand vous êtes vigilants et attentifs, ce qui ressort, c’est la voix du Seigneur qui vient dans votre silence absolu. Sphourana , l’expansion pure de conscience, l’intuition spirituelle se manifeste quand vous êtes inactifs.

Réflexions à propos de l’Ashtâvakra-Gîtâ, extrait de l’ouvrage Soi, l’expérience de l’absolu selon l’Ashtâvakra-Gîtâ .

Ashtavakra Gita

The wise man who is contented in all circumstances is not asleep even in deep sleep, nor sleeping in a dream, nor waking when he is awake.

Translator’s Introduction

The Ashtavakra Gita, or the Ashtavakra Samhita as it is sometimes called, is a very ancient Sanskrit text. Nothing seems to be known about the author, though tradition ascribes it to the sage Ashtavakra; hence the name.

There is little doubt though that it is very old, probably dating back to the days of the classic Vedanta period. The Sanskrit style and the doctrine expressed would seem to warrant this assessment.

The work was known, appreciated, and quoted by Ramakrishna and his disciple Vivekananda,as well as by Ramana Maharshi, while Radhakrishnan always refers to it with great respect. Apart from that the work speaks for itself.

It presents the traditional teachings of Advaita Vedanta with a clarity and power very rarely matched.

The translation here is by John Richards, and is presented to the public domain with his affection. The work has been a constant inspiration in his life for many years. May it be so for many others.

John Richards
Stackpole Elidor, UK

***

Ashtavakra Gita

Janaka said:

How is one to acquire knowledge? How is one to attain liberation? And how is one to reach dispassion? Tell me this, sir. 1.1

Ashtavakra said:

If you are seeking liberation, my son, avoid the objects of the senses like poison and cultivate tolerance, sincerity, compassion, contentment, and truthfulness as the antidote. 1.2

You do not consist of any of the elements — earth, water, fire, air, or even ether. To be liberated, know yourself as consisting of consciousness, the witness of these. 1.3

If only you will remain resting in consciousness, seeing yourself as distinct from the body, then even now you will become happy, peaceful and free from bonds. 1.4

You do not belong to the brahmin or any other caste, you are not at any stage, nor are you anything that the eye can see. You are unattached and formless, the witness of everything — so be happy. 1.5

Righteousness and unrighteousness, pleasure and pain are purely of the mind and are no concern of yours. You are neither the doer nor the reaper of the consequences, so you are always free. 1.6

You are the one witness of everything and are always completely free. The cause of your bondage is that you see the witness as something other than this. 1.7

Since you have been bitten by the black snake, the opinion about yourself that “I am the doer,” drink the antidote of faith in the fact that “I am not the doer,” and be happy. 1.8

Burn down the forest of ignorance with the fire of the understanding that “I am the one pure awareness,” and be happy and free from distress. 1.9

That in which all this appears is imagined like the snake in a rope; that joy, supreme joy, and awareness is what you are, so be happy. 1.10

If one thinks of oneself as free, one is free, and if one thinks of oneself as bound, one is bound. Here this saying is true, “Thinking makes it so.” 1.11

Your real nature is as the one perfect, free, and actionless consciousness, the all-pervading witness — unattached to anything, desireless and at peace. It is from illusion that you seem to be involved in samsara. 1.12

Meditate on yourself as motionless awareness, free from any dualism, giving up the mistaken idea that you are just a derivative consciousness or anything external or internal. 1.13

You have long been trapped in the snare of identification with the body. Sever it with the knife of knowledge that “I am awareness,” and be happy, my son. 1.14

You are really unbound and actionless, self-illuminating and spotless already. The cause of your bondage is that you are still resorting to stilling the mind. 1.15

All of this is really filled by you and strung out in you, for what you consist of is pure awareness — so don’t be small-minded. 1.16

You are unconditioned and changeless, formless and immovable, unfathomable awareness, unperturbable: so hold to nothing but consciousness. 1.17

Recognise that the apparent is unreal, while the unmanifest is abiding. Through this initiation into truth you will escape falling into unreality again. 1.18

Just as a mirror exists everywhere both within and apart from its reflected images, so the Supreme Lord exists everywhere within and apart from this body. 1.19

Just as one and the same all-pervading space exists within and without a jar, so the eternal, everlasting God exists in the totality of things. 1.20

Janaka said:

Truly I am spotless and at peace, the awareness beyond natural causality. All this time I have been afflicted by delusion. 2.1

As I alone give light to this body, so I do to the world. As a result the whole world is mine, or alternatively nothing is. 2.2

So now that I have abandoned the body and everything else, by good fortune my true self becomes apparent. 2.3

Waves, foam, and bubbles do not differ from water. In the same way, all this which has emanated from oneself is no other than oneself. 2.4

When you analyse it, cloth is found to be just thread. In the same way, when all this is analysed it is found to be no other than oneself. 2.5

The sugar produced from the juice of the sugarcane is permeated throughout with the same taste. In the same way, all this, produced out of me, is completely permeated with myself. 2.6

From ignorance of oneself, the world appears, and by knowledge of oneself it appears no longer. From ignorance of the rope it appears to be a snake, and by knowledge of it it does so no longer. 2.7

Shining is my essential nature, and I am nothing other than that. When the world shines forth, it is only me that is shining forth. 2.8

All this appears in me imagined due to ignorance, just as a snake appears in the rope, the mirage of water in the sunlight, and silver in mother of pearl. 2.9

All this, which has originated out of me, is resolved back into me too, like a jug back into clay, a wave into water, and a bracelet into gold. 2.10

How wonderful I am! Glory to me, for whom there is no destruction, remaining even beyond the destruction of the world from Brahma down to the last clump of grass. 2.11

How wonderful I am! Glory to me, solitary even though with a body, neither going or coming anywhere, I who abide forever, filling all that is. 2.12

How wonderful I am! Glory to me! There is no one so clever as me! I who have borne all that is forever, without even touching it with my body! 2.13

How wonderful I am! Glory to me! I who possess nothing at all, or alternatively possess everything that speech and mind can refer to. 2.14

Knowledge, what is to be known, and the knower — these three do not exist in reality. I am the spotless reality in which they appear because of ignorance. 2.15

Truly dualism is the root of suffering. There is no other remedy for it than the realisation that all this that we see is unreal, and that I am the one stainless reality, consisting of consciousness. 2.16

I am pure awareness though through ignorance I have imagined myself to have additional attributes. By continually reflecting like this, my dwelling place is in the Unimagined. 2.17

For me here is neither bondage nor liberation. The illusion has lost its basis and ceased. Truly all this exists in me, though ultimately it does not even exist in me. 2.18

Recognising that all this and my body too are nothing, while my true self is nothing but pure consciousness, what is there left for the imagination to work on now? 2.19

The body, heaven and hell, bondage and liberation, and fear too, all this is pure imagination. What is there left to do for me whose very nature is consciousness? 2.20

I do not even see dualism in a crowd of people, so what do I gain if it is replaced by a desert? 2.21

I am not the body, nor is the body mine. I am not a living being. I am consciousness. It was my thirst for living that was my bondage. 2.22

Truly it is in the infinite ocean of myself, that, stimulated by the colourful waves of the world, everything suddenly arises in the wind of consciousness. 2.23

In the infinite ocean of myself, the wind of thought subsides, and the world boat of the living-being traders is wrecked by lack of goods. 2.24

How wonderful it is that in the infinite ocean of myself the waves of living beings arise, collide, play, and disappear, in accordance with their nature. 2.25

Ashtavakra said:

Knowing yourself as truly one and indestructible, how could a wise man possessing self-knowledge like you feel any pleasure in acquiring wealth? 3.1

Truly, when one does not know oneself, one takes pleasure in the objects of mistaken perception, just as greed arises for the mistaken silver in one who does not know mother of pearl for what it is. 3.2

All this wells up like waves in the sea. Recognising, “I am That,” why run around like someone in need? 3.3

After hearing of oneself as pure consciousness and the supremely beautiful, is one to go on lusting after sordid sexual objects? 3.4

When the sage has realised that he himself is in all beings, and all beings are in him, it is astonishing that the sense of individuality should be able to continue. 3.5

It is astonishing that a man who has reached the supreme nondual state and is intent on the benefits of liberation should still be subject to lust and in bondage to sexual activity. 3.6

It is astonishing that one already very debilitated, and knowing very well that its arousal is the enemy of knowledge, should still hanker after sensuality, even when approaching his last days. 3.7

It is astonishing that one who is unattached to the things of this world or the next, who discriminates between the permanent and the impermanent, and who longs for liberation, should still be afraid of liberation. 3.8

Whether feted or tormented, the wise man is always aware of his supreme self-nature and is neither pleased nor disappointed. 3.9

The great-souled person sees even his own body in action as if it were someone else’s, so how should he be disturbed by praise or blame? 3.10

Seeing this world as pure illusion, and devoid of any interest in it, how should the strong-minded person, feel fear, even at the approach of death? 3.11

Who can be compared to the great-souled person whose mind is free from desire even in disappointment, and who has found satisfaction in self-knowledge? 3.12

How should a strong-minded person who knows that what he sees is by its very nature nothing, consider one thing to be grasped and another to be rejected? 3.13

An object of enjoyment that comes of itself is neither painful nor pleasurable for someone who has eliminated attachment, and who is free from dualism and from desire. 3.14

Ashtavakra said:

The wise person of self-knowledge, playing the game of worldly enjoyment, bears no resemblance whatever to samsara’s bewildered beasts of burden. 4.1

Truly the yogi feels no excitement even at being established in that state which all the Devas from Indra down yearn for disconsolately. 4.2

He who has known That is untouched within by good deeds or bad, just as space is not touched by smoke, however much it may appear to be. 4.3

Who can prevent the great-souled person who has known this whole world as himself from living as he pleases? 4.4

Of all four categories of beings, from Brahma down to the last clump of grass, only the man of knowledge is capable of eliminating desire and aversion. 4.5

Rare is the man who knows himself as the nondual Lord of the world, and he who knows this is not afraid of anything. 4.6

Ashtavakra said:

You are not bound by anything. What does a pure person like you need to renounce? Putting the complex organism to rest, you can find peace. 5.1

All this arises out of you, like a bubble out of the sea. Knowing yourself like this to be but one, you can find peace. 5.2

In spite of being in front of your eyes, all this, being insubstantial, does not exist in you, spotless as you are. It is an appearance like the snake in a rope, so you can find peace. 5.3

Equal in pain and in pleasure, equal in hope and in disappointment, equal in life and in death, and complete as you are, you can find peace. 5.4

Ashtavakra said:

I am infinite like space, and the natural world is like a jar. To know this is knowledge, and then there is neither renunciation, acceptance, or cessation of it. 6.1

I am like the ocean, and the multiplicity of objects is comparable to a wave. To know this is knowledge, and then there is neither renunciation, acceptance or cessation of it. 6.2

I am like the mother of pearl, and the imagined world is like the silver. To know this is knowledge, and then there is neither renunciation, acceptance, or cessation of it. 6.3

Alternatively, I am in all beings, and all beings are in me. To know this is knowledge, and then there is neither renunciation, acceptance, or cessation of it. 6.4

Janaka said:

In the infinite ocean of myself the world boat drifts here and there, moved by its own inner wind. I am not put out by that. 7.1

Whether the world wave of its own nature rises or disappears in the infinite ocean of myself, I neither gain nor lose anything by that. 7.2

It is in the infinite ocean of myself that the mind-creation called the world takes place. I am supremely peaceful and formless, and I remain as such. 7.3

My true nature is not contained in objects, nor does any object exist in it, for it is infinite and spotless. So it is unattached, desireless and at peace, and I remain as such. 7.4

I am pure consciousness, and the world is like a magician’s show. How could I imagine there is anything there to take up or reject? 7.5

Ashtavakra said:

Bondage is when the mind longs for something, grieves about something, rejects something, holds on to something, is pleased about something or displeased about something. 8.1

Liberation is when the mind does not long for anything, grieve about anything, reject anything, or hold on to anything, and is not pleased about anything or displeased about anything. 8.2

Bondage is when the mind is tangled in one of the senses, and liberation is when the mind is not tangled in any of the senses. 8.3

When there is no “me,” that is liberation, and when there is “me” there is bondage. Consider this carefully, and neither hold on to anything nor reject anything. 8.4

Ashtavakra said:

Knowing when the dualism of things done and undone has been put to rest, or the person for whom they occur has, then you can here and now go beyond renunciation and obligations by indifference to such things. 9.1

Rare indeed, my son, is the lucky man whose observation of the world’s behaviour has led to the extinction of his thirst for living, thirst for pleasure, and thirst for knowledge. 9.2

All this is transient and spoiled by the three sorts of pain. Knowing it to be insubstantial, ignoble, and fit only for rejection, one attains peace. 9.3

When was that age or time of life when the dualism of extremes did not exist for men? Abandoning them, a person who is happy to take whatever comes attains perfection. 9.4

Who does not end up with indifference to such things and attain peace when he has seen the differences of opinions among the great sages, saints, and yogis? 9.5

Is he not a guru who, endowed with dispassion and equanimity, achieves full knowledge of the nature of consciousness, and leads others out of samsara? 9.6

If you would just see the transformations of the elements as nothing more than the elements, then you would immediately be freed from all bonds and established in your own nature. 9.7

One’s desires are samsara. Knowing this, abandon them. The renunciation of them is the renunciation of it. Now you can remain as you are. 9.8

Ashtavakra said:

Abandon desire, the enemy, along with gain, itself so full of loss, and the good deeds which are the cause of the other two — practice indifference to everything. 10.1

Look on such things as friends, land, money, property, wife, and bequests as nothing but a dream or a magician’s show lasting three or five days. 10.2

Wherever a desire occurs, see samsara in it. Establishing yourself in firm dispassion, be free of passion and happy. 10.3

The essential nature of bondage is nothing other than desire, and its elimination is known as liberation. It is simply by not being attached to changing things that the everlasting joy of attainment is reached. 10.4

You are one, conscious and pure, while all this is inert non-being. Ignorance itself is nothing, so what is the point of wanting to understand? 10.5

Kingdoms, children, wives, bodies, pleasures — these have all been lost to you life after life, attached to them though you were. 10.6

Enough of wealth, sensuality, and good deeds. In the forest of samsara the mind has never found satisfaction in these. 10.7

How many births have you not done hard and painful labour with body, mind, and speech. Now at last, stop! 10.8

Ashtavakra said:

Unmoved and undistressed, realising that being, non-being and change are of the very nature of things, one easily finds peace. 11.1

At peace, having shed all desires within, and realising that nothing exists here but the Lord, the Creator of all things, one is no longer attached to anything. 11.2

Realising that misfortune and fortune come in their own time from fortune, one is contented, one’s senses under control, and does not like or dislike. 11.3

Realising that pleasure and pain, birth and death are from destiny, and that one’s desires cannot be achieved, one remains inactive, and even when acting does not get attached. 11.4

Realising that suffering arises from nothing other than thought, dropping all desires one rids oneself of it, and is happy and at peace everywhere. 11.5

Realising, “I am not the body, nor is the body mine. I am awareness,” one attains the supreme state and no longer remembers things done or undone. 11.6

Realising, “I alone exist, from Brahma down to the last clump of grass,” one becomes free from uncertainty, pure, at peace, and unconcerned about what has been attained or not. 11.7

Realising that all this varied and wonderful world is nothing, one becomes pure receptivity, free from inclinations, and as if nothing existed, one finds peace. 11.8

Janaka said:

First of all I was averse to physical activity, then to lengthy speech, and finally to thought itself, which is why I am now established. 12.1

In the absence of delight in sound and the other senses, and by the fact that I am myself not an object of the senses, my mind is focused and free from distraction — which is why I am now established. 12.2

Owing to the distraction of such things as wrong identification, one is driven to strive for mental stillness. Recognising this pattern I am now established. 12.3

By relinquishing the sense of rejection and acceptance, and with pleasure and disappointment ceasing today, brahmin — I am now established. 12.4

Life in a community, then going beyond such a state, meditation and the elimination of mind-made objects — by means of these I have seen my error, and I am now established. 12.5

Just as the performance of actions is due to ignorance, so their abandonment is too. By fully recognising this truth, I am now established. 12.6

Trying to think the unthinkable, is doing something unnatural to thought. Abandoning such a practice therefore, I am now established. 12.7

He who has achieved this has achieved the goal of life. He who is of such a nature has done what has to be done. 12.8

Janaka said:

The inner freedom of having nothing is hard to achieve, even with just a loin-cloth, but I live as I please, abandoning both renunciation and acquisition. 13.1

Sometimes one experiences distress because of one’s body, sometimes because of one’s speech, and sometimes because of one’s mind. Abandoning all of these, I live as I please in the goal of human life. 13.2

Recognising that in reality no action is ever committed, I live as I please, just doing what presents itself to be done. 13.3

Yogis who identify themselves with their bodies are insistent on fulfilling and avoiding certain actions, but I live as I please abandoning attachment and rejection. 13.4

No benefit or loss comes to me by standing, walking or lying down, so consequently I live as I please whether standing, walking or sleeping.13.5

I lose nothing by sleeping and gain nothing by effort, so consequently I live as I please, abandoning success and failure. 13.6

Continually observing the drawbacks of such things as pleasant objects, I live as I please, abandoning the pleasant and unpleasant. 13.7

Janaka said:

He who by nature is empty-minded, and who thinks of things only unintentionally, is freed from deliberate remembering like one awakened from a dream. 14.1

When my desire has been eliminated, I have no wealth, friends, robbers, senses, scriptures or knowledge. 14.2

Realising my supreme self-nature in the Person of the Witness, the Lord,and the state of desirelessness in bondage or liberation, I feel no inclination for liberation. 14.3

The various states of one who is free of uncertainty within, and who outwardly wanders about as he pleases like an idiot, can only be known by someone in the same condition. 14.4

Ashtavakra said:

While a man of pure intelligence may achieve the goal by the most casual of instruction, another may seek knowledge all his life and still remain bewildered. 15.1

Liberation is distaste for the objects of the senses. Bondage is love of the senses. This is knowledge. Now do as you wish. 15.2

This awareness of the truth makes an eloquent, clever and energetic man dumb, stupid and lazy, so it is avoided by those whose aim is enjoyment. 15.3

You are not the body, nor is the body yours, nor are you the doer of actions or the reaper of their consequences. You are eternally pure consciousness, the witness, in need of nothing — so live happily. 15.4

Desire and anger are objects of the mind, but the mind is not yours, nor ever has been. You are choiceless awareness itself and unchanging — so live happily. 15.5

Recognising oneself in all beings, and all beings in oneself, be happy, free from the sense of responsibility and free from preoccupation with “me.” 15.6

Your nature is the consciousness, in which the whole world wells up, like waves in the sea. That is what you are, without any doubt, so be free of disturbance. 15.7

Have faith, my son, have faith. Don’t let yourself be deluded in this. You are yourself the Lord, whose very nature is knowledge, and you are beyond natural causation. 15.8

The body invested with the senses stands still, and comes and goes. You yourself neither come nor go, so why bother about them? 15.9

Let the body last to the end of the Age, or let it come to an end right now. What have you gained or lost, who consist of pure consciousness? 15.10

Let the world wave rise or subside according to its own nature in you, the great ocean. It is no gain or loss to you. 15.11

My son, you consist of pure consciousness, and the world is not separate from you. So who is to accept or reject it, and how, and why? 15.12

How can there be either birth, karma, or responsibility in that one unchanging, peaceful, unblemished, and infinite consciousness which is you? 15.13

Whatever you see, it is you alone manifest in it. How can bracelets, armlets and anklets be different from the gold they are made of? 15.14

Giving up such distinctions as “He is what I am,” and “I am not that,” recognise that “Everything is myself,” and be without distinction and happy. 15.15

It is through your ignorance that all this exists. In reality you alone exist. Apart from you there is no one within or beyond samsara. 15.16

Knowing that all this is just an illusion, one becomes free of desire, pure receptivity, and at peace, as if nothing existed. 15.17

Only one thing has existed, exists and will exist in the ocean of being. You have no bondage or liberation. Live happily and fulfilled. 15.18

Being pure consciousness, do not disturb your mind with thoughts of for and against. Be at peace and remain happily in yourself, the essence ofjoy. 15.19

Give up meditation completely but don’t let the mind hold on to anything. You are free by nature, so what will you achieve by forcing the mind? 15.20

Ashtavakra said:

My son, you may recite or listen to countless scriptures, but you will not be established within until you can forget everything. 16.1

You may, as a learned man, indulge in wealth, activity, and meditation, but your mind will still long for that which is the cessation of desire, and beyond all goals. 16.2

Everyone is in pain because of their striving to achieve something, but noone realises it. By no more than this instruction, the fortunate one attains tranquillity. 16.3

Happiness belongs to noone but that supremely lazy man for whom even opening and closing his eyes is a bother. 16.4

When the mind is freed from such pairs of opposites as, “I have done this,” and “I have not done that,” it becomes indifferent to merit, wealth, sensuality and liberation. 16.5

One man is abstemious and averse to the senses, another is greedy and attached to them, but he who is free from both taking and rejecting is neither abstemious nor greedy. 16.6

So long as desire, the state of lack of discrimination, remains, the sense of revulsion and attraction will remain, which is the root and branch of samsara. 16.7

Desire springs from usage, and aversion from abstension, but the wise man is free from the pairs of opposites like a child, and becomes established. 16.8

The passionate man wants to eliminate samsara so as to avoid pain, but the dispassionate man is free from pain and feels no distress even in it. 16.9

He who is proud about even liberation or his own body, and feels them his own, is neither a seer nor a yogi. He is still just a sufferer.16.10

If even Shiva, Vishnu, or the lotus-born Brahma were your instructor, until you have forgotten everything you cannot be established within. 16.11

Ashtavakra said:

He who is content, with purified senses, and always enjoys solitude, has gained the fruit of knowledge and the fruit of the practice of yoga too. 17.1

The knower of truth is never distressed in this world, for the whole round world is full of himself alone. 17.2

None of these senses please a man who has found satisfaction within,just as Nimba leaves do not please the elephant that has acquired the taste for Sallaki leaves. 17.3

The man is rare who is not attached to the things he has enjoyed, and does not hanker after the things he has not enjoyed. 17.4

Those who desire pleasure and those who desire liberation are both found in samsara, but the great-souled man who desires neither pleasure nor liberation is rare indeed. 17.5

It is only the noble-minded who is free from attraction or repulsion to religion, wealth, sensuality, and life and death too. 17.6

He feels no desire for the elimination of all this, nor anger at its continuing, so the fortunate man lives happily with whatever sustinence presents itself. 17.7

Thus fulfilled through this knowledge, contented, and with the thinking mind emptied, he lives happily just seeing, hearing, feeling, smelling, and tasting. 17.8

In him for whom the ocean of samsara has dried up, there is neither attachment or aversion. His gaze is vacant, his behaviour purposeless,and his senses inactive. 17.9

Surely the supreme state is everywhere for the liberated mind. He is neither awake nor asleep, and neither opens nor closes his eyes. 17.10

The liberated man is resplendent everywhere, free from all desires. Everywhere he appears self-possessed and pure of heart. 17.11

Seeing, hearing, feeling, smelling, tasting, speaking, and walking about, the great-souled man who is freed from trying to achieve or avoid anything is free indeed. 17.12

The liberated man is free from desires everywhere. He neither blames, praises, rejoices, is disappointed, gives, nor takes. 17.13

When a great-souled one is unperturbed in mind, and equally self-possessed at either the sight of a woman inflamed with desire or at approaching death, he is truly liberated. 17.14

There is no distinction between pleasure and pain, man and woman, success and failure for the wise man who looks on everything as equal. 17.15

There is no aggression nor compassion, no pride nor humility, no wonder nor confusion for the man whose days of samsara are over. 17.16

The liberated man is not averse to the senses nor is he attached to them. He enjoys hinself continually with an unattached mind in both success and failure. 17.17

One established in the Absolute state with an empty mind does not know the alternatives of inner stillness and lack of inner stillness, and of good and evil. 17.18

A man free of “me” and “mine” and of a sense of responsibility, aware that “Nothing exists,” with all desires extinguished within, does not act even in acting. 17.19

He whose thinking mind is dissolved achieves the indescribable state and is free from the mental display of delusion, dream, and ignorance. 17.20

Ashtavakra said:

Praise be to That by the awareness of which delusion itself becomes dream-like, to that which is pure happiness, peace, and light. 18.1

One may get all sorts of pleasure by the acquisition of various objects of enjoyment, but one cannot be happy except by the renunciation of everything. 18.2

How can there be happiness, for one who has been burnt inside by the blistering sun of the pain of thinking that there are things that still need doing, without the rain of the nectar of peace? 18.3

This existence is just imagination. It is nothing in reality, but there is no non-being for natures that know how to distinguish being from nonbeing. 18.4

The realm of one’s self is not far away, nor can it be achieved by the addition of limitations to its nature. It is unimaginable, effortless, unchanging, and spotless. 18.5

By the simple elimination of delusion and the recognition of one’s true nature, those whose vision is unclouded live free from sorrow. 18.6

Knowing everything as just imagination, and himself as eternally free, how should the wise man behave like a fool? 18.7

Knowing himself to be God, and being and non-being just imagination, what should the man free from desire learn, say, or do? 18.8

Considerations like “I am this” or “I am not this” are finished for the yogi who has gone silent realising “Everything is myself.” 18.9

For the yogi who has found peace, there is no distraction or one-pointedness, no higher knowledge or ignorance, no pleasure and no pain. 18.10

The dominion of heaven or beggary, gain or loss, life among men or in the forest, these make no difference to a yogi whose nature it is to be free from distinctions. 18.11

There are no religious obligations, wealth, sensuality, or discrimination for a yogi free from such opposites as “I have done this,” and “I have not done that.” 18.12

There is nothing needing to be done or any attachment in his heart for the yogi liberated while still alive. Things things will last just to the end of life. 18.13

There is no delusion, world, meditation on That, or liberation for the pacified great soul. All these things are just the realm of imagination.18.14

He by whom all this is seen may well make out it doesn’t exist, but what is the desireless one to do? Even in seeing it he does not see it. 18.15

He by whom the Supreme Brahma is seen may think “I am Brahma,” but what is he to think who is without thought, and who sees no duality? 18.16

He by whom inner distraction is seen may put an end to it, but the noble one is not distracted. When there is nothing to achieve what is he to do? 18.17

The wise man, unlike the worldly man, does not see inner stillness, distraction, or fault in himself, even when living like a worldly man. 18.18

Nothing is done by him who is free from being and non-being, who is contented, desireless, and wise, even if in the world’s eyes he does act. 18.19

The wise man who just goes on doing what presents itself for him to do, encounters no difficulty in either activity or inactivity. 18.20

He who is desireless, self-reliant, independent, and free of bonds functions like a dead leaf blown about by the wind of causality. 18.21

There is neither joy nor sorrow for one who has transcended samsara. With a peaceful mind he lives as if without a body. 18.22

He whose joy is in himself, and who is peaceful and pure within has no desire for renunciation or sense of loss in anything. 18.23

For the man with a naturally empty mind, doing just as he pleases, there is no such thing as pride or false humility, as there is for the naturalman. 18.24

“This action was done by the body but not by me.” The pure-natured person thinking like this,is not acting even when acting. 18.25

He who acts without being able to say why, but is not thereby a fool, he is one liberated while still alive, happy and blessed. He is happy even in samsara. 18.26

He who has had enough of endless considerations and has attained peace, does not think, know, hear, or see. 18.27

He who is beyond mental stillness and distraction does not desire either liberation or its opposite. Recognising that things are just constructions of the imagination, that great soul lives as God here and now. 18.28

He who feels responsibility within, acts even when doing nothing, but there is no sense of done or undone for the wise man who is free from the sense of responsibility. 18.29

The mind of the liberated man is not upset or pleased. It shines unmoving, desireless, and free from doubt. 18.30

He whose mind does not set out to meditate or act, still meditates and acts but without an object. 18.31

A stupid man is bewildered when he hears the ultimate truth, while even a clever man is humbled by it just like the fool. 18.32

The ignorant make a great effort to practise one-pointedness and the stopping of thought, while the wise see nothing to be done and remain in themselves like those asleep. 18.33

The stupid man does not attain cessation whether he acts or abandons action, while the wise man finds peace within simply by knowing the truth. 8.34

People cannot come to know themselves by practices — pure awareness, clear, complete, beyond multiplicity, and faultless though they are. 8.35

The stupid man does not achieve liberation even through regular practice, but the fortunate remains free and actionless simply by understanding. 18.36

The stupid does not attain Godhead because he wants it, while the wise man enjoys the Supreme Godhead without even wanting it. 18.37

Even when living without any support and eager for achievement, the stupid are still nourishing samsara, while the wise have cut at the very root of its unhappiness. 18.38

The stupid man does not find peace because he desires it, while the wise man discriminating the truth is always peaceful minded. 18.39

How can there be self-knowledge for him whose knowledge depends on what he sees? The wise do not see this and that, but see themselves as infinite. 18.40

How can there be cessation of thought for the misguided who is striving for it. Yet it is there always naturally for the wise man delighting in himself. 18.41

Some think that something exists, and others that nothing does. Rare is the man who does not think either, and is thereby free from distraction. 18.42

Those of weak intelligence think of themselves as pure nonduality, but because of their delusion do not really know this, and so remain unfulfilled all their lives. 18.43

The mind of the man seeking liberation can find no resting place within, but the mind of the liberated man is always free from desire by the very fact of being without a resting place. 18.44

Seeing the tigers of the senses, the frightened refuge-seekers at once enter the cave in search of cessation of thought and one-pointedness. 18.45

Seeing the desireless lion, the elephants of the senses silently run away, or, if that is impossible, serve him like courtiers. 18.46

The man who is free from doubts and whose mind is free does not bother about means of liberation. Whether seeing, hearing, feeling, smelling, or tasting, he lives at ease. 18.47

He whose mind is pure and undistracted from just hearing of the Truth does not see anything to do or anything to avoid or even a cause for indifference. 18.48

The upright person does whatever presents itself to be done, good or bad, for his actions are like those of a child. 18.49

By inner freedom one attains happiness, by inner freedom one reaches the Supreme, by inner freedom one comes to absence of thought, by inner freedom to the Ultimate State. 18.50

When one sees oneself as neither the doer nor the reaper of the consequences, then all mind waves come to an end. 18.51

The spontaneous unassuming behaviour of the wise is noteworthy, but not the deliberate purposeful stillness of the fool. 18.52

The wise who are rid of imagination, unbound and with unfettered awareness, may enjoy themselves in the midst of many goods, or alternatively go off to mountain caves. 18.53

There is no attachment in the heart of a wise man whether he sees or pays homage to a learned brahmin, a celestial being, a holy place, a woman, a king or a friend. 18.54

A yogi is not in the least put out even when humiliated by the ridicule of servants, sons, wives, grandchildren, or other relatives. 18.55

Even when pleased he is not pleased, not suffering even when in pain. Only those like him can know the wonderful state of such a man. 18.56

It is the feeling that there is something that needs to be achieved which is samsara. The wise who are of the form of emptiness, formless, unchanging, and spotless see nothing of the sort. 18.57

Even when doing nothing the fool is agitated by restlessness, while a skillful man remains undisturbed even when doing what there is to do. 18.58

Happy he stands, happy he sits, happy sleeps, and happy he comes and goes. Happy he speaks and happy he eats. This is the life of a man at peace. 18.59

He who of his very nature feels no unhappiness in his daily life like worldly people, remains undisturbed like a great lake, cleared of defilement. 18.60

Even abstention from action has the effect of action in a fool, while even the action of the wise man brings the fruits of inaction. 18.61

A fool often shows aversion towards his belongings, but for him whose attachment to the body has dropped away, there is neither attachment nor aversion. 18.62

The mind of the fool is always caught in thinking or not thinking, but the wise man’s is of the nature of no thought because he thinks what is appropriate. 18.63

For the seer who behaves like a child, without desire in all actions,there is no attachment for such a pure one even in the work he does. 18.64

Blessed is he who knows himself and is the same in all states, with a mind free from craving whether he is seeing, hearing, feeling, smelling, or tasting. 18.65

There is no one subject to samsara, no sense of individuality, no goal or means to the goal in the eyes of the wise man who is always free from imagination and unchanging like space. 18.66

Glorious is he who has abandoned all goals and is the incarnation of the satisfaction, which is his very nature, and whose inner focus on the Unconditioned is quite spontaneous. 18.67

In brief, the great-souled man who has come to know the Truth is without desire for either pleasure or liberation, and is always and everywhere free from attachment. 18.68

What remains to be done by the man who is pure awareness and has abandoned everything that can be expressed in words from the highest heaven to the earth itself? 18.69

The pure man who has experienced the Indescribable attains peace by virtue of his very nature, realising that all this is nothing but illusion, and that nothing is. 18.70

There are no rules, dispassion, renunciation, or meditation for one who is pure receptivity by nature, and admits no knowable form of being. 18.71

For him who shines with the radiance of Infinity and is not subject to natural causality there is neither bondage, liberation, pleasure, nor pain. 18.72

Pure illusion reigns in samsara which will continue until self-realisation, but the enlightened man lives in the beauty of freedom from me and mine, from the sense of responsibility and from any attachment. 18.73

For the seer who knows himself as imperishable and beyond pain there is neither knowledge, a world, nor the sense that I am the body or the body mine. 18.74

No sooner does a man of low intelligence give up activities like the elimination of thought than he falls into mind racing and chatter. 18.75

A fool does not get rid of his stupidity even on hearing the truth. He may appear outwardly free from imaginations, but inside he is still hankering after the senses. 18.76

Though in the eyes of the world he is active, the man who has shed action through knowledge finds no means of doing or speaking anything. 18.77

For the wise man who is always unchanging and fearless there is neither darkness nor light nor destruction nor anything. 18.78

There is neither fortitude, prudence, nor courage for the yogi whose nature is beyond description and free of individuality. 18.79

There is neither heaven nor hell nor even liberation during life. In a nutshell, in the sight of the seer nothing exists at all. 18.80

He neither longs for possessions nor grieves at their absence. The calm mind of the sage is full of the nectar of immortality. 18.81

The dispassionate man does not praise the good or blame the wicked. Content and equal in pain and pleasure, he sees nothing that needs doing. 18.82

The wise man is not averse to samsara, nor does he seek to know himself. Free from pleasure and impatience, he is not dead and he is not alive. 18.83

The wise man excels by being free from anticipation, without attachment to such things as children or wives, free from desire for the senses,and not even concerned about his own body. 18.84

The wise man, who lives on whatever happens to come to him, roams wherever he pleases, and sleeps wherever the sun happens to set, is at peace everywhere. 18.85

Whether his body rises or falls, the great-souled one gives it no thought, having forgotten all about samsara in coming to rest on the ground of his true nature. 18.86

The wise man has the joy of being complete in himself and without possessions, acting as he pleases, free from duality and rid of doubts, and without attachment to any creature. 18.87

The wise man excels in being without the sense of “me”. Earth, a stone, or gold are the same to him. The knots of his heart have been rent asunder, and he is freed from greed and blindness. 18.88

Who can compare with that contented, liberated soul who pays no regard to anything and has no desire left in his heart? 18.89

Who but the upright man without desire knows without knowing, sees without seeing, and speaks without speaking? 18.90

Beggar or king, he excels who is without desire, and whose opinion of things is rid of “good” and “bad.” 18.91

There is neither dissolute behaviour nor virtue, nor even discrimination of the truth for the sage who has reached the goal and is the very embodiment of guileless sincerity. 18.92

That which is experienced within by one who is desireless and free from pain, and content to rest in himself — how could it be described, and of whom? 18.93

The wise man who is contented in all circumstances is not asleep even in deep sleep, nor sleeping in a dream, nor waking when he is awake. 18.94

The seer is without thoughts even when thinking, without senses among the senses, without understanding even in understanding, and without a sense of responsibility even in the ego. 18.95

Neither happy nor unhappy, neither detached nor attached, neither seeking liberation nor liberated, he is neither something nor nothing. 18.96

Not distracted in distraction, in mental stillness not poised, in stupidity not stupid, that blessed one is not even wise in his wisdom. 18.97

The liberated man is self-possessed in all circumstances and free from the idea of “done” and “still to do.” He is the same wherever he is and without greed. He does not dwell on what he has done or not done. 18.98

He is not pleased when praised nor upset when blamed. He is not afraid of death nor attached to life. 18.99

A man at peace does not run off to popular resorts or to the forest. Whatever and wherever, he remains the same. 18.100

Janaka said:

Using the tweezers of the knowledge of the truth I have managed to extract the painful thorn of endless opinions from the recesses of my heart. 19.1

For me, established in my own glory, there are no religious obligations, sensuality, possessions, philosophy, duality, or even nonduality. 19.2

For me established in my own glory, there is no past, future, or present. There is no space or even eternity. 19.3

For me established in my own glory, there is no self or non-self, no good or evil, no thought or even absence of thought. 19.4

For me established in my own glory, there is no dreaming or deep sleep, no waking nor fourth state beyond them, and certainly no fear. 19.5

For me established in my own glory, there is nothing far away and nothing near, nothing within or without, nothing large and nothing small. 19.6

For me established in my own glory, there is no life or death, no worlds or things of this world, no distraction and no stillness of mind. 19.7

For me remaining in myself, there is no need for talk of the three goals of life, of yoga or of knowledge. 19.8

Janaka said:

In my unblemished nature there are no elements, no body, no faculties, no mind. There is no void and no despair. 20.1

For me, free from the sense of dualism, there are no scriptures, no self-knowledge, no mind free from an object, no satisfaction and no freedom from desire. 20.2

There is no knowledge or ignorance, no “me,” “this,” or “mine,” no bondage, no liberation, and no property of self-nature. 20.3

For him who is always free from individual characteristics there is no antecedent causal action, no liberation during life, and no fulfilment at death. 20.4

For me, free from individuality, there is no doer and no reaper of the consequences, no cessation of action, no arising of thought, no immediate object, and no idea of results. 20.5

There is no world, no seeker for liberation, no yogi, no seer, no one bound and no one liberated. I remain in my own nondual nature. 20.6

There is no emanation or return, no goal, means, seeker or achievement. I remain in my own nondual nature. 20.7

For me who am forever unblemished, there is no assessor, no standard, nothing to assess, and no assessment. 20.8

For me who am forever actionless, there is no distraction or one-pointedness of mind, no lack of understanding, no stupidity, no joy and no sorrow. 20.9

For me who am always free from deliberations there is neither conventional truth nor absolute truth, no happiness and no suffering. 20.10

For me who am forever pure there is no illusion, no samsara, no attachment or detachment, no living organism, and no God. 20.11

For me who am forever unmovable and indivisible, established in myself, there is no activity or inactivity, no liberation and no bondage. 20.12

For me who am blessed and without limitation, there is no initiation or scripture, no disciple or teacher, and no goal of human life. 20.13

There is no being or non-being, no unity or dualism. What more is there to say? There is nothing outside of me. 20.14

Source: realization.org

Atma-Bodha, La Conscience du Soi

Étant autre que le mental, je suis libre de peines, attachements, méchanceté, craintes, etc. “En vérité sans souffle et sans mental, il est pur” dit l‘Écriture.

1. Atma-Bodha, Traité de la Conscience du Soi, est composé pour ceux qui, purifiés par les actes d’austérité, sont calmes, libres de désirs, aspirent à la Libération et dignes d’approcher le Soi.

2. La Conscience du Soi est la seule voie de Libération, comme le feu est indispensable pour cuisiner. Sans connaissance, il n’y a pas d‘émancipation.

3. L’action ne peut pas détruire l’ignorance, car elle n’est pas son opposée. C’est la connaissance qui détruit véritablement l’ignorance, comme la lumière détruit l’obscurité profonde.

4. L’ignorance nous fait paraître limités, lorsqu’elle est détruite le Soi, unique, se révèle véritablement par lui-même, comme le soleil lorsque les nuages s‘éloignent.

5. La pratique constante de la conscience purifie le Jivatman, entaché d’ignorance qui disparaît, comme le fruit du Kataka purifie l’eau.

6. Le monde (samsara) plein de désirs et aversions, est comme un rêve. Il paraît réel dans sa durée mais disparaît dès que l’on est réveilllé.

7. Le monde (Jagat) apparaît comme réel aussi longtemps que Brahman n’a pas été réalisé comme le support de toute chose, comme la nacre paraît de l’argent.

8. Comme des bulles dans l’eau, les mondes émergent, existent et se dissolvent dans le Soi suprême qui est la cause matérielle et le support de toute chose.

9. Le monde est une projection de l’imagination sur le support qu’est Vishnou, l‘Éternel Omnipénétrant, dont la nature est Existence-Conscience, comme des bijoux tous en or.

10. Comme l’espace, Omniprésent, paraît différent selon les divers conditionnements, de même l’Omniprésent paraît multiple avec les divers conditionnements et devient une par leur destruction.

11. Lorsque l’Atman est associé à divers conditionnement se superposent, les castes, couleurs, positions, seulement comme le goût et la couleur à l’eau.

12. Le corps grossier, fait des 5 éléments auto-divisés par 5, et lieu des expériences de souffrance-plaisir, est déterminé par les actions passées (karma).

13. Le corps subtil, autre instrument d’expérience, est fait des 5 pranas, manas, buddhi, des 10 indriyas, combinés avec les grands éléments avant leur division par 5.

14. Le corps causal est sans commencement, inconnaissable, indescriptible. Il faut saisir que l’Atman est autre que ces trois corps.

15. Par identification avec les 5 gaines, l’Immaculé Atman, leur paraît identique, comme un cristal peut prendre la couleur d’un vêtement bleu.

16. Il faut séparer le Pur Atman des gaines par la réflexion logique, comme on sépare le riz de la balle et du son.

17. L’Atman, quoique omnipénétrant, ne brille pas partout, il ne se manifeste que dans la Buddhi, comme un reflet dans un miroir sans tâche.

18. L’Atman est distinct du corps, des sens, de mental et de la buddhi, comme un roi l’est de ses sujets, et il est le témoin du fonctionnement de toute cette matière (praktiti).

19. L’Atman semble être actif quand fonctionnent les organes des sens, comme pour les gens sans discernement la lune semble bouger lorsque courent les nuages.

20. Le corps, les sens, le mental et l’intellect dépendent de l‘énergie vitale de la conscience (Atman Chaitanya) pour leurs activités respectives, comme les hommes dépendent de la lumière du soleil.

21. Par manque de discrimination, on surajoute au pur Atman (Sat Chit) les qualités des corps, gunas et karma, comme on attribue au ciel la couleur bleue et ce qui lui ressemble.

22. Les qualités d’agent, qui appartiennent au seul mental, sont attribuées au Soi par ignorance, comme la lune paraît trembler dans l’eau.

23. Attachement, désir, plaisir, douleur sont perçus lorsque le mental ou l’intellect fonctionnent, ils ne le sont pas dans le sommeil profond quand le mental n’existe plus, donc ils ne sont pas de l’Atman.

24. Comme la nature du soleil est luminosité, de l’eau fraîcheur, du feu chaleur, la nature de l’Atman est Réalité, conscience, félicité, éternité et pureté;

25. Le “je sais” fonctionne sans discriminer la Lumière de la conscience et l’activité de l’intellect.

26. L’Atman ne fait jamais rien, la buddhi ne peut pas expérimenter le “je sais”. Notre individualité croit faussement être à la fois celui qui voit et celui qui sait.

27. Celui qui s’identifie à l‘égo prend peur comme celui qui prend une corde pour un serpent. Il est sans peur quand il a compris qu’il est le Soi suprême.

28. L’Atman éclaire l’intellect et les organes des sens, comme une lampe des pots car ces objets inertes ne peuvent pas s‘éclairer eux-mêmes.

29. Comme une lampe n’a pas besoin d’une autre lampe pour éclairer sa lumière, l’Atman, qui est la connaissance même, n’a besoin d’aucune autre connaissance pour savoir.

30. Les aphorismes védiques sur l’unicité de l‘âme individuelle et de l‘âme suprême se fondent sur les néti, néti (ni ceci ni cela) des écritures.

31. Les corps, jusqu’au corps causal, sont des objets perçus aussi périssables que des bulles. Réalisez que vous êtes le pur brahman complètement séparé d’eux.

32. Parce que je suis autre que le corps, je ne suis pas soumis à la naissance, au vieillissement, à la sénilité et à la mort. Sans organes des sens, je ne suis pas les perceptions des sons, goûts…

33. Étant autre que le mental, je suis libre de peines, attachements, méchanceté, craintes, etc. “En vérité sans souffle et sans mental, il est pur” dit l‘Écriture.

34. Sans attribut et sans action, éternel (nitya), inaltéré (nirvikalpa), immaculé, sans changement, sans forme, libéré à jamais, pur pour toujours.

35. Comme l’espace, je remplis toute chose au-dedans comme au-dehors. Immuable, toujours pareil, pur, sans lien, immaculé, immobile.

36. En vérité, moi seul suis ce suprême Brahman éternel, pur, libre, un, félicité totale, non-duel et ma nature est réalité, connaissance, infini.

37. La répétition constante de “Je suis Brahman” détruit l’ignorance et l’agitation qui en découle, comme la médecine détruit la maladie.

38. Assis dans un endroit solitaire, libéré de désirs et contrôlant les sens, méditez avec une attention constante sur le Soi unique et sans limitation.

39. Par sa vision, le sage devrait totalement immerger dans l’Atman la totalité du monde des objets et penser constamment au Soi, comme au ciel immaculé.

40. Après avoir rejeté toute forme, couleur … celui qui a réalisé l’Absolu demeure dans sa commune incarnation de la Conscience et de la Béatitude infinies.

41. Dans le Soi suprême s’unifient “celui qui connaît”, la connaissance et l’objet connu, par sa nature de connaissance et de félicité, il brille par lui-même.

42. Comme le feu dans le creuset de la contemplation intérieure jaillit la flamme de la connaissance qui réduit en cendres notre ignorance.

43. Comme le dieu de l’aurore (Aruna) a déjà détruit l’obscurité universelle avant que le soleil se lève, de même pour le Soi.

44. L’Atman est une réalité omni-présente, l’ignorance empêche de le réaliser, à la disparition de l’ignorance c’est comme le collier, que l’on croyait perdu et qui était autour du cou.

45. Comme un poteau pris pour pour un homme, ainsi par erreur le Brahman est pris pour l’individu (jiva). A la réalisation du jiva comme étant le Soi, l‘égo est dissous.

46. En expérimentant la nature véritable du soi par la prise de conscience, l’igorance de dire “je et mon” est détruite, comme une erreur de direction.

47. Le Yogi totalement réalisé voit par son “oeil-de-sagesse” l’univers entier à l’intérieur de son propre Soi et considère tout comme son propre Soi.

48. L’univers entier est l’Atman, il n’y a rien en dehors de lui, l‘âme éclairée le voit comme elle voit la même argile dans tous les pots et cruches …

49. L’homme véritablement libéré abandonne ses convictions antérieures et retrouve sa nature de Sat-Chit-Ananda, comme la nymphe redevient une abeille.

50. Après avoir traversé l’océan des illusions et tué les monstres du désir-répulsion, le Yogi, uni à la paix, brille de sa propre lumière et repose en lui-même (Atmaram).

51. Après avoir renoncé aux attachements du monde extérieur, satisfait de sa félicité intérieure, il rayonne comme une lampe placée à l’intérieur d’un vase.

52. Bien qu’associé aux enveloppes (upadhis) le contemplatif qui sait, sans attachement est libre de tout lien comme le vent dans l’espace.

53. Lors de la destruction des upadhis, le contemplatif est totalement absorbé dans l’esprit omni-pénétrant (Vishnou), comme l’eau dans l’eau, l’espace dans l’espace, la lumière dans la lumière.

54. Une fois réalisé que cela est Brahman, il n’y a rien d’autre à atteindre, pas d’autre béatitude que la béatitude, pas d’autre connaissance que la connaissance.

55. Ainsi réalisez que Cela est Brahman, alors ceci vu, rien d’autre à voir, devenu ceci plus d’autre réincarnation, ceci connu rien d’autre à connaître.

56. Réalisez que Cela est Brahman, Sat-Chit-Ananda, Absolu, non-duel, Infini, Eternel, Unique, remplissant tout chose en dessus, en dessous et sur les cotés.

57. Réalisez que cela est Brahman, Non-duel, indivisible, Unique, Bienheureux, comme indiqué par le Védanta à l’aide du processus de négation.

58. Brahma et les autres dieux ne goûtent qu’une parcelle de Brahman, dont la nature est la béatitude illimitée, ils n’ont qu’une félicité proportionnelle.

59. Tous les objets sont pénétrés par Brahman, toutes les actions ne sont possibles que par Lui, il imprègne tout comme le beurre dans le lait.

60. Réalisez que cela est Brahman, ni subtil ni grossier, ni court ni long, sans naissance ni changement, sans forme, qualité (guna), couleur et nom.

61. Cela, par la Lumière de qui sont éclairés le soleil et la lune, et par qui seul tout cet univers brille, réalisez que c’est Brahman.

62. Habitant l’univers entier au dedans et au dehors, le Suprême brahman brille par lui-même, comme le feu imprègne le fer chauffé au rouge et le rend incandescent.

63. Brahman est autre que l’univers, mais il n’existe rien qui soit autre que Brahman, si quelque chose le paraît c’est une illusion et un mirage.

64. Tout ce qui est perçu et entendu est Brahman et rien d’autre. Accédant à la connaissance de la Réalité, on voit ce Brahman non-duel, Sat-Chit-Ananda.

65. L’Atman, pure Conscience, qui est partout présent, n’est perçu que par le seul oeil-de-sagesse, celui dont la vision est obscurcie par l’ignorance ne le voit pas, comme l’aveugle ne voit pas le brillant soleil.

66. Le Jiva libre de toute impureté, chauffé au feu de la connaissance, embrasé par l’audition des Ecritures, brille de lui-même comme l’or.

67. L’Atman, soleil de la connaissance, qui se lève au ciel du coeur, dissipe l’obscurité de l’ignorance, pénètre et soutient tout, brille et fait tout briller.

68. Celui qui, renonçant à toute activité, adore son propre Atman, libre de toute limitation de direction, temps et espace, présent partout, détruisant le froid et le chaud, Béatitude éternelle et sans tâche, celui-là devient Omni-connaissant, Omni-pénétrant, Immortel.

Traduction nouvelle par Marc Alain Descamps.

Source : europsy.org

Rencontre du 3ème type avec l’Advaita

« Ce que vous pensez devoir faire dans n’importe quelle situation est précisément ce que Dieu veut que vous pensiez devoir faire »

Le nihilisme euphorique de Ramesh Balsekar

Entretien avec Ramesh Balsekar
mené par Chris Parish

WIE : Vous êtes de plus en plus connu comme enseignant de l’Advaita Védanta, en Inde comme en occident. Pouvez- vous nous décrire ce que vous enseignez ?

RAMESH BALSEKAR : Je peux le dire en une phrase, vraiment. La seule phrase sur laquelle est fondé tout mon enseignement : « Que ta Volonté soit faite». Ou comme le disent les Musulmans, « Inch Allah » ­ « S’il plaît à Dieu ». Ou bien, en paroles du Bouddha : « Les événements arrivent, les actions sont faites, il n’y a pas d’agissant individuel/d’individu qui agit ». Voyez vous, le conflit de base dans la vie est : « Tout ce que je fais est bien, donc je veux ma récompense ; lui ou elle fait toujours quelque chose de mal et devrait être puni. » C’est de cela qu’il est question dans la vie, n’est-ce pas ? W

WIE : C’est vrai que cela arrive certainement très souvent.

RB :Voilà la base de ce que j’ai observé. Tout le problème de ce que quelqu’un dit, « Moi, j’ai fait quelque chose et je mérite une récompense, ou lui, il a fait quelque chose et donc je veux le punir pour cela ».

WIE : Comment amenez vous les gens à cette idée :« il n’y a pas d’agissant individuel/d’individu qui agit »?

RB :C’est très simple. Analysez n’importe quelle action que vous considérez comme votre action, vous allez trouver que c’est la réaction du cerveau à un événement extérieur sur lequel vous n’avez aucun contrôle. Une pensée arrive – vous n’avez aucun contrôle sur quelle pensée va arriver. Une chose est vue ou entendue – vous n’avez aucun contrôle sur ce que vous allez voir ou entendre par la suite. Tous ces événements, sur lesquels vous n’avez aucun contrôle, arrivent. Et ensuite que se passe-t-il ? Le cerveau réagit à la pensée ou à la chose qui a été vue, entendue, goûtée, sentie ou touchée. La réaction du cerveau est ce que vous appelez « votre action ». Mais en fait, ce n’est simplement qu’un concept.

WIE : Alors quelle est la différence entre les pensées, sentiments et actions d¹une personne éveillée et celles d¹une personne non éveillée ?

RB :Il se passe la même chose. La seule différence est que dans le cas du sage, il comprend que les choses se passent ainsi. Et donc il sait que rien n’est fait par lui­ simplement tout arrive. Le sage sait que «ce n’est pas moi qui agis». Mais une personne ordinaire va dire, « je fais ceci ou il ou elle fait cela. Donc je veux ma récompense et je veux qu’il ou elle soit puni ». La récompense ou la punition dépend de l’idée que moi, lui ou elle agissons.

WIE : D’après ma propre expérience, je peux comprendre que nous n’avons aucun contrôle sur quelle pensée où quelle émotion va surgir. Mais parfois une action s’ensuit et parfois non, et il me semble qu’il y a une très grande différence entre la simple émergence d’une pensée et une action qui affecte une autre personne.

RB :L’action est le résultat de la réaction du cerveau à la pensée. S’il arrive que la pensée a simplement été témoignée et le cerveau ne réagit pas à la pensée, alors il n’y a pas d’action.

WIE : Mais si, comme vous dites, il n’y a personne qui décide comment réagir, alors quelle est la cause qui fait que l’action se produit ou non ?

RB :Une action arrive si c’est la volonté de Dieu que cette action se passe. Si ce n’est pas la volonté de Dieu, l’action ne se fait pas.

WIE : Est ce que vous êtes en train de dire que chaque action qui se fait est la volonté de Dieu ?

RB :Oui ­ c’est la volonté de Dieu.

WIE : Agissant à travers une personne ?

RB :À travers une personne, oui.

WIE : Qu’elle soit éveillée ou non ? Autrement dit, à travers tous ?

RB :C’est juste. La seule différence, comme je le disais, c’est que l’homme ordinaire pense, « cette action est mienne », alors que le sage sait que l’action n’appartient à personne. Le sage sait que « les actes sont faits, les événements arrivent, mais il n’y a pas d’agissant individuel ». C’est l’unique différence pour ce qui me concerne. À la différence du sage, la personne ordinaire croit que les actes qui arrivent à travers cet organisme corps-esprit est le fait de l’individu, voilà la seule différence. Donc comme le sage sait qu’aucune action n’est de son fait, s’il arrive qu’une action blesse quelqu’un, il fera tout ce qu’il peut pour aider la personne blessée mais il n’y aura aucun sentiment de culpabilité.

WIE : Voulez-vous dire que si un individu agit de manière à finalement faire du mal à un autre, alors la personne qui a agi, ou comme vous dites cet « organisme corps-esprit» n’est pas responsable ?

RB :Ce que je suis en train de dire c’est que vous savez que « je » ne l’ai pas fait. Je ne dis pas que je ne suis pas désolé d’avoir fait du mal a quelqu’un. Le fait que quelqu’un a été blessé produira un sentiment de compassion et cette compassion me conduira à tout essayer pour soulager la douleur. Mais il n’y aura pas de sentiment de culpabilité : Ce n’est pas moi qui ai agi ! L’autre aspect de cela, c’est que lorsqu’il arrive une action que la société loue et pour laquelle elle me récompense, je ne dis pas que cela ne provoquera pas un sentiment de bonheur. C’est juste que la compassion émerge en conséquence d’une peine, de la même façon qu’une sensation de satisfaction ou de bonheur émerge en conséquence d’une récompense. Mais il n’y aura pas de fierté.

WIE : Mais voulez-vous dire que littéralement si je frappe quelqu’un, ce n’est pas moi qui agis ? Je veux juste clarifier ce point.

RB :La réalité de base, le concept de base reste inchangé : vous frappez quelqu’un. Après s’ajoute le concept que tout ce qui arrive est la volonté de Dieu, et en référence à chaque organisme corps-esprit la volonté de Dieu est le destin de chaque organisme corps-esprit.

WIE : Je pourrais donc dire, « C’était la volonté de Dieu que j’agisse ainsi; ce n’est pas ma faute. »

RB :Bien sûr. Une action se passe parce que tel est le destin de l’organisme corps-esprit qui agit, et parce que telle est la volonté de Dieu. Et les conséquences de cette action sont aussi le destin de l’organisme corps-esprit. Si une bonne action se produit, c’est le destin. Par exemple nous avions une Mère Teresa. L’organisme corps-esprit appelé « Mère Teresa » était programmé de telle façon qu’il ne faisait que de bonnes actions. Alors le déroulement de ces bonnes actions était le destin de l’organisme corps-esprit appelé Mère Teresa. Et les conséquences furent un Prix Nobel, des récompenses, des prix et des donations pour ses oeuvres. Tout cela était le destin de l’organisme corps-esprit appelé Mère Teresa. Et à l’opposé, il existera un organisme psychopathe, programmé par la même source de façon à ce qu’il n’en émerge que du mal ou de la perversion. L’accomplissement de ses actions perverses et mauvaises est le destin de l’organisme corps-esprit que la société appellera psychopathe. Mais le psychopathe n’a pas choisi d’être psychopathe. En fait il n’y a pas de psychopathe ; il n’y a qu’un organisme corps-esprit psychopathe dont le destin est de commettre des actes malsains et pervers. Et les conséquences de ces actes sont aussi le destin de cet organisme corps-esprit là.

WIE : Est ce que vous dites que tout est prédestiné ? Que tout est préprogrammé depuis la naissance ?

RB :Oui. J’utilise le terme « programmer » pour faire référence aux caractéristiques inhérentes à l’organisme corps-esprit. Pour moi «programmer » signifie : les gènes plus le conditionnement par l’environnement. Vous n’aviez pas le choix des parents particuliers qui vous ont fait naître, et donc vous n’aviez pas le choix de vos gènes. Pareillement, vous n’aviez pas le choix de l’environnement spécifique de votre naissance. Donc vous n’avez pas le choix de vos conditionnements d’enfant reçu dans cet environnement, cela comprend le conditionnement à la maison, dans la société, à l’école, et à l’église. Les psychologues disent que notre conditionnement de base nous l’avons reçu en totalité avant l’âge de trois ou quatre ans. Il y en aura d’autres, mais le conditionnement de base qui crée la personnalité est composé des gènes plus le conditionnement de l’environnement. J’appelle cela programmation. Chaque organisme corps-esprit est programmé d’une façon unique. Il n’y en a pas deux pareil.

WIE : Oui, mais n’est-il pas vrai que deux personnes avec des programmations très semblables, pourront cependant se développer l’un et l’autre de manière très différente ?

RB :C’est juste. C’est pour cela que j’utilise deux expressions : l’une est programmation en soi des organismes corps-esprit ; et l’autre est destin. Le destin est la volonté de Dieu par rapport à un organisme corps-esprit particulier, gravé au moment de la conception. Le destin d’une conception peut être de ne pas naître du tout – dans ce cas, il y a avortement. Tout cela est un concept, ne vous y trompez pas. C’est mon concept.

WIE : Vous dites que c’est un concept et bien sûr, toute parole est concept, mais comment savoir si ce concept représente la vérité ? J’ai tendance à penser que chacun a sa responsabilité individuelle et bien qu’il y ait un certain degré de conditionnement dont nous héritons, nous pouvons toujours choisir comment nous réagissons. Un individu peut transcender des aspects de son conditionnement dans lesquels un autre restera bloqué toute sa vie. Comme cela se passe ainsi, je dirai que cela est dû à la volonté de l’individu de transcender son conditionnement et d’y réussir.

RB :Mais si cela se passe, cela peut-il arriver sans la volonté de Dieu ? Prenons deux personnes : l’une essaie de surmonter son handicap et y arrive ; l’autre n’y arrive pas. Je dirais que s’il y en a un qui y arrive et l’autre qui échoue, c’est à cause du destin de chacun des deux organismes corps-esprit – par la volonté de Dieu.

WIE : Mais ne pourrions-nous pas tout autant dire que c’est la volonté de Dieu de donner à chaque individu le libre-arbitre de ses décisions ?

RB :Non. Voyez vous, je vous pose la question suivante : Quelle volonté à l’avantage ? Celle de l’individu ou celle de Dieu ? D’après votre propre expérience, jusqu’à quel point le libre-arbitre l’emporte?

WIE : Enfin je trouve que la volonté individuelle peut clairement l’emporter par moments.

RB :Sur la volonté de Dieu ? Si vous voulez quelque chose et vous travaillez pour l’obtenir et l’obtenez, si cela se passe c’est que votre volonté coïncide avec la volonté de Dieu.

WIE : Prenons l’exemple d’un individu qui devient un drogué et qui le reste toute sa vie. On pourrait très bien soutenir qu’il a choisi d’aller contre la volonté de Dieu et y est arrivé – justement parce qu’existe le libre-arbitre.

RB :Mais que vous l’acceptiez ou non est en soi la volonté de Dieu, comprenez-vous ? Que vous acceptez la volonté de Dieu ou que vous n’acceptez pas la volonté de Dieu, est en soi la volonté de Dieu !

WIE : Dire que tout est préprogrammé, que tout est destin et que le choix n’existe pas, ressemble à une forme extrême de réductionnisme. Dans cette perspective, les êtres humains sont comme des ordinateurs ; tout ce qui nous concerne est déjà totalement fixé.

RB :Oui, c’est exactement ainsi.

WIE:Mais pour moi dans cette vision, il manque le coeur humain. Nous ne serions alors que des machines – les choses ne font que nous arriver. Il n’y a rien que nous puissions faire, rien que nous puissions changer.

RB :Exactement, oui !

WIE : Mais cela peut mener à une profonde indifférence à la vie.

RB :Oui, et si cela était le cas, ce serait merveilleux !

WIE : Vraiment ! Merveilleux ?

RB :Mais c’est le but ! Bien sûr. Ainsi vous pouvez dire que tout ce qui arrive est accepté. Alors il n’y a plus de malheur ; il n’y a plus de misères, plus de culpabilité, plus d’orgueil, plus de haine, plus de jalousie. Qu’y a-t-il de mal à cela ? Et comme je vous l’ai déjà dit les actions se font à travers l’organisme corps-esprit, et si l’individu découvre qu’une action a blessé quelqu’un, la compassion survient.

WIE : Mais ça ne vous paraît pas un peu étrange d’aller blesser quelqu’un et d’avoir de la compassion pour cette personne après coup ? Ne serait-ce pas mieux de ne pas faire du mal en premier lieu ?

RB :Mais vous n’avez aucun contrôle sur cela ! Si vous pouviez-le contrôler, vous ne le feriez pas.

WIE : Mais si on croit avoir le contrôle, plutôt que de croire qu’on ne l’a pas, on pourrait choisir de ne pas le faire !

RB : Alors pourquoi l’être humain n’exerce-t-il pas le contrôle sur chacune des actions qu’il produit? Je vais vous poser une question. L’être humain a, de toute évidence, beaucoup d’intelligence, tellement d’intelligence qu’un minable humain a été capable d’envoyer un homme sur la lune.

WIE : Oui, c’est vrai.

RB :Et il a aussi l’intelligence de savoir que s’il fait certaines choses, les conséquences seront terribles. Il a l’intelligence de savoir que s’il produit des armes nucléaires ou chimiques, les gens vont les utiliser et de terribles choses vont arriver au monde. Il en a l’intelligence alors, si le libre-arbitre existe, pourquoi le fait il? Pourquoi a-t-il réduit le monde à ce qu’il est, s’il a un libre-arbitre ?

WIE : J’admets, que la situation que vous décrivez est évidemment insensée. Mais je dirai que cela est dû au fait que les gens sont faibles. Et je suis persuadé que les gens peuvent changer s’ils le veulent – si cela compte pour eux.

RB :Alors pourquoi ne le font-ils pas?

WIE :Il y a des gens qui changent, mais comme je l’ai dit, malheureusement, il semble que la plupart des gens ont trop peu de volonté. Avoir du libre-arbitre ne garantit pas que nous allons agir intelligemment. Comme dans l’exemple que vous venez de donner, il est clair que les gens choisissent souvent de faire des choses très destructrices.

RB :Si vous êtes en train de dire que nous avons la libre volonté de détruire le monde, cela veut dire que nous détruisons le monde parce que nous le voulons – en sachant très bien que le monde va être détruit ! Le libre-arbitre signifie que nous voulons le faire.

WIE : Je pense que le problème est plutôt que les gens ne prennent pas en compte les conséquences de leurs actions. Souvent ils ne pensent qu’à eux-mêmes, sans considérer où leurs actions pourraient aboutir.

RB :Mais l’être humain est formidablement intelligent. Pourquoi ne pensent-ils pas? Ma réponse est qu’ils ne sont pas censés le faire !

WIE : Quand vous dites « pas censés le faire », que voulez-vous dire?

RB :Ce n’est pas la volonté de Dieu que les humains pensent dans ces termes. Ce n’est pas la volonté de Dieu que les êtres humains soient parfaits. La différence entre le sage et la personne ordinaire est que le sage accepte ce qui est comme volonté de Dieu, mais – et ceci est important – cela ne l’empêche pas de faire ce qu’il pense doit être fait. Et ce qu’il pense doit être fait dépend de sa programmation.

WIE : Mais pourquoi le sage « ferait-il ce qu’il pense qui doit être fait » si, comme vous l’avez déjà expliqué, il sait que ce n’est pas lui qui pense en premier lieu.

RB :Vous voulez savoir comment une action se produit ? La réponse est que l‘énergie dans cet organisme corps-esprit produit une action correspondant à sa programmation.

WIE : Alors l’action, comme vous le décrivez, ne fait que passer à travers la personne.

RB :Elle se déroule, oui. L’action se produit. C’est exactement ce que je suis en train de dire – pour revenir aux paroles du Bouddha « les événements arrivent, les actions se font. »

WIE : Cependant de ce que je sais des paroles du Bouddha est qu’il affirmait toujours que l’individu était personnellement responsable de ses actes. N’est-ce pas la base de tout son enseignement sur le karma, sur la loi de cause à effet ?

RB :Pas le Bouddha !

WIE : Mon impression est que le Bouddha enseignait beaucoup la notion «d’action juste ». Il semblait très concerné par ce que faisaient les gens et insistait pour que les gens fournissent l’effort nécessaire pour changer.

RB :Ceci est une interprétation postérieure du Bouddhisme. Les paroles du Bouddha sont très claires. Qui contrôle ce qui se passe ? Dieu est celui qui contrôle ! Comme nous l’avons vu, ceci est à la base de toute religion. Et pourtant, pourquoi y a-t-il des guerres de religions, si la base de toutes les religions est la même ? Ce sont les interprétations qui sont la cause de ces guerres ! Et comment tout cela pourrait-il arriver si ce n’est par la volonté de Dieu ?

WIE : Il est clair que vous pensez que tout ce que nous faisons est par la volonté de Dieu. Mais il me semble que cela n’a vraiment du sens que chez l’individu qui est arrivé à la fin de son chemin spirituel – qui est arrivé à la fin de l’ego – parce que les actions d’une telle personne ne sont pas égocentriques et par cela ne sauraient être une distorsion de la volonté de Dieu. Mais tant qu’il n’est pas arrivé à cet état, si un individu agit mal envers un autre, ce peut être par réaction compulsive parce qu’il est égoïste. Si ce que vous dites est vrai cela peut être utilisé comme justification pour tout comportement déplaisant ou agressif. On pourra simplement dire, « Tout est la volonté de Dieu. Ça n’a aucune importance ! »

RB :Je sais, mais c’est la vérité. Votre vraie question est : « Pourquoi Dieu a-t-il crée le monde tel qu’il est ? » Mais voyez-vous, un être humain n’est qu’un objet créé qui fait partie de la totalité de la manifestation issue de la Source. Alors ma réponse est : un objet créé ne peut jamais connaître son créateur ! Je vais vous donner une métaphore. Imaginons que vous peignez un tableau, et dans ce tableau, vous peignez un personnage. Puis ce personnage veut savoir, premièrement, pourquoi en tant que peintre, avez-vous choisi de peindre ce tableau-là et deuxièmement, pourquoi vous avez rendu votre personnage si laid ! Vous voyez, comment est-ce possible qu’un objet créé connaisse un jour la volonté de son propre créateur ? Cependant, à mon avis, cela ne vous empêche pas de faire ce que vous croyez devoir faire ! Accepter que rien ne se fait sans la volonté de Dieu n’empêche personne de faire ce qu’il croit devoir faire. Que peut-on faire d’autre ?

WIE : Si l’on suit cette façon de raisonner, comme je le disais, ce serait assez facile d’arriver à la conclusion, « Et bien, tout est la volonté de Dieu ; rien de ce qui arrive n’a d’importance » et ensuite simplement de tout laisser tomber.

RB :Vous voulez dire, « Pourquoi ne resterai-je pas au lit toute la journée? »

WIE: Oui, pourquoi faire quelque effort que ce soit ?

RB :La réponse à cette question est que l’énergie contenue dans cet organisme corps-esprit ne lui permettra pas de rester inactif longtemps. L’énergie va continuer à produire de l’action, physique ou mentale, à chaque fraction de seconde, suivant la programmation de l’organisme corps-esprit en question et aussi selon sa destinée, qui est la volonté de Dieu. Mais cela ne vous empêche pas, vous qui pensez toujours être un individu, de faire ce que vous pensez devoir faire. Donc, ce que je suis en train de dire c’est que ce que vous croyez devoir faire dans n’importe quelle situation à n’importe quel moment, est précisément ce que Dieu veut que vous pensiez devoir faire ! En conclusion, l’acceptation de la volonté de Dieu ne vous empêche pas de faire ce que vous pensez devoir faire. Vous comprenez ? En fait, vous ne pouvez pas vous en empêcher !

WIE : J’ai lu dans une brochure écrite par plusieurs de vos élèves quelque chose qui semble pertinent à ce sujet : « Ce que vous aimez ne peut être que ce que Dieu veut que vous aimiez. Rien ne peut arriver si ce n’est par Sa volonté. » Le texte dit aussi : « Ne vous sentez pas coupable, même en cas d’adultère. Vous qui êtes la Source êtes toujours pur. »

RB :C’est ce qu’a dit Ramana Maharshi.

WIE : La Source sera peut-être toujours pure, mais encore une fois, il me semble que cette conception peut être comprise comme donnant le droit d’agir sans conscience. Vous pourriez dire, « Cela n’a aucune importance, si je commets l’adultère, aucune importance si je fais du mal à mes amis, parce que ces actions sont tout simplement arrivées». On pourrait prendre cela facilement comme la permission d’agir selon son désir, juste parce qu’il m’arrive d’avoir ce désir.

RB :Mais n’est-ce pas ce qui arrive ?

WIE : Certainement, cela arrive, mais…

RB :Voulez-vous dire qu’il en arrivera davantage ?

WIE : Cela pourrait facilement arriver plus. Je pourrais dire, « Et bien, ce que je fais n’a aucune importance maintenant. Je ne devrai pas prendre la peine de me retenir si je ressens un désir ». Vous comprenez ce que je veux dire ?

RB :D’habitude on me pose la question : « Si ce n’est pas vraiment moi qui agis réellement qu’est-ce qui m’empêche de prendre une mitrailleuse et de tuer une vingtaine de personnes ? » C’est bien votre question, n’est-ce pas ?

WIE : Oui mais c’est un exemple un peu extrême !

RB :Oui, prenons un exemple extrême !

WIE : Mais je trouve l’exemple de l’adultère plus intéressant, parce que la plupart des gens ne voudraient pas vraiment faire quelque chose d’aussi extrême que d’aller mitrailler les autres.

RB :Soit. C’est la même chose si nous parlons d’adultère. J’ai lu que les psychologues et les biologistes ont conclu en se fondant sur leurs recherches, que si vous trompez votre femme, vous ne devez pas vous sentir coupables. De plus en plus, le scientifique arrive à la même conclusion que le mystique, toute action trouve son origine dans la programmation.

WIE : Je peux comprendre que dans certains cas c’est peut-être vrai, mais admettons, par exemple, que j’ai cette pulsion de commettre un adultère. Je pourrais donc dire, « Cela doit être la volonté de Dieu que je le fasse, alors j’y vais » – ou bien, je pourrais me retenir et ne pas causer un tas de souffrance à mes amis. Est-ce que ça ne serait pas mieux de me retenir ?

RB :Alors qui vous empêche de vous retenir ? Faites ce que vous voulez ! Qu’est-ce qui vous empêche de vous retenir ? Retenez-vous donc !

WIE : Je pense que c’est mieux de faire ainsi !

RB :C’est aussi mon point de vue.

WIE : Mais d’après vous, je pourrais tout simplement dire « Ce doit être la volonté de Dieu parce que je ressens ce désir. » et ensuite ne pas me retenir

RB :Vous dites que vous savez que vous devriez vous retenir – alors pourquoi ne vous retenez vous pas ? Si un organisme corps-esprit est programmé pour ne pas tromper sa femme, il ne le fera pas quoi qu’on lui dise. Si vous avez été programmé pour ne pas lever la main sur un autre, est-ce que vous allez commencer à tuer des gens ? Maintenant, si on passe une loi qui vous donne le droit de battre votre femme sans qu’il y ait de poursuites, allez-vous commencer à la battre ? Seulement si l’organisme corps-esprit a été programmé pour le faire, et dans ce cas, il le fait déjà. Alors comme j’ai dit, accepter la volonté de Dieu ne vous empêche pas de faire ce que vous pensez devoir faire. Faites le ! Faites exactement ce que vous pensez devoir faire !

WIE : Finalement, comment pouvons-nous dire que nous savons que c’est le destin ou la volonté de Dieu ? Tout ce que nous savons c’est que certains événements se déroulent. Plus tard, nous pouvons rétrospectivement dire que tel événement est, « tout simplement arrivé, » et si nous le voulons nous pouvons appeler cela le destin. Mais ne serait-il pas plus juste de dire que nous ne savons pas vraiment si c’est le destin ou non ? Dire que nous ne savons pas est différent de dire « Nous savons que c’est la volonté de Dieu. » C’est, différent de dire que nous savons que tout est fixé d’avance. Voyez-vous, il me semble que vous dites que vous savez pour de bon que tout est la volonté de Dieu.

RB :Nous ne le savons pas et ça c’est le fondement ; alors si vous voulez, vous pouvez laisser tomber le concept de destin et dire que personne ne peut réellement rien savoir. Très bien ! Le concept de destin n’est pas nécessaire. Après tout, si vous acceptez que tout ce qui arrive est hors de votre contrôle, qui sera là pour se préoccuper du destin ?

WIE : Comme beaucoup de gens viennent à vous pour entendre vos conseils au sujet de leur chemin spirituel, je voudrais vous demander quelle valeur donnez-vous (s’il en est une) à la pratique spirituelle en tant que moyen d’atteindre l’éveil ?

RB :Si une sadhana (pratique spirituelle) est nécessaire, l’organisme corps-esprit est programmé pour faire une sadhana.

WIE : En d’autres termes, si cela arrive, cela arrive ?

RB :C’est exact. Parfois les gens me demandent, « Si rien n’est en mon pouvoir, est-ce que je dois méditer ou non ? » Ma réponse est très simple. Si vous aimez méditer, alors méditez, si vous n’aimez pas méditer, ne vous forcez pas.

WIE : Est-ce que la recherche spirituelle est un obstacle à l’éveil ?

RB :Oui, la quête spirituelle est le plus grand obstacle à cause de celui qui cherche. C’est le chercheur qui est l’obstacle – pas le fait de chercher ; la quête se fait d’elle-même. La quête se fait d’elle-même parce que l’organisme corps-esprit est programmé pour chercher ce qu’il cherche. Alors si la recherche de l’éveil se fait, c’est que l’organisme corps-esprit a été programmé pour cette quête. L’obstacle est le chercheur qui dit : « Je veux l’éveil. »

WIE : Comment se fait-il que beaucoup de grands sages ont parlé de l’importance de la quête ? Ramana Maharshi a dit que celui qui cherche doit désirer l’éveil autant qu’un homme qui se noie désir respirer – avec ce niveau de concentration et de sincérité là.

RB :Bien sûr. Cela veut dire qu’il faut ce genre d’intensité dans la recherche. Mais il a aussi dit : « Si vous voulez faire un effort, vous devez faire un effort ; si le destin ne l’a pas prévu, l’effort ne se fera pas ». C’est ce que Ramana Maharshi a dit. Alors vous voyez, que l’on cherche ou que l’on ne cherche pas, c’est hors de votre contrôle. Ni la recherche de Dieu, ni celle de l’argent n’est à votre crédit ou de votre faute.

WIE : Vous avez écrit dans un de vos livres qu’on est déjà arrivé à une compréhension bien profonde quand on peut dire, « Cela m’est égal que l’éveil advienne dans cet organisme corps-esprit ou non ».

RB :C’est juste. Quand il arrive à ce stade, cela veut dire que le chercheur n’est plus présent. C’est très proche de l’éveil parce que s’il n’y a plus personne pour s’en soucier, il n’y a plus de personne qui cherche.

WIE : Mais est-ce que le résultat ne pourrait pas être une indifférence incroyablement profonde – ce qui n’est pas l’éveil.

RB :Cela pourrait mener à l’éveil !

WIE : J’ai encore une question. Vous dites souvent que nous devrions « juste accepter ce qui est ».

RB :Oui, s’il vous est possible de le faire – et cela est hors de votre contrôle !

Source : WIE

Les dix images de la capture du boeuf

Des diverses représentations qu’on a pu donner de la connaissance dans le zen, aucune n’est plus connue que les images de la Capture du Boeuf, série de dix illustrations accompagnées de commentaires en vers et en prose.

Des diverses représentations qu’on a pu donner de la connaissance dans le zen, aucune n’est plus connue que les images de la Capture du Boeuf, série de dix illustrations accompagnées de commentaires en vers et en prose. C’est probablement à cause du caractère sacré du boeuf en Inde antique que cet animal a été choisi pour symboliser la nature essentielle de l’homme et son esprit-de-bouddha.

Les dessins originaux et leurs commentaires sont attribués à Kakuan Shien (Kuo-an, Shih-Yuan), un maître du zen chinois du XII e siècle, mais il ne fut pas le premier à illustrer graphiquement les stades successifs de la connaissance selon le zen. Il existe des versions antérieures de cinq et de huit dessins, où le boeuf devient progressivement plus blanc, le dernier dessin représentant un simple cercle. Cela signifiait que la connaissance de l’Unité (c’est-à-dire de l’effacement de toute notion de “moi” et d’“autrui”) était le but ultime du zen. Mais Kakuan deux images au cercle pour montrer que l’adepte du zen vraiment accompli vit dans le monde quotidien et se mêle avec une parfaite liberté d’esprit aux autres hommes, que sa compassion incite à suivre la Voie du Bouddha. C’est cette version qui a été le plus largement adoptée au Japon. Elle est présentée ici sous la forme de peintures à l’encre de Gyokusei Jikihara.

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1. Chercher le boeuf

Le boeuf n’est jamais vraiment égaré, donc pourquoi le chercher? Ayant tourné le dos à sa vraie nature, l’homme ne peut la voir. A cause de ses erreurs, il a perdu le boeuf de vue. Soudain, il se trouve devant un labyrinthe de routes qui s’entrecroisent. L’avidité et la peur s’emparent de lui, les idées de bien et de mal le menacent de toutes parts.

Perdu dans la forêt, effrayé par la jungle,
il cherche le boeuf qu’il ne trouve pas.
Le long des larges rivières sombres et sans nom,
dans d‘épais fourrés de montagne, il suit de nombreux sentiers.
Las, le coeur lourd, il poursuit sa recherche
de cette chose qu’il ne peut encore trouver.
Le soir, il entend les cigales craqueter dans les arbres.

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2. Trouver les empreintes

Grâce aux sutras et aux enseignements, il discerne les empreintes du Boeuf. Il a appris que, de même que des vases d’or de forme différente sont tous faits du même or, de même chaque chose est une manifestation du Moi. Mais il est incapable de distinguer le bien du mal, le faux du vrai. Il n’a pas vraiment franchi la barrière mais il commence à apercevoir les empreintes du boeuf.

Il a vu d’innombrables empreintes de pas dans la forêt
et au bord de l’eau
Voit-il là-bas l’herbe foulée?
Même les plus profondes gorges des plus hautes montagnes
ne peuvent cacher le museau de ce Boeuf qui se dresse vers le ciel.

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3. Première apparition du Boeuf

S’il écoute attentivement les bruits de chaque jour, il accédera à la connaissance et, à cet instant, il verra la Source même. Les six sens ne se distinguent pas de cette Source, qui est présente en chaque activité, comme le sel l’est dans l’eau1. Lorsque la vision intérieure est convenablement centrée, on se rend compte que ce qui est vu est identique à la Source.

Un rossignol chante sur une branche,
le soleil brille sur les saules frissonnants.
Voici le Boeuf, où pouvait-il se cacher?
Cette tête splendide, ces cornes imposantes,
quel artiste pourrait les peindre?

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4. Attraper le Boeuf

Aujourd’hui, il a rencontré le Boeuf, qui avait longtemps cabriolé dans les champs, et il l’a attrapé. Le Boeuf s’est si longtemps ébattu en liberté qu’il n’est pas facile de lui en faire perdre l’habitude: il continue à rêver à l’herbe odorante, et il est encore entêté et déchaîné. Si l’homme veut le domestiquer complètement, il devra utiliser son fouet.

Il doit saisir fortement la corde et ne pas la lâcher,
car le Boeuf a encore des tendances malsaines2.
Tantôt il fonce vers les hauteurs,
tantôt il flâne dans un ravin brumeux.

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5. Domestiquer le Boeuf

Une pensée en entraîne une autre et encore une autre. L’illumination apporte la connaissance du fait que ces pensées ne sont pas irréelles, car même elles naissent de notre vraie nature. C’est seulement parce que l’erreur subsiste qu’on les croit irréelles. Cet état d’erreur n’a pas son origine dans le monde objectif mais dans notre propre esprit.

Il doit tenir fermement la corde et ne pas permettre au Boeuf de vagabonder,
faute de quoi il pourrait s’enfuir vers des refuges boueux.
Bien gardé, il devient propre et gentil,
Et suit de bon gré son maître, sans être à l’attache.

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6. Ramener le Boeuf à la maison

Le combat est terminé, “gagner” ou “perdre” n’affecte plus l’homme. Il fredonne la chanson du bûcheron et jour sur sa flûte les simples chansons des enfants du village. Monté sur le dos du Boeuf, il regarde sereinement les nuages. Sa tête ne se détourne pas [dans la direction des tentations]. Même si on essaye de le troubler, il reste calme.

Libre comme l’air sur le dos du Boeuf, il rentre gaiement à la maison
[dans le brouillard du soir, avec son grand chapeau de paille et sa cape.
Où qu’il aille, une brise fraîche l’accompagne,
tandis que dans son coeur règne une profonde tranquillité.
Ce Boeuf n’a pas besoin d’un seul brin d’herbe3

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7. Le Boeuf oublié, le Moi seul existe

Il n’y a pas de dualité dans le Dharma. Le Boeuf est la nature originelle de l’homme: il l’a enfin compris. Plus besoin de collet lorsque le lièvre est capturé, ni de filet lorsque le poisson est pris. De même que l’or séparé de la boue et que la lune lorsqu’elle a percé les nuages, un rayon de Lumière éclatante brille éternellement.

C’est seulement sur le boeuf qu’il a été capable de rentrer chez lui.
Mais voici que le Boeuf a disparu, et l’homme reste seul et serein.
Le soleil rouge brille haut dans le ciel,
tandis qu’il rêve paisiblement.
Et là, sous le toit de chaume,
son fouet et sa corde ne servent plus à rien.

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8. Le Boeuf et le Moi oubliés

Tous les sentiments trompeurs ont disparu, de même que les idées de sainteté. L’homme ne s’attarde pas à penser: “Je suis un bouddha”, et il dépasse rapidement le stade où l’on pense: “Et maintenant je me suis libéré du sentiment orgueilleux de n‘être pas un bouddha.” Même les mille yeux (de cinq cents bouddhas et patriarches) ne pourraient discerner en lui de qualité spécifique4. Si des centaines d’oiseaux parsemaient sa chambre de fleurs, il ne pourrait que se sentir honteux de lui-même5.

Forêt, corde, Boeuf et l’homme appartiennent au Vide.
Si vaste et infini est le ciel d’azur6
qu’aucun concept, quel qu’il soit, ne peut l’atteindre.
Un flocon de neige ne peut survivre sur un feu ardent7
Lorsque cet état d’esprit est atteint,
enfin vient le compréhension
de l’esprit des anciens patriarches.

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9. Retour à la source

Depuis le commencement il n’y a pas eu fût-ce un grain de poussière [pour souiller la Pureté essentielle]. L’homme observe la montée et le déclin de la vie dans le monde en s’installant modestement dans un état de sérénité inébranlable. Ce va-et-vient de la vie n’est pas illusion ou fantôme, mais manifestation de la Source. Pourquoi serait-il alors nécessaire de lutter8 pour quoi que ce soit? Les eaux sont bleues, les montagnes vertes. Seul avec lui-même, il observe le changement incessant des choses.

Il est retourné à l’Origine, revenu à la Source,
mais c’est en vain qu’il a marché.
C’est comme si, à présent, il était aveugle et sourd9.
Assis dans sa hutte, il n’aspire plus aux choses extérieures10.
Les rivières serpentent d’elles-mêmes,
les fleurs rouges sont naturellement rouges.

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10. Se rendre au marché11 avec des mains secourables

La porte de son cottage est fermée et même le plus sage ne peut le trouver12. Son panorama mental13 a finalement disparu. Il va son chemin, sans s’efforcer de suivre les pas des anciens sages. Portant une gourde14, il se rend au marché; appuyé sur son bâton, il rentre chez lui. Il conduit les aubergistes et les marchands de poisson sur la Voie du Bouddha.

Poitrine nue, pieds nus, il arrive sur la place du marché.
Couvert de boue et de poussière, comme il sourit largement!
Sans recourir à des pouvoirs surnaturels,
il fait fleurir soudain des arbres morts15.

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Texte et illustrations extraits de l’ouvrage Les trois piliers du zen — Éditions Stock, 1972.

Notes

1 Le sel correspond au vide et l’eau à la forme. Avant d’avoir connu le “goût” du satori on ignore ce vide et on ne connaît que la forme. Après l’illumination, on ne fait plus de distinction entre eux.

2 Littéralement: “une force sauvage” — c’est-à-dire qu‘à ce stade les sentiments illusoires subsistent encore et qu’il faut s’appliquer à les détruire.

3 C’est-à-dire que l’esprit-de-bouddha, symbolisé par le Boeuf, se suffit entièrement à lui-même.

4 Ce passage signifie que les bouddhas et les patriarches ont une sagesse qui leur permet de discerner aisément le caractère de l’homme ordinaire, comme un miroir est souillé par diverses taches. Mais celui qui se serait lavé de toutes les impuretés, y compris les formes les plus subtiles de l’orgueil, serait si pur et si naturel que même un bouddha serait incapable en le regardant de dire qu’il est ceci ou cela.

5 Allusion à une parabole relative à Hoyu-zenji, un maître du zen de la dynastie T’ang, qui vivait sur le mont Gozu et était réputé pour l’ardeur de son zazen. Mêmes les oiseaux, dit-on, chantaient sa louange en apportant des fleurs dans sa hutte. Après son illumination, poursuit la légende, les oiseaux interrompirent leurs offrandes parce que, ayant atteint le parfait satori, il ne dégageait plus aucune aura, fût-ce de dévotion ou de vertu.

6 “Ciel d’azur” signifie ici “esprit pur”.

7 Avec l’illumination véritable, toutes les pensées illusoires disparaissent, y compris celles d’“illumination” ou d’“illusion”.

8 “Si, comme le disent les sutras, notre nature essentielle est parfaite, pourquoi tous les bouddhas ont-ils dû lutter pour atteindre la perfection et l’illumination?” demandait Dogen, lequel ne fut capable de répondre à cette question qu’après des années d’effort, qui aboutirent à sa propre illumination.

9 C’est-à-dire que l’homme illuminé, n‘étant plus prisonnier des objets des sens, s’identifie si naturellement avec ce qu’il voit et entend qu’on ne peut même plus dire qu’il voit et qu’il entend.

10 L’illumination apportant la conscience d’embrasser tout l’univers, que reste-t-il à désirer?

11 Le marché est l’image du monde impur.

12 C’est-à-dire qu’il est devenu si pur et si parfait que le plus grand sage ne peut distinguer sur lui aucune marque de perfection.

13 C’est-à-dire tous les concepts, opinions, hypothèses et préjugés.

14 Dans la Chine antique, les gourdes servaient à transporter le vin. Ce qui est ici impliqué, c’est que l’homme qui a atteint la plus profonde spiritualité n’est pas hostile au fait de boire avec ceux qui aiment l’alcool, pour les aider à surmonter leurs erreurs. Cela souligne une différence fondamentale entre le Hinayana et le Mahayana. Dans le Hinayana, le moine célibataire, image même de la plus haute spiritualité, vit à l‘écart des laïcs; il doit se comporter comme un saint et un parangon de vertu pour répondre à l’idée qu’on se fait de lui. Dans le Mahayana, au contraire, l’homme illuminé (qui peut être et est souvent un laïc) n’a pas à incarner la “sainteté” ni à se tenir à l‘écart du monde et de ses souillures. Au contraire, il s’y plonge au besoin pour libérer les autres hommes de leurs erreurs, mais sans se laisser souiller lui-même. Il ressemble en cela au lotus, symbole bouddhiste de pureté et de perfection, qui pousse dans l’eau boueuse sans être souillée par elle.

15 En d’autres termes, l’illuminé, parce que toute sa personnalité est irradiée d’un éclat intérieur, apporte lumière et espoir à ceux qui vivent dans l’obscurité et le désespoir.

L’Être et le Temps

Mais la vérité a une autre face. Lorsque j’ai escaladé la montagne et traversé la rivière, j‘étais du temps. Le temps et moi sommes inséparables. Lorsque le temps n’est pas considéré comme un phénomène de flux et de reflux, le moment où j’ai ecaladé la montagne est le moment présent de l‘être-temps. Lorsqu’on ne pense pas au temps comme à une chose qui vient et qui va, le moment est pour moi le temps absolu.

Cessez de vous préoccuper de la dialectique du bouddhisme et apprenez plutôt à regarder dans votre propre esprit, dans la solitude.

Un ancien maître du zen1 a dit : “L‘être-temps se trouve sur le plus haut sommet et au plus profond de la mer, l‘être-temps à trois têtes et huit coudes, l‘être-temps mesure seize ou dix-huit pieds, l‘être-temps est un bâton de moine, l‘être-temps est un hossu2, l‘être-temps est une lanterne de pierre, l‘être-temps est Taro, l‘être-temps est Jiro3, l‘être-temps est la terre, l‘être-temps est le ciel.”

L‘être-temps signifie que le temps se confond avec l‘être. Toute chose existante est du temps. Une statue dorée est du temps et, par le fait, a la grandeur du temps. Vous devez apprendre qu’il y a douze heures4 de “présent”. Trois têtes et huit coudes sont du temps et, par le fait, ne peuvent qu‘être identiques, dans l’immédiat, à ces douze heures. Pour nous, douze heures ne représentent pas un temps long ou court, mais nous y voyons quand même douze heures. Les traces du flux et du reflux du temps sont si évidentes que nous ne les mettons pas en doute, mais nous ne devons pas pour autant en conclure que nous les comprenons. Les êtres humains se transforment, s’interrogeant tantôt sur ce qu’ils ne comprennent pas et tantôt sur autre chose, en sorte que leurs questions ne sont pas toujours les mêmes. L’interrogation seule, par sa durée, est du temps.

L’homme s’identifie avec le monde. Vous devez admettre que toute chose et tout être dans ce monde est du temps. Aucun objet ne s’oppose à un autre, de même qu’aucun temps ne s’oppose à un autre. En conséquence, l’orientation initiale e chaque esprit vers la vérité existe dans le même temps, et pour chaque esprit il y a, de même, un point de départ temporel dans son orientation vers la vérité. Il en va de même pour la pratique de l’illumination.

L’homme s’identifie avec le monde, c’est-à-dire avec le temps. Il faut admettre qu’il y a dans ce monde des millions d’objets et que chacun est le monde tout entier — voilà où débute l‘étude du bouddhisme. Lorsqu’on en arrive à comprendre cela, on se rend compte que tout objet, toute chose vivante représente la totalité, même s’ils n’en ont pas conscience. Comme il n’y a pas d’autre temps que celui-là, chaque être-temps représente la totalité du temps: un brin d’herbe, n’importe quel objet est du temps. Chaque point du temps inclut tous les êtres et le monde entier.

Demandez-vous s’il existe ou non des êtres ou des mondes qui ne soient pas inclus dans ce temps présent. Si vous êtes un homme ordinaire, ignorant le bouddhisme, en entendant les mots aru toki5 vous comprendrez sans doute qu‘à un moment donné l‘Âtre est apparu comme trois têtes et huit coudes, qu‘à un moment donné l‘Âtre mesurait seize ou dix-huit pieds ou qu‘à un moment donné j’ai traversé le fleuve et à un autre moment j’ai escaladé la montagne. Vous penserez peut-être que ce fleuve et cette montagne sont des choses du passé, que je les ai laisées derrière moi et que je vis à présent dans ce palais, c’est-à-dire qu’elles sont aussi distinctes de moi que le ciel l’est de la terre.

Mais la vérité a une autre face. Lorsque j’ai escaladé la montagne et traversé la rivière, j‘étais du temps. Le temps et moi sommes inséparables. Lorsque le temps n’est pas considéré comme un phénomène de flux et de reflux, le moment où j’ai ecaladé la montagne est le moment présent de l‘être-temps. Lorsqu’on ne pense pas au temps comme à une chose qui vient et qui va, le moment est pour moi le temps absolu. Lorsque j’ai escaladé la montagne et traversé le fleuve, n’ai-je pas connu le temps que je suis dans ce palais? Trois têtes et huit coudes sont le temps d’hier, une hauteur de seize ou dix-huit pieds est le temps d’aujourdh’ui, mais “hier” ou “aujourd’hui” représentent le temps où l’on va dans les montagnes et où l’on voit les dix mille sommets6. Ce temps n’est jamais passé. Trois têtes et huit coudes sont mon être-temps. Cela semble appartenir au passé, mais cela appartient au présent, comme le pin et le bambou.

Ne considérez pas le temps simplement comme une chose qui passe; ne pensez pas que sa seule fonction soit de passer. Pour que le temps passe, il faudrait qu’il y eût une séparation (entre lui et les choses). En croyant que le temps passe, vous n’apprenez pas la vérité de l‘être-temps. En un mot, chaque être dans le monde entier est un temps particulier dans un continuum unique. Et l‘être étant du temps, je suis mon être-temps. Le temps à pour caractéristique de passer d’aujourd’hui à demain, d’aujourd’hui à hier, d’aujourd’hui à aujourd’hui, de demain à demain. En raison de cette caractéristique, le temps présent et le temps passé ne se chevauchent pas, n’empiètent pas l’un sur l’autre. Mais le maître Seigen est du temps, Obaku est du temps, Kosei est du temps, Sekito est du temps7. Et du fait que vous et moi sommes du temps, la pratique de l’illumination en est aussi.

Trésor de l’Oeil du vrai Dharma , extrait de l’ouvrage Les trois piliers du Zen , Philip kapleau — Editions Stock, 1972.

1 Yakusan Igen-zenji, maître chinois de la période T’ang.

2 Chasse-mouches utilisé par les maîtres du zen.

3 Ces noms, Taro et Jiro, désignent n’importe qui — nous dirions Pierre et Paul.

4 C’est-à-dire une journée.

5 L’idéogramme utilisé ici peut signifier ou bien aru toki , c’est-à-dire “à un moment donné”, ou uji , c’est-à-dire “être-temps”.

6 Les “dix mille sommets des montagnes” représentent symboliquement les innombrables et diverses circonstances et activités de la vie quotidienne.

7 Dogen veut certainement dire que ces anciens maîtres du zen chinois, bien que morts depuis longtemps, existent toujours dans l’intemporalité du temps.