Nous sommes des enfants du passé

Comme l’avait déja écrit Einstein en 1917, dans l’univers relativiste, passé, présent et avenir sont simultanément présents. Ainsi Platon est actuellement dans mon passé, comme j‘étais, il y a plus de deux mille ans, dans son futur.
Nous en verrons prochainement les immenses conséquences explicatives trans-temporelles de phénomènes qui jusqu’ici échappaient à une explicitation scientifique expérimentale, théorique et logique et que l’on a, pour cette raison, qualifiés à tort de “para-scientifiques”. Nous évoquerons les images mentales, les résonnances morphiques, les prémonitions, les interactions psychosomatiques et bien d’autres, sans oublier que selon Descartes, confirmé par Freud, “ce qui fait la science c’est la méthode et non l’objet”.

Prélude

Depuis le début de notre siècle, les biologistes cherchent avec ardeur un mystérieux champ organisateur qui existerait chez chaque être vivant pour en modeler les formes lors de son développement.
On a diversement qualifié ce champ hypothétique. Il fut dit: vital, mitogénétique, biologique, organisateur, énergétique, morphogénétique… Chacun de ces qualificatifs voulait en exprimer une de ses propriétés marquantes. Son existence était ainsi non pas directement observée, mais déduite d’observations de propriétés que chacun peut faire. Parmi celles-ci les deux plus étonnantes sont: la permanence individuelle des formes d’un être, dont les atomes sont perpétuellement remplacés par la nourriture et évacués par l’excrétion, ainsi que la parenté des formes de tous les individus d’une même espèce, dans le présent et pendant un certain temps dans l’histoire de la lignée. On doit y ajouter: l’organisation puisqu’elle met de l’ordre dans les formes et les fonctions de chaque être, la différenciation puisqu’il assure la diversité des identités individuelles, l’immatérialité puisque jusqu’ici aucune expérience de physique n’a pu le mettre directement en évidence, la transmissibilité puisqu’il est transmis de parents à enfants par le patrimoine génétique, les corrélations avec le passé puisque le contemporain ressemble à ses ancêtres dans sa lignée, la transtemporalité puisque il perdure depuis des milliers, voire de millions d’années chez une espèce donnée, la non localité puisqu’il est partagé par de multiples individus de la même espèce vivant en des lieux différents, le dynamisme évolutif puisque naissent continuellement de nouvelles espèces à partir des anciennes, la créativité individuelle puisque tout être tend à se créer un avenir meilleur dans son environnement, enfin la mortalité au niveau individuel contrastant avec une certaine pérennité au niveau de la lignée.

A la recherche des champs morphogénétiques

Pour ce faire, nous nous sommes appuyés sur les travaux de physiciens célèbres en optique comme Airy, Young, Zernike, Gabor et en physique relativiste et quantique comme Einstein et Feynman, ainsi que sur nos propres expériences photoniques et électroniques datant de 1953. Nous avons abouti à une convergence nouvelle des concepts classiques relativistes et quantiques. En conséquence, les champs biologiques morphogénétiques, c’est à dire les champs de nature immatérielle qui génèrent et structurent les formes et les fonctions des êtres vivants. Ils sont dynamiquement stabilisés par interférences avec le passé de la lignée évolutive et sont pilotés par interférences avec le futur de l‘être dans son temps propre, temps qui est aussi celui du passé des objets quantiques qui le constituent dans leurs temps luminiques ou sub-luminiques, que
nous développerons ci-après. Voici les grandes étapes d’abord physiques puis biologiques de leur découverte. – On a physiquement repéré, au siècle dernier, la double nature de la lumière, dont l’aspect ondulatoire est mis en évidence par interférences des photons qui la constituent et l’aspect corpusculaire par l’effet de pile solaire photovoltaïque. Puis vint, par extension, la conceptualisation de la nature duelle des objets quantiques ou “quantons”. Toutes les particules élémentaires
comme les photons ou les électrons sont des objets quantiques que l’on observe tantôt comme ayant une masse ou une énergie, on en nomme alors cet aspect “amplitudons”, tantôt comme étant immatériels, uniquement porteurs d’informations, on les nomme alors “phasons”. Le photon est ainsi un quanton, indissociablement amplitudon et phason suivant ses façons de se manifester à l’observateur. – Les phasons des photons peuvent interférer entre eux, même décalés dans le temps de plusieurs milliers d’années. – Les informations des phasons structurent par interférences la répartition énergétique des amplitudons. – Les phasons invisibles à l’oeil et à la plaque photographique peuvent transitoirement être physiquement convertis en amplitudons pour être perçus. C’est ainsi qu’on peut observer au microscope à contraste de phase de Zernike, des cellules vivantes avec leurs structures internes transparentes telles que les chromosomes lorsqu’elles se divisent. – En biologie les perceptions de nos sens sont engrangées après avoir été comprimées par ce que les physiciens mathématiciens nomment une transformée de Fourier. Des champs de phases immatériels et complexes, riches en informations sont ainsi créés par interférences dynamiques entre ce qui a été engrangé dans le passé et ce qui est perçu dans le présent. – Ces champs de phase, par un effet en “miroir de Fourier” au niveau de l’ADN présent dans chaque cellule vivante, organisent le présent en interférant avec le passé. L‘évolution individuelle créative est pilotée par interférences avec notre futur qui, vu du point de vue relativiste et quantique, est déjà le passé de nos quantons comme on le verra plus loin.
Voici maintenant avec plus de détails un parcours commenté des grandes étapes que nous venons d‘évoquer.

Double nature de la lumière

Ce sont les travaux d’Einstein, au tout début de notre siècle, qui lui ont valu le prix Nobel en le conduisant à un début de synthèse des deux théories ondulatoire et corpusculaire de la lumière, en apparence contradictoires. C’est lui qui a introduit le concept de ce “grain de lumière” qu’il nomma “photon”. L’aspect ondulatoire de la lumière est mis en évidence par les interférences des photons qui la constituent et son aspect corpusculaire par l’effet de pile solaire photovoltaïque produit par les mêmes photons. Les deux sont indissociables car on ne peut jamais les observer simultanément.

Double nature des objets quantiques

L’analyse du comportement des photons par les méthodes de la physique quantique a été généralisée à tous les objets quantiques ou “quantons”. Ils ont tous également une nature duelle. On les observe, tantôt comme des objets matériels ayant une masse ou une énergie, qui peut former une image, on les nomme alors “amplitudons”, tantôt comme des objets immatériels, uniquement porteurs d’informations invisibles à l’oeil et à la plaque photographique, que l’on nomme alors “phasons”,

Interférences des photons en temps différés

On peut faire passer des photons un à un à travers un écran percé d’un seul trou minuscule, de diamètre inférieur à la longueur d’onde de la lumière utilisée, en envoyant par exemple pendant un millième de seconde un paquet de un milliard de photons, dans lequel chaque photon, en raison de sa
prodigieuse vitesse de 300.000 km par seconde, est séparé de son successeur par un intervalle moyen de 30 centimètres. On observe les interférences qui se produisent avec apparition d’un “disque d’Airy”, c’est à dire d’une figure de diffraction ayant un centre brillant entouré d’une succession d’anneaux alternativement sombres et brillants, d’intensités décroissantes. Ainsi on constate que chaque photon, quoique séparé dans le temps et dans l’espace, interfère avec ses prédécesseurs et ses successeurs.
Une autre expérience, celle des “trous d’Young”, conduit à la même conclusion. On utilise deux trous rapprochés, à travers lesquels on fait également passer les photons un par un. L’image obtenue est constituée d’une tache centrale brillante entourée d’une succesion d’anneaux alternativement obscurs et brillants d’intensités décroissantes, dont l’espacement est proportionnel à la longueur d’onde des photons utilisés et à la distance de l‘écran.
D’après ces expériences, les phasons immatériels des photons peuvent interférer entre eux, même décalés dans le temps. Ces interférences sont trans-temporelles comme le montrent également les expériences holographiques de Gabor et surtout celles qui ont été faites après l’invention des lasers. Depuis environ 30 ans on utilise couramment cette “méthode d’interférences dans des temps différés,” dans les laboratoires étudiant les micro-déformations mécaniques sous contraintes, pour mesurer les déformations ou les déplacements d’un objet. Pour ce faire on enregistre sur la même plaque photographique deux hologrammes du même objet, avant et après déformation ou déplacement. Ces clichés sont pris à des moments différents pouvant varier de la milliseconde à plusieurs jours. Les déformations sont visualisées sous forme de franges apparaissant sur l’image restituée de cet objet à partir de cet hologramme composite.
Mais, depuis peu, il y a plus étonnant encore. Des astrophysiciens, en 1994, ont observé un quasar, objet extrêmement lumineux situé aux confins de l’univers observable, à plusieurs milliards d’années lumière de nous. Cette observation a identifié un “mirage gravitationnel”, mis en évidence par une
double image du quasar observé depuis la terre. Les deux flux de photons provenant du dédoublement apparent de cette source unique n’ont pas effectué le même parcours et sont décalés entre eux, par l’effet de lentille gravitationnelle d’une masse obscure hyper-dense située entre le quasar et nous. Ce déphasage spatio-temporel a été mesuré, il est de l’ordre de 5.000 années lumières dans le temps, ce qui équivaut à une différence de parcours de cinq cent millions de milliards de kilomètres. Malgré cette prodigieuse différence dans le temps et dans l’espace, on a pu faire interférer entre eux les deux flux de photons.

L’information structure l‘énergie

Le physicien hollandais Fritz Zernike, prix Nobel de physique en 1953, avec qui j’ai alors travaillé, avait réalisé, dès 1940, une expérience très simple pour démontrer que c’est le phason seul qui transporte l’information liée au quanton. Il déphasa d’un quart de longueur d’onde les photons passant à travers un seul des deux trous de l’expérience d’Young, il observa alors un doublement de l’espacement des franges d’interférences. Ceci prouve, sans ambiguïté possible, que c’est le phason des photons qui structure la répartition de l‘énergie des amplitudons dans les franges d’interférences. En terme plus généraux, on peut dire que, dans tout quanton, qu’il soit photon, électron ou proton par exemple, la phase des phasons véhicule l’information immatérielle qui structure la répartition de l‘énergie matérielle des amplitudons.
Les deux sont évidemment liés au niveau ultime de ce que l’on nomme espace infinitésimal de Planck, espace ultime qui se trouve dans l’infiniment petit, à une distance de nous, exprimée en mètres, par un chiffre significatif précédé de 45 zéros après la virgule.

Comment rendre matériellement visible l’immatériel invisible

On ne voit pas un fil de verre transparent plongé dans l’eau. car l’oeil et la plaque photographique ne sont pas sensibles aux différences de phases dues aux différences d’indices de réfraction du verre et de l’eau. La méthode du “contraste de phase” de Zernike, dérivé de l’expérience précitée de 1940, effectue une transformation optique de la phase, qui rend visible les parties transparentes et ténues des objets. Il effectue cette opération par l’action d’une “plaque de phase” placée dans le plan focal des objectifs d’un microscope, là où se séparent le faisceau direct de l’onde incidente passant autour de l’objet et l’image de diffraction produite par la traversée de ce même objet et qui en est la transformée de Fourier. Il s’ensuit, dans l’image, une transposition des phases en amplitudes, ce qui les rend visibles à l’oeil en tirant du fond une énergie dont la somme, dans l’image plus le fond, est globalement nulle. Le principe de conservation de l‘énergie est ainsi respecté.

La phase traverse la matière opaque

Lorsque, dans l’expérience d’Young, le photon traverse un micro-trou de diamètre au plus égal à sa longueur d’onde, son amplitudon traverse le trou, mais la phase traverse, non seulement le trou, mais aussi la matière opaque qui est autour. On observe facilement depuis 1940 ce phénomène au microscope à contraste de phase. Si la plaque de phase introduit un déphasage qui rend visible la phase auparavent invisible, ce même déphasage agit sur l’amplitudon qu’il transforme en phason et rend ainsi transparente la matière qui lui était auparavant opaque ou semi-opaque. J’ai étendu cette expérience aux électrons en 1953 et obtenu au microscope électronique à contraste de phase que j’ai été le premier à réaliser, des images stupéfiantes d’objets biologiques épais, autrement dit opaques aux électrons en microscopie électronique normale, du fait de leur épaisseur de plusieurs microns ou millièmes de millimètres, ainsi rendus transparents.

La magie du baron Fourier

On sait depuis les travaux de G. Langlet en 1993, que les perceptions de nos sens sont engrangées après avoir été comprimées par une transformée de Fourier pour pouvoir être acheminées par nos nerfs (voir Science Frontières n° 5). La transformée de Fourier étant une opération intégralement réversible, en un second temps par un effet que l’on peut qualifier de “miroir”, l’ADN de notre patrimoine génétique qui a engrangé les informations du passé de notre lignée, modélise par son champ immatériel, interférentiel, stationnaire, phasique, les formes et les arrangements structurels complexes des protéines qu’il synthétise.
Ce champ morphogénétique phasique, immatériel, interférentiel et stationnaire, est caractéristique de tout être vivant. Étant immatériel il ne peut être mis directement en évidence. Mais on peut en expérimenter les effets dus au “miroir de Fourier” exécuté par l’ADN, en l’altérant par les artifices biotechniques du biologiste moléculaire expérimentateur.

Explication

Feynman avait écrit dès 1965, que le phason du quanton étant purement informationnel, donc immatériel, ne subit, en se propageant à la vitesse luminique c, aucune limitation matérielle due à la contraction de l’espace-temps relativiste postulée par Lorentz et adoptée par Einstein. Il s’ensuit que, lorsque deux photons ou deux électrons interagissent puis divergent, leurs champs phasiques interfèrent aussitôt dans leur temps présent qui est aussi celui de l’observateur, mais aussi dans le temps futur de ce dernier qui est alors dans le passé du temps propre des photons comme le démontre le schéma fig 1

Figure 1
Source

c indique des parcours effectués à la vitesse luminique relativiste qui est proche de 300.000 km/sec.
P0 est le point d’interaction entre deux photons à l’instant t0
Pa et Pb sont les points atteints par les deux photons au temps t1.
P1 est le point atteint par l’observateur au temps t1 en se déplaçant à la vitesse infra-luminique du déplacement de la terre sur son orbite, qui est de quelques dizaines de milliers de km/h.
Ha et Hb sont la projection, sur le plan de la figure, des deux demi-sphères occupées par les phasons des deux photons au temps t1.
X est la zone d’interférences informationnelles stationnaires des deux photons située dans le passé de l’observateur au temps t1.
Y est la zone d’interférences informationnelles stationnaires des deux photons, qui est située dans le futur de l’observateur lorsqu’il se trouve en P1, quoique déja située dans le passé des photons qui sont alors en Pa et Pb.
On en déduit que l’observateur, lorsque il est situé en P1, est correllé par les interférences de son présent, d’une part avec tout ce qui a été engrangé dans son passé de l’espace X, d’autre part avec le champ phasique Y du passé des deux photons qui sont maintenant situés dans son futur mais interférent avec lui dans son présent en P1.
En P1, le présent d’un observateur est en quelque sorte le centre d‘équilibre interférentiel informationnel immatériel du passé et du futur, simultanément présents en vision relativiste.
Ce schéma, réconcilie physique relativiste et quantique et abolit l’aspect probabiliste de cette dernière. Notre futur n’est pas joué sur des coups de dés, il dépend étroitement de notre passé et partiellement de notre futur.

Chez un être vivant il se produit le même phénomène en plus complexe. Les champs de phase des particules qui constituent ses atomes, par un effet en “miroir de Fourier” au sein de son ADN, organisent le présent en interférant avec le passé, car les champs des phasons des quantons,
antérieurement engrangés sous forme d’interférences stationnaires dans la mémoire de l‘être vivant, interfèrent avec ceux qui y sont acheminés dans l’instant présent. Cette stationnarité est dynamiquement entretenue par le métabolisme de l‘être vivant.

Les interférences avec le futur

L‘évolution individuelle créative est pilotée par interférences avec notre futur, car il est est déja le passé de nos quantons.
C’est ce que nous exprimons intuitivement chaque jour en évoquant notre programme du lendemain, en imaginant des réalisations possibles dans un avenir proche, ou en anticipant sur des projets familiaux, matrimoniaux ou immobiliers à plus ou moins long terme. Personne ne peut nier l’influence de ce futur imaginé sur notre comportement actuel préparant des lendemains optimisés. Mais cette projection dans le futur, loin d‘être seulement faite en pensée par imagination, est également une projection fonctionnelle biologique qui oriente tout notre être, qui est, en quelque sorte, piloté partiellement par son futur, de sa naissance à sa mort comme on le constate sur le schéma de la figure 1.

Conclusion

La règle fondamentale de l‘évolution biologique qui veut que s’effectue, à chaque génération, une “récapitulation onto-morpho-phylogénique”, se trouve ainsi explicitée par les interférences phasiques, dynamiquement stationnaires, résultant des interactions interférentielles entre complexions de phasons du passé et du futur d’un être et celles des êtres qui l’ont précédé dans sa lignée. Ainsi sommes-nous entièrement construits par le passé de notre lignée et partiellement pilotés par notre futur.
Comme l’avait déja écrit Einstein en 1917, dans l’univers relativiste, passé, présent et avenir sont simultanément présents. Ainsi Platon est actuellement dans mon passé, comme j‘étais, il y a plus de deux mille ans, dans son futur.
Nous en verrons prochainement les immenses conséquences explicatives trans-temporelles de phénomènes qui jusqu’ici échappaient à une explicitation scientifique expérimentale, théorique et logique et que l’on a, pour cette raison, qualifiés à tort de “para-scientifiques”. Nous évoquerons les images mentales, les résonnances morphiques, les prémonitions, les interactions psychosomatiques et bien d’autres, sans oublier que selon Descartes, confirmé par Freud, “ce qui fait la science c’est la méthode et non l’objet”.

Lexique

ADN : acronyme d’acide désoxy-ribo-nucléique, constituant de notre patrimoine génétique situé dans le noyau de toutes nos cellules.
amplitudon : aspect énergétique d’un quanton.
champ : portion de l’espace structuré qualitativement et quantitativement par une propriété, quelle que soit sa nature physique ou autre.
déphasage : retard ou avance de la phase d’une onde par rapport, soit à un état antérieur, soit à une autre.
énergie-matière : ce sont deux aspects que peut manifester l’amplitudon du quanton.
Feynman : physicien américain, auteur de la théorie de l’hydrodynamique quantique.
forme : enveloppe de phénomènes complexes perceptible à nos sens. On peut aussi bien parler de la forme d’un corps minéral ou biologique, que de la forme d’un signal sonore, électrique, chimique ou langagier soit écrit, soit parlé.
Fourier, (transformée de) : résultat de l’application d’une fonction mathématique qui décompose en éléments simples une fonction complexe. On parle en physique d’analyse spectrale. Tous les systèmes optiques, comme tous nos capteurs sensoriels le font sans calculs.
Fourier, (miroir de) : résultat d’une seconde application d’une transformée de Fourier au résultat d’une première application, qui restitue l’objet de départ. C’est le principe de base de l’holographie, de la mémorisation-ressouvenance, de l‘évocation mentale.
Gabor : physicien d’origine hongroise, prix Nobel, inventeur de l’holographie.
informationnel : étymologiquement qui “in-forme”, c’est à dire qui met en forme soit un signal, soit une matière. L’information est une structure logique non matérielle.
interférences : phénomène résultant de la superposition spatiale d’ondes de même nature, dans l’instant ou dans des temps différés.
lignée : succession linéaire évolutive d‘êtres vivants dans les temps fossilifères. La lignée bactérienne remonte à plus de trois milliards d’années.
mirage gravitationnel : dans l’espace intergalactique, une masse de matière non lumineuse dévie la lumière provenant d’un quasar lointain et fait ainsi apparaître deux images virtuelles de cette source.
morphogénétique : générateur de formes. Notre ADN est morphogénétique.
onde : phénomène vibratoire périodique.
phason : aspect informationnel, immatériel du quanton.
photon : grain d‘énergie pure se propageant à la vitesse c et constituant la lumière.
Planck : physicien allemand, prix Nobel, auteur de la physique quantique.
quanton : objet quantique de nature duelle indissociable, amplitudon énergétique, matériel et phason, informationnel, immatériel.
récapitulation onto-phylogénique : règle de l‘évolution des êtres vivants qui constate qu’un individu, dans son développement embryonnaire, passe par toutes les principales étapes de la vie depuis son origine. Ainsi l’embryon humain est-il d’abord unicellulaire comme un Protozoaire, il devient ensuite un massif de cellules comme une colonie d’Algues, puis il est analogue à un ver, puis comme un poisson Sélacien il a des fentes branchiales comme un requin, puis comme un Batracien il a des mains palmées, enfin il naît Mammifère.
relativité : théorie physique due à Einstein qui introduit la notion de vitesse limite “c” infranchissable par les systèmes matériels et rend dépendant des vitesses relatives de deux systèmes, les paramètres mesurés de l’un sur l’autre.
stationnaires (interférences) : interférences dynamiquement entretenues donnant naissance à des formes stables dans l’espace et dans le temps.
temps : modélisation mathématisée de la durée de vie de chaque objet, qui a ainsi son temps propre relatif, grosso modo mesuré par sa durée de vie.
vitesse luminique c (ou vitesse relativiste) : constante absolue infranchissable par tout objet matériel; elle exprime la vitesse de la lumière dans le vide soit: 300.000 km/seconde.
Zernike : physicien hollandais, prix Nobel, inventeur du contraste de phase.

Pure Persistence of Plants: How Do They Communicate?

I think forests are not designed to be self-complete in the first place, a feature that is quite different from ordinary mechanical systems. Suppose each tree is an actor performing on a stage called “a forest.” Even if other actors, whether they are human beings or animals, join the play, the forest in its nature will never exclude but accept them.

Dr. Yoshiyuki Miwa was born in 1947 in Nagoya City, Aichi Prefecture. He graduated from the Department of Mechanical Engineering, the Faculty of Science and Engineering, Waseda University in 1971. He received Ph. D. in engineering from the Doctor Course of Graduate School of Science and Engineering, Waseda University in 1976. After working for Waseda University as a tutor, an instructor, and an assistant professor successively, Dr. Miwa was promoted to a professor of Waseda University in 1981. He has also been serving as director of the Research Institute of Projects for Food, Agricultural and Environmental Problems of Waseda University since April 2000.

His major is biomechanical engineering and the bio-information system of plants. He is currently engaged in various studies including those on “the technology for settings in joint-creation communication” and “performance robots.” Dr. Miwa is the co-author of “Setting and Joint-Creation” (NTT Publishing Co., Ltd.) and “Biomechanical Engineering” (Shokabo Publishing Co., Ltd.).

Yoshiyuki Miwa

Dr. Yoshiyuki Miwa was born in 1947 in Nagoya City, Aichi Prefecture. He graduated from the Department of Mechanical Engineering, the Faculty of Science and Engineering, Waseda University in 1971. He received Ph. D. in engineering from the Doctor Course of Graduate School of Science and Engineering, Waseda University in 1976. After working for Waseda University as a tutor, an instructor, and an assistant professor successively, Dr. Miwa was promoted to a professor of Waseda University in 1981. He has also been serving as director of the Research Institute of Projects for Food, Agricultural and Environmental Problems of Waseda University since April 2000. His major is biomechanical engineering and the bio-information system of plants. He is currently engaged in various studies including those on the technology for settings in joint-creation communication and performance robots. Dr. Miwa is the co-author of “Setting and Joint-Creation” (NTT Publishing Co., Ltd.) and “Biomechanical Engineering” (Shokabo Publishing Co., Ltd.).

Mechanical engineering and plants will be linked to each other.

Objects totally foreign to each other will jointly create a new field as if they were originally adjacent to each other. Then we will see the very beginning of a new concept.

—What made you decide to study plants?

Miwa: I was originally engaged in research on materials used for machinery. About two decades ago, I had an opportunity to work on memory metals. Using this technology, and under the guidance of my mentor, Professor Nobuhiro Iguchi, and other advisors, I succeeded in developing the world’s first insect-shaped microrobot, which functions without mechanical devices; it functions using only materials and an electronic circuit. The movement of this microrobot was so realistic that I began to wonder if I could devise a soft machine resembling living things. Around this time, a study group headed by Professor Hiroshi Shimizu at Tokyo University proposed the concept of bioholonics. I was mesmerized by their report that living things are creating macroscopic information that consolidates the functions of each autonomous element. For example, each individual cell of the heart vibrates on its own. But when combined together, an “interaction” takes place and all the cells start to vibrate at a uniform pace, which in turn makes the heart beat some 60 times per minute. I thought this idea was terrific; it’s totally different from the conventional concept that machinery should be durable, trouble-free, and efficient. I dreamed of devising a machine that incorporates, so to speak, “biosoft” – the autonomy of living things. Meanwhile, it was also an era when mechatronics was burgeoning, and there was a lot of talk about the trend toward an information society. However, rather than information itself, I felt the life sciences held the key to this kind of society.

And these circumstances compelled me to begin studying the system of life and information (laughter); I took a leap in the dark. However, the world of living things had been totally foreign to me. So, I thought I must become more familiar with living things before anything else. Human beings or animals would have done as a subject, but I decided to study plants. The sense organs of plants are not so differentiated. And unlike animals, plants have no nervous system. I wondered how each part of a plant could exchange information with one another.

Even if the branch of a tree is snapped off, it will replicate itself appropriately, and the tree as a whole will function as usual. How can a tree itself sense that its branch has been snapped off? Are plants aware of how they look like, in the first place? Are they aware of changes in their figures? Meanwhile, the roots and stalks of plants grow, going around obstacles as if they are well aware of the obstacles; how does such a system work? For me, the study of plants is a never-failing source of interest.

For that matter, plants seem to be more flexible than animals in adapting to changes in the environment, because they don’t move from one place to another like animals. By thinking this way, I came to realize that there had never been machines, robots, or information networks modeled after plants. Another point of interest is how each plant exchanges information with one another, a practice that can be referred to as “communication.” Moreover, as I continued with my study, I began to think that I might as well address the subject as to what in the world plants are supposed to mean for human beings and animals.

—So, your interest is strictly centered on plants?

Miwa: How a plant connects each part of it with the whole body is still unknown. For example, the stalk of a plant grows toward the direction of light, which needs to be sensed by the root so that the balance of the whole body is maintained. The growth of plants is controlled by the flow of hormones, and plants as a whole need to share information to determine the method of this flow. However, the preparation of certain information doesn’t work because there is a need to respond in real time to changes in the environment. Naturally, plants have no brains. So, the place where plants create information, that is, the source of information remains unknown. How does the whole body sense what is happening in each part of it? Where does each cell and organ position itself in the whole body? These kinds of issues are quite interesting since plants continue to grow and grow unlike animals. There should be a network through which information is transmitted and shared in a way that is different from that of the nervous network. Based on this assumption, I studied for a certain period of time on a possible linkage between this particular network and a meridian network or flow of energy.

—While there is a symbiotic relationship among plants, there also seems to be a turf battle among them?

Miwa: I’ve been doing experiments in fields for over the past 10 years or so, believing that I must see firsthand what is really happening in the fields; I needed to gain a clear picture of plants. In fact, I’ve been to many places such as the mangrove forest on Iriomote Island, the beech forest on Mt. Gassan, and the virgin forest on Mt. Fuji. Also, I’ve been studying the interrelationship among trees in the Plant Research Center in Atami for over the past four to five years. Furthermore, by way of comparison, I also studied the same subject with the artificial forest of Yoshino Cedar.

Specifically, we inserted electrodes into trees to record extremely subtle changes in biopotential, similar to monitoring brain waves or electrocardiograms. Biopotential is closely related to the life activities of trees. Our students designed and made a device that can measure the biopotential of over 300 tress scattered over a wide area. Students studying mechanical engineering are capable of inventing this kind of unprecedented device. I think this is one of their advantages (laughter).

Generally, natural forests are comprised of 15 to 16 different species of trees. Based on the biopotential waveform, these trees can be categorized into several groups. What is interesting is that trees belonging to the same species do not necessarily fall into the same group; a group is usually comprised of 20 to 30 trees of several species. In addition, the makeup of each group is not necessarily consistent throughout the year. The results of our study show that it changes in April, September and December, as the case may be. In other words, the formation of each group is not exclusive. And as time goes by, some trees join or leave groups they originally belonged to. So, each group is formed based on a polycentric and horizontal system; it doesn’t take the form of a classified structure.

—So, it’s not a unipolar makeup, is it?

Miwa: Changes in the daily and yearly biopotential of every tree show certain patterns. When trees such as camellias, aucubas and ashes are planted in pots individually, they begin to show different patterns as far as the daily biopotential waveform is concerned. I wonder how these trees created their original patterns. However that may be, in a forest where these trees share their habitats with one another, the waveform of each group begins to change. This means that a variety of waveforms will be created in a changing environment with these waveforms influencing one another. But this phenomenon is based on a certain rule. I presume that groups are formed through the sharing of settings and the restriction of individuality. As a matter of fact, there is an interactive coherency in the waveform of trees belonging to the same species.

I even have a feeling that a forest itself has a network, similar to that found in a brain. Through what kind of medium is such grouping being carried out? And through that medium, what kind of information relating to the life activities of trees is being shared? These topics are really interesting to track down. I may be stretching the point, but there may be something like “a vegetative Internet.” As you know, the current communication network exchanges digitized signals based on the Shannon information; this may provide a clue to the idea of a communication network through which information on settings is exchanged. However, this kind of network alone would only materialize very fuzzy and unreliable communication (laughter).

Suppose you input a certain signal into a tree while you walk through a forest. Then the signal you input shows up on a display fixed on a tree located 100 meters away. Or, there could be a system in which you can determine your location with the assistance of trees. These are the things I want to experiment with in the immediate future.

A. What is meant by exchanging information on settings?

Miwa: The roots of plants create an extremely subtle electric field around them. It’s medium is said to be calcium ions and protons. This electric field exhibits very unique characteristics. Taking the roots of plants as an example, they need to decide for themselves which direction they should grow when going around obstacles. This can be considered as a self-navigation system. In this case, there is a need for information that coordinates the action of each cell of the roots. However, roots have no nerves. Hormones could be an alternative, but they are too slow in transmitting information. So, I figured an electric field held the key. In fact, without an appropriate electric field around them, roots cannot go around obstacles properly, and the rate of their growth inevitably slows down. Moreover, electric fields around roots change in response to the stimulation of stalks and leaves by sound, that is, artificial changes in an aboveground environment.

Whatever the case may be, it is becoming clear through a series of experiments that electric fields function as, so to speak, a generable interface through which roots link themselves to an external environment. The roots of plants grow, sensing changes in a surrounding environment. So, they may be directing themselves to grow towards specific directions by creating electric fields around them.

If this hypothesis is correct, electric fields should have certain influences on the interaction of a few pieces of roots adjacent to one another. To prove this, I did an experiment on two pieces of roots, placing them side-by-side. There was actually some interaction between the electric fields of the two roots, often creating a coupling. What is interesting is that this coupling phenomenon synchronizes the rate of growth between the two roots. Since the formation of electric fields becomes extremely complex in the case of three pieces of roots adjacent to one another, it’s not appropriate to make a sweeping statement here. But there was a notable tendency of two out of the three pieces to couple with each other. In this case, however, the isolated one is not irrelevant to the other two pieces. I mean the coupling situation will come undone if the isolated one is removed. I need to do more experiments to further clarify this phenomenon, but these results suggest that electric fields function as information on settings, and that those settings are shared through the interaction among roots.

In a forest, meanwhile, trees or groups of trees might be creating and sharing information through setting-based information that can be found in electric fields. Without this kind of method or mechanism, a forest itself could hardly maintain its diversity.

—From a macroscopic viewpoint, a forest as a whole forms a brain. For example, even if a part of a forest disappears from a communication network, that particular part will be rehabilitated somewhere in the forest. In other words, one part is linked to another like a chain reaction.

Miwa: I think forests are not designed to be self-complete in the first place, a feature that is quite different from ordinary mechanical systems. Suppose each tree is an actor performing on a stage called “a forest.” Even if other actors, whether they are human beings or animals, join the play, the forest in its nature will never exclude but accept them. It seems that natural forests form settings, with trees jointly creating or dissolving their coherent relationship. I did the same experiment on the artificial forest of Yoshino Cedar. But on entering this forest, I realized that there was no place where I could feel at ease. It was quite different from natural forests or virgin beech forests. For that matter, I felt as if the whole forest functioned based on an exclusive logic. In fact, the results of the experiment showed that the biopotential waveforms were almost identical. The makeup of the forest tends to become increasingly uniform as thinning goes on.

I’m not sure if this is correct, but the stone garden of the Ryoanji Temple may represent spatial incompleteness that is typical of natural forests. Based on this viewpoint, I’m now reviewing the very concepts of tea-ceremony rooms and Japanese gardens. It seems to me that the spaces of these places are designed to create a vector that is heading toward completeness; this applies not only to city plans but also to machine designs. While tools can function only when they are used by human beings, they also contribute to our development. Modern automatic machinery and systems, however, do not have this particular feature. They are originally designed to be self-complete. As a result, we have no other options but to adapt ourselves to them.

—You raised a very interesting point. A certain thing becomes complete by incorporating something with it. Put differently, a variety of things can be incorporated. Communication begins with this incorporation. This is almost a definition of “communication.” Something could begin from “n minus one.” Plants are immobile in nature. But if forests have this feature in their spatiality, it can surely be applied to human beings. Spatiality and temporality may cross each other at this particular point.

Miwa: I think spatiality and totality are similar to each other in concept. They can be referred to as “a setting.” It’s very interesting to know how they are expressed and shared between each other. It’s also a matter of how they position themselves in a certain setting. The cells comprising a root know what they are supposed to do because they know their locations in the root.

I recently performed an interesting experiment using a wheelchair. Specifically, through a head-mount display, a person pushing a wheelchair sees what the other person sitting on the wheelchair is looking at. And the former pushes the wheelchair toward a designated direction. It’s a kind of experiment where a person tries to accomplish something through the hands of another. Maneuvering the wheelchair based on the images on the display is not easy. In fact, the person pushing the wheelchair was not able to properly negotiate around obstacles. This means that visual perception and motion associated with it are not sufficient to maneuver the wheelchair if they are totally based on feedback information. So, what was happening when the pusher managed to maneuver the wheelchair smoothly? The fact is, the pusher looked in advance at the directions of the eyes of the person sitting on the wheelchair; there was a time lag of about half a second between the two persons. The pusher did this unconsciously. What is important here is that the sharing of a context (semantic situation) is taking place between the two persons when such dynamic coherence is created in the directions of their eyes. In other words, their timing is in synchronization with each other.

These results suggest that when someone navigates oneself in a totally unfamiliar environment, his/her action needs two functions. One is a function at the level of consciousness that determines which way to go. And the other is a function at the level of unconsciousness that positions oneself in the whole environment. The latter can be referred to as “somesthesia,” which can be transmitted before it is sensed. My hypothesis is that coherent actions can be created only when these two functions alternately circulate in our body.

—That has something to do with the totality of plants?

Miwa: These two functions may be indispensable for the roots of plants to grow. Since growth is an action of roots, the situation of a setting changes in response to this action. Roots determine which way to grow by understanding the situation of a specific setting surrounding them. Then, they initiate action. I don’t know if plants have a function at the conscious level in this particular case. Maybe they don’t. I may be personifying plants by saying this, but I gather that actions of plants are also created by these two functions. I started my study from plants in the first place. So, I would rather say I’m viewing human beings from the perspective of plants. Since plants have no brains or nerve systems, they are easier than human beings in a sense when addressing issues such as somesthesia and corporeality. Maybe human beings have vegetative somesthesia as well.

Moreover, the phenomenon where the growth rate of roots adjacent to one another becomes synchronized could take place only when the totality is shared among the roots through the interaction of the electric fields concerned. If so, manipulating or controlling electric fields from outside could clarify the situation of “a setting” and the totality, both of which are difficult to measure for communication among human beings but not for communication among plants.

As for communication among human beings, I’ve been conducting experimental studies on the measurement of timing over the past five to six years. It’s now becoming clear that a setting is shared when each person’s physical action is synchronized with another unconsciously. However, the sharing of a setting is not necessarily a sufficient condition for the sharing of a context, but rather a necessary condition for it. There is a need to study the dynamics of the relationship between a function at the level of consciousness and a function at the level of unconsciousness.

—The limitations of languages have been discussed about recently. However, we may be able to make non-verbal communication come true, if not perfectly.

Miwa: I believe so. However, I don’t know if the term “non-verbal” is appropriate in this case because it also refers to body language and hand signals, both of which express signs that have meanings. What is important here is how meanings are generated. And the problem is that there are subjects that can be expressed and cannot be expressed. For example, it’s quite difficult to symbolize actual somesthesia, feelings or moods such as “What a spacious room this is.” Since this kind of implied information is expressed unconsciously through the body, a context can be identical in the case of face-to-face communication. By contrast, IT communication such as the Internet doesn’t usually take place in a face-to-face manner. There is only an exchange of signals and expressed information, and the persons on both sides of the communication need to interpret the information themselves. The Internet cannot transmit silence or a brief pause.

Expressed information is separative and implied information is non-separative, and the latter cannot be transmitted. This issue is closely related to communicability, that is, the possibility for interaction. We usually nod or make agreeable responses when talking with someone. These actions are intended to create the possibility for interaction rather than transmitting messages to conversational partners. The context of communication could be shared by creating communicability through physical actions, a situation that is almost equivalent to the sharing of a setting.

There have been movements toward addressing this subject. In fact, researchers including myself have reported on studies of interfaces for implied information such as tangible bits. Communicability is expected to improve a great deal based on these studies. However, we need to further study this particular subject in order to support the sharing of a context, and to create media in which mutual trust is created. Specifically, there is a need to study the dynamics of the relationship between expressed information and implied information, and to develop interfaces through which they can be transmitted.

—It sounds like we will find solutions to semantics in a true sense.

Miwa: I wouldn’t go so far as to say that (laughter). But fields such as science, engineering, philosophy, sociology, and art need to be linked with one another.

—Are you suggesting that communication through the Internet will become non-virtual or come close to being non-virtual?

Miwa: No question about it. It’s a feeling of being together “at this moment in this place.” As Professor Hiroshi Shimizu previously indicated, the technology for supporting a self-function that views both oneself and others is indispensable for community support and crisis management. But the principle of its design has not yet been established, though I believe it is possible. It depends on whether or not we can design a setting in which physical information sent by each individual is collected and integrated. I’m going to try to create a virtual setting for the time being, which I believe will lead to the development of a virtual communication system. Creativity and credibility will be jointly created in this system.

In closing, let me make this point: I think plants represent something like a spatial existence for us. There is a saying “Ancestry plant trees under which posterity will rest.” In this particular case, plants provide a space in which communication between ancestry and posterity takes place. This function is equivalent to that of a coordinator linking one person to another. In other words, plants function as an interface linking one generation to another. I’m talking about an interface though which I can talk with Goethe, or an interface that acts like a professional reciter. For that matter, there could be interfaces through which techniques of artisans or corporeality that has been nurtured by companies and universities are handed down to future generations. Cross-cultural communication can be included as well. While I’m being interviewed here, the existence of plants in this room could make the situation of this setting totally different. What I’m saying now is not likely to lead to any technological development, but it means a lot to us to develop ideas based on a coexistence with plants. It is an undoubted fact that I’ve come to know a lot of people in various fields thanks to the study on plants.

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Gaia et l’éco-évolution

Gaia est une vallée de vie, la seule dans le système solaire, peut-être dans l’univers et ses arbres sont menacés.

Dans la mythologie grecque, Gaia est le nom de la déesse Terre. C’est aussi le nom d’une hypothèse nous invitant à assimiler l’ensemble terre-atmosphère à un organisme vivant.

L‘évolution du règne végétal ne peut s’expliquer que si on tient compte de ses interactions avec le règne minéral, d’où l’idée, développée notamment par Pierre Dansereau, d’une science globale de la vie appelée biogéographie. Dans le cadre de l’Hypothèse Gaia on parlera de géophysiologie.

Si on pousse cette façon de voir à sa limite, on est amené tout naturellement à considérer la biosphère – la planète terre et son atmosphère – comme un grand organisme. Déjà Léonard de Vinci avait comparé les fleuves aux artères du corps humain. Auparavant, les Pythagoriciens et les Stoïciens avaient considéré le cosmos comme un grand être vivant.

Cette audacieuse métaphore est aujourd’hui une hypothèse largement accréditée. Au cours de la décennie 1960, le biologiste anglais James Lovelock fut chargé par la NASA d‘étudier les possibilités de l’existence de la vie sur la planète Mars, voisine de la terre. Jusque là on avait toujours pensé que la vie n’aurait jamais été possible sur terre si l’atmosphère entourant cette dernière n’avait été constituée d’une manière bien déterminée: pour l’essentiel 79% d’azote et 21% d’oxygène.

Poser ainsi un contexte chimique particulier comme condition d’existence de la vie, c’est s’en tenir aux idées reçues sur les rapports entre la matière inanimée et la matière animée. James Lovelock a été amené à inverser cette façon de voir. C’est la vie, soutient-il, qui a créé l’atmosphère, comme l’oeuf crée sa coquille.

Pour le chimiste, autant l’atmosphère de Mars et de Vénus est normale, autant l’atmosphère de la terre est énigmatique. L’atmosphère de Mars et Vénus, avec ses 98% de gaz carbonique, est en équilibre. L’atmosphère de la terre, constituée d‘éléments qui réagissent facilement entre eux, est au contraire en déséquilibre.

Pourtant le taux d’oxygène dans l’atmosphère se maintient à 21% depuis très longtemps. Pourquoi? «Il n’y a pas, dit James Lovelock, de raison chimique qui explique la constance de ce taux». Alors quel est le mécanisme de régulation?

L’analogie avec les organismes vivants s’impose presque d’elle-même. Ces derniers sont caractérisés par une tendance à maintenir leur équilibre interne en corrigeant les écarts au fur et à mesure qu’ils se produisent. La température, le taux de fer, de sel, etc., varient à l’intérieur de limites très étroites. Si ces limites sont dépassées, c’est la maladie et la mort.

On pourrait penser que la température du corps est réglée par l‘équivalent d’un thermostat. Tout est beaucoup plus complexe. On sait maintenant qu’elle est réglée par un consensus entre un grand nombre d‘éléments constitutifs du corps. Seul le but est clair: assurer la survie de l’organisme. Cette survie étant parfois menacée par des microorganismes qui prolifèrent, l’interaction entre divers facteurs fera que la température du corps augmente. Il y a fièvre, pasteurisation de l’organisme par lui-même. Le taux de fer et des autres minéraux est contrôlé de la même manière.

Le fer n’est pas vivant lui-même et pourtant sa présence dans l’organisme est déterminée par des processus vivants. James Lovelock est persuadé que la constance du taux d’oxygène et des autres composants chimiques de l’atmosphère s’explique de la même façon. Ici encore, seul le but est clair: maintenir les conditions idéales pour la persistance de la vie sur terre. Pour chaque accroissement de 1% du taux d’oxygène, les risques d’incendie de forêt en cas d’orage électrique s’accroîtraient de 70%. Par contre, si le taux d’oxygène baissait, le tonus vital, si l’on peut dire, de l’ensemble de la planète s’effondrerait. Seul les anaéorobes, c’est-à-dire les microorganismes n’ayant pas besoin d’oxygène, s’en tireraient indemnes.

La biologiste américaine Lynn Margulis, spécialiste des mircroorganismes qui prit très tôt fait et cause pour l’hypothèse Gaia, a été amenée à se demander pourquoi certains microorganismes rejettent du méthane dans l’atmosphère par la photosynthèse alors que tous les autres organismes ne rejettent que de l’oxygène. Elle en a conclu que la production de méthane était l’un des mécanismes de contrôle du taux d’oxygène dans l’atmosphère.

Son raisonnement est le suivant: on sait comment les plantes ont progressivement pourvu l’atmosphère de cet oxygène dont les organismes vivants supérieurs auraient un jour besoin: d’une part en rejettant de l’oxygène produit par la photosynthèse et d’autre part en enfouissant une partie du carbone produit par cette réaction. Si tout le carbone produit était retourné dans l’atmosphère, il aurait réagi avec l’oxygène pour former du gaz carbonique et le taux d’oxygène ne se serait pas accru. Par contre, si tout le carbone produit par la photosynthèse était resté enfoui dans le sol pour être transformé en pétrole et en charbon, l’oxygène libéré aurait depuis longtemps dépassé le seuil de 21%. Si ce raisonnement explique la présence d’une quantité appréciable d’oxygène dans l’atmosphère, il ne rend pas compte à lui seul du taux, qui se maintient à 21%. Comme le méthane secrété par les microorganismes marins réagit aussi avec l’oxygène, contribuant à en réduire la quantité, Lynn Margulis a fait l’hypothèse qu’il est au coeur du mécanisme de régulation.

Comment les microorganismes qui fabriquent le méthane sont-ils avertis du rythme à respecter dans la production? On devine la complexité de la réponse à des questions de ce genre. C’est pourquoi ni James Lovelock ni Lynn Margulis ne prétendent avoir trouvé la réponse à toutes les questions qu’ils ont soulevées – depuis le taux d’oxygène dans l’air jusqu’aux taux de sel dans la mer – mais ils affirment par contre avec force, que c’est seulement dans le cadre de l’hypothèse Gaia que les bonnes questions peuvent être posées. Il reste dans ce cas, comme dans celui des organismes, à faire la recherche fine qui permettra d’obtenir des réponses à la fois de plus en plus précises et de mieux en mieux articulées entre elles.

On devine l’importance de ces études pour la connaissance de l’environnement. James Lovelock et Lynn Margulis sont d’avis que la science de l’environnement en est encore au balbutiement. Il se pourrait toutefois que l’atmosphère de Gaia – nom qui fut suggéré à Lovelock par l‘écrivain anglais William Golding – convienne à sa croissance.

Gaia ce n’est ni la biosphère, ce qui en exclurait les minéraux, ni la terre ce qui en exclurait l’atmosphère, c’est le Tout. Mais de quel droit peut-on considérer comme un être vivant un tout constitué quasi exclusivement d‘éléments inanimés? Dans son dernier ouvrage, The Ages of Gaia, Lovelock raconte comment l’un des nombreux chercheurs qui ont participé au débat sur Gaia, a trouvé la réponse définitive à cette objection: en donnant l’exemple des arbres à bois rouge, comme le séquoïa, vivants de toute évidence, bien que constitués à 99% de matière inanimée. Si dans ce second livre Lovelock se garde bien de crier victoire, il affirme toutefois que Gaia a dépassé le stade de l’hypothèse et constitue désormais une théorie.

L‘évolution de Gaia

Si Gaia est un grand organisme, ne faut-il pas repenser toute l‘évolution dans une perspective nouvelle où, au lieu de suivre les espèces une à une dans les nombreuses étapes de leur adaptation, on étudierait l‘évolution des grands ensembles complexes dont tous les éléments, depuis les minéraux jusqu’aux animaux supérieurs, sont en constante interaction?

On voit poindre ici à l’intérieur du cercle des théoriciens de l‘évolution, la distinction entre un regard analytique et un regard holistique, systémique*, orienté vers les ensembles considérés comme étant plus que la somme des parties accessibles à l’analyse. Jusqu’ici, parmi les théoriciens de l‘évolution, comme parmi les biologistes et les savants en général, c’est le regard analytique qui avait dominé.

Approche systémique

Même si nous l’opposons ici au regard analytique, le regard systémique ne doit pas être confondu avec ce que nous avons appelé le regard contemplatif, subjectif ou intuitif. Le regard systémique appartient à la sphère de la science, de l’objectivité, du quantifiable. Le raffinement dans l’analyse et le souci de la complexité qui le caractérisent sont toutefois tels qu’on peut à la limite, le confondre avec le regard contemplatif.

Dans la perspective de Gaia, la notion d’adaptation prend aussi un sens nouveau: pour les darwinistes, la nature est étrangère à la vie et indifférente à son but: se perpétuer. Le milieu certes n’est pas immuable. Il est modifié, tantôt par des météorites tantôt par les forces enfouies au centre de la terre. Ces changements sont toutefois d’ordre mécanique, ils ne sont pas un signe de vie, bien qu’il constituent autant de pressions sélectives extérieures qui contribuent au grand jeu de l‘évolution. Ils sont, pour employer le vocabulaire de Jacques Monod, la nécessité qui, mariée au hasard des mutations, assurerait l‘évolution.

Cette position devient intenable dès lors que l’on tient pour acquis que le milieu est lui-même modifié par les êtres vivants qui doivent s’adapter à lui. Peut-on dire que le jaune et le blanc de l’oeuf s’adaptent à la coquille de la même manière que l’oeuf complet s’adapte à la passoire qui permet de vérifier s’il est conforme aux exigences du marché?

Lovelock est catégorique: «Nous sommes contraints de modifier notre interprétation de la grande vision de Darwin. Gaia attire notre attention sur le fait qu’aucune infaillibilité n’est rattachée au concept d’adaptation. Il ne suffit plus désormais de dire que des organismes mieux adaptés auront vraisemblablement plus de descendants. IL faut ajouter que la croissance d’un organisme affecte son environnement physique et chimique; par suite, l‘évolution des espèces et l‘évolution des roches sont étroitement associées; elles constituent un processus indivisible».

On n’avait toutefois pas attendu l’hypothèse Gaia pour repenser les notions d’adaptation et d‘évolution. Le regard holistique était depuis longtemps entrouvert sur le monde de la vie. L’abondance même des résultats d’analyse avait fait paraître l’hypothèse de l’auto-organisation de la vie de plus en plus nécessaire. Les progrès en thermodynamique, notamment en ce qui a trait à l‘étude des structures dissipatives – ouragans, maelstroms -, avaient rendu théoriquement acceptable, même aux physiciens de la plus stricte observance, l’idée d’une matière qui se développe d’une façon imprévisible, qui s’auto-organise.

L’un des témoins les plus attentifs de ces progrès convergents de la physique et de la biologie, le sociologue français Edgar Morin a été amené à adopter à propos de l‘évolution des idées tout à fait compatibles avec la perspective Gaia. L‘éco-évolution dont il parle n’est rien d’autre que l‘évolution de Gaia.

L‘éco-évolution

«La vie évolue, on le sait, mais en disant évolution, on a longtemps pensé de façon atomiste à la seule évolution des espèces et cette évolution a été vue de façon seulement buissonnante, divergente, les espèces s‘éloignant les unes des autres dans toutes les directions végétales et animales. Aujourd’hui, on commence à concevoir la co-évolution des espèces et l‘évolution des écosystèmes ou éco-évolution.

La conception atomisée de l‘évolution ne conçoit comme principe d’innovation que la mutation génétique. L‘éco-évolution, elle, est marquée par d’innombrables mutations écologiques, c’est-à-dire des restructurations nouvelles sous l’effet de bouleversements à long et court terme: submersions, émersions, plissements, surrections, érosions, tropicalisations, glaciations, migrations, surgissements d’espèces nouvelles. Ainsi l‘éco-évolution dans sa richesse, sa diversité, sa multiplicité pousse, presse, enveloppe l‘évolution des espèces.

La conception atomisée de l‘évolution ne voit comme principe de survie que la sélection «naturelle» des espèces. Elle ne voit pas que cette sélection est inséparable d’une intégration éco-systématique (ce qui sera examiné plus loin), elle ne voit pas que les conditions de sélection se modifient en fonction de l‘évolution des éco-systèmes, qui produit de nouvelles règles d’intégration et de nouveaux critères de sélection. Elle ne voit pas surtout que ce qui est «sélectionné», ce ne sont pas seulement les espèces aptes à survivre dans telles ou telles conditions, mais c’est tout ce qui favorise la régulation et la réorganisation des éco-systèmes. Ce ne sont pas seulement des individus et des espèces qui sont sélectionnés, mais des rétroactions, des boucles qui, en s’autostabilisant aux dépens d’autres possibilités, deviennent sélectionnantes à l‘égard des individus et des espèces. Ce qui est «sélectionné», c’est tout ce qui peut fortifier une chaîne, un cycle, un circuit, c’est tout ce qui réorganise.

Ce que les éco-systèmes ont essayé, «appris», acquis à travers d’innombrables événements désorganisateurs, ce sont des moyens et des modes de réorganisation; ce qu’ils ont essayé, «appris», acquis en intégrant des espèces de plus en plus diverses, c’est une complexité réorganisatrice de plus en plus raffinée. Ce qu’ils ont essayé, acquis, «appris» à travers les révolutions écologiques, comme par exemple les changements de climat, c’est l’aptitude à réorganiser les règles de réorganisation».

Si Gaia est un organisme, ne conviendrait-il pas dans ce cas de parler de croissance plutôt que d‘évolution et d‘éco-évolution? On est depuis longtemps familier avec l’extrême complexité de la croissance des organismes, il serait facile d‘étudier la croissance de Gaia dans le même esprit.

Mais si Gaia est un organisme ayant une croissance, elle est aussi appelée à décroître un jour, à vieillir. Il y avait quelque chose de rassurant dans l’idée, admise sans discussion, que la terre, comme le reste de l’univers, appartient au règne minéral. C‘était là une garantie implicite de pérrennité. En accédant à la vie, en devenant Gaia, le grand ensemble terre-atmosphère devient plus chaleureux, plus accueillant, en apparence du moins, mais en même temps plus fragile. La fin du monde, à laquelle, dans la perspective minérale, on espère toujours échapper, devient avec l’avènement de Gaia la mort prévisible, normale d’un organisme. Et qui plus est, il est probable qu’un jour prochain on connaîtra les signes de vieillissement de cet organisme avec suffisamment de précision pour pouvoir prédire le moment de sa mort.

James Lovelock et sa vision du monde

Le regard analytique et le regard contemplatif sur la vie ne peuvent s’harmoniser dans un même être que dans la mesure où le premier est subordonné au second. C’est du second, et notamment du sentiment de beauté et de compassion qu’il enferme, que découle le sens de la totalité de même que celui des équilibres et de la limite. Le regard contemplatif est la condition de la sagesse sans laquelle le regard analytique peut conduire à des excès suicidaires. L’analyse des phénomènes donne de la puissance sur eux, elle permet de dominer la nature, mais elle n’enferme aucune indication quant aux limites qu’il convient d’assigner à cette puissance.

James Lovelock est l’un des savants contemporains chez qui les deux regards s’harmonisent le mieux. Son sens de l’analyse lui a permis d’inventer l’appareil ultra sensible grâce auquel on peut mesurer les traces infinitésimales de chloroflurocarbones dans l’athmosphère. Sans cet appareil, nous ne saurions pas que la couche d’ozone est menacée. Son sens de la contemplation apparaît dès qu’il parle de ses choix personnels.

Lovelock est-il chimiste ou un biologiste? Il prend plaisir à brouiller les pistes quand il s’agit pour lui de se définir comme spécialiste. Il est issu du monde de la médecine et de la biologie, ce qui ne l’a pas empéché d’inventer un appareil utilisé par les chimistes. Il se définit lui-même comme un savant-ermite, qui trouve dans sa solitude et son indépendance une liberté lui permettant de se soucier davantage de la complexité du réel que des dogmes étroits de chaque discipline spécialisée.

La même liberté d’esprit l’amène à faire trembler ses amis écologistes en leur rappelant que la vie est polluante et que l’oxygène le plus pur que nous respirons peut être aussi cancérigène que les radiations. Moyennant quoi, on l’a souvent accusé de fournir des arguments de choix à la grande industrie polluante.

Cette méfiance de nombreux écologistes à son endroit tient aussi au fait qu’il soutient que, pour Gaia, la pollution industrielle est négligeable. Sauf qu’il précise immédiatement après que c’est à elle-même que l’humanité se fait du tort, un tort peut-être irréparable en ne respectant pas les rythmes et les équilibres de Gaia. Gaia jouit d’une santé robuste, elle a survécu aux glaciations. L’espèce humaine par rapport à elle est comme une colonie de bactéries par rapport à notre organisme.

Le fait que Lovelock ait choisi le nom de Gaia, la déesse Terre, la déesse Mère, pour désigner le grand Organisme révèle l’autre pente de son esprit. Il ne craint pas d’associer ces théories aux plus anciennes croyances, un certain culte mi-paien mi-chrétien pour la Vierge Marie constitue à ses yeux une réminiscence du culte de Gaia. «Et si Marie était un autre nom pour Gaia… Pour moi Gaia est un concept indissociablement religieux et scientifique».

Dans l’hindouisme la divinité mère c’est Kali, à la fois infiniment bonne et douée d’un terrifiant pouvoir de destruction.

Quand il veut expliciter sa pensée en termes philosophiques Lovelock fait appel à Gregory Bateson, qui lui-même adopte une position panthéiste rappelant celle des stoïciens.

«L’esprit individuel est immanent mais pas seulement au corps. Il est aussi présent dans les réseaux et les messages hors du corps. Et il y a un grand esprit dont l’esprit humain n’est qu’un sous-système. Ce grand esprit est comparable à Dieu; il est peut-être ce que certains entendent par Dieu, mais il demeure immanent à l‘écologie planétaire et aux systèmes sociaux interreliés».

C’est toutefois par son sens de la limite, par sa soumission aux lois de Gaia, – entre Gaia et la nature vivante des stoïciens il n’y a guère de différence – que Lovelock rappelle le plus les stoïciens. Notre crainte de la mort, dit-il, obsessionnelle jusqu‘à l’obscénité, ne sert qu‘à nous distraire des conséquences de notre pouvoir excessif sur la nature. Il est normal, ajoute-t-il, que nous soyons exposés à la souffrance et à la mort. Elles font partie de la vie telle qu’elle existe à notre échelle. Même l’immortelle Gaia disparaîtra un jour.

Utilisées avec mesure, les choses sont bonnes. Utilisées avec excès, elles sont mauvaises. A Coombe Mill, un village anglais du Devon, près de la Cornouaille, Lovelock et sa femme Hélen vivent eux-mêmes avec mesure, au coeur d’une nature qui a conservé toute sa variété et où les haies divisant les terres servent encore d’habitat aux oiseaux, alors qu’elles ont disparu du reste de l’Angleterre pour faire place aux grosses machines aratoires. Dans un tel cadre, on ne risque pas de souffrir de cette malnutrition des sens qui, selon Lovelock lui-même, explique la disparition du sentiment religieux: «Comment éprouver un sentiment de révérence pour le monde vivant, si nous ne pouvons plus entendre le chant des oiseaux à cause du bruit de la circulation? Comment pouvons-nous nous émerveiller devant Dieu et l’Univers si nous ne voyons jamais les étoiles à cause des lumières de la ville?».

Le sens de la mesure suppose d’abord qu’on renonce à ce projet d’immortalité sur terre qui, sous une forme plus ou moins déguisée, constitue l’ultime justification des attentats contre Gaia. A ce propos, Lovelock semble avoir parfaitement compris le mot de son compatriote Lord Acton: «Le meilleur moyen de faire de la terre un enfer, c’est de vouloir en faire un paradis».

La conclusion de son second ouvrage sur Gaia est le fondement même de cette écologie profonde, cette écologie des fins par opposition à l‘écologie des moyens, dont dépend le destin futur de l’humanité au sein de Gaia. «J’espère que nos huit petits-enfants hériteront d’une planète saine. A certains égards, le pire destin que nous pouvons imaginer pour eux serait qu’ils deviennent immortels grâce à la science médicale et soient ainsi condamnés à vivre sur une planète gériatrique, avec la tâche interminable et débordante de présever santé en même temps que la leur. La mort et la déchéance sont certaines, mais, mais elle semble être un prix bien peu élevé à payer pour la possession, même brève de la vie individuelle. La seconde loi de la thermodynamique indique le seul sens dans lequel l’Univers peut aller: en bas, vers une mort par la chaleur. Les pessimistes sont ceux qui utiliseraient une lampe de poche pour trouver leur chemin dans la nuit, avec l’illusion que la pile durera toujours. Mieux vaut vivre comme Edna St. Vincent Millay nous le conseille:

My candle burns at both ends;
It will not last the night;
But, ah, my foes, and, oh, my friends-
It gives a lovely light». FIN

Éloge de la variété

La variété fait la grâce, la richesse et la force de la vie. Nous le savons d’instinct. D’où la joie que nous éprouvons au printemps quand simultanément, les oiseaux, les feuilles, les herbes et les fleurs se manifestent à nous.

La science nous a d’autre part appris que sans cette variété il n’y aurait pas d‘évolution. Quel animal s’adaptera à tel changement dans l’environnement? Celui qui diffère des autres par une caractéristique qui avait été neutre jusque là, mais que le changement dans le milieu a transformée en avantage.

Malgré ces avertissements de l’instinct et de la science, nous continuons de réduire la variété de la vie. Elle est si riche, pensons-nous! Nous n’avons même pas achevé de dresser la liste des espèces d’insectes! Que risquons-nous donc en éliminant quelques milliers d’entre elles au moyen de pesticides qui accroîtront le rendement des terres? Pourquoi conserver des centaines d’espèces de vaches, de poules et de porcs quand nous savons que certaines d’entre elles sont dix fois plus rentables que d’autres?

Gaia devrait nous amener à reviser nos positions. En elle en effet, comme dans tous les organismes, la régulation s’améliore avec la complexité. Le respect des équilibres passe par le respect de la variété. On peut, nous dit Lovelock, prouver cette affirmation à l’aide de modèles mathématiques. «En considérant les espèces et leur envionnement comme un seul système, nous pouvons pour la première fois construire des modèles qui sont mathématiquement stables bien que comportant un très granbd nombre d’espèces rivales. Dans ces modèles une diversité accrue parmi les espèces se traduit par une meilleure régulation. Supprimez tel microorganisme marin et le taux d’oxygène dans l’air augmentera peut-être».

«Nul ne peut affirmer que l’aubépine est inutile aux constellations». Cette pensée de Hugo est littéralement vraie.

L’homme qui plantait des arbres ou la résurrection de Gaia

Gaia n’est pas encore morte, mais déjà les poètes rêvent de sa résurrection. La résurrection de Gaia est le thème d’un récit de Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres, à qui le cinéaste québécois Frédérick Back a donné une seconde vie en le transformant en un film d’animation merveilleux, prophétique.

Jean Giono raconte comment un paysan retraité, Elzéar Bouffier, a fait revivre une vallée des Alpes en y plantant des arbres un à un pendant des dizaines d’années.

Faisant correspondre un dessin à chaque arbre planté par Elzéar Bouffier, donnant ensuite vie à ces dessins, en les rassemblant, en les unissant par son travail d’artiste et son propre amour de la nature, Frédérick Back a réussi un miracle: nous faire participer, par l’enchantement d’une métaphore en mouvement, au retour de la vie, de sa couleur, de sa musique, dans les collines arides, dans la fontaine desséchée du village… et dans ses rues désertes:

«En 1913, ce hameau de dix à douze maisons avait trois habitants. Ils étaient sauvages, se détestaient, vivaient de chasse et de pièges; à peu près dans l‘état physique et moral des hommes de la Préhistoire. Les orties dévoraient autour d’eux les maisons abandonnées.

Leur condition était sans espoir. Il ne s’agissait pour eux que d’attendre la mort: situation qui ne prédispose guère aux vertus.

Tout maintenant était changé. L’air lui-même. Au lieu des bourrasques sèches et brutales qui m’accueillaient jadis, soufflait une brise souple chargée d’odeurs. Un bruit semblable à celui de l’eau venait des hauteurs: c‘était celui du vent dans les forêts. Enfin, chose étonnante, j’entendis le vrai bruit de l’eau coulant dans un bassin. Je vis qu’on avait fait une fontaine, qu’elle était abondante et, ce qui me toucha le plus, on avait planté près d’elle un tilleul qui pouvait déjà avoir dans les quatre ans, déjà gras, symbole incontestable d’une résurrection».

Gaia est une vallée de vie, la seule dans le système solaire, peut-être dans l’univers et ses arbres sont menacés.

Source

Auto-organisation et symbiose

Le cerveau aurait un comportement dynamique oscillant autour de différents attracteurs non fixes (points, orbites périodiques, attracteurs étranges…) et ces attracteurs auraient des relations avec les pensées et les émotions.

Une réflexion sur la suggestion et l’auto-suggestion de la “Fonction Transcendante”

Introduction

Tenter un rapprochement entre un concept psychanalytique jungien et des notions de complexité en physique ou biologie permet de rechercher en quoi la fonction transcendante peut être apparentée à une propriété émergente au sein de l’Inconscient. Pour peu que l’on accepte de voir l’Inconscient comme un système dynamique structuré par un chaos déterministe. Tentation légitime quand on voit que les TCC (théories du chaos et de la complexité) (1) sont de plus en plus invoquées pour expliquer les comportements des organismes sociaux et des réseaux neuronaux.
C’est pourquoi nous survolerons quelques définitions sur – fonction transcendante – symbiose – système dynamique ou structure dissipative – auto-organisation du chaos – attracteur étrange
pour ébaucher une vision systémique de la fonction transcendante et ses éventuelles répercussions sur le choix d’une suggestion thérapeutique.

Fonction transcendante

Dans L’Ombre et le Mal dans les Contes de fées, Marie-Louise VON FRANZ, collaboratrice de C.G. JUNG, dit à propos de la fonction transcendante :
“…cette faculté qu’a la psyché inconsciente de guider l‘être humain arrêté dans une certaine situation vers une situation nouvelle en le transformant. Chaque fois qu’un individu est bloqué par des circonstances ou par une attitude dont il ne parvient pas à se sortir, la fonction transcendante produit des rêves et des phantasmes qui l’aident à construire, sur un plan symbolique et imaginaire, une nouvelle façon de vivre qui soudain prend forme et conduit à une attitude nouvelle.”
“ Aux quatre fonctions fondamentales (réflexion, sentiment, intuition et perception) qui sont des fonctions d’adaptation au monde, Jung ajoute une cinquième, qu’il appelle fonction transcendante dont il précise bien, dès le début, qu’il n’est pas approprié de la traduire dans un sens métaphysique ; il s’agit, là encore, en examinant les choses de près, d’adaptation, mais d’une adaptation non plus extérieure, mais intérieure entre des opposés qui ne peuvent être réconciliés que par un dépassement. “

Nous proposons, pour avoir quelques représentations de ce concept, de transposer un phénomène biologique et systémique à la sphère psychique : la complexification du vivant par symbiose.

Un exemple typique de symbiose : le lichen, constitué d’une algue et d’un champignon devenus indissociables. C’est une “ association à avantages et inconvénients réciproques et partagés “ (2) dont le coût infligé à chacun des associé est très grand : souffrance (chacun spolie une partie de l’autre), ralentissement de croissance, dépendance… mais dont l’avantage est énorme : une résistance à des conditions de vie extrêmes auxquelles l’algue ou le champignon seul ne survivrait pas. A noter qu’il existe des symbioses à trois ou plus de partenaires. L’individu n’est plus un partenaire constituant mais l’association elle-même . Du fait des relations de dépendance créées, l’association n’est plus divisible, c’est un in-dividu.
Dans cette optique, le SOI apparaît comme une symbiose constituée de toutes les parties du psychisme. L’Ombre, source de souffrance, occupe aussi une place indispensable à la survie du SOI et à son individuation.

Individu

Au moins trois aspects: topologique, systémique, sémiotique.
L’individu vivant est – une boule (espace fermé limité par une surface bordante, une enveloppe) – R.THOM (fig.1) – un système dynamique individué formé par des parties reliées et organisées entre elles (fig.2) qui parfois entrent en conflit entre elles (conflit -> figure de régulation) (3)
ouvert (échanges de flux de matière, d‘énergie et d’information entre intérieur et extérieur)
emboîté dans des systèmes plus vastes (famille, société, humanité…) :
le SOI est emboîté dans l’Inconscient Collectif – un système générateur de significations (4)

A l’intérieur : le SOI, contenant du signifiant ; à l’extérieur : de l’insignifiant. C’est la capacité à interpréter le bruit extérieur qui permet au SOI de créer des informations signifiantes en relation avec les contraintes de fonctionnement du système. Générer des significations sert à maintenir sa stabilité structurelle: le SOI est une structure dissipative qui s’auto-organise.

Figure 1
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Du point de vue topologique, le SOI – individu est un espace fermé par une enveloppe asymétrique, l’extérieur contenant l’insignifiant et la mort, l’intérieur le signifiant et la vie. (d’après Apologie du Logos)

Figure 2
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fig.2 Chaque partie inconsciente qui compose le SOI – système utilise des flux d‘énergie, matière et informations qui la traversent pour maintenir sa propre survie pendant que la fonction transcendante régule l’ensemble des échanges et interactions entre parties pour assurer l’ individuation

Auto-organisation, complexité et chaos

Ce qui suit est très largement emprunté aux notes de lecture de Patrice JEANDROZ sur le livre de James GLEICK “ La théorie du chaos “ , qu’il a très bien présenté sur son site .
D’origine mathématique et physique, les théories de la complexité et du chaos sont maintenant appliquées à d’autres domaines comme les sciences sociales, politiques, économiques, la biologie et la psychologie. Chaotique ne veut pas dire aléatoire. Bien qu’imprévisible, le chaos est déterministe et structuré: c’est un ordre déguisé en désordre .
Henri ATLAN dit : “ Un ordre dont on ne connaît pas le code. “

Chaos et sociétés : Comme les phénomènes physiques complexes, les sociétés peuvent se révéler, elles aussi, complexes et/ou chaotiques : – des systèmes simples peuvent devenir complexes – ces systèmes sont dynamiques (exemple : changements permanents au sein d’une fourmilière) – ils sont bâtis sur des rétro-actions positives (plus il y a de nourriture, plus il y a de concentration en phéromones, plus les fourmis se concentrent sur les meilleures voies de transport possibles pour cette nourriture) – ils sont sensibles aux conditions initiales (si on déplaçait même de seulement quelques centimètres l’emplacement initial de la reine, l’aspect de la fourmilière en serait complètement différent au bout d’un certain temps) – ils sont auto-organisationnels : ce sont des structures dissipatives (I.PRIGOGINE)
(la fourmilière garde a peu près la même forme générale dans le temps et maintient un certain ordre dans son fonctionnement organisé, tout en rejetant des déchets et en augmentant le désordre à l’extérieur d’elle-même).
Ces systèmes sont déterminés par le chaos, leur auto-organisation est liée aux lois bien particulières des systèmes complexes : – l’existence d’un état loin de l‘équilibre (5) – la nécessité de non-linéarité, (6) – la nécessité de redondance et de bruit – une certaine résistance au changement ainsi qu’une cohérence du système.

Chaos et transmission entre neurones

Le chercheur en neurobiologie Henri KORN a mis en évidence la nature probabiliste de la transmission synaptique. Par ailleurs, le phénomène de la synchronisation neurale lui est apparue comme déterminée par le chaos.
Chaque synapse “joue aux dés” pour transmettre l’information. A l’ouverture de la vésicule synaptique libérant le neuromédiateur, correspond une certaine probabilité. Mais la répétition d’un stimulus augmente la force de la synapse donc sa probabilité de libération. Le phénomène d’apprentissage est donc corrélé à une modification de probabilités des activités synaptiques.
En apparence, le “bruit synaptique” excitateur ou inhibiteur qui parvient à une cellule a un aspect aléatoire. En réalité, les neurones qui génèrent le bruit synaptique sont synchronisés, ils sont couplés par des synapses excitatrices et des synapses inhibitrices. Ces groupes de neurones synchronisés activent la cellule comme des oscillateurs. Ces oscillateurs sont couplés entre eux. Les expériences d’H.KORN montrent que le couplage de ces oscillateurs est contrôlé par le chaos. Le cerveau aurait un comportement dynamique oscillant autour de différents attracteurs non fixes (points, orbites périodiques, attracteurs étranges…) et ces attracteurs auraient des relations avec les pensées et les émotions.

Figure 3
Source

fig.3 Attracteur étrange de Lorenz, figure caractéristique d’un système soumis à un chaos déterministe

Auto – organisation du chaos : Citons de nouveau P.JEANDROZ : “ L’excès d’ordre engendre désordre et inadaptation, le chaos contient en lui-même ses propres facteurs d‘équilibre et d’ordre… Une concentration de pouvoir au plus haut niveau de l‘échelle hiérarchique entraîne une rigidité telle que l’organisation dans son ensemble risque de se retrouver dans l’incapacité de s’adapter rapidement au changement. “
C’est ce qu‘évoque FREUD dans son Introduction à la Psychanalyse, en parlant du Moi comme un souverain qui doit descendre écouter la voix du peuple et ne pas se contenter des interprétations de ses ministres.

Dans les contes, le Roi – métaphore du Moi – doit faire appel à un de ses sujets – le héros – pour résoudre un problème spécifique.
“ Les organisations doivent accepter un certain désordre en favorisant, au niveau opérationnel notamment, une plus grande autonomie permettant à la fois l’adaptation rapide à la réalité de l’organisation et l’imagination de solutions nouvelles, imprévisibles même, à l’intérieur des mécanismes traditionnels. “
L’excès de stabilité est facteur de désadaptation : équilibre pathologique résistant au changement. Pour sortir de l’impasse, il faut introduire de l’instabilité. Ce sera le rôle de la fonction transcendante.
Mais le SOI ne peut pas être contrôlé ; comme tout système non-linéaire éloigné de l‘équilibre, l’organisme peut être piloté mais pas contrôlé .

Suggestion et métaphore dans la fonction transcendante: un langage d’auto-réorganisation du chaos psychique?

Complexité
n’est pas synonyme de complications – certains systèmes simples engendrent des comportements complexes, imprévisibles – certains systèmes complexes engendrent des comportements simples – chaotique ne veut pas dire désordonné: des macro-mouvements ordonnés et stables peuvent émerger de micro-mouvements imprévisibles localement (exemple : les anticyclones) – un système dynamique contrôlé par le chaos a une trajectoire dans l’espace-temps qui suit un “ attracteur étrange “(7), c’est-à-dire qu’il répète un cycle sans jamais repasser exactement par le même point (cas du pendule qui tourne autour du point qu’il occupera à l’arrêt) – les lois du chaos sont universelles, elles s’appliquent quels que soient les détails des composants élémentaires d’un système. Ne pourraient-elles s’appliquer à la majeure partie du fonctionnement psychique: l’Inconscient?
Les Archétypes peuvent-ils être considérés comme des attracteurs de l’Inconscient Collectif?

Ce qui gêne la perception de la complexité :

– les limites qu’inflige notre langage à nos perceptions – le réductionnisme comme méthode dominante d’investigation en science – la logique du tiers-exclu (Aristote); si A = A alors A différent de non-A
Exemples d’auteurs qui ont tenté de sortir de cette logique dichotomique

  • LUPASCO (1950): tiers inclus (physique quantique) = ni onde, ni corpuscule et les deux à la fois —> théorie micro-physique du psychisme — effet EPR et systémique : ce qui paraît séparé est en réalité relié
  • relativité / observateur et relativité d‘échelle – L.NOTTALE (8) :
    Plus on zoom avant, plus c’est différent —> microscope, analyse, réductionnisme…
    Plus on zoom arrière, plus c’est semblable—> vision macroscopique dans un monde fractal.
    C’est l’observateur, contraint par ses processus de perception et ses besoins propres, qui définit ce qui est.

Le langage est un outil de mesure

C’est l’appareil de perception de l’observateur qui “découpe” le processus ou la forme dans un “substrat” sur lequel il projette ses attentes.
Dans une approche constructiviste, il n’y a pas en soi

  • de forme
  • d’information
  • de sens
    sans observateur —> pas de réalité en soi indépendante d’un observateur (9)

Mais “ la carte n’est pas le territoire qu’elle représente. “ (KORZYBSKI)
Dans le détail, il y autant de cartes que d’individus. Les similitudes entre cartes facilitent les échanges et la communication.

La vision systémique n‘échappe pas à ces limites : en réalité, les organismes vivants ne sont pas des systèmes, même si les décrire comme des systèmes permet de prévoir leurs comportements dans une certaine mesure (un système non-linéaire a une évolution imprévisible décrite en termes de probabilités).
Limite: “ le phénoménologique échappe au calcul. La vie n’est pas calculable, le monde n’est pas calculable, l’univers n’est pas un processus. “ (M. DRAGANESCU)

D’un certain point de vue, l’inconscient cognitif apparaît auto-organisationnel, toute nouvelle entrée d’information permettant une reconfiguration du système dans son ensemble (mémoire et réseau neural).

Approche constructiviste : Pour s’adapter au mieux à son environnement, l‘être vivant doit trouver le modèle (10) qui décrit le mieux possible les phénomènes qu’il observe. Trouver la solution à un problème n’est plus “révéler une vérité qui était cachée” mais construire le modèle qui le représente le mieux.
“ La solution est dans le processus de modélisation “ (Edgar MORIN). (11)
Même si la carte n’est pas le territoire qu’elle représente, même si elle est inexacte, elle peut être efficace pour permettre au système d‘évoluer et de s’adapter rapidement à son environnement. (Les contraintes biologiques font que le critère rapidité prime généralement sur le critère précision).

Le conte est un modèle de solution à un type de problème, facile à propager à un maximum d’individus, grâce à un langage analogique utilisable dans tous les domaines. Son utilisation avec ou sans transe formelle en fait un puissant outil suggestif.

Pour penser complexe, il faut, selon Edgar MORIN, utiliser les “ opérateurs de reliance “ du macroscope – systèmes (les différentes parties du psychisme forment un tout dont les propriétés sont différentes de chacune considérée isolément) – causalité circulaire (l’effet rétro-agit sur la cause) – dialogique : aspects opposés et complémentaires d’une même réalité ; exemples : l‘évolution s’appuie à la fois sur la compétition et la collaboration entre individus et entre espèces ; l’identité se construit à la fois sur l’individuel / singulier et sur le collectif / universel – hologrammatique (la forme d’un élément du système est semblable à la forme du tout).

Qui pratique la suggestion et la métaphore en hypnose s’apercevra qu’elle est largement utilisée spontanément par la fonction onirique de la personne elle-même. En cela, le rêve apparaît bien comme une tentative de guérison par auto-suggestion . Le “bricolage” du rêve utilisant le déplacement, la condensation et toute une série de redécoupages et remodelages des idées pour construire ses métaphores, ce bricolage avec brassage et recomposition idéelle étant un des principaux mécanismes de complexification d‘évolution du SOI. La fonction transcendante apparaît ainsi comme essentielle à l‘évolution du psychisme humain et utilise peut-être en partie un processus de mutation-sélection idéelle analogue aux processus Darwiniens d‘évolution génétique. Voir à ce sujet la thèse de Frédéric PAULUS

Les suggestions opérées par le travail du rêve de l’Inconscient vers le Conscient (on ne peut parler que dont on se souvient mais la re-programmation inconsciente pendant le sommeil paradoxal a lieu évidemment aussi quand on a oublié ses rêves) semblent répondre aux caractéristiques de la complexité :

  • analogie
  • paradoxe
  • niveaux multiples d’interprétation
  • systémique
  • analogie : allégories et métaphores ne sont pas l’exclusivité de l’hypnose ou de l’auto-hypnose onirique, tout langage en use abondamment car c’est le principe même de la modélisation. Nous passons notre temps à expliquer en illustrant avec des formes connues de notre interlocuteur pour faciliter son assimilation de nos idées. (Assimilare = faire soi ; assimulare = simuler)
  • paradoxale : le rêve “expose” souvent d’une façon dissociée et atténuée le rêveur à la peur qu’il redoute ; en cela, les techniques de thérapie comportementale ou de thérapie stratégique (“prescrire le symptôme”) imitent le travail de la fonction transcendante. le paradoxe n’est qu’apparent: ce qui parait vrai ( ou bien/mal, beau/laid, vivant/inerte) à une échelle devient illusoire ou erroné à une autre échelle d’observation.
  • multi-niveaux : principe hologrammatique et aspect fractal : on retrouve dans une petite partie des propriétés, des similitudes de forme avec le tout. La suggestion, par son caractère analogique, touche plusieurs niveaux d’interprétation. Exemple: Les métaphores hydrodynamiques sont très employées car tout peut être décrit en termes de flux, les lois qui régissent la dynamique des fluides s’appliquent à toutes les échelles ( “Tout est flux “ disait Heraclite, idée qui a aussi fortement inspiré la médecine traditionnelle chinoise et la théorie Freudienne des pulsions).
  • systémique : Ce qui est suggéré, c’est que le problème, comme sa solution, ont une signification au-delà du niveau où ils sont perçus: au niveau d’un ensemble plus vaste, plus global, où du coup cette signification devient différente (recadrage de sens systémique). La résistance au changement est respectée en tant que loi naturelle de conservation d’un système mais déplacée à un niveau plus élevé (l’ensemble reste stable malgré/grâce à l’instabilité de ses composants).

La suggestion a des conséquences imprévisibles, faisant de l’hypnose ou du rêve une intervention en apparence aléatoire :

  • sensibilité aux conditions initiales : le processus mental induit chez le patient peut varier par rapport à un nombre incalculable de paramètres et une toute petite variation de forme dans une suggestion peut tout changer
  • imprévisibilité fondamentale des systèmes non-linéaires: une intervention spectaculaire peut n’avoir aucun effet alors qu’un rêve en apparence anodin et oublié peut, pourquoi pas, être suivi d’un grand changement.
    Mais, heureusement, l’effet papillon n’existe plus (les anticyclones sont toujours à peu près aux mêmes endroits)
  • il y a des stratégies correctrices
  • redondance de la suggestion: limiter la quantité d’informations en faveur de la qualité (mobilisatrice de la motivation du patient) et répéter
  • aider la fonction transcendante en ayant une attente positive, en partant du présupposé qu’elle existe et qu’elle va provoquer un changement favorable (induction d’une “prédiction auto-réalisatrice”).

Conclusion

En bâtissant sur une analyse positive de son histoire personnelle un futur imaginaire possible, intégrant à la fois ses intérêts et ceux de sa collectivité, postuler l’existence d’une fonction transcendante est un acte de foi utile à “l’auto-organisation” du chaos psychique.
La fonction transcendante, dont le but serait “ d’agir de façon juste au sein de la psyché “, étant

  • une passerelle entre Conscient et Inconscient collectif
  • un processus de vie qui produit des symboles faisant le pont entre les opposés “ (M-L VON FRANTZ)
    nous apparaît comme l‘équivalent dans le domaine psychique de la fonction symbiotique dans l‘évolution biologique :
  • la symbiose est une solution émergente au sein des écosystèmes
  • pour minimiser la violence dans les interactions entre les différents éléments de ces écosystèmes tout en préservant la biodiversité, la coexistence de tous ces différents éléments nécessaires à la pérennité du tout.

Dans cette perspective systémique, fonction symbiotique et fonction transcendante ne sont pas des solutions pré-programmées par une instance centrale, un processus descendant imposé par une autorité divine, mais plutôt des mécanismes de sélection liés aux interactions chaotiques entre les différentes parties de l’inconscient individuel et collectif, dans une dialectique compétition / collaboration. Après un temps de conflit plus ou moins prolongé entre différents éléments en compétition pour l’acquisition de ressources dans un système, des processus de collaboration sont sélectionnés comme meilleure solution du moment face aux contraintes locales ; phénomène apparaissant comme auto-organisationnel.

Cette dialectique est à l‘œuvre dans l’alliance : la convergence des regards vers un objectif commun, ce partage d’imaginaire nous paraissant être la source de la fonction transcendante, s’appuyant sur une sorte de circulation de formes suggestives dans l’Inconscient Collectif.
Pour s’adapter à des variations imprévisibles, un système dynamique doit garder une certaine amplitude d’oscillations autour d’une zone d‘équilibre (exemple: le joueur de tennis qui se balance d’un pied sur l’autre en attendant le service de son adversaire). S’il reste bloqué sur un “mauvais attracteur”, il risque de perdre ses facultés de régulation. Un sujet peut rester psychiquement bloqué de façon stable sur un phantasme ou un schéma trop rigide, il “tourne en rond” autour d’une pensée dysfonctionnelle, un peu comme une barque prise dans une turbulence sur le bord d’un torrent et qui ne rejoint plus le sens du courant. L’auto-suggestion du rêve ou de l’imaginaire créatif – en réalité reliées aux suggestions provenant de l’extérieur (aléatoires ou dirigées) – va modifier la morphologie de cet attracteur et permettre de réintroduire l’instabilité nécessaire à l‘évolution du système: une légère modification du flux peut suffire à l’embarcation pour rejoindre le courant de la vie.
La fonction transcendante est cette capacité de régulation du système psychique:

  • auto-organisation à partir du “bruit” (interprété pour créer des significations)
  • maintien d’une relative stabilité interne malgré l’instabilité externe imprévisible
  • création d’une instabilité en cas de stabilité inadaptée (sortie d’un attracteur dysfonctionnel)
  • intégration adaptative des quatre autres fonctions psychiques : réflexion, sentiment, intuition et perception.

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Didier Seban, Médecin généraliste.

Source : http://www.hypnose.fr/dossiers_auto_organisation_seban.htm

Bibliographie

Pierre BRICAGE – La nature de la décision dans la nature, la décision systémique du biologique au social, Ateliers AFSCET, Paris, 19-20 mai 2001; lien

Mihai DRAGANESCU – L’universalité ontologique de l’information
traduction et adaptation de Yves KODRATOFF; lien

James GLEICK – La théorie du chaos – Champs Flammarion

Patrice JEANDROZ – notes de lecture sur le livre de J.GLEICK; lien

Henri KORN : Cerveau, chance et chaos – Conférence du vendredi 8 novembre 2002 pour l’Université de Tous Les Savoirs

Jean-Louis LEMOIGNE: les fondements du constructivisme

Edgar MORIN – “Quelle Université pour demain ? Vers une évolution transdisciplinaire de l’Université “ (Congrès de Locarno, Suisse, 30 avril – 2 mai 1997) ; Motivation, N° 24, 1997.

René THOM – Esquisse d’une sémiophysique

M-L VON FRANZ – L’Ombre et le mal dans les contes de fées

Notes

(1) L’abréviation TCC n’ a ici évidemment rien à voir avec les Thérapies Cognitives et Comportementales, dont le modèle théorique est beaucoup plus simple.

(2)” Seules perdurent les associations à avantages et inconvénients partagés. “ – Pr BRICAGE

(3) Une figure de régulation rend compréhensible les phénomènes de conflits et collisions entre formes. Le mathématicien René THOM a découvert dans notre espace sept catastrophes élémentaires, sorte d’alphabet de la morphogénèse.
“ Polemos est le père de toutes les choses “ disait Heraclite.

(4) Christophe MENANT – Introduction à une théorie systémique de la signification – AFSCET

(5) stabilité loin de l‘équilibre: un système chaotique peut être stable si son caractère désordonné se maintient face à de petites perturbations.

(6) non-linéarité: signifie que “ le fait de jouer modifie les règles du jeu. “ (GLEICK). Les systèmes biologiques utilisent la non-linéarité pour se protéger contre le bruit. Par ailleurs, ils effectuent des mesures sur leur environnement et à l’intérieur d’eux-mêmes, chaque mesure influençant l‘évolution de ce qui est mesuré (l’influence de l’appareil de mesure sur l‘évolution au niveau quantique serait même un facteur d‘évolution non aléatoire selon le généticien moléculaire Mc Fadden); lien

(7) figure découverte par LORENZ , véritable signature de la présence d’un chaos déterministe dans le fonctionnement d’un système.

(8) Relativité d‘échelle de Laurent NOTTALE: le degré d’irrégularité reste constant sur différentes échelles; le monde présente une irrégularité régulière; une courbe fractale a une longueur infinie dans un espace fini. L’invariance d‘échelle fractale est une caractéristique universelle de la morphogénèse (cf arbres respiratoire, urinaire, circulatoire…)

(9) FREUD a écrit dans l’avenir d’une illusion: “le problème de la nature de l’univers considérée indépendamment de notre appareil de perception psychique est une abstraction vide, dénuée d’intérêt pratique.”

(10) Modèle (mathématique): système de langage formel servant à partager des informations, prévoir et adapter le sujet observant à son environnement.

(11) Tout phénomène n’est pas forcément formalisable: il existe une pensée phénoménologique (DRAGANESCU), une phénoménologie de la communication qui échappe à toute description formelle (du type théorie de la communication) et qui intervient dans les liens affectifs et les processus d’alliance.

Le phénomène humain

Coalescence des éléments et coalescence des rameaux. Sphéricité géométrique de la Terre et courbure psychique de l’Esprit s’harmonisant pour contrebalancer dans le Monde les forces individuelles et collectives de Dispersion et leur substituer l’Unification : tout le ressort et le secret, finalement de l’Hominisation — Mais pourquoi et à quoi bon, dans le Monde, l’Unification ?

le phénomène humain

PROLOGUE : VOIR

p.17 « Pour être correctement compris, le livre que je présente ici demande à être lu, non pas comme un ouvrage métaphysique, encore moins comme une sorte d’essai théologique, mais uniquement et exclusivement comme un mémoire scientifique….Rien que le phénomène. Mais aussi tout le phénomène. »

p.18 « Comme il arrive aux méridiens à l’approche du pôle, Science, Philosophie et Religion convergent nécessairement au voisinage du Tout. Elles convergent, je dis bien; mais sans se confondre et sans cesser, jusqu’au bout, d’attaquer le Réel sous des angles et à des plans différents. »

(Deux options primordiales 🙂

p.18 « La première est le primat accordé au psychique et à la Pensée dans l’Etoffe de l’Univers. Et la seconde est la valeur “biologique” attribuée au Fait Social autour de nous. »

22 « L’Homme ne saurait se voir complètement en dehors de l’Humanité; ni l’Humanité en dehors de la Vie, ni la Vie en dehors de l’Univers…..

…..la Prévie, la Vie, la Pensée,- ces trois événements dessinant dans le passé et commandant pour l’avenir (la Survie!) une seule et même trajectoire : la courbe du Phénomène Humain…..dans une perspective homogène et cohérente de notre expérience générale étendue à l’Homme. Un ensemble qui se déroule. »

23 « Le moment est venu de se rendre compte qu’une interprétation, même positiviste, de l’Univers doit, pour être satisfaisante, couvrir le dedans, aussi bien que le dehors des choses, – l’Esprit autant que la matière. La vraie Physique est celle qui parviendra, quelque jour, à intégrer l’Homme total dans une représentation cohérente du monde. »

24 « L’Homme, non pas centre statique du Monde, – comme il s’est cru longtemps; mais axe et flèche de l’Evolution…»

LA PREVIE

L‘étoffe de l’univers

p.27 « Déplacer un objet vers l’arrière dans le Passé équivaut à le réduire en ses éléments les plus simples. Suivies aussi loin que possible dans la direction de leurs origines, les dernières fibres du composé humain vont se confondre pour notre regard avec l‘étoffe même de l’Univers. »

1- La Matière élémentaire

28 « Pluralité, unité, énergie : les trois faces de la Matière. »

– Pluralité:

29 « Passé un certain degré de profondeur et de dilution, les propriétés les plus familières de nos corps (lumière, couleur, chaleur, impénétrabilité…) perdent leur sens……Vertigineux en nombre et en petitesse, le substrat de l’Univers tangible va se désagrégeant sans limites vers le bas. »

– Unité :

29 « Or, plus nous clivons et pulvérisons artificiellement la Matière, plus se laisse voir à nous sa fondamentale unité »

Unité d’homogénéité

29 « Comme si l‘étoffe (de l’Univers ) se ramenait à une simple et unique forme de substance… …Aux corpuscules cosmiques nous trouverions naturel d’attribuer un rayon d’action individuelle aussi limité que leurs dimensions mêmes. Or il devient évident au contraire que chacun d’eux n’est définissable qu’en fonction de son influence sur tout ce qui est autour de lui. Quel que soit l’espace dans lequel nous le supposions placé, chaque élément cosmique rempli entièrement de son rayonnement ce volume lui-même. Si étroitement circonscrit donc que soit le “Cœur” d’un atome, son domaine est coextensif, au moins virtuellement, à celui de n’importe quel autre atome. Étrange propriété que nous retrouverons plus loin jusque dans la molécule humaine! »

Unité collective

30 « Les foyers innombrables qui se partagent en commun un volume donné de Matière ne sont pas pour autant indépendants entre eux. Quelque chose les relie les uns aux autres qui les fait solidaires. Loin de se comporter comme un réceptacle inerte, l’espace qu’emplit leur multitude agit sur elle à la manière d’un milieu actif de direction et de transmission, au sein duquel la pluralité s’organise. Simplement additionnés ou juxtaposés, les atomes ne font pas encore la Matière. Une mystérieuse identité les englobe et les cimente, à laquelle notre esprit se heurte, mais est bien forcé finalement de céder. »

« … à chaque phase nouvelle de l’Anthropogénèse, nous nous retrouverons face à l’inimaginable réalité des liaisons collectives et contre lesquelles nous aurons à lutter sans cesse, jusqu‘à ce que nous arrivions à reconnaître et à définir leur véritable nature. »

– Énergie :

30 ….C’est « la troisième des faces de la Matière »

« …Jamais saisie à l‘état pur, mais toujours plus ou moins granulée (jusque dans la lumière !) l’Energie représente actuellement pour la Science la forme la plus primitive de l’Etoffe universelle. D’où une tendance instinctive…à la regarder comme une sorte de flux homogène, primordial, dont tout ce qui existe de figuré au Monde ne serait que de fugitifs “tourbillons. »

2 – La Matière totale

31 « L’histoire et la place de la Conscience dans le Monde demeurent incompréhensibles à qui n’aurait pas vu, au préalable, que le Cosmos où l’Homme se trouve engagé constitue, par l’intégrité inattaquable de son ensemble, un Système, un Totum et un Quantum : un Système par sa Multiplicité, – un Totum par son Unité, – un Quantum par son Énergie.. »

Le Système :

32 « Plus, par des moyens d’une puissance toujours accrue, nous pénétrons loin et profond dans la Matière, plus l’interliaison de ses parties nous confond. »

Le Totum :

33 « L’Etoffe de l’Univers correspond à une seule figure : elle forme structurellement un Tout. »

Le Quantum :

34 « Le Tout, puisqu’il existe, doit s’exprimer dans une capacité globale d’action (d‘énergie) dont nous trouvons du reste la résultante partielle en chacun de nous. »

3 – L‘Évolution de la Matière

La Figure

36 « Cette découverte fondamentale que tous les corps dérivent, par arrangement, d’un seul type initial corpusculaire, est l‘éclair qui illumine à nos yeux l’histoire de l’Univers. A sa façon la Matière obéit, dès l’origine, à la grande loi biologique de complexification”. »

37 « La Matière se découvre à nos yeux en état de genèse.. »

37 « …ces métamorphoses se passent….nous le savons tous…uniquement au coeur et à la surface des étoiles… »

« En fait, du point de vue évolutif réel, quelque chose, au cours de toute synthèse, est définitivement brûlé pour payer cette synthèse. Plus le Quantum énergétique du Monde fonctionne, plus il s’use. »

40 « Petit à petit, les combinaisons improbables ….se re-défont en éléments plus simples qui retombent et se désagrègent dans l’amorphe des distributions probables.. »

LE DEDANS DES CHOSES

1 – Existence

43 « L’apparente restriction du phénomène de conscience aux formes supérieures de la Vie a servi longtemps de prétexte à la Science pour l‘éliminer de ses constructions de l’Univers.

…..la conscience, elle, pour être intégrée dans un système du Monde, oblige à envisager l’existence d’une face ou dimension nouvelle dans l’Etoffe de l’Univers »

44 « Au fond de nous-mêmes, sans discussion possible, un intérieur apparaît….Puisque, en un point d’elle-même, l’Etoffe de l’Univers a une face interne, c’est forcément qu’elle est biface par sa structure…..Co-extensif à leur Dehors, il y a un Dedans des Choses…..La Matière originelle est quelque chose de plus que le grouillement particulaire si merveilleusement analysé par la Physique moderne »

2 – Lois qualitatives de croissance

Loi de complexité-conscience

46 « Considéré à l‘état prévital, le Dedans des Choses, dont nous venons d’admettre la réalité jusque dans les formes naissantes de la Matière, ne doit pas être imaginé comme formant un feuillet continu, mais comme affecté de la même granulation que la Matière elle-même. »

47 Atomisme « Mystérieusement relié par une énergie d’ensemble »

« L’atomisme est une propriété commune au Dedans et au Dehors des Choses»

« De ce point de vue, la Conscience se manifeste comme une grandeur cosmique de grandeur variable, soumise à une transformation globale »

48 « Quel que soit le cas envisagé (du protoplasme à l’Homme), nous pouvons être sûrs qu‘à la conscience la plus développée correspondra chaque fois un bâti plus riche et mieux agencé. »

« Ou encore : une conscience est d’autant plus achevée qu’elle double un édifice matériel plus riche et mieux organisé»

49 « Toute la suite de cet Essai ne sera rien autre chose, en somme, que cette histoire de la lutte engagée, dans l’Univers, entre le Multiple unifié et le Multiple inorganisé »

3 – L‘Énergie spirituelle

50 « Relier entre elles d’une manière cohérente les deux énergies du corps et de l‘âme : la Science a pris le parti d’ignorer provisoirement la question »

51 « Sans aucun doute, par quelque chose , Énergie matérielle et Énergie spirituelle se tiennent et se prolongent (“pour penser, il faut manger”….). Tout au fond, en quelque manière, il ne doit y avoir, jouant dans le Monde, qu’une Énergie unique »

Une ligne de solution

52 « Pour échapper à un impossible et anti-scientifique dualisme de fond,- et pour sauvegarder cependant la naturelle complication de l’Etoffe de l’Univers, je proposerai donc la représentation suivante: …..en chaque élément particulaire…cette énergie fondamentale se divise en deux composantes distinctes : une énergie tangentielle qui rend l‘élément solidaire de tous les éléments du même ordre….et une énergie radiale, qui l’attire dans la direction d’un état toujours plus complexe et centré, vers l’avant.

LA TERRE JUVÉNILE

56 « Il y a de cela quelques milliers de millions d’années….un lambeau de matière formé d’atomes particulièrement stables se détachait de la surface du soleil…..Il est le seul point du Monde où il nous soit encore donné de suivre dans ses phases ultimes, et jusqu‘à nous-mêmes, l‘évolution de la Matière.”

1 – Le Dehors

58 « Ce qui, dans ce globe nouveau-né, semblerait-il, par un coup de hasard dans la masse cosmique… la présence….de corps chimiquement composés… »

« Barysphère, Lithosphère, Hydrosphère, Atmosphère, Stratosphère. »

Le Monde qui cristallise.

59 « Le Monde minéral, …beaucoup plus souple et mouvant que ne pouvait le soupçonner l’ancienne Science…..Ainsi prennent naissance des groupements réguliers….ne correspondant pourtant à aucune unité proprement centrée. Simple juxtaposition, sur un réseau géométrique, d’atomes ou de groupements atomiques…Une mosaïque indéfinie de petits éléments, telle est la structure du cristal…Et telle est l’organisation, simple et stable, qu’a dû adopter dès l’origine, dans l’ensemble, la Matière condensée qui nous entoure »

Le Monde qui se polymérise

61 « Autour de notre planète naissante…, il y a donc lieu de considérer les linéaments d’une enveloppe spéciale (…organique, qui se constitue..)…. C’est en elle que graduellement..va bientôt se concentrer le ‘‘Dedans de laTerre’‘. »

2 – Le Dedans

62 « …ici les conditions sont devenues différentes. La Matière ne s‘étend plus…en nappes indéfinissables et diffuses. Elle s’est enveloppée sur elle-même en un volume fermé. »

63 «…si nous avons compris que la Prévie est déjà émergée dans l’atome, n’est-ce pas à ces myriades de grosses molécules que nous devions nous attendre ?… »

64 « Mais cette synthèse elle-même ne s’opérerait point si le Globe, dans son ensemble, ne reployait pas à l’intérieur d’une surface close les nappes de sa substance….Le quantum de conscience contenu dans notre Monde terrestre n’est pas seulement formé d’un agrégat de parcelles…Il représente une masse solidaire de centres infinitésimaux structurellement liés entre eux par leurs conditions d’origine et de développement…..tout organique où on ne saurait plus désormais séparer aucun élément des autres éléments qui l’entourent. Nouvel insécable apparu au coeur du Grand Insécable qu’est l’Univers. En toute vérité, une Pré-biosphère. Quelque chose va éclater sur la Terre juvénile. La Vie! Voici la Vie! »

L’APPARITION DE LA VIE

p.67 « Monde minéral et Monde animé : …..masse unique…. à l‘échelle du micro-scopique et, plus bas encore, de l’infime….Plus aucune limite tranchée entre l’animal et le végétal…aucune bar-rière sûre entre le protoplasme « vivant » et les protéines « mortes » au niveau des très gros amas moléculaires.

« Mortes », appelle-t-on encore ces substances inclassifiées… Mais n’avons-nous pas reconnu qu’elles seraient incompréhensibles si elles ne possédaient déjà, tout au-dedans, quelque psyché rudimentaire. »

« En un sens c’est donc vrai. Pas plus à la Vie qu‘à aucune autre réalité ex-périmentale nous ne saurions désormais fixer, comme nous pensions autrefois pouvoir le faire, un zéro temporel absolu. »

« Pour un Univers donné, et pour chacun de ses éléments, il n’y a, sur le plan de l’expérience et du phénomène, qu’une seule et même durée pos-sible, et celle-ci sans rivage en arrière. »

p.68 « Mais avoir bien reconnu et définitivement accepté, pour tout être nou-veau, la nécessité et le fait d’une cosmique embryogénèse ne supprime en rien, pour celui-ci, la réalité d’une historique naissance. »

p.68 « Or voici qu‘à un moment donné, plus tard, après un temps suffisamment long, ces mêmes eaux (primordiales) ont certainement commencé, par places, à grouiller d‘êtres minuscules. Et de ce foisonnement initial est sortie l‘étonnante masse de matière organisée dont le feutrage complexe constitue aujourd’hui la dernière (ou plutôt l’avant dernière) venue des enveloppes de notre planète : la Biosphère….. »

1- Le Pas de la Vie

p.69 « ….Mais une chose est certaine : c’est que pareille métamorphose ne sau-rait s’expliquer par un processus simplement continu…… Il nous faut pla-cer en ce moment particulier de l‘évolution terrestre une maturation, une mue, un seuil, une crise de première grandeur : le commencement d’un ordre nouveau. »

2- Les Apparences initiales de la Vie

p.83 « Aussi près que nous la serrions de son point de sortie, la Vie se mani-feste donc à nous, simultanément, comme microscopique et innombra-ble…..Ici reparaît, à l‘échelle du collectif, le seuil dressé entre les deux mondes de la Physique et de la Biologie. Tant qu’il ne s’agissait que de brasser les molécules et les atomes, nous pouvions, pour rendre compte des com-portements de la Matière, nous servir et nous contenter des lois numéri-ques de probabilité. A partir du moment où, en acquérant les dimensions et la spontanéité supérieure de la Cellule, la monade tend à s’individuali-ser au sein de la pléiade, un arrangement plus compliqué se dessine dans l‘étoffe de l’Univers. A deux titres au moins il serait insuffisant et faux d’imaginer la Vie, même prise à son stade granulaire, comme une sorte de grouillement fortuit et amorphe. »

p.85 – 86 « En premier lieu, la masse initiale des cellules a dû se trouver assujettie au dedans, dès le premier instant, à une forme d’interdépendance qui ne fut déjà plus un simple ajustement mécanique, mais un début de « symbiose », ou de vie en commun. Si mince ait-il été, le premier voile de matière organique étendu sur la Terre n’aurait pu s‘établir, ni se maintenir, sans quelque réseau d’influence et d‘échange qui fit de lui un ensemble biologiquement lié …. une sorte de super-organisme diffus…..

…En deuxième lieu, …… les innombrables éléments composant, à ses dé-buts, la pellicule vivante de la Terre nesemblent pas avoir été pris ni rassemblés exhaustivement et au hasard.

…Les similitudes de la substance vivante dans des dispositions qui ne paraissent pas nécessaires (anatomie, biochimie, etc.) ne suggèrent-elles pas à son origine un choix ou un tri ? …. L’intéressant est que (dans les diverses hypothèses) le monde terrestre vivant prend la même et cu-rieuse apparence d’une Totalité reformée à partir d’un groupement par-tiel : quelle qu’ait pu être la complexité de son jet originel, il n‘épuise qu’une partie de ce qui aurait pu être ! Multitude bigarrée d‘éléments microscopiques, multitude assez grande pour envelopper la Terre, et pourtant multitude assez apparentée et sé-lectionnée pour former un Tout structurellement et génétiquement soli-daire : telle en somme nous apparaît, vue à longue distance, la Vie élémentaire. »

p.91 « …plus les organismes se compliquent, plus leur parenté native devient évidente. Elle se trahit dans l’uniformité absolue et universelle du type cellulaire. Elle apparaît, chez les animaux surtout, dans les solutions identiques apportées aux divers problèmes de la perception, de la nutri-tion, de la reproduction : partout des systèmes vasculaires et nerveux; partout des yeux… Elle se poursuit dans la similitude des méthodes em-ployées par les individus pour s’associer en organismes supérieurs ou se socialiser. Elle éclate enfin dans les lois générales de développement («ontogénèse» et «phylogénèse» ) qui donnent au Monde vivant pris dans son ensemble, la cohérence d’un seul jaillissement. »

92 « … la conviction grandit chez le naturaliste que l‘éclosion de la Vie sur Terre appartient à la catégorie des événements absolument uniques qui, une fois posés, ne se répètent plus.. »

93 « ..la Terre n’est plus simplement une sorte de grand corps qui respire. Elle se soulève et s’abaisse…. Mais plus important que cela, elle a dû com-mencer, à quelque moment; elle tend vraisemblablement vers quelque état final. Elle a une naissance, un développement, et sans doute une mort en avant. Il doit donc y avoir en cours, autour de nous, plus profond que toute pulsation exprimable en ères géologiques, un processus d’ensemble, non périodique, définissant l‘évolution totale de la planète. »

p.93 « …. De ce point de vue, qui me parait le bon, la « révolution cellulaire » se découvrirait donc comme exprimant, sur la courbe de l‘évolution tel-lurique, un point critique et singulier de germination,- un moment sans pareil. »

p.94 « La Vie est née et se propage sur Terre comme une pulsation solitaire. C’est de cette onde unique qu’il s’agit maintenant de suivre jusqu‘à l’Homme, et si possible jusqu’au delà de l’Homme, la propagation. »

L’EXPANSION DE LA VIE

p.96 – 97 « A la base du processus entier par lequel se tisse autour de la Terre l’enveloppe de la Biosphère, se place le mécanisme, typiquement vital, de la Reproduction….Tout, dans les mouvements ultérieurs de la Vie, dérive de ce phéno-mène élémentaire et puissant…. la Reproduction apparaît comme un simple procédé imaginé par la Nature pour assurer …la permanence de l’instable.

…Aucun volume si grand soit-il, ne résiste aux effets d’une progression géométrique…..

…la Vie possède une force d’expansion aussi invincible que celle d’un corps qui se dilate… »

p.98 – 99 « Et c’est alors, semblerait-il, que , pour élargir la brèche ainsi faite par son premier flot, dans la muraille de l’Inorganisé, la Vie a découvert le merveilleux procédé de la Conjugaison…..de « caractères », dont l’analyse est minutieusement poursuivie par la génétique moderne….

Les rayons de la Vie commençaient dès lors à s’anastomoser – échangeant et variant leurs richesses respectives….que de hasards et que de tentatives, – que de temps, par suite -, n’a-t-il pas fallu pour que mûrît cette découverte fondamentale dont nous som-mes sortis ! Et que de temps encore pour qu’elle trouvât son complément et son achèvement naturels dans l’innovation, non moins révolutionnaire, de l’Association ! …cette forme ultime et suprême de groupement où culmine peut-être, dans le social réfléchi, l’effort de la Matièrepour s’organiser… »

p.100 « A cette loi de complication dirigée, en laquelle mûrit le processus même d’où, à partir des micromolécules, puis des mégamolécules, étaient issues les premières cellules, la Biologie a donné le nom d’Orthogénèse.

L’Orthogénèse, forme dynamique et seule complète de l’Hérédité. Quelle réalité, et quels ressorts d’ampleur cosmique ce vocable dissimule-t-il ?

Sans l’orthogénèse, il n’y aurait qu’un étalement; avec l’orthogénèse il y a invinciblement quelque ascension de la Vie. »

p.102 « Profusion. Tout le gaspillage apparent et toute l‘âpreté… mais en même temps, pour être justes, toute l’efficacité biologique de la lutte pour la Vie.

Le Tâtonnement où se combine si curieusement la fantaisie aveugle des grands nombres et l’orientation précise d’un but poursuivi….qui n’est pas seulement le Hasard, avec quoi on a voulu le confondre, mais un Ha-sard dirigé .

Tout remplir pour tout essayer. Tout essayer pour tout trouver.

Ingéniosité. …Par construction… n’importe quel organisme est toujours et nécessairement démontable en pièces agencées. Mais de cette circons-tance, il ne suit nullement que la sommation de ces pièces soit automati-que elle-même. …De la part de la Vie, c’est un triomphe d’ingéniosité.

Indifférence …… Par la force de l’orthogénèse, l’individu se trouve mis à la filière. De centre il devient intermédiaire, chaînon. Il n’est plus : il transmet. A partir de l’Esprit, seulement, …l’antinomie s‘éclaire; et l’indifférence du Monde pour ses éléments se transforme en immense sollicitude, – dans la sphère de la Personne »

106-107 « L’expansion de la Vie. Prise à ses débuts, cette concentration des formes autour de quelques axes privilégiés est indistincte et floue: simple accroissement, dans certains secteurs, du nombre ou de la densité des lignées. Et puis, graduel-lement, le mouvement s’affirme. …. Leur association (des lignées) doré-navant va évoluer pour elle-même, comme une chose autonome. L’Espèce s’est individualisée. Le phylum est né… Sans métaphore, bien qu‘à sa manière, il se comporte comme une chose vivante : il grandit et s‘épanouit. »

p.111 « Un éventail au terme du phylum, c’est une forêt d’antennes qui explo-rent. Que l’une de ces antennes rencontre par chance la fissure, la formule, donnant accès à un nouveau compartiment de la Vie : alors, au lieu de se fixer ou de plafonner, en diversifications monotones, le rameau retrouve en ce point toute sa mobilité. Il entre en mutation. Par la voie ouverte, une pulsation de Vie repart…. C’est un nouveau phylum qui apparaît … et s‘épanouit…. si la direction est bonne et si l‘équilibre général de la Biosphère le permet. »

112 Effets de lointain

p.114 « Lorsque, en tous domaines, une chose vraiment neuve commence à poindre autour de nous, nous ne la distinguons pas…. Rétrospectivement, les choses nous, paraissent surgir toutes faites. »

p.115 « Ainsi, par effet destructif du Passé se superposant à un effet constructif de croissance achèvent de se dessiner et de se dégager, au regard de la Science, les ramifications de l’Arbre de la Vie. »

p.133 «…. la Vie se présente comme un ensemble organiquement articulé, tra-hissant manifestement un phénomène de croissance. »

p.134 « Comme toute chose dans un Univers où le Temps s’est définitivement installé…. à titre de quatrième dimension, la Vie est et ne peut être qu’une grandeur de nature ou dimensions évolutives. Physiquement et historiquement, elle correspond à une certaine fonction X, définissant, dans l’Espace, dans la Durée et dans la Forme, la position de chacun des vivants. Voilà le fait fondamental…..

A ce degré de généralité, on peut dire que la « question » transformiste n’existe plus…..

Pour ébranler désormais notre conviction en la réalité d’une Biogénèse, il faudrait, minant la structure entière du Monde, déraciner l’Arbre de la Vie. »

LA TERRE-MÈRE – DÂMÂTÂR

p.137 « …..Sur le fait général qu’il y ait une évolution, tous les chercheurs… sont désormais d’accord. Sur la question de savoir si cette évolution est dirigée , il en va autrement.

…De quel droit, par exemple dire que le Mammifère, – fût-ce l’Homme – est plus avancé et plus parfait que l’Abeille ou la Rose ?

…Je voudrais faire comprendre ici pourquoi, tout anthropocentrisme et tout anthropomorphisme mis à part, je crois voir qu’un sens et une ligne de progrès existent pour la Vie – sens et ligne si bien marqués, même, que leur réalité, j’en suis convaincu, sera universellement admise par la Science de demain. »

1 – Le fil d’Ariane

p.139 – 140 « L’essence du Réel…. pourrait bien être représentée par ce que l’Univers contient, à un moment donné, d‘«intériorité »; et l’Evolution dans ce cas ne serait pas autre chose au fond que l’accroissement de cette Energie «psychique » ou « radiale » au cours de la Durée.

Cherchons à distribuer les vivants par degré de « cérébralisation …. un ordre s‘établit…. »

142 « Non seulement une répartition des formes animales selon le degré de cérébralisation épouse exactement les contours imposés par la Systématique; mais elle confère encore à l’Arbre de la Vie un relief, une physionomie, un élan, où il est impossible de ne pas reconnaître le signe de la vérité…. Tant de cohérence…. ne saurait être un effet du hasard. Elle donne un sens….. à l‘évolution. »

142 « Puisque, prise dans sa totalité…. l’Histoire Naturelle des vivants des-sine extérieurement l‘établissement graduel d’un vaste système ner-veux, c’est donc qu’elle correspond intérieurement à l’installation d’un état psychique aux dimensions mêmes de la Terre. »

2 – La Montée de Conscience

144 « Non plus la sinusoïde qui rampe, mais la spirale qui jaillit en hélice. De Nappe en Nappe zoologique quelque chose passe et croît sans arrêt, par saccades, dans le même sens. Et cette chose est la plus physiquement es-sentielle dans l’astre qui nous porte….

….. L’axe de la Géogénèse passe, il se prolonge désormais par la Biogénèse. Et celle-ci s’exprime en définitive par une Psychogénèse…

En tête la Vie, – avec toute la Physique subordonnée à elle. Et au cœur de la Vie, le ressort d’une Montée de Conscience. »

147-148 « Nombre des os, forme des dents, ornementations des téguments, tous ces “phéno-caractères “ ne sont au vrai que le vêtement moulant un support plus profond…une forêt d’instincts consolidés. De la Biosphère à l’Espèce, tout n’est donc qu’une immense ramification de psychisme se cherchant à travers les formes. Voilà où nous conduit, suivi jusqu’au bout, le fil d’Ariane….Maintenant que….se découvre à notre regard l’augmentation irréversible…des cerveaux (et partant des consciences) nous nous trouvons aver-tis qu’un évènement d’ordre nouveau, qu’une métamorphose était inévitablement attendue pour clore, au cours des temps géologiques, cette longue période de synthèse.»

3 – L’Approche des temps

149 « Dans quelle région de la Biosphère, au Pliocène, la température est-elle en train de monter?……Cherchons aux têtes, naturellement. »

p.151 « Les psychismes supérieurs exigent physiquement de gros cerveaux »

156 « D’où cette première conclusion que, si sur l’Arbre de la Vie, les Mammifères forment une branche maîtresse, la Branche maîtresse, – les Primates, eux, c’est-à-dire les cérébro-manuels, sont la flèche de cette Branche, et les Anthropoïdes le bourgeon même qui termine cette flèche. Et dès lors,… il est facile de décider où doivent s’arrêter nos yeux sur la Biosphère, dans l’attente de ce qui doit arriver.

…Après des milliers d’années qu’elle monte sous l’horizon, en un point strictement localisé, une flamme va jaillir. – La pensée est là »

LA NAISSANCE DE LA PENSEE

p 159 « L’Homme, tel que la Science réussit aujourd’hui à le reconstituer, est un animal comme les autres…..Or à en juger par les résultats biologiques de son apparition, n’est-il pas justement quelque chose de tout différent ?

Saute morphologique infime; et en même temps incroyable ébranlement des sphères de la Vie : tout le paradoxe humain… Et toute l‘évidence, par suite, … .que la Science néglige (jusqu’ici) un facteur essentiel .. une dimension entière de l’Univers. »

« …faire entrer en ligne de compte le Dedans, en même temps que le Dehors des choses. C’est (cette méthode) encore qui va réconcilier pour nos yeux…. l’insignifiance et la suprême importance du Phénomène Humain »

1- Le Pas de la Réflexion

A- Le Pas élémentaire. L’hominisation de l’individu

p 160-161 (Parmi les scientifiques ) « …l’incertitude règne toujours concernant l’existence d’un sens, et a fortiori d’un axe à l’Evolution .. de même quand il s’agit de décider si le psychisme humain diffère spécifiquement (par “nature”) de celui des êtres apparus avant lui »

« …je ne vois qu’un seul moyen : écarter résolument, dans le faisceau des comportements humains, toutes les manifestations secondaires et équivoques de l’activité interne, et de se placer en face du phénomène central de la Réflexion . »

« Du point de vue expérimental qui est le nôtre, la Réflexion ….. est le pouvoir acquis par une conscience de se replier sur soi; et de prendre possession d’elle-même comme d’un objet doué de sa consistance et de sa valeur particulières : non plus seulement connaître, – mais se connaître; non plus seulement savoir, mais savoir que l’on sait. »

« Par cette individualisation de lui-même au fond de lui-même, l‘élément vivant… se trouve constitué pour la première fois, en centre ponctiforme, où toutes les expériences se nouent et se consolident en un ensemble conscient de son organisation »

p 161-162 « Quelles sont les conséquences d’une pareille transformation ? – Elles sont immenses; et nous les lisons aussi clairement dans la Nature que n’importe lequel des faits enregistrés par la Physique ou l’Astronomie. L‘être réfléchi… devient tout à coup susceptible de se développer dans une sphère nouvelle. En réalité c’est tout un autre monde qui naît. Abstraction, logique, choix et inventions raisonnées, mathématique, art, perception calculée de l’espace et de la durée, anxiétés et rêves de l’amour… »

« L’animal sait, bien entendu. Mais certainement il ne sait pas qu’il sait »

« … Par rapport à lui, parce que réfléchis, nous ne sommes pas seulement différents, mais autres. Non pas simple changement de degré,- mais changement de nature- résultat d’un changement d‘état. »

« La Vie, parce que montée de conscience, ne pouvait continuer à avancer indéfiniment dans sa ligne sans se transformer en profondeur. Elle devait….comme toute grandeur croissante au Monde, devenir différente pour rester elle-même. … Voici que se découvre dans l’accession au pouvoir de réfléchir la forme particulière et critique de transformation en quoi a consisté pour (la vie ) cette sur-création,- ou cette renaissance? »

p 163 « ….L‘évolution est transformation primairement psychique. Il n’y a pas un instinct dans la Nature, mais une multitude de formes d’instincts, dont chacun correspond à une solution particulière du problème de la Vie… Les instincts forment, sous leur complexité, un système croissant, – ils dessinent, dans leur ensemble, une sorte d‘éventail »

p 164-165 « A la fin du Tertiaire, depuis plus de 500 millions d’années, la température psychique s‘élevait dans le monde cellulaire. De Branche en Branche, de Nappe en Nappe,…les systèmes nerveux allaient pari passu, se compliquant et se concentrant. Finalement s’est construit, du côté des Primates, un instrument si remarquablement souple et riche que le pas immédiatement suivant ne pouvait se faire sans que le psychisme animal tout entier ne se trouva comme refondu, et consolidé sur lui-même. Or le mouvement ne s’est pas arrêté : car rien, dans la structure de l’organisme ne l’empêchait d’avancer. A l’Anthropoïde, porté “mentalement” à 100 degrés, quelques calories encore ont été ajoutées. Chez l’Anthropoïde, presque parvenu au sommet du cône, un dernier effort s’est exercé suivant l’axe… Ce qui n‘était encore qu’une surface centrée est devenu centre. Pour un accroissement infime le ..(phénomène).. s’est retourné, et a pour ainsi dire sauté à l’infini en avant. En apparence, presque rien de changé….Mais en profondeur, une grande révolution : la conscience jaillissant, bouillonnante… capable de s’apercevoir elle-même dans la simplicité ramassée de ses facultés,- tout cela pour la première fois. »

168-169 « Et c’est ici seulement qu’achève de se découvrir la nature du pas de la réflexion. Changement d‘état, d’abord. Mais ensuite, par le fait même, commencement d’une autre espèce de vie,- cette vie intérieure tout justement que j’ai nommée plus haut….»

« …“Âtre posée”, pour l’intelligence, ne signifie pas…“être achevée”…Le centre psychique réfléchi … ne saurait subsister que par un double mouvement, qui ne fait qu’un : se centrer plus outre sur soi… et en même temps centrer le reste du Monde autour de lui, par établissement d’une perspective sans cesse plus cohérente et mieux organisée dans les réalités qui l’entourent….Non pas le foyer immuablement fixé…. le “Je” ne tient qu’en devenant toujours plus lui-même, dans la mesure où il fait tout le reste soi. La Personne dans et par la Personnalisation. »

« …Nous nous apercevons que sous la réalité … des transformations collectives, s’effectuait secrètement une marche parallèle à l’individualisation…. »

2 – Le pas phylétique : L’Hominisation de l’Espèce

p 170 « ….la personnalisation de l’individu par l’hominisation du groupe tout entier »

p 173 « …parce que se découvre à nous la valeur organique de toute construction sociale, nous nous sentons plus disposés, déjà, …à la respecter…du fait même que les fibres du phylum humain se trouvent entourées de leur gaine psychique, nous commençons à comprendre l’extraordinaire pouvoir d’agglutination et de coalescence qu’elles présentent. Et nous voici du même coup sur le chemin d’une découverte fondamentale où finira par culminer notre étude du phénomène humain : la convergence de l’esprit »

p 175 « quelque chose ….s’accumule irréversiblement de toute évidence et se transmet, au moins collectivement, par éducation, au fil des âges…. …Un courant héréditaire et collectif de réflexion s‘établit et se propage : l’avènement de l’Humanité à travers les Hommes. »

p 177 « …L’Hominisation…est d’abord, si l’on veut, la saute individuelle, instantanée, de l’instinct à la pensée. Mais l’Hominisation …est aussi, en un sens plus large, la spiritualisation phylétique, progressive, en la Civilisation humaine, de toute les forces contenues dans l’animalité” »

p 179 « Par l’hominisation, en dépit des insignifiances de la saute anatomique, c’est un Âge nouveau qui commence. La Terre fait “peau neuve”. Mieux encore, elle trouve son âme. »

p 180 « Ce qu’il peut y avoir de plus révélateur pour notre Science moderne c’est d’apercevoir que tout le précieux, tout l’actif, tout le progressif contenu originellement dans le lambeau cosmique d’où notre monde est sorti, se trouvent maintenant concentrés dans la “couronne” d’une Noosphère. »

LE DÉPLOIEMENT DE LA NOOSPHERE

p 199 « En toute hypothèse, un fait est certain, et que tout le monde admet. L’Homme que nous apercevons sur terre, au Quaternaire finissant, c’est vraiment déjà l’Homme moderne,- et de toutes les façons. »

p 201 « A l‘âge du Renne,… avec l’Homo sapiens , c’est une Pensée définitivement libérée qui fait explosion, toute chaude encore, aux parois des cavernes….. En eux les nouveaux arrivants apportaient l’Art,- un art naturaliste encore mais prodigieusement consommé. …nous percevons chez les artistes de cet âge lointain le sens de l’observation, le goût de la fantaisie, la joie de créer : ces fleurs d’une conscience, non seulement réfléchie, mais exubérante sur elle-même »

« ….A la fin du quaternaire, l‘évolution, en l’Homme, se serait-elle donc arrêtée ?…Non point. Mais …elle a, depuis cette date, débordé franchement sur ses modalités anatomiques pour s‘étendre….dans les zones, individuelles et collectives, de la spontanéité psychique »

La métamorphose néolithique

p 202 « Le Néolithique, âge dédaigné par les préhistoriens, parce qu’il est trop jeune. Âge négligé par l’Histoire, parce que ses phases ne peuvent être exactement datées. Âge critique, cependant, et solennel entre tous les âges du Passé : la naissance de la Civilisation »

p 203 « Avant tout, les progrès incessants de la Multiplication. Avec le nombre rapidement croissant des individus, le terrain se resserre. Les groupes se heurtent les uns aux autres. De ce fait l’amplitude des déplacements diminue, et la question se pose de tirer le meilleur parti possible de domaines toujours plus limités….

…L‘élevage et la culture remplacent la cueillette et la chasse….Et de ce changement fondamental tout le reste suit. Dans les agglomérations grossissantes, d’abord, la complexité des droits et des devoirs fait son apparition, obligeant à imaginer toutes sortes de structures communautaires et de jurisprudence »

p 204 « Simultanément, dans le milieu plus stable et plus dense des premiers établissements agricoles, le besoin et le goût de la recherche se régularise et s‘échauffe…. Tout ce qui était abordable paraît avoir été tenté à cette extraordinaire époque. Choix et amélioration empirique des fruits, des céréales et des troupeaux…Poterie…Tissage… Très tôt, les premiers éléments d’une écriture pictographique,- et très vite les premiers débuts de la métallurgie.

(L’humanité) est désormais en pleine expansion……Par l’Alaska ….l’homme pénètre en Amérique….Et…jalonnée par la longue traînée toujours visible….une autre nappe commence à s‘étendre, fabuleuse aventure, à travers le Pacifique. »

p 205 « Depuis l‘âge du Renne, les peuples ont peu à peu trouvé, jusque dans le détail, leur place définitive. Des uns aux autres, par le commerce des objets et la transmission des idées, la conductibilité augmente. Les traditions s’organisent. Une mémoire collective se développe. Si mince et granulaire que soit encore cette première membrane, la Noosphère a d’ores et déjà commencé à se refermer sur elle-même,- encerclant la Terre. »

p 206-207 « A partir du néolithique, l’influence des facteurs psychiques se met à prédominer franchement sur les variations de plus en plus amorties des facteurs somatiques……..

1)…..apparition des unités politiques et culturelles…..

2)….manifestation entre ces rameaux d’un nouveau genre, des forces de coalescence (anastomoses, confluences)

Tout un jeu conjugué de divergences et de convergences.

..Naissance, multiplication et évolution des nations, des états, des civilisations… Le spectacle est partout sous nos yeux; et ses péripéties remplissent les annales des peuples.

…(Conflits..).. Si brutale soit la conquête, la suppression s’accompagne toujours de quelque assimilation. Même partiellement absorbé, le vaincu réagit encore sur le vainqueur pour le transformer. »

« …Perméabilité mutuelle des psychismes, jointe à une remarquable et significative interfécondité. Sous cette double influence, brassant et associant les traditions ethniques en même temps que les gènes cérébraux, se dessinent et se fixent de véritables combinaisons biologiques. Autrefois sur l’Arbre de Vie, le simple enchevêtrement des tiges. Maintenant, sur le domaine entier de l’Homo sapiens , la synthèse »

p 210 « Il est facile au pessimiste de décompter cette période extraordinaire en civilisations qui l’une après l’autre s‘écroulent. N’est-il pas beaucoup plus scientifique de reconnaître, une fois de plus, sous les oscillations successives, la grande spirale de la Vie, s‘élevant irréversiblement, par relais, suivant la ligne maîtresse de son évolution? Suse, Memphis, Athènes peuvent mourir. Une conscience toujours plus organisée de l’Univers passe de main en main; et son éclat grandit. »

p 211 « …invinciblement, d’un bout à l’autre du Monde, tous les peuples, pour rester humains, ou afin de le devenir davantage, sont amenés à se poser, dans les termes mêmes où est parvenu à les formuler l’Occident (en Asie Mineure notamment), les espérances et les problèmes de la Terre moderne. »

LA TERRE MODERNE

p 214-215 « La chance, et l’honneur, de nos brèves existences à nous mêmes, c’est de coïncider avec une mue de la Noosphère. En ces zones confuses et tendues où le Présent se mêle au Futur, dans un monde en ébullition, nous voici face à face avec toute la grandeur, une grandeur jamais atteinte, du Phénomène Humain. Ici ou nulle part, maintenant ou jamais…..nous pouvons ….mesurer l’importance et apprécier le sens de l’Hominisation. »

« Ce qui, en l’espace de quatre ou cinq générations, nous a fait, quoi qu’on dise, si différents de nos aïeux,- si ambitieux,- si anxieux aussi, ce n’est pas simplement, à coup sûr, d’avoir découvert et maîtrisé d’autres forces de la Nature. Tout au fond, si je ne me trompe, c’est d’avoir pris conscience du mouvement qui nous entraîne,- et par là de nous être aperçus des redoutables problèmes posés par l’exercice réfléchi de l’Effort humain »

LA DECOUVERTE DE L’EVOLUTION

A – La perception de l’espace-temps

p 218 « Ce n’est qu’en plein XIX° siècle, sous l’influence encore de la Biologie, que la lumière a commencé à jaillir enfin, découvrant la cohérence irréversible de tout ce qui existe. Les enchaînements de la Vie,- et, bientôt après, les enchaînements de la matière. La moindre molécule de carbone fonction, en nature et en position, du processus sidéral total…La distribution, la succession, et la solidarité des êtres naissant de leur concrescence dans une genèse commune …Le Temps et l’Espace se rejoignant organiquement pour tisser, tous les deux ensemble, l’Etoffe de l’Univers. »

« L’un après l’autre, tous les domaines de la connaissance humaine s‘ébranlent, entraînés ensemble par un courant de fond, vers l‘étude de quelque développement . Une théorie, un système, une hypothèse, l‘Évolution ?….Non point….Une lumière éclairant tous les faits, une courbure que doivent épouser tous les traits : voilà ce qu’est l‘Évolution. »

« Ce qui fait et classe un homme “moderne” (et en ce sens une foule de nos contemporains ne sont pas encore modernes) c’est d‘être devenus capable de voir, non seulement dans l’Espace, non seulement dans le Temps, mais dans la Durée, – ou, ce qui revient au même, dans l’Espace-Temps biologique; – et c’est de se trouver, par surcroît, incapable de rien voir autrement, – rien, – à commencer par lui-même. »

B – L’enveloppement dans la durée

p 219-220 « L’homme ne pouvait évidement pas apercevoir autour de lui l‘Évolution sans se sentir à quelque degré soulevé par elle….

…Non, dans le courant vital nous ne sommes pas seulement ballottés, entraînés, par la surface matérielle de notre être. Mais comme un fluide subtil, l’Espace-Temps…pénètre jusqu‘à nos âmes..

L‘Évolution est en train de gagner, que nous le voulions ou non, les zones psychiques du Monde… »

p 221 « Non seulement la Pensée faisant partie de l‘Évolution (phénomène d‘émergence), …mais Évolution… réductible et identifiable à une marche vers la Pensée. L’homme découvrant, suivant la forte expression de Julian Huxley, qu’il n’est autre chose que l‘Évolution devenue consciente d’elle-même »

C – L’illumination

p 221 « Pas à pas, depuis la “Terre Juvénile”, nous avons suivi en remontant, les progrès successifs de la Conscience dans la Matière en voie d’organisation. »

« Parvenus à la cime (nous découvrons en nous retournant) de haut en bas, une triple unité..qui se poursuit et se développe »

p 222-224

Unité de structure

“Tâtonnement” et “invention”…. Éventails d’institutions et d’idées.. “mutations de masses” »

Unité de mécanisme

« …L’invention, cet acte révolutionnaire dont émergent l’une après l’autre les créations de notre pensée »

« Anxiétés et joies de tout essayer et tout trouver »

p 224 « L’onde que nous sentons passer ne s’est pas formée en nous-mêmes. Elle nous arrive de très loin,- partie en même temps que la lumière des premières étoiles… L’esprit de conquête et de recherche est l‘âme permanente de l‘Évolution »

Unité de mouvement

« …Sous nos yeux, nous les voyons (les forces évolutives), par tous les canaux de la “tradition”, s’emmagasiner irréversiblement dans la plus haute forme de Vie accessible à notre expérience, je veux dire la Mémoire et l’Intelligence collective du biote humain. – Tradition, Instruction, Éducation. Toujours, sous l’influence de notre mésestime pour l’“artificiel”, nous considérons ces fonctions sociales comme des images atténuées, presque des parodies, de ce qui se passe dans la formation naturelle des Espèces…. »

LE PROBLEME DE L’ACTION

A- L’inquiétude moderne

p 226 « L‘Évolution, consciente d’elle-même….devient par surcroît libre de disposer d’elle-même,- de se donner ou de se refuser. Non seulement nous lisons dans nos moindres actes le secret de ses démarches; Mais, pour une part élémentaire, nous la tenons dans nos mains : responsables de son passé devant son avenir. ….Tout le problème de l’Action. »

p 227 « Que sous l’effet d’une Réflexion qui se socialise, les hommes d’aujourd’hui soient particulièrement inquiets,- plus inquiets qu’ils n’ont été à aucun moment de l’Histoire… on ne peut pas douter. Consciente ou inavouée, l’angoisse, une angoisse fondamentale de l‘être.

Quelque chose nous menace, quelque chose nous manque plus que jamais,- sans que nous sachions exactement quoi.»

p 229 « Vraiment la moitié du malaise présent se transformerait en allégresse, si seulement nous nous décidions , dociles aux faits, à placer dans une Noogénèse l’essence et la mesure de nos modernes cosmogonies. »

B – Exigences d’avenir

p 230 « Nous sommes en train de découvrir que Quelque Chose se développe dans le Monde au moyen de nous…Rien ne continuera plus si nous quittons la table…. »

« Les éléments du Monde refusant de servir le Monde parce qu’ils pensent. Plus exactement encore, le Monde serefusant lui-même en s’appercevant par Réflexion. Voila le danger…Arriver, en progressant (directement ou indirectement, individuellement ou collectivement) jusqu’au bout de nous-mêmes »

C – Le dilemme de l’option

p 233 « Ou bien la Nature est close à nos exigences d’avenir : et alors la Pensée, fruit de millions d’années d’effort, étouffe mort-née, dans un Univers absurde, avortant sur lui-même.

…Ou bien cette ouverture existe, – de la sur-âme au dessus de nos âmes ; mais cette issue, pour que nous consentions à nous y engager, doit s’ouvrir sans restrictions sur des espaces psychiques que rien ne limite, dans un Univers auquel nous puissions éperdument nous fier »

« Pour fixer les choix de l’Homme, dans son pari fameux, Pascal pipait les dés par l’appât d’un tout à gagner. Ici, quand l’un des deux termes de l’alternative est lesté par la logique, et en quelque façon par les promesses, d’un Monde tout entier, peut-on encore parler d’un simple jeu de chances, et avons-nous le droit d’hésiter ? »

« En vérité, le Monde est une trop grande affaire. Il a depuis les origines, pour nous enfanter, miraculeusement joué avec trop d’improbables, pour que nous risquions quoi que ce soit à nous engager plus loin, jusqu’au bout, à sa suite. S’il a entrepris l‘œuvre, c’est qu’il peut l’achever, suivant les mêmes méthodes, et avec la même infaillibilité, qu’il a commencée »

LA SURVIE : L’ISSUE COLLECTIVE

p 237-238 « Une impasse à éviter : l’Isolement….Se faire plus seul pour être davantage…Concentration par décentration d’avec le reste. Solitaires, et à force de solitude, les éléments sauvables trouveraient leur salut…par excès de leur individualisation….sélection, élection des Races…Lutte pour la vie…survivance du plus apte…Racisme.. »

1- La confluence de la Pensée

A- Coalescence forcée d‘éléments

p 239 «Par nature, et à tous leurs degrés de complication, les éléments du Monde ont le pouvoir de s’influencer et de s’envahir mutuellement par leur Dedans, de manière à combiner en faisceaux leurs « énergies radiales »

« La limitation géométrique d’un astre fermé, comme une gigantesque molécule, sur lui-même.. Ce caractère nous était déjà apparu comme nécessaire à l’origine des premières synthèses… sur la Terre Juvénile. Mais que dire de sa fonction dans la Noosphère ! »

p 239-241 « Libre, par impossible, de s’espacer et de se détendre indéfiniment sur une surface sans bornes, c’est-à-dire abandonnée au seul jeu de ses affinités internes, que serait devenue l’Humanité ? Quelque chose d’inimaginable….peut-être même rien du tout, à en juger par l’importance extrême prise dans ses développements, par les forces de compression.

Or, à mesure que, sous l’effet de cette pression, et grâce à leur perméabilité psychique, les éléments humains rentraient davantage les uns dans les autres, leur esprit (mystérieuse coïncidence…) s‘échauffait par rapprochement. Et comme dilatés sur eux-mêmes, ils étendaient peu à peu chacun le rayon de leur zone d’influence sur une Terre qui, par le fait même, s’en trouvait toujours plus rapetissée. Que voyons-nous?….»

(: découvertes techniques, rayon d’action…)

« Bien mieux : grâce au prodigieux événement biologique représenté par la découverte des ondes électromagnétiques, chaque individu se trouve désormais….simultanément présent à la totalité de la mer et des continents, – coextensif à la Terre. »

« Ainsi non seulement par augmentation incessante du nombre de ses membres, mais par augmentation continuelle aussi de leur aire d’activité individuelle, l’Humanité….se trouve irrémédiablement soumise à une pression formidable….chaque degré de plus dans le resserrement.. exaltant un peu plus l’expansion de chaque élément »

241 « Indéniablement, en dehors de toute hypothèse, le jeu externe des forces cosmiques, combiné avec la nature coalescible des âmes pensantes, travaille dans le sens d’une concentration énergique des consciences : effort si puissant qu’il arrive à faire ployer sous lui les constructions mêmes de la Phylogenèse »

« Dans des conditions d‘étalement où tout autre phylum initial serait depuis longtemps dissocié en espèces distinctes, le verticille humain, lui, s‘épanouit, « entier », comme une feuille gigantesque, où les nervures, si distinctes soient-elles, demeurent toujours jointes dans un tissu commun. »

« Brassage des gènes. Anastomoses des races en civilisations et corps politiques… »

242 « ..l’Humanité nous présente le spectacle unique d’une « espèce » capable de réaliser ce à quoi avait échoué toute autre espèce avant elle : non pas seulement être cosmopolite, -mais couvrir, sans se rompre, la Terre d’une seule membrane organisée.»

242 « Jusqu‘à l’Homme, le plus qu’avait pu réaliser la vie, en matière d’association (….) La colonie. La ruche. La fourmilière….»

« …-A partir de l’Homme, grâce au cadre ou support universels fourni par la Pensée, libre essor est donné aux forces de confluence. Au sein de ce nouveau milieu les rameaux eux-mêmes d’un même groupe arrivent à se rejoindre. Ou plutôt ils se soudent entre eux…»

243 « Anthropologiquement, ethniquement, socialement, moralement, on ne comprend rien à l’Homme, et on ne saurait faire aucune prévision valable, ici encore, touchant ses états futurs, tant qu’on n’a pas vu (que l‘évolution-sélection, lutte pour la vie- sont de) simples fonctions secondaires, désormais subordonnées chez lui à une œuvre de cohésion.

L’enroulement sur soi-même d’un faisceau d’espèces virtuelles autour de la surface de la Terre. Tout un nouveau mode de Phylogénèse….C’est ce que j’ai appelé “la planétisation humaine” »

B – Méga-synthèse

243 « Coalescence des éléments et coalescence des rameaux. Sphéricité géométrique de la Terre et courbure psychique de l’Esprit s’harmonisant pour contrebalancer dans le Monde les forces individuelles et collectives de Dispersion et leur substituer l’Unification : tout le ressort et le secret, finalement de l’Hominisation. Mais pourquoi et à quoi bon, dans le Monde, l’Unification ?

Pour voir apparaître la réponse… il suffit de rapprocher les deux équations (progressivement établies) : Evolution = montée de conscience, Montée de conscience = Effet d’Union »

244 « Positivement, je ne vois pas d’autre façon cohérente, et partant scientifique, de grouper cette immense succession de faits (le processus cosmique d’organisation), que d’interpréter dans le sens d’une gigantesque opération psycho-biologique,- comme une sorte de méga-synthèse, – le super-arrangement auquel tous les éléments pensants de la Terre se trouvent aujourd’hui individuellement et collectivement soumis. Toujours plus de complexité : et donc encore plus de conscience »

245 « L’Issue du Monde, les portes de l’Avenir, l’entrée dans le super-humain, elles ne s’ouvrent en avant ni à quelques privilégiés, ni à un seul peuple élu entre tous les peuples ! Elles ne céderont qu‘à une poussée de tous ensemble, dans une direction où tous ensemble peuvent se rejoindre et s’achever dans une rénovation spirituelle de la Terre. »

L’ESPRIT DE LA TERRE

A – Humanité

245-246 « Autour de nous, en l’espace de quelques générations, toutes sortes de liens économiques et culturels se sont noués, qui vont se multipliant en progression géométrique…

…Si les mots ont un sens, n’est-ce pas comme un grand corps qui en train de naître,- avec ses membres, son système nerveux, ses centres percepteurs, sa mémoire…..

…Pas d’avenir évolutif à attendre pour l’homme en dehors de son association avec tous les autres hommes… »

B – Science

249 (note) « On pourrait dire que du fait de la Réflexion (à la fois individuelle et collective) humaine, l‘Évolution, débordant l’organisation physico-chimique des corps, se double, en rebondissant sur soi, d’un nouveau pouvoir d’arrangement, vastement concentrique au premier : l’arrangement cognocitif de l’Univers. – Penser le Monde, en effet, – la Physique commence à s’en apercevoir, – ce n’est pas seulement l’enregistrer, mais lui conférer une forme d’unité dont, sauf d‘être pensé, il fut demeuré privé. C’est ce que j’ai appelé le « rebondissement humain » de l‘Évolution (corrélatif et conjugué de la Planétisation). »

250 « …la marche de l’Humanité, prolongeant celle de toutes les autres formes animées, se développe, incontestablement dans le sens d’une conquête de la Matière mise au service de l’Esprit…

…la Pensée perfectionnant artificieusement l’organe même de sa pensée. La vie rebondissant en avant sous l’effet collectif de sa Réflexion.

…Oui, le rêve dont se nourrit obscurément la Recherche humaine, c’est, au fond de parvenir à maîtriser, par delà toutes les affinités atomiques et moléculaires, l‘Énergie de fond dont toutes les autres énergies ne sont que les servantes : saisir, réunis tous ensemble, la barre du Monde, en mettant la main sur le ressort de l‘Évolution. »

C- Unanimité

252 « Une collectivité harmonisée de consciences…La Terre se couvrant de grains de pensée par myriades…jusqu‘à ne plus former…qu’un seul grain de pensée… »

AU-DELÀ DU COLLECTIF : L’HYPER PERSONNEL

254 Une impression à surmonter : le découragement

Utopie ?

« (Sauf…) à considére une absurdité radicale de l’Univers… » :

1 – La convergence du Personnel et le Point Oméga

A- L’Univers Personnel

259 « Sous l’influence de ces impressions (du scientisme), on dirait que nous ayons perdu, avec l’estime de la Personne, le sens même de sa véritable nature… »

« L‘Évolution, avons-nous reconnu et admis (en poursuivant notre raisonnement scientifique) est une montée vers la Conscience. Ceci même n’est plus contesté par les plus matérialistes, ou du moins les plus agnostiques, des humanitaires. Elle doit donc culminer en avant dans quelque Conscience suprême » (c’est-à-dire réfléchie sur elle-même, c’est-à-dire Personnalisée)

260 « Toutes nos diffcultés et nos répulsions se dissiperaient, quand aux oppositions du Tout et de la Personne, si seulement nous comprenions que, par structure, la Noosphère, et plus généralement le Monde, représentent un ensemble, non pas seulement fermé, mais centré. Parcequ’il contient et engendre la Conscience, l’Espace-Temps est nécessairement de nature convergente. Par conséquent ses nappes démesurées, suivies dans le sens convenable, doivent se reployer quelque part en avant dans un Point,- appelons-le Oméga -, qui les fusionne et les consomme intégralement en soi… »

B – L’Univers-personnalisant

262 « Ce qui par invention, éducation, diffusion de toutes sortes, émane de chacun de nous et passe dans la masse humaine a une importance vitale…

…Or de cet essentiel nous ne pouvons évidemment pas nous défaire pour les autres comme nous donnerions un manteau ou passerions un flambeau : puisque nous sommes la flamme….

….la concentration d’un Univers conscient serait impensable si, en même temps que tout le Conscient, elle ne rassemblait en soi toutes les consciences… »

p.263 « …Non seulement conservation, mais exaltation des éléments par convergence ! …L’Union différencie. »

p.264 «..en confluant suivant la ligne de leurs centres, les grains de conscience ne tendent pas à perdre leurs contours et à se mélanger. Ils accentuent au contraire la profondeur et l’incommunicabilité de leur ego»

p.264 « Pas d’esprit sans synthèse…A l’image d’Oméga qui l’attire, l‘élément ne devient personnel qu’en s’universalisant »

264 (note) « Et inversement il ne s’universalise véritablement qu’en se sur-personnalisant. Toute la différence (et l‘équivoque) entre la vraie et les fausses mystiques religieuses : celles-ci détruisant, celle-là achevant l’Homme par “la perte dans le plus grand que soi” »

p.265 « C’est de centre à centre que (la synthèse) doit s’opérer… en contact mutuel, et pas autrement…Nous voici par le fait même ramenés au problème d’aimer »

2 – L’Amour-Énergie

265 « Considéré dans sa pleine réalité biologique, l’amour (c’est-à-dire l’affinité de l‘être pour l‘être) n’est pas spécial à l’Homme. Il représent une propriété générale de toute Vie ….(même) à un état prodigieusement rudimentaire sans doute, mais déjà naissant, jusque dans la molécule »

266 « Sous les forces de l’amour, ce sont les fragments du Monde qui se recherchent pour que le Monde arrive… »

« …Seul l’amour, pour la bonne raison que seul il prend et joint les êtres par le fond d’eux-mêmes, est capable… d’achever les êtres, en tant qu‘êtres, en les réunissant »

« Sens de l’Univers, sens du Tout : en face de la Nature, devant la Beauté, dans la Musique, la nostalgie qui nous prend, – l’expectation et le sentiment d’une grande Présence »

267 « En dehors des « mystiques » et de leurs analystes, comment se fait-il que la psychologie ait pu négliger autant cette vibration fondamentale dont le timbre, pour une oreille exercée, se distingue à la base, ou plutôt au sommet de toute grande émotion ? Résonance au Tout : note essentielle de la Poésie pure et de la pure Religion »

268 « Et maintenant….comment expliquer que toujours et toujours plus, en apparence, nous voyions monter autour de nous la répulsion et la haine? Tant qu’il absorbe, ou paraît absorber la personne, le Collectif tue l’amour qui voudrait naître. En tant que tel le Collectif est in-aimable….Que l’Univers, par contre, prenne en avant, pour nous, un visage et un cœur, qu’il se personnifie….et aussitôt, dans l’atmosphère créée par ce foyer, les attractions élémentaires trouveront à s‘épanouir… »

« .. il faut et il suffit…la réalité et le rayonnement déjà actuels, de ce mystérieux Centre de nos centres que j’ai nommé Oméga »

3 – Les attributs du Point Oméga

269 « Dans la molécule, commence-t-elle à voir (la pensée moderne), il y a décidément plus que dans l’atome; dans la cellule, plus que dans les molécules; dans le social, plus que dans l’individuel; dans les constructions mathématiques, plus que dans les calculs et les théorèmes… A chaque degré ultérieur de combinaison, quelque chose d’irréductible aux éléments isolés émerge…. dans un ordre nouveau… »

270 « …dans cet état d’esprit, l’idée qu’il se préparerait, au sommet du Monde, quelque Ame des âmes, n’est pas si étrangère qu’on pourrait le croire aux vues actuelles de la raison humaine. Après tout, y a-t-il pour notre pensée autre façon de généraliser le Principe d‘Émergence ? »

271 « Centre idéal, Centre virtuel : rien de tout cela ne peut suffire… Pour être suprêmement attrayant, Oméga doit être déjà suprêmement présent »

272 « Autonomie, actualité, irréversibilité, et donc finalement transcendance; les quatre attributs d’Oméga »

« Contrairement aux apparences encore admises par la Physique, le Grand Stable n’est pas au-dessous, – dans l’infra-élémentaire – mais au-dessus, – dans l’ultra-synthétique »

272- 273 « …le Monde trouve sa figure et sa consistance naturelle en gravitant au rebours du probable, vers le foyer divin d’Esprit qui l’attire en avant »

« Devenus centres, et donc personnes, les éléments ont enfin pu commencer à réagir, directement comme tels, à l’action personnalisante du Centre des centres. Franchir la surface critique d’hominisation, c’est en fait, pour la conscience, passer du divergent au convergent, – c’est-à-dire , en quelque façon, changer d’hémisphère et de pôle. En deçà de cette ligne critique, “équatoriale” , la retombée dans le multiple. Au delà… l‘évasion hors de l’Entropie par retournement sur Oméga. »

« Une à une autour de nous, comme un continuel effluve, “les âmes” se dégagent, emportant vers le haut leur charge incommunicable de conscience. – Une à une : et cependant point isolément. Car pour chacune d’entre elles il ne saurait y avoir, de par la nature même d’Oméga, qu’un seul point possible d‘émersion définitive : celui où, sous l’action synthétisante de l’union qui personnalise, enroulant sur eux-mêmes ses éléments en même temps qu’elle s’enroule sur elle-même, la Noosphère atteindra collectivement son point de convergence, – à la “Fin du Monde»

LA TERRE FINALE

275 « Si convergente soit-elle, l‘Évolution ne peut s’achever sur Terre qu‘à travers un point de dissociation. Ainsi s’introduit… le fantastique et inévitable événement dont chaque jour passé nous rapproche davantage : la fin de toute Vie sur notre globe, – la mort de la Planète, – la phase ultime du Phénomène humain. »

1 – Pronostics à écarter

276-277 « …Invasions microbiennes. Contre-évolutions organiques. Stérilité. Guerres. Révolutions. (…Catastrophes cosmiques…) Combien de manières possibles de finir ! – et qui, somme toute, vaudraient peut-être encore mieux qu’une longue sénescence. »…..

« Et cependant, dans la mesure où ils impliquent une idée d’accident prématuré ou de déchéance, je crois pouvoir dire, en m’appuyant sur tout ce que nous apprend le passé de l‘Évolution, que nous n’avons à redouter aucun de ces multiples désastres…. »

2 – Les approches

278 « Dans son état actuel, le Monde ne se comprendrait pas, la présence en lui du Réfléchi serait inexplicable…Non point un arrêt….mais un dernier progrès, venant à son heure biologique…Toujours plus haut dans l’improbable dont nous sommes sortis. C’est dans cette direction qu’il nous faut, si nous voulons prévoir la Fin du Monde, extrapoler l’Homme et l’Hominisation. »

279 « comparée aux nappes zoologiques qui la précèdent… l’Humanité est si jeune qu’on peut la dire tout juste née. Entre la Terre Finale et notre Terre moderne s‘étend donc vraisemblablement une durée immense, marquée, non point par un ralentissement, mais par une accélération, et le définitif épanouissement, suivant la flèche humaine, des forces de l‘Évolution »

« …Sous quelle forme et le long de quelles lignes, – dans l’hypothèse seule acceptable d’une réussite, – pouvons-nous imaginer que…va se développer le Progrès ? »

« Sous une forme collective et spirituelle, d’abord. – Dès l’apparition de l’Homme nous avons pu noter un certain ralentissement des tranformations passives et somatiques de l’organisme au profit des métamorphoses conscientes et actives de l’individu pris en société. L’artificiel relayant le naturel. La transmission orale ou écrite se superposant aux formes génétiques (ou chromosomiques) de l’hérédité…. »

« La Noosphère tend à se constituer en un seul système clos, où chaque élément pour soi voit, sent, désire, souffre les mêmes choses que tous les autres à la fois ».

280 « Il se peut que, dans ses capacités et sa pénétration individuelles notre cerveau ait atteint ses limites organiques. Mais le mouvement ne s’arrête pas pour autant . De l’Occident à l’Orient, l‘Évolution est désormais occupée ailleurs, dans un domaine plus riche et plus complexe, à construire, avec tous les esprits mis ensemble, – l’Esprit. – Au-delà des nations et des races, la prise en bloc, inévitable et déjà en cours, de l’Humanité. »

A – L’organisation de la Recherche

281 « Une Terre dont les “loisirs” toujours accrus et l’intérêt toujours plus en suspens trouveront leur issue vitale dans l’acte de de tout approfondir, de tout essayer, de tout prolonger.. »

B – La découverte de l’objet humain

283 « …l’Homme connaissant s’apercevant enfin que l’Homme “objet de connaissance” est la clef de toute science »

« A l’extrême de ses analyses…la Physique ne sait plus trop si elle tient de l’Energie pure, ou si c’est au contraire de la Pensée qui lui reste entre les mains »

284 « Nous avons certainement laissé pousser jusqu’ici notre race à l’aventure, et insuffisamment réfléchi au problème de savoir par quels facteurs médicaux et moraux il est nécessaire, si nous les supprimons, de remplacer les forces brutales de la sélection naturelle. Au cours des siècles qui viennent il est indispensable que se découvre et se développe, à la mesure de nos personnes, une forme d’eugénisme noblement humaine. Eugénisme des individus, – et par suite eugénisme de la société. »

C – La conjonction Science-Religion

285 « En apparence la Terre Moderne est née d’un mouvement anti-religieux. L’Homme se suffisant à lui-même. La Raison se substituant à la Croyance…. ..Le conflit entre Foi et Science… Or, à mesure que la tension se prolonge, c’est visiblement sous une forme toute différente d‘équilibre, non pas élimination, ni dualité, mais synthèse, – que semble devoir se résoudre le conflit »

287 « Religion et Science : les deux faces ou phases conjuguées d’un même acte complet de connaissance, – le seul qui puisse embrasser, pour les contempler, les mesurer, et les achever, le Passé et le Futur de l‘Évolution. »

LE TERME

287 « Toujours poussant dans les trois directions que nous venons d’indiquer, et disposant de l‘énorme durée qui lui reste à vivre, l’Humanité a devant elle des possibilités immenses….Depuis le pas de la Réflexion, grâce aux étonnantes propriétés de “l’artificiel” qui, séparant l’instrument de l’organe, permet au même être d’intensifier et de varier indéfiniment les modalités de son action sans rien perdre de sa liberté, – grâce en même temps au prodigieux pouvoir qu’a la Pensée de rapprocher et de combiner dans un même effort conscient toutes les particules humaines, nous sommes entrés dans un domaine complètement nouveau d‘Évolution……Nous n’avons encore aucune idée de la grandeur possible des effets “noosphériques”. La resonnance des vibrations humaines par millions !.. Le produit collectif et additif d’un million d’années de Pensée !…Avons-nous jamais essayé d’imaginer ce que ces grandeurs représentent ? »

p.288 (note) « ..encore…sur Terre des Aristotes, des Platons ou des Augustins ?…(pourquoi pas ?)…Mais ce qui est clair c’est que, appuyées les unes sur les autres…..nos âmes modernes voient et sentent aujourd’hui un Monde qui (en dimensions, en liaisons, et en virtualités) échappait à tous les grands hommes d’autre fois. Or, à ce progrès dans la conscience, oserait-on objecter que ne correspond aucune avance dans la structure de l‘être? »

289 « Eh bien, quand, par agglomération suffisante d’un nombre suffisant d‘éléments, ce mouvement de nature essentiellement convergente aura atteint une telle intensité et une telle quantité que, pour s’unifier plus outre, l’Humanité, prise dans son ensemble, devra, comme il était arrivé aux forces individuelles de l’instinct, se réfléchir à son tour “ponctuellement” sur elle-même (c’est-à-dire, dans ce cas, abandonner son support organo-planétaire pour s’excentrer sur le Centre transcendant de sa concentration grandissante) alors, pour l’Esprit de la Terre, ce sera la fin et le couronnement…..

La fin du Monde : renversement d‘équilibre, détachant l’Esprit, enfin achevé, de sa matrice matérielle pour le faire reposer désormais, de tout son poids, sur Dieu-Oméga.

La fin du Monde : point critique, tout à la fois, d‘émergence et d‘émersion, de maturation et d‘évasion »

290 « ….Mais il se peut aussi que, suivant une loi à laquelle rien dans le Passé n’a encore échappé, le Mal, croissant en même temps que le Bien atteigne à la fin son paroxysme, lui aussi sous une forme spécifiquement nouvelle. Pas de sommets sans abîmes. »

291 « Refus ou acceptation d’Oméga ?

…au cours et en vertu du processus qui la rassemble, la Noosphère, parvenue à son point d’unification, se cliverait en deux zones, respectivement attirées vers deux pôles antagonistes d’adoration…

…Une dernière fois encore la ramification. »
ISSUE

292 « …Parmi ceux qui auront essayé de lire jusqu’au bout ces pages, beaucoup fermeront le livre insatisfaits et songeurs, se demandant si je les ai promenés dans les faits, dans la métaphysique, ou dans le rêve. Mais ont-ils bien compris, ceux qui hésiteront de la sorte, les conditions salutairement rigoureuses que la cohérence, maintenant admise par tous, de l’Univers, impose à notre raison ?

Pour faire une place à la Pensée dans le Monde, il m’a fallu intérioriser la Matière; imaginer une énergétique de l’Esprit; concevoir au rebours de l’Entropie une montante Noogénèse; donner un sens, une flèche et des points critiques à l‘Évolution; faire se reployer finalement toutes choses sur Quelqu’un. »

« .. j’ai pu me tromper sur bien des points. Que d’autres tâchent de faire mieux. Tout ce que je voudrais, c’est avoir fait sentir, avec la réalité, la difficulté et l’urgence du problème, l’ordre de grandeur et la forme auxquelles ne peut échapper la solution.

Capable de contenir la personne humaine, il ne saurait y avoir qu’un Univers irréversiblement personnalisant. »

Source : http://perso.orange.fr/jacques.abbatucci/lephenom.htm

Ces extraits se réfèrent à l‘Édition du Seuil, Collection Essais. Ils reflètent le choix du lecteur (J.S. Abbatucci) et la valeur de cette sélection est toute subjective. Des choix différents auraient pu être faits.

Les mèmes, supports de l’évolution culturelle

Le grand changement, c’est que les mèmes et les solutions qui leurs servent de créatures, donc de machines de survie, évoluent pour leur propre compte, en exploitant le terrain constitué par les réseaux de cerveaux humains, mais indépendamment, et parfois au mépris des besoins de leurs hôtes biologiques.

En deux mots : Depuis 25 ans, des chercheurs de toutes origines se demandent s’il pourrait exister un équivalent culturel de l’ADN, c’est-à-dire une forme de réplicateur qui transmette par un processus de contagion ou d’imitation les solutions inventées ça et là par la culture humaine.

Le mot mème : d’où vient-il ? Il apparaît dans le livre de l’éthologiste Richard Dawkins Le gène égoïste, 1976, chapitre 11. Dawkins choisit un monosyllabe ressemblant à gène, mais rappelant les idées de mémoire, de ressemblance (du français « même ») et d’imitation, ainsi que l’idée de plus petite quantité d’information. Bref, un mot génial, bien trouvé, imparable. Un pur réplicateur qui s’ancre davantage dans votre mémoire chaque fois que vous essayez de l’oublier !

La possibilité que la sphère des humanités ouvre sa porte au modèle darwinien n’est pas sortie d’un chapeau. On la trouve par exemple chez Monod, dans Le hasard et la nécessité. Elle est même bien plus ancienne que cela, puisque la formule remonte à Démocrite. Le vivant s’étend au-delà de l’aventure biologique liée à l’ADN. L’idée d’un monde des idées, ou noosphère, a été introduite par l’anthropologue Teilhard de Chardin. L’hypothèse que les lois de la vie peuvent aussi s’appliquer aux machines, et à des créatures purement faites d’information, se trouve à la base des intuitions bouleversantes de chercheurs comme A.Turing et J.Von Neumann, qu’on peut considérer comme les pères de l’informatique moderne. L’épistémologie évolutionnaire de Friedrich Von Hayek en est une autre illustration.

Mais surtout, l’expérience quotidienne nous montre une divergence et une accélération très voyante du fait humain, dans sa séparation d’avec la nature : Agriculture, urbanisation, transports, sont visibles de l’espace, tout comme y sont audibles nos émissions de radio, sans parler des traces que nous conservons, nos livres, codes de lois, arts, technologies, religions…

Notre cerveau consomme plus d’un quart de l’énergie du corps au repos. Ce pourcentage qui était relativement stable chez les préhominiens, a doublé « d’un coup » en à peine un million d’années.

On ne sait plus exactement si c’est l’homme qui a propulsé la culture ou si c’est la culture qui a tiré l’homme hors de son origine purement animale, vers autre chose. L’homme a évolué plus vite, grâce à ses outils. L’étude de l’hominisation révèle régulièrement une co-évolution, un partenariat. Un entraînement mutuel entre le biologique et le culturel. Qui dit mutuel, dit deux.
Leroi-Gourhan nous raconte la co-évolution de l’outil, du langage et de la morphologie (face et main). Lévy-Strauss nous parle de l’autonomie de l’organisation culturelle, par-delà les différences ethniques.
Durkheim revendique l’irréductibilité du fait social à la biologie.

Parallèlement, l’observation des sociétés animales démontre que la nature produit des phénomènes collectifs, abstraits, qui vont bien au-delà des corps. La sociobiologie animale s’est concentrée sur les sociétés d’insectes et de primates, montrant que des comportements sociaux très évolués relèvent du phénotype étendu, c’est-à-dire du travail à distance de l’ADN (techniques, langage, répartition des tâches, schémas de coopération).

Certaines extensions, très radicales, de la sociobiologie à l’homme voudraient que toutes nos capacités soient codées génétiquement, et donc que des pratiques culturelles comme l’architecture, le droit, l’économie ou l’art ne soient qu’un phénotype étendu de l’homme. Ces travaux ont été rejetés surtout du fait de l’attitude de certains auteurs qui refusaient toute existence aux sciences sociales.

Aujourd’hui, la volonté de réduire les comportements à leurs avantages évolutionnaires biologiques s’est recentrée sur le fonctionnement du cerveau par le biais de la psychologie évolutionniste. On admet maintenant que le cerveau est modulaire, que le schéma général de ses modules est inscrit dans les gènes, mais que leur construction se fait sur la base des flux cognitifs, des apports d’expériences qui sont vécus par l’enfant au cours des premières années de sa vie. D’où le fait que chaque personne soit unique et que les gens pensent si différemment selon leur culture, alors que toutes les principales aptitudes du cerveau font appel à des zones situées à la même place et selon le même schéma chez tous les peuples de la terre.

On peut citer une foule d’exemples (les travaux de Steve Pinker en sont pleins, notamment) de façons d’agir ou de penser qui ont clairement eu au cours des âges des effets bénéfiques sur la survie des personnes qui étaient naturellement aptes à les pratiquer. La peur du noir, la capacité de déguiser ses motivations, le désir de paraître riche, et même des choses plus subtiles comme la tendance à croire à une continuation de la vie après la mort, à une providence qui aide, à une vie dans l’invisible, et jusqu’au réflexe intellectuel consistant à supposer un but à toute chose, tout cela peut s’expliquer par des avantages évolutionnaires accumulés par nos ancêtres.

Cependant, il existe une portabilité incontestable des idées, des modes de vie, des techniques, bref des solutions de la culture, et il existe également des compétitions entre les modèles (exemples : commerce, mode, politique), le tout se jouant sur des échelles de temps qui laissent « le vieux gène essoufflé loin derrière ».

D’où l’hypothèse révolutionnaire d’un autre réplicateur, indépendant de l’ADN, qui serait apparu à la racine même du processus d’hominisation.

Les arguments avancés par Susan Blackmore dans the meme machine sont très éloquents :
La limitation des naissances, une pression culturelle qui ne va pas dans le sens des gènes,
Le développement du cerveau, ce mangeur d’énergie dangereux pour la mère et son enfant, qui n’a d’utilité que pour transmettre des informations, des méthodes, brefs des mèmes, alors que d’autres primates survivent très bien avec un organe beaucoup moins gourmand,
L’apparition du langage en prolongement du grooming, pratique tribale du soin mutuel, c’est-à-dire sans finalité autre que de maintenir un lien, et avec l’imitation, l’apparition naturelle de règles, de complexité, d’une grammaire.

Mon argument, inspiré d’une formule de Luca Cavalli-Sforza : Aujourd’hui, l’évolution naturelle de l’homme est terminée car tous les facteurs naturels de sélection sont sous contrôle culturel. Tous les facteurs qui pourraient influencer la fécondité ou la mortalité infantile sont soit maîtrisés soit dépendants de facteurs géopolitiques, économiques ou religieux. En revanche, la culture, elle, continue à évoluer : les lois évoluent, mais aussi l’art, les technologies, les réseaux de communication, les structures de pouvoir, et les systèmes de valeurs qui deviennent de plus en plus intégrateurs. Il est pour moi raisonnable d’admettre l’existence d’un réplicateur autonome de la culture.

Mais alors, le grand changement, c’est que les mèmes et les solutions qui leurs servent de créatures, donc de machines de survie, évoluent pour leur propre compte, en exploitant le terrain constitué par les réseaux de cerveaux humains, mais indépendamment, et parfois au mépris des besoins de leurs hôtes biologiques.
Ce sont des solutions mémétiquement évoluées qui sont aujourd’hui capables de breveter un génome. Il en va de même des religions et des systèmes politiques qui tuent. La plus majestueuse de toutes ces solutions s’appelle Internet, le cerveau global.

Pour se propager à l’aise, rien de tel qu’un réseau. Comme les insulaires du pacifique ont maillé leur réseau à grand coup de pagaies, les mèmes nous tissent et nous relient comme autant de passerelles. Il est parfaitement logique, du “point de vue” du deuxième réplicateur – bien que celui-ci reste dénué d’intention – d’assurer une plus grande continuité dans le tissu de son substrat biologique (les humains), tout comme les habitants de Venise ont construit des ponts aux quatre coins de leur cité… Tout ce qui relie les humains est bon pour les mèmes.

Il est logique, dans la même optique, de coder de façon de plus en plus digitalisée tous les modèles qui doivent être transmis, stockés et copiés. C’est ainsi que le monde se transforme de plus en plus en un vaste Leroy-Merlin culturel, au sein duquel il devient chaque jour plus facile de reproduire du prêt à penser, du prêt à vivre, du prêt à être.

A mesure que l’on se familiarise avec l’hypothèse méméticienne, il devient évident qu’elle invite à un combat, à une résistance et à un dépassement. Elle nous montre que des modèles peuvent se reproduire dans le tissu social jusqu’à devenir dominant sans avoir une quelconque valeur de vérité ou d’humanité.

Elle nous pose des questions comme : que valent nos certitudes ?
De quel droit pouvons-nous imposer nos convictions et notre façon de vivre ?
Qu’est-ce que je peux appeler « moi » ?
Comment puis-je dire que « je pense » ?

Ce n’est que le commencement d’un nouveau grand chantier de la pensée humaine, peut-être le plus grand jamais ouvert. Nous n’en sommes qu’aux fondations.

Source : http://www.memetique.org/

A quantum recipe for life

Proving a quantum-mechanical theorem that puts a bound on the probability that such-and-such a system can replicate to a certain accuracy, and evolve to a particular level of complexity, might answer astrobiology’s burning question: was the origin of known life a freak accident, or the expected outcome of intrinsically bio-friendly laws of physics?

Sixty years on, Erwin Schrödinger’s prediction that quantum mechanics would solve the riddle of how life started has not been fulfilled. But the appeal of using quantum theory to solve the mystery persists.

One of the most influential physics books of the twentieth century was actually about biology. In a series of lectures, Erwin Schrödinger described how he believed that quantum mechanics, or some variant of it, would soon solve the riddle of life. These lectures were published in 1944 under the title What is life? and are credited by some as ushering in the age of molecular biology.

In the nineteenth century, many scientists thought they knew the answer to Schrödinger’s rhetorical question. Life, they maintained, was some sort of magic matter. The continued use of the term ‘organic chemistry’ is a hangover from that era. The belief that there is a chemical recipe for life led to the hope that, if only we knew what it was, we could mix up the right stuff in a test tube and make life in the lab.

Most research on biogenesis has followed that tradition, by assuming that chemistry was a bridge — and a long one at that — linking matter with life. Elucidating this chemical pathway has been a tantalizing goal, spurred on by the famous Miller–Urey experiment of 1952, in which amino acids were made by sparking electricity through a mixture of water and common gases. But the concept has turned out to be something of a blind alley, and further progress with prebiotic chemical synthesis has been frustratingly slow. The origin of life remains one of the great outstanding mysteries of science.

To take up Schrödinger’s suggestion, a radical solution to the problem, ‘What is life?’ could be that quantum mechanics enabled life to emerge directly from the atomic world, without the need for complex intermediate chemistry. Life must have a chemical basis: organic molecules provide the hardware for biology. But what about the software?

When Schrödinger asked, ‘What is life?’ he could already glimpse the central significance of the cell’s information storage and replication processes, even though the role of DNA and the genetic code was yet to be discovered. Today, the cell is regarded not as magic matter but as a computer — an information- processing and replicating system of astonishing precision.

When life is viewed in terms of information processing, the problem takes on a different complexion. Biologists have always regarded reproduction— one of the defining characteristics of life — as being about replicating structures, whether they be DNA molecules or entire cells. But to get life started all you need is to replicate information.

Information can be processed at the quantum level orders of magnitude more rapidly than it can be processed classically, which is why the race is on to build a quantum computer. Furthermore, quantum systems can make use of phenomena such as superposition, entanglement and tunnelling to enhance their performance.

A quantum replicator need not be an atomic system that clones itself. Indeed, there is a quantum no-cloning theorem that forbids the replication of wavefunctions. Rather, the information content of an atomic system must be copied more or less intact — not necessarily in one step, but maybe after a sequence of interactions. This information might well be in binary form, making use of the spin orientation of an electron or atom for example. Quantum mechanics thus provides an automatic discretization of genetic information.

What is this atomic Adam, this quantum replicator that begets life? I confess I haven’t a clue about the best environment in which to find such a thing, although I know it would not be in a traditional primordial-soup setting. It might even be a frigid location such as an interstellar grain. Wherever it was, once a population of information replicators became established, quantum uncertainty provided an inbuilt mechanism for variation. Throw in a selection mechanism and the great darwinian game could begin.

How, then, did organic life arise? Information can readily be passed from one medium to another. At some stage, quantum life could have co-opted large organic molecules for back-up memory. Eventually the organic stuff would literally have taken on a life of its own. The loss in processing speed would have been offset against the greater complexity, versatility and stability of organic molecules, which in turn would have enabled organic life to invade many environments.

Something is missing from the account so far — complexity. Replicating a single bit of information is one thing; generating and replicating long concatenations of bits is quite another. How complexity emerges in quantum systems is a subject still in its infancy, but the principles involved could be illuminated by applying algorithmic complexity theory to quantum information theory. When Schrödinger published his book, quantum physicists were flushed with the success of explaining the nature of matter. Life is, after all, just a state of matter, albeit a weird one. Sixty years on, Schrödinger’s expectation has not been fulfilled. Molecular biologists are content with ball-and-stick models based on classical concepts. But so long as they cling to that, the origin of life will remain mysterious.

Even if we can’t reconstruct the precise details of life’s emergence, knowing the general principles would be a huge advance. Proving a quantum-mechanical theorem that puts a bound on the probability that such-and-such a system can replicate to a certain accuracy, and evolve to a particular level of complexity, might answer astrobiology’s burning question: was the origin of known life a freak accident, or the expected outcome of intrinsically bio-friendly laws of physics? Momentous implications would flow from the answer, as the issue addresses one of the deepest questions of existence: is life a cosmic phenomenon, or are we alone in the vastness of the Universe?

Paul Davies is a physicist in the Australian
Centre for Astrobiology, Macquarie
University, Sydney, and author of The Origin
of Life (Penguin, 2003).

Source : http://aca.mq.edu.au/PaulDavies/publications/articles.htm

Qu’est-ce que la vie ?

Pendant que nous nous déplaçons maintenant de la matière et de l‘énergie à l’idée d’information comme essence de l’univers, de la nature et de l‘évolution de l‘être et de la conscience, nous ouvrons un énorme et nouveau potentiel pour améliorer la condition humaine.

L‘évolution de l’information du flux quantique au Soi

“Il y a une destination, un but possible. C’est la voie de l’individuation. Individuation signifie devenir un “individu,” et comme l’“individualité” embrasse notre unicité la plus secrète, ultime et incomparable, cela implique également de devenir son propre Soi. Nous pourrions donc traduire l’individuation comme “chemin vers le Soi” ou “auto-réalisation.” (p173). La fonction transcendante ne procède pas sans projet ou sans but, mais mène à la révélation de l’essentiel dans l’Homme. C’est en premier lieu un processus purement naturel, qui peut dans certains cas suivre son cours sans connaissance ou aide consciente de l’individu, et peut parfois s’accomplir par force, contre l’opposition consciente de l’individu. La signification et le but du processus est la réalisation, par tous ses aspects, de la personnalité de l’individu, à l’origine profondément cachée en puissance dans le « plasma germinatif embryonnaire » ; la production et le déploiement de l’intégralité du potentiel original. (p. 110)

C. G. Jung, 1953, deux essais sur la psychologie analytique , v. 7.

Dans le courant rapide de la vie, il est bon de se rappeler de cet essai parmi les plus importants que Jung ait jamais écrit : la fonction Transcendante (1916/1960), qui est le fruit de ses 42 années d’expérience. Il n’a jamais publié cet essai dans une revue destinée à ses pairs. Cet essai aurait pu ne jamais voir le jour si un groupe d’étudiants ne l’avaient repéré dans ses dossiers et publié eux-mêmes dans une édition privée. Cet essai appelé “la Fonction Transcendante,” résume la philosophie de Jung sur la psychothérapie comme activité constructive et synthétique par laquelle les gens apprennent à identifier la nouveauté pendant qu’ils évoluent dans un dialogue créateur avec eux-mêmes.

Au départ, Jung a écrit ses essais bien avant la révolution actuelle en génomique, bio-informatique et en neurosciences. Sa seule intuition de ces développements scientifiques actuels était sa notion de « plasma germinatif» comme source archétypale de notre individualité. Aujourd’hui, nous avons identifié que ce prétendu plasma germinatif contenait environ 35.000 gènes chez l’homme. Moins bien connu est le fait que la plupart de ces gènes ont des variations mineures dans les 4 bases nucléotidiques qui composent le code génétique. Il y a environ 3,3 millions de variations génétiques qui s’appellent “polymorphisme simple nucléotide” (SNP). Si vous essayez de calculer les possibilités de variations de SNP, vous trouvez un nombre étonnant : 4 exposant 3300000. C’est un chiffre qui dépasse notre imagination. Certains de ces SNP sont assez sérieux pour être une source de maladies génétiques telles que la mucoviscidose. D’autres codent pour les sources biologiques de notre individualité dans nos réponses aux maladies et aussi vis à vis des drogues luttant contre les maladies.

L’idée principale développée ici est que les SNP seraient sensibles aux influences environnementales, y compris les influences psychosociales de la vie quotidienne dans nos rapports personnels, nos expériences de compréhension, de mémoire et d’apprentissage, et aussi aux sources uniques de notre individualité dans les arts créateurs tels que la musique, la danse, le théâtre, la méditation, et les rituels culturels en général (Rossi, 2002). Or les fonctions de la plupart des SNP sont actuellement inconnues. D’un point de vue Jungien, nous présumons que beaucoup de SNP pourrait coder les sources psychobiologiques de notre conscience et de notre individualité dont les effets pourraient seulement être éprouvés comme source archétypale cachée du Soi, de l’âme, ou de l’esprit. Je présume que beaucoup de ces SNP sont la source archétypale du concept Jungien d’individuation. Dans cette perspective, cette dernière devient notre capacité de réponse individuelle à reconnaître et exprimer le legs génétique unique que chacun de nous incarne au travers de la génomique psychosociale de notre SNP (Rossi, 2002).

Selon Jung, le but d’une vie bien développée est d’apprendre à dépasser les conflits inhérents à la confrontation entre passé et présent en construisant un pont qui pourrait atteindre des niveaux plus élevés de compréhension, un pont qui pourrait embrasser les deux avec un nouveau point de vue. Les arts, le langage, la science, les sciences humaines et la religion aussi bien que l’amour et les rapports personnels sont continuellement engagés dans la réorganisation et la synthèse créatrice. Les langues mortes, les concepts ou relations figés, en revanche, sont pétrifiés dans un état statique d‘équilibre où rien de neuf ne semble jamais se produire.

Ce point de vue essentiellement créateur, synthétique et évolutionniste, frayé en psychologie par Jung, crée un contraste important par rapport aux approches analytiques réductionnistes antérieures qui caractérisaient la science classique telle qu’elle s’est développée entre les dix-septièmes et dix-neuvième siècles. La méthode réductionniste consistant à démonter les choses, à les analyser et les ramener à leurs éléments, a semblé réussir pendant les premières étapes de progression de la science. Qui pourrait contester l’efficacité de l’approche mécaniste de la physique et de l’astronomie classiques quand elles construisent des horloges toujours plus performantes et sont capables de prévoir une éclipse de soleil ou même l’existence d’une nouvelle planète ?

Mais que diriez-vous de la vie elle-même et de l’expérience de la conscience humaine ? La science classique a-t-elle pu vraiment indiquer quelque chose sur la vie en la tuant sous le microscope ou en analysant la conscience en lisant son tracé dans un électroencéphalogramme ? Pourrions-nous vraiment dire quelque chose sur l’origine de la vie en mélangeant quelques gaz dans un tube à essai avec une étincelle électrique pour produire les acides aminés qui étaient vraisemblablement les premiers modules de la vie ?

L’origine de la vie sur terre est perdue dans les brumes d’une période extrêmement lointaine, il y a plus de quatre milliards d’années. Une des premières tentatives scientifiques de décrire l’archétype ou le modèle de base de la vie peut être portée au crédit du prix Nobel de physique Erwin Schrodinger, qui a écrit un petit livre célèbre, “qu’est-ce que la vie ? L’aspect physique de la cellule vivante.” Comme nous pouvions l’attendre de la part d’un physicien, Schrodinger a commencé par une explication réductrice de la vie ; il a exploré comment la biologie de la vie pourrait être réduite à la chimie et à la physique. Mais avec une intuition brillante, il a fait une ré-interprétation fondamentalement importante qui a permis à la physique, à la biologie et maintenant à la psychologie de se fonder sur une base commune : la théorie de l’information. Depuis la publication de ce livre en 1944, cette approche a spectaculairement réussi. Le développement moderne de la biologie moléculaire, le décryptage du code génétique et de nouveaux éclairages sur la nature quantique de la vie et de l’esprit, tout cela a été inspiré et annoncé par Schrodinger.

Maintenant, cinquante ans après, une situation curieuse est apparue, qui est peu comprise par le grand public et la plupart des scientifiques. Des concepts et des qualités à l’origine liés à l’esprit tel que l’“information” et la “communication” sont de plus en plus utilisés dans les sciences fondamentales comme la physique, la chimie et la biologie. C’est curieux parce que presque personne ne semble en mesurer les conséquences. Jusqu’ à présent, la sagesse conventionnelle était de considérer que la psychologie, si jamais elle devait être une science, devait se reposer sur la base réductrice et mécaniste de la physique et de la biologie classiques. Il semble maintenant que nous soyons dans le cas inverse. La physique et la biologie sont réinterprétées pour reposer sur une nouvelle base : l’information, un concept qui vient de la psychologie. Les sciences actuellement naissantes de la bioinformatique et des systèmes complexes représentent une nouvelle intégration de la psychologie, de la biologie et de la physique.

Cette nouvelle intégration est caractérisée par le travail d’un biologiste et physicien américain, Tom Stonier, dont le livre récent l’“information et la structure interne de l’univers” re-conceptualise la base de la physique et de la biologie comme branches de la psychologie, de l’information et de la théorie de la communication. Les atomes et les molécules qui composent la masse et le mouvement de l’univers et de la vie elle-même, sont toutes des structures fortement organisées. Mais quelque chose qui est organisé contient l’information et l‘écoulement de l’information que nous appelons habituellement “communication.” La physique, la biologie et la vie sont donc toutes à comprendre comme processus d’information et de communication. Dans cette perspective, la physique et la biologie peuvent être considérées comme étant des branches de la psychologie et des sciences humaines en général !

Mais l’information dans les atomes, les molécules, la masse, l‘énergie et la biologie est-elle du même type que le processus que nous nommons information quand nous parlons de notre expérience mentale ? Nous exprimons sûrement de l’information quand nous pensons à nous-mêmes et quand nous communiquons avec d’autres. Quel est le rapport entre cette information qui est codée dans les structures matérielles – les molécules et les gènes de notre corps – et le genre d’information que nous éprouvons dans le royaume mental comme ailes de notre conscience, de notre pensée, de nos sentiments et de nos rêves ? Comment les genres mentaux et matériels de l’information se relient-ils entre eux ?

Approchons-nous d’une réponse à certaines de ces questions en imaginant un jeu appelé “l‘évolution informationnelle de la vie” en trois actes. Regardons ce que nous apprenons aujourd’hui pour déterminer si nous pouvons décrire un scénario plausible de l’origine de l’univers dans l’acte un de l‘évolution de la vie, de l’esprit et de la culture dans les actes deux et trois. Peut-être notre jeu nous permettra-t-il de saisir la conscience en mouvement.

ACTE UN

L’ORIGINE DE L’UNIVERS ET DE L’INFORMATION

Il y a un certain nombre de siècles, un moine chrétien anonyme a écrit un petit livre appelé “le nuage de l’Inconnaissance.” Pour réaliser la conscience de Dieu, a expliqué le moine, il suffit d’imaginer que l’on s’assoit simplement et tranquillement pour méditer sur un petit nuage d’inconnaissance flottant juste au-dessus de la tête. Pendant que le sujet se concentrerait pour atteindre et percer le mystère de l’inconnu dans le nuage, alors une conscience du mystère de Dieu serait réalisée.

Il est frappant de voir que cette métaphore du nuage est employée par les penseurs contemporains pour suggérer quelque chose sur l’origine et l‘évolution de l’univers par le processus de la “brisure de symétrie.” Si vous vous imaginiez dans un nuage uniforme d’une taille infinie, vous vous rendriez compte que vous êtes désespérément perdu ; partout où vous regarderiez, vous ne verriez que le même champ uniforme de brume sans aucune forme pour vous informer de l’endroit ou vous êtes, pas même de repérage entre le haut et le bas. Les mathématiciens et les physiciens appellent cette homogéneïté totale un état de symétrie; tout est identique – symétrique dans toutes les directions. Rien ne peut même exister dans un univers de symétrie complète où tout est uniformément identique.

Imaginez maintenant que le nuage à l’intérieur duquel vous êtes perdu, est en réalité une vapeur chaude qui se refroidit graduellement. Vous vous rappelez du bouillonnement et des turbulences de l’eau dans la vapeur à cent degrés. Quand votre nuage se refroidit en-dessous de cent degrés et qu’il commence à se transformer en gouttelettes d’eau, il pleut. La symétrie uniforme du nuage a été brisée ; le nuage de vapeur s’est changé en une phase plus organisée entre les molécules que nous appelons eau. Comme la pluie tombe, vous pouvez maintenant savoir la différence entre en le haut et le bas. L’abaissement de la température a

  • 1 brisé la symétrie du nuage, menant
  • 2 à l’organisation des gouttelettes ; de telle sorte que vous pouvez avoir
  • 3 l’information sur la direction de haut en bas.

Quand la température s’abaisse encore plus, au dessous de zéro degré, il y a une autre symétrie qui se brise, menant à une autre transition de phase de l’eau, une nouvelle transformation, la cristallisation: l’eau est organisée en glace solide. En patinant sur la glace solide, vous avez alors énormément plus d’information puisque vous avez maintenant les quatre directions – nord, sud, est et ouest. La brisure de symétrie est accompagnée de nouveau d’une augmentation d’organisation et d’information.

Notre métaphore peut nous aider à comprendre le point de vue de Tom Stonier : matière, énergie et information sont toutes les trois des étapes dans l‘évolution et l’organisation de l’univers. Bien que nous pensions habituellement à l’information comme aspect de l’esprit et de la conscience, la nouvelle vision informationnelle de la physique identifie l’information comme expression de l’organisation de l‘énergie et de la matière dans l‘évolution naturelle de l’univers. Les humains sont des expressions de l‘évolution naturelle de l’organisation de la matière, de l‘énergie et de l’information; ils n’ont pas plus inventé l’information qu’ils n’ont inventé la matière. Si nous pensons aux humains comme “systèmes informationnels évolués”, Stonier (1990) décrit leur évolution depuis l’origine de l’univers – le Big Bang – comme suit.

“les très grands nombres associés à l’improbabilité de survenue des systèmes d’information évolués nous poussent à nous demander comment de tels systèmes ont été possibles. La réponse se situe dans les propriétés récursives des systèmes d’information. Les systèmes organisés montrent des résonances. Les résonances mènent aux oscillations. Les oscillations représentent des cycles synchronisés pendant lesquels des changements peuvent apparaître. De tels changements peuvent amortir ou amplifier les oscillations existantes. Ou bien ils peuvent créer de nouvelles résonances et exciter de nouveaux ensembles d’oscillations. Plus le système est complexe, plus la probabilité de survenue d’un changement dans le système pendant un cycle donné est grande. D’où la croissance exponentielle de l’information.

À la lumière des considérations précédentes, il apparaît clairement que la fig. [1], qui trace le rapport entre l’information et l’entropie, trace également l‘évolution de l’univers : à l’extrême droite – où l’entropie approche l’infini et l’information l‘état zéro – nous avons le Big Bang. Pendant que nous nous déplaçons vers la gauche, la teneur en information de l’univers commence à augmenter, d’abord comme différenciation des 4 forces de la physique – gravitation, forces nucléaires faible et forte, électromagnétisme – puis comme apparition de la matière. Pendant que nous nous déplaçons plus loin vers la gauche, nous voyons l‘évolution de la matière dans les formes de plus en plus complexes. Avant que nous n’approchions l’ordonnée – l‘état d’entropie zéro – les systèmes auto-organisés commencent à apparaître, et lorsque nous entrons dans le quart de cercle supérieur gauche, nous voyons non seulement le développement ultérieur des systèmes auto-organisés plus évolués, mais nous atteignons aussi le royaume des systèmes biologiques. Nous voyons également l’apparition d’un phénomène entièrement nouveau : l’intelligence. La courbe décrivant la croissance de l’information devient de plus en plus raide, reflétant le processus auto-catalytique qui caractérise les systèmes évolués capables non seulement de s’organiser, mais, avec l’augmentation de leur efficacité, de contrôler aussi leur environnement…

Les formes de vie primitives et archaïques dépendent de l’existence antérieure de molécules complexes, combinaisons dérivées de molécules plus simples, qui elles-mêmes ont résulté des forces assemblant les atomes, qui à leur tour ont été constitués par les forces intra-atomiques réunissant les particules fondamentales en nucléons. La complexité utilise la complexité préexistante pour réaliser des degrés plus élevés de complexité, accumulant une quantité croissante d’information dans l’évolution des systèmes ad infinitum. Elle a commencé par l‘état zéro de l’information du Big Bang : d’abord les forces physiques fondamentales, puis la différenciation de la matière ; le processus de l‘évolution avait commencé. La croissance exponentielle de l’information était inévitable.

L’improbabilité s’est ensuite nourrie de l’improbabilité existante. On ne commence pas par une information nulle pour avoir un singe qui, tapant au hasard sur un clavier réussit à écrire “Hamlet.” On a plutôt un système d’information fortement évolué appelé William Shakespeare, qui a baigné dans une culture informationnelle évoluée et a, en temps opportun, ajouté davantage d’information pendant que l’univers faisait un cycle de plus.

Le concept d’une augmentation de l’information de l’univers au cours de son évolution est en opposition avec l’idée que l’augmentation de l’entropie mènera inévitablement à la “mort thermodynamique” de l’univers (pp 70-72).”

Le concept de Stonier d’un univers qui évolue dans la complexité et l’information par opposition à l’idée pessimiste traditionnelle de sa «mort thermo-dynamique» certaine par manque d‘énergie, est entièrement en accord avec les concepts récents de la physique, brillamment développés, et d’une façon accessible au lecteur profane, dans un volume récent sur la nouvelle physique édité par Paul Davies [ voir également la “conscience et nouvelles Psychologies Quantiques” dans perspectives psychologiques, 1988 ]. Beaucoup de cosmologues croient maintenant que l’origine de l’univers à partir du Big Bang était l’expression “d’un flux quantique probabiliste” qui a provoqué des ondes, des résonances et des oscillations qui composent le monde comme nous le percevons (cf “la nature de l’onde de la conscience” dans perspectives psychologiques, printemps 1991). La poussée créatrice dans les développements actuels de la physique et des mathématiques, est partie de l’approche réductrice et analytique du passé vers une compréhension de la façon dont les systèmes de synthèse de la vie, de l’intelligence et de la conscience se sont auto-créés par le processus encore mystérieux de l’autocatalyse. L’autocatalyse arrive maintenant à l‘étape centrale dans l’acte deux de notre jeu pendant que nous cherchons à comprendre l’origine et l‘évolution de la vie elle-même.

BigBangSelf
Figure 1.
(Source: http://www.ernestrossi.com/images/BigBangSelf.gif)

L‘évolution de l’univers du Big Bang au Soi selon le modèle mathématique de Tom Stonier (diagramme dans le rectangle jaune supérieur).

ACTE DEUX

L’ AUTOCATALYSE ET LA CO-EVOLUTION DE LA VIE

Il y a quelques générations, le concept de la rétroaction était le nouveau principe découvert qui expliquait comment toutes les formes de vie et les systèmes de vie artificielle pouvaient se réguler pour réaliser l’homéostasie – un état d‘équilibre. Des êtres humains – avec toute leur complexité – aux machines simples – comme le thermostat qui règle la chaleur dans votre maison – le principe et le mécanisme de la « rétroaction négative» ont été employés pour garder une température ou un état constant d’homéostasie même lorsque l’environnement changeait. Cette rétroaction est qualifiée de “négative” parce qu’elle s’oppose à n’importe quelle tendance qui tenterait de changer l‘état d‘équilibre que vous voulez garder. Les mécanismes de rétroaction négative maintiennent l’homéostasie – elle est littéralement un moyen de conserver le même état – pour maintenir une température constante dans votre maison ou pour maintenir votre volume de sang constant dans votre corps ou même maintenir votre conscience dans certaines limites mentales. Ceci est d’une importance fondamentale pour l‘équilibre essentiel de la vie à un certain niveau, c’est certain, mais la vie est certainement plus que la simple conservation des états précédemment établis et de leurs limites ! Ce qui nous intéresse vraiment aujourd’hui dans les systèmes vivants, c’est de savoir comment ils se créent, changent et évoluent au delà de leurs limites antérieures. Le nouveau principe qui explique ce processus dynamique est l’autocatalyse: comment les systèmes à tous les niveaux du moléculaire et génétique au psychologique utilisent le “positif” aussi bien que la rétroaction négative d’une manière aboutissant à une autre évolution de leur contenu organisationnel, de complexité et d’information. L’“autocatalyse” est un nouveau nom qui émerge pour décrire la dynamique sous-jacente qui s’appelle typiquement le “développement” dans la biologie et l’“individuation” en psychologie archétypale de C. G. Jung. L’avantage de ce nouveau nom est qu’il réunit les sciences précédemment séparées de la physique et de la chimie avec les processus évolutionnaires qui sont essentiels dans la biologie, la psychologie, la culture et les sciences humaines, grâce au nouveau langage mathématique de la théorie du chaos [ voir la section spéciale sur “les nouvelles maths de la psychologie archétypale” dans les perspectives psychologiques du printemps 89]. Des idées récentes sur l’origine autocatalytique de la vie ont été convenablement décrites par Lynn Margulis et Dorion Sagan dans leur Microcosmos : Quatre milliards d’années d‘évolution microbienne qui est une introduction fascinante à ce domaine.

“les étangs, les lacs, et les mers chaudes et peu profondes du monde naissant, pendant qu’ils étaient exposées aux cycles de la chaleur, de la lumière, de l’obscurité froide, des UV, de l’évaporation et de la pluie, ont hébergé les ingrédients chimiques de toute une gamme d‘états d‘énergie. Les combinaisons des molécules formées, se sont brassées sans cesse, déconstruites et reconstruites, leurs liens moléculaires forgés par l’absorption l‘énergie constante de la lumière du soleil. Pendant que les divers micro-environnements de la Terre évoluaient vers des états plus stables, des chaînes plus complexes de molécules se sont formées, et sont demeurées intactes pendant de plus longues périodes. Les acides aminés, les nucléotides, et les sucres simples ont pu former et rester en solution ensemble. Même le triphosphate d’adénosine, une molécule employée par toutes les cellules vivantes sans exception comme vecteur d‘énergie, aurait pu se former par l’union de l’adénine avec du ribose (un sucre avec 5 atomes de carbone) et trois groupes de phosphate.

Quelques molécules se sont avérées être des catalyseurs : propriété qui les rendait plus aptes et plus rapides que d’autres molécules pour s’assembler ou se dédoubler sans être elles-mêmes détruites. Les catalyseurs étaient importants avant l’apparition de la vie parce qu’ils ont oeuvré contre l’aspect aléatoire, pour produire de l’ordre et des modèles dans les processus chimiques. Certaines de ces réactions autocatalytiques “mortes” forment un modèle dont la complexité croissante avec le temps est une réminiscence de la vie. A partir de calculs théoriques et d’expériences en laboratoire, on a suggéré qu’une interaction de deux cycles autocatalytiques ou plus, pourrait avoir produit un “hypercycle.” Quelques scientifiques soutiennent la théorie que de tels composés de catalyse “sont entrés en compétition” pour devenir des éléments dans les environnements, limitant de ce fait leur existence automatiquement. Mais l’idée fondamentale de l’hypercycle est tout à fait à l’opposé. Loin de se détruire dans un combat pour la survie chimique, l’auto-organisation a assemblé des composants de façon complémentaire, pour produire finalement des structures auto-réplicantes, premières formes de vie. Ces processus cycliques ont formé la base non seulement des premières cellules mais de toutes les innombrables structures basées sur les cellules et ce qu’elles ont produit ensuite…

Les expériences pré-biotiques de la nature avec de longues chaînes d’hydrocarbure créaient des composés qui auraient pu encapsuler une gouttelette d’eau environnante et son contenu tout en permettant le mouvement d’autres produits chimiques au dedans et au dehors de cet espace clos. C‘était la membrane sémi-perméable, une sorte de porte molle qui a permis l’entrée de quelques produits chimiques tout en l’interdisant à d’autres (pp 52-54).

La formation de ces membranes semi-perméables était l‘étape cruciale qui a rendu possible l’apparition des premières cellules vivantes. L’espace concentré dans ces cellules a facilité le processus d’autocatalyse par lequel les molécules de codage de la vie: l’ARN, l’ADN et des protéines d’une complexité toujours plus grande ont pu se synthétiser elles-mêmes et se repliquer. Les mots exacts de Margulis et de Sagan : “…les composants auto-organisés se sont complétés les uns les autres pour finalement produire des structures réplicantes ébauchant les premières formes de vie” a des résonances intéressantes à beaucoup de niveaux, de la physique quantique à la psychologie. Niels Bohr a utilisé le mot complémentarité pour décrire les paradoxes de la nature à la fois ondulatoire et corpusculaire des particules élémentaires, et Carl Jung a employé le même terme pour décrire la dynamique de notre vie mentale (par exemple, l‘équilibre entre les fonctions du Conscient et de l’Inconscient) et des rapports personnels (par exemple la complémentarité entre le masculin et le féminin). Il peut y avoir plus que de la coïncidence dans cette utilisation étendue de la complémentarité pour décrire des processus fondamentaux à tant de niveaux dans tant de sciences. La complémentarité semble être un processus “archétypal” menant à l‘évolution des systèmes informationnels complexes qui actuellement sont étudiés avec les nouvelles mathématiques de la théorie du chaos et des fractales [ voir les “archétypes en tant qu’attracteurs étranges” dans les perspectives psychologiques de printemps 89].

Lynn Margulis, qui est professeur de biologie à l’université du Massachusetts à Amherst, a apporté des contributions exceptionnelles à la nouvelle vision co-évolutionniste de l’origine des espèces. Le concept de Darwin de la sélection naturelle soutient que l‘évolution procèdent par la “survie du plus adapté.” La compétition était la clef expliquant que certains patrimoines génétiques et formes de vie aient survécu et “ont été par la suite sélectionnés” comme nouvelles espèces dans un environnement aux ressources limitées, toujours changeant. Darwin ne peut pas être blâmé pour ça, naturellement, mais une généralisation abusive de cette vision de la nature comme “croc et griffe impitoyables” dans la civilisation occidentale, a été employée pour justifier des philosophies sociales et politiques néfastes, ainsi qu’une politique à court terme de spoliation de nos ressources planétaires.

La nouvelle vision co-évolutionniste complète la compétition darwinienne avec une appréciation plus profonde des processus coopératifs qui étaient fondamentaux dans l’origine de la vie et l‘évolution des espèces. Suivant des voies frayées — mais dans l’ombre — par quelques biologistes méconnus du siècle dernier, Lynn Margulis a amassé des données sur l’origine symbiotique et l’évolution continuelle de toutes les formes de vie. Pour survivre, les nombreuses variétés de ces premières cellules élémentaires se sont lancées, il y a quatre milliards d’années, dans une compétition continuelle et intense pour la nourriture. Mais dans leur rapidité pour se dévorer les unes les autres, certaines d’entre elles ont fini par avoir mal à l’estomac. De temps en temps, le processus de la digestion a échoué et mangeur et mangé se sont retrouvés fusionnés, d’une manière qui les a amené à un compromis mesquin, où ils ont dû apprendre à vivre ensemble pour la survie mutuelle. Par la suite, certains de ces associés obligatoires ont appris à partager leurs gènes dans un rapport symbiotique. Symbiose qui a eu de plus grandes chances de survie que l’un ou l’autre des associés pris isolément. Margulis et Sagan le décrivent comme “… mêmes vieilles rengaines de méchants conflits, de compromis, puis d’association finale du vainqueur et du vaincu.”

Alors que plusieurs des idées de Margulis restent controversées, comme l’origine du mouvement et de l‘évolution du cerveau lui-même dans l’union symbiotique entre les spirochètes (ces longs micro-organismes qui se déplacent d’une façon hélicoïdale) et les procaryotes primitifs (cellules sans noyau et sans mouvement), beaucoup de ces premiers résultats sont maintenant acceptés et peuvent être trouvés dans des manuels de référence en biologie. Dans un volume récemment édité et considéré comme sérieux sur la symbiose comme source d’innovation évolutionnaire, beaucoup de chercheurs de réputation internationale fournissent quantité d’écrits importants pour la compréhension des processus co-évolutionnaires, toujours à l’œuvre aujourd’hui. Ces études donnent un éclairage approfondi de la dynamique de beaucoup de formes de maladies organiques, où les virus envahissants, les bactéries et leurs hôtes humains, par exemple, se détruisent ou passent par “… les mêmes vieilles rengaines de conflits méchants, compromission, et d’association finale du vainqueur et du vaincu.” A un autre niveau, la recherche de Margulis forme un noyau de documentations scientifiques en faveur de l’hypothèse Gaia de Lovelock : notre planète peut être considérée comme vivante – un super-organisme autopoiétique vivant qui a évolué dans un rapport symbiotique avec l’univers.

Les connotations positives du terme “symbiose” pour décrire une première étape de l‘évolution de tous les systèmes vivants plus évolués est en contraste important avec l’utilisation de la symbiose comme terme péjoratif en psychologie, où il désigne habituellement la façon dont deux personnes ou plus sont restées trop dépendantes l’une de l’autre trop longtemps (voir notre entrevue avec Aniela Jaffe). Nous pouvons réconcilier ces deux manières différentes d’employer le même terme quand nous nous rappelons qu’il est parfaitement sain quand il concerne le rapport symbiotique du foetus et de la mère. Terme toujours valable pour préciser que la mère et l’enfant en bas âge sont dans une proximité symbiotique pendant un certain temps. Comme l’enfant en bas âge se développe en enfant et en adolescent, nous comptons par la suite que sa complexité évolutive le mènera à un processus d’individuation qui lui permettra de devenir un adulte psychologiquement mûr. Ce processus de maturation est gêné et même parfois interrompu quand les individus comme les sociétés entières se coincent quelque part le long “… des mêmes vieilles rengaines de méchants conflits, compromission, et association finale du vainqueur et du vaincu.”

Il doit y avoir une leçon dans tout ceci, menant à une compréhension philosophique, psychologique et pratique profonde concernant la condition humaine. Les processus symbiotiques et co-évolutionnaires sont essentiels dans la dynamique auto-générative de la vie vers une richesse croissante de complexité, d’organisation et d’information comme illustrée dans notre schéma de l‘évolution de l’univers du Big Bang au Soi. La courbe ascendante d’accélération de Stonier de la complexité informationnelle implique que nous soyons dirigés vers les futurs développements évolutionnaires de la matière, de l’esprit et de l’information que nous arrivons à peine à seulement entrevoir actuellement. J’ai placé le “point Omega” au dessus de la courbe avec “le nuage de l’Ignorance” parce qu’il me rappelle les spéculations spirituelles de Teilhard de Chardin au sujet de notre destin humain final. Dans une perspective psychologique, nous pourrions aussi bien employer le concept de Jung d’individuation et d‘évolution du Soi pour ce destin apparent. Stonier anticipe qu’une symbiose entre intelligence humaine et ordinateur est la prochaine étape qui est déjà en nous, vu la manière dont nos enfants acceptent “des rapports personnels” avec ces machines à apprendre. Ceci mène inévitablement à l’acte trois de notre jeu où nous ferons quelques spéculations sur cette évolution continue des gènes et des mèmes dans la culture.

ACTE TROIS

GÈNES, MÈMES ET CULTURE

Nos deux premiers actes ont présenté l‘évolution de la matière, de l‘énergie et de l’information du Big Bang à l’organisation progressive des premières cellules vivantes et au développement co-évolutionnaire des humains avec Gaia. Mais dire que nous sommes simplement des bipèdes multicellulaires qui marchent et qui parlent en exprimant de l’information, ne semble pas vraiment apporter quelque chose de nouveau sur la nature humaine. Une nouvelle perspective est apparue avec Richard Dawkins dans son livre provocateur et brillant le gène égoïste. Dawkins voit une analogie entre le genre d’information biologique codé dans nos gènes et le genre d’information codé dans nos esprits, qu’il appelle des “mèmes.” Les mèmes commencent maintenant à évoluer dans la soupe de la culture humaine, exactement comme les gènes commençaient à évoluer dans les pools génétiques biologiques sur la terre il y a quatre milliards d’années.

« La nouvelle soupe est la soupe de la culture humaine. Nous avons besoin d’un nom pour le nouveau réplicateur, un nom qui donne l’idée d’une unité de transmission culturelle, ou une unité d’imitation. “Mimeme” vient d’une racine grecque appropriée, mais je veux un monosyllabe pour que cela retentisse un peu comme le “gène.” J’espère que mes amis des lettres classiques me pardonneront si j’abrège le mimeme en mème. Si ça peut les consoler, ils pourraient le considérer comme étant lié à la “mémoire,” ou mot français même. Il devrait être prononcé, pour s’en différencier, comme “cream.”

Les exemples des mèmes sont des airs, des idées, des expressions toutes faites, les modes vestimentaires, les manières de faire des pots ou des voûtes de bâtiment. Juste comme les gènes se propagent dans le patrimoine héréditaire en sautant de corps en corps par l’intermédiaire du sperme ou des oeufs, les mèmes se propagent dans le pool mémétique en sautant de cerveau en cerveau par l’intermédiaire d’un processus qui, au sens large, peut s’appeler imitation. Si un scientifique entend ou lit une bonne idée, il la passe à ses collègues et à ses étudiants. Il la mentionne dans ses articles et ses conférences. Si l’idée se propage, on peut dire qu’elle se propage de cerveau en cerveau. Comme mon collègue N. K. Humphrey l’a résumé d’une manière claire au début d’un chapitre : “… les mèmes devraient être considérés comme des structures vivantes, pas simplement métaphoriquement mais techniquement. Quand vous implantez un mème fécond dans mon esprit, vous parasitez littéralement mon cerveau, qui devient un véhicule de propagation des mèmes, exactement de la même manière qu’un virus peut parasiter le mécanisme génétique de sa cellule hôte. Et ce n’est pas juste une manière de parler – le mème « croyance dans la vie après la mort » est actuellement réalisé physiquement, des millions de fois, comme une structure dans les systèmes nerveux d’un grand nombre d’individus dans le monde.”

Considérons l’idée de Dieu. Nous ne savons pas quand elle a surgi dans le pool mémétique. Elle est survenue probablement beaucoup de fois par “mutation indépendante.” De toute façon, ce mème est très vieux. Comment se réplique-t-il ? Par le mot parlé et écrit, facilité par la grande musique et le grand art. Pourquoi a-t-il une valeur de survie si élevée? Rappelez-vous que la “valeur de survie” ici n’est pas une valeur moyenne pour un gène dans un pool génétique, mais une valeur pour un mème dans un pool mémétique. En réalité, la question est : Qu’est-ce qui donne à l’idée d’un dieu sa stabilité et sa pénétrance dans l’environnement culturel ? La valeur de survie du mème « dieu » dans le pool mémétique résulte de son grand impact psychologique. Ce mème fournit une réponse superficiellement plausible à des questions profondément préoccupantes au sujet de l’existence. Il suggère que des injustices en ce monde pourraient être corrigées un jour. “Les bras éternels” amortissent nos propres défaillances qui, comme le placebo d’un docteur, est néanmoins efficace bien qu’étant imaginaire. Ce sont certaines des raisons pour lesquelles l’idée de Dieu est copiée tellement aisément par les générations successives de différents cerveaux. Dieu existe, ne fût-ce que sous forme de mème, avec une valeur élevée de survie, ou de puissance contagieuse, dans l’environnement fourni par la culture humaine.

Certains de mes collègues m’ont fait remarqué que cette prise en compte de la valeur de survie du mème « Dieu » esquive la question de l’existence de Dieu. En dernière analyse, ils souhaitent toujours revenir “à l’avantage biologique.” Il ne leur semble pas utile de dire que l’idée d’un dieu a un “grand impact psychologique.” Ils veulent savoir pourquoi il a un grand impact psychologique. Les moyens d’impact psychologique font appel aux cerveaux, et les cerveaux sont formés par la sélection naturelle des gènes dans le pool génétique. Ils veulent trouver de quelle façon avoir un cerveau améliore la survie des gènes (pp 192-193).

Il est difficile de croire qu’un auteur aussi instruit que Richard Dawkins ne se rende pas compte que son concept de mème est une redécouverte du concept d’archétype d’abord décrit par Platon et plus récemment élaboré par Jung qui le décrit ainsi :

« Le terme “archétype” apparait dès Philo Judeaus, en référence à l’imago Dei (image de Dieu) chez l’homme. On peut également le trouver dans Irenaeus, qui dit : “le créateur du monde n’a pas sorti ces choses directement de lui-même mais les a copiées à partir d’archétypes en dehors de lui. » … Pour notre propos, ce mot est juste et utile, parce qu’il nous indique que tant que les contenus de l’Inconscient Collectif sont concernés, nous traitons des types archaïques ou — je dirais — primordiaux, c’est-à-dire des images universelles qui ont existé depuis les temps les plus anciens. L’expression “représentations collectives” employé par Lévy-Brühl pour parler des figures symboliques dans la vision primitive du monde, pourrait facilement être appliquée à la vision primitive inconsciente du monde et pourrait tout aussi facilement être appliquée au contenu inconscient, puisqu’elle signifie pratiquement la même chose. Le savoir tribal primitif est concerné par des archétypes qui ont été modifiés d’une manière spéciale. Ils ne sont plus des contenus inconscients, mais ont été déjà changés en formules conscientes enseignées selon la tradition, généralement sous forme d’enseignement ésotérique. Ce dernier est un moyen d’expression typique pour la transmission de contenus collectifs dérivés, à l’origine, de l’Inconscient.

Une autre expression bien connue des archétypes est le mythe ou le conte. Mais ici aussi, nous traitons des formes qui ont reçu une empreinte spécifique et ont été transmises durant de longues périodes… En particulier, aux niveaux les plus élevés de l’enseignement ésotérique, les archétypes apparaissent sous une forme qui indique de façon tout à fait infaillible l’influence critique et évaluatrice de l‘élaboration consciente. Leur manifestation immédiate, comme nous la rencontrons dans les rêves et les visions, est beaucoup plus individuelle, moins compréhensible, et plus naïve que dans les mythes, par exemple. L’archétype est essentiellement un contenu inconscient qui s’est changé en devenant conscient et perçu, et il prend sa couleur à partir de la conscience individuelle dans laquelle il advient à apparaître (pp 5-6).

« … il y a une bonne raison de supposer que les archétypes sont les images inconscientes pour les instincts eux-mêmes, en d’autres termes, ce sont des modes de comportement instinctif (p. 44).

L’archétype an sich, comme je l’ai expliqué ailleurs, est un facteur “non-représentable”, une “disposition” : ce qui commence à fonctionner à un moment donné dans le développement de l’esprit humain et organise le matériel conscient dans des modèles pré-définis… Plus l’archétype sera constellé clairement, plus puissante sera la fascination qu’il exerce, et les déclarations religieuses qui en résulteront le formuleront en conséquence, comme quelque chose de“démoniaque” ou de “divin”. De tels déclarations indiquent la possession par un archétype. Les idées sous-jacentes sont nécessairement anthropomorphes et sont de ce fait distinguées de l’archétype organisateur, qui lui-même est irreprésentable parce qu’inconscient. »6 (pp 148-151) [ italiques ajoutés par Rossi ]

Il est évident que Jung emploie le concept d’archétype pour conceptualiser un processus d’organisation primordial dans la nature à tous les niveaux, des modes de comportement instinctifs et biologiques au démoniaque et au divin dans l’expérience humaine. Ce que l’idée de Dawkins du mème ajoute au concept d’archétype est une association avec le gène biologique, l’essence d’une nouvelle vision informationnelle de la nature de la vie. Cette adjonction aide à combler la brèche entre l’esprit et la matière qui a sapé la pensée occidentale depuis la période de Descartes. Depuis, la dynamique des gènes et des mèmes peut être étudiée expérimentalement et conceptualisée par le langage des mathématiques, la vision de Dawkins tient sa promesse de développer une nouvelle science empirique de la psychologie archétypale. De même que Jung a importé le concept d’archétype de la philosophie pour l’adapter à la psychologie, Dawkins et Stonier fournissent la base théorique qui permet d’intégrer la vision psychologique de l’archétype dans la vision organisationnelle du physique et du biologique, comme expressions de l’information. Nous pouvons maintenant comprendre rétrospectivement que le concept de l’archétype lui-même, dans son développement depuis Platon, en passant par Jung, a été un effort cohérent pour décrire l’organisation et la dynamique de la vie, de l’esprit et de l’univers. Cette activité organisatrice de l’archétype sur l‘évolution de l’information, trouve une de ses plus récentes expressions dans la beauté des images produites par les ordinateurs, beauté numérique ressemblant aux mandalas, utilisant les nouvelles mathématiques non linéaires de la théorie des fractales.

La vision de Stonier sur l‘évolution, au travers de notre concept de l’essence de la nature dans la physique et la biologie, de la matière et de l‘énergie à l’information apporte ainsi une signification profonde à la compréhension du développement humain. Aussi longtemps que nous avons cru que l’essence de l’univers était la matière, nous pouvions seulement décrire l’organisation visible de la vie comme une sorte d’empreinte spéciale, un arché-type ou “modèle fixe” originel, qui risquait toujours d‘être perdu dans la génération suivante. Or cette vision était dangereuse parce qu’elle pouvait être employée pour justifier toutes sortes d’attitudes rigides et draconiennes sur ce qui était considéré comme “normal” : pensée normative en psychologie, structuralisme en sociologie et fondamentalisme dans la pensée théologique. L’idée de la matière en tant qu’essence de l’univers et impression comme expression de la vie était dangereuse parce qu’elle pouvait entraver nos processus naturels de développement à tous les niveaux.

Quand notre compréhension de l’essence de la nature s’est déplacée de la matière à l‘énergie comme elle l’a fait avec le développement de la mécanique statistique et de la thermodynamique aux dix-huitième et dix-neuvième siècles, plus de flexibilité est apparue dans nos représentations de l’univers et de la condition humaine. L’archétype est devenu une force d’activation dynamique permettant l’organisation de la matière inanimée, de sorte que nous avons pu comprendre le mouvement comme expression des forces, l‘énergie en physique, le vitalisme en biologie et le développement en psychologie. Le problème avec ce point de vue énergétique était que finalement, selon la deuxième loi de la thermodynamique, l’univers finirait par manquer d‘énergie et terminerait sa course dans une “mort thermique.” C‘était une vue dépressive qui pouvait être employée pour justifier un certain sens de la futilité au sujet de la signification de la vie et de la survie. Cette vision cynique de la survie, philosophiquement correcte au cours des dix-neuvième et vingtième siècles, a mené à la destruction insouciante de Gaia.

Pendant que nous nous déplaçons maintenant de la matière et de l‘énergie à l’idée d’information comme essence de l’univers, de la nature et de l‘évolution de l‘être et de la conscience, nous ouvrons un énorme et nouveau potentiel pour améliorer la condition humaine. Des formes plus évoluées de la vie sont maintenant comprises comme étant possibles seulement si l‘étape de la coopération vient compléter le processus de la co-évolution. La “survie du plus adapté” est seulement une première partie du processus co-évolutionnaire qui rend des formes de vie plus évoluées possibles. Nous avons maintenant une compréhension de l’archétypal comme processus autocatalytique d’une dynamique non linéaire qui produit une infinité d’expressions toujours plus complexes et individualisées dans la physique, la biologie, la psychologie et la culture. Aucun individu n’est jamais semblable à un autre. Psychologie humaine et systèmes sociaux ont besoin de liberté pour évoluer vers des solutions toujours plus créatrices face aux situations toujours plus complexes dans lesquels ils se trouvent.

Des approches pour faciliter l’accès à cette potentialité évolutive infinie sont bien représentées dans cette émission des perspectives psychologiques. Notre entrevue avec la défunte Aniela Jaffe clarifie comment la liberté individuelle permettant à chacun de développer son propre chemin unique jusqu’à l’individuation était l’essence de l’approche de Jung en psychothérapie. L’approche d’Emily Conrad à ce mouvement thérapeutique illustre comment briser la routine et les habitudes qui engourdissent l’esprit pour éprouver une unité avec la fraîcheur spontanée de nos possibilités évolutives toujours présentes dans la vie de tous les jours. Sam Keen a insisté sur l’émergence de ce même idéal dans la conscience des hommes dans les groupes qu’il mène, en cassant les vieux stéréotypes sur la façon dont nous devrions nous comporter, en élargissant nos concepts sur ce que signifie être masculin ou féminin.

Tout ceci nous aide-t-il à répondre à la question éternelle « qu’est-ce que la vie ? » Et bien pas vraiment dans le sens d’une définition ultime, naturellement, mais ces réflexions proposent des recoupements entre la façon dont nous pensons aujourd’hui et la façon la plus pertinente dont nous pourrions étudier la culture dans une perspective plus profonde. Pour Stonier, il y a eu une évolution dans notre concept sur l’essence de la nature en physique et en biologie depuis la matière et l’énergie jusqu’à l’information. Leur dénominateur commun est un effort pour comprendre l‘évolution de l’organisation dans la nature et nous-mêmes : c’est le même processus d’organisation qui s’est appelé “archétypal” dans la philosophie antique et la psychologie moderne – que l’on retrouve comme activité organisatrice appelée de nos jours “traitement de l’information” dans les réseaux informatiques qui forment notre culture globale évolutive. L’information est-elle ainsi le concept final permettant la compréhension de la vie? Certainement pas ! Tom Stonier a écrit un nouveau livre au delà de l’information, dont la publication est prévue par Springer-Verlag cet été. Je suis impatient de le lire.

Source : hy33.free.fr/fl/RossiVie.doc

Ernest Rossi – publié dans Perspectives Psychologiques, 26, 6-22 –1992

Traduction de la page : http://www.ernestrossi.com/what_is_life.htm

Références

Dawkins, R. (1989). The Selfish Gene. New Edition, Oxford Press.

Fester, R. (Ed.) (1991). Symbiosis as a Source of Evolutionary Innovation. Cambridge, Massachusetts: MIT Press.

Jung, C. (1916/1960). The Transcendent Function. The Structure and Dynamics of the Psyche. The Collected Works of C. G. Jung. Vol. 9(1), Princeton: Princeton University Press, 67-91.

Jung, C. (1958). Psychology and Religion. The Collected Works of C. G. Jung. Vol. 11. Princeton: Princeton University Press.

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Stonier, T. (1990). Information and the Internal Structure of the Universe. New York: Springer-Verlag

J’ai fondé ma cause sur rien

Le divin est la cause de Dieu, l’humain est la cause de l’homme. Ma cause n’est ni le divin ni l’humain, ni le Vrai, ni le Bon, ni le Juste, ni le Libre etc… mais seulement le Mien; elle n’est pas générale, mais … Unique, comme Je suis unique.
Pour Moi, il n’est rien au-dessus de Moi!

La vraie famille de l’Homme, ce sont ses idées, et la matière et l‘énergie qui leur servent de support et les transportent, ce sont les systèmes nerveux de tous les hommes qui à travers tous les âges se trouveront informés par elles. Alors, notre chair peut bien mourir, l’information demeure, véhiculée par la chair de ceux qui l’ont accueillie et la transmettent en l’enrichissant, de génération en génération.

L’Homme est un être de désir. Le travail ne peut qu’assouvir des besoins. Rares sont les privilégiés qui réussissent à satisfaire les seconds en répondant au premier. Ceux-là ne travaillent jamais.

Henri Laborit, Eloge de la fuite, folio essais.

***

J’ai fondé ma cause sur rien

Qu’est-ce qui ne devrait encore être Ma cause ?! Tout d’abord la bonne cause, puis celle de Dieu, celle du genre humain, de la vérité, la cause de la liberté, de l’humanité, de la justice; ensuite, la cause de Mon peuple, de Mon prince, de Ma patrie, enfin celle de l’esprit et mille autres avec elle. Seule Ma cause ne doit jamais être Ma cause : maudit soit l‘égoïste qui ne pense qu‘à lui!.

Vous ne laissez pas de rapporter bien des choses profondes sur Dieu, vous avez des siècles durant sondé les profondeurs de la divinité et connaissez son coeur, aussi vous direz-Nous sans doute comment Dieu lui-même se comporte avec la cause de Dieu, que nous sommes appelés à servir, ne voulant pas aussi Nous dissimuler le comportement du Seigneur ? Mais quelle est donc sa cause ? A-t-il fait sienne, comme on l’exige de Nous, une cause étrangère, celle de la vérité ou de l’amour? Cette incompréhension vous indigne et vous Nous démontrez que si la cause de Dieu est bien celle de la vérité et de l’amour, elle ne saurait lui être dite étrangère, puisqu’il est lui-même amour et vérité; pareillement vous indigne la supposition que Dieu puisse être comparé aux pauvres vermisseaux que Nous sommes, en ce qu’il ferait sienne une cause étrangère. Dieu, se charger de la cause de la vérité? Comme si il n‘était pas lui-même la vérité! Il n’a souci que de sa cause, mais comme il est tout dans tout, tout est aussi bien sa cause; Nous, en revanche, qui ne sommes pas tout dans tout, notre cause est bien petite et méprisable : c’est pourquoi nous devons servir une cause plus haute. Soit, mais il est maintenant clair que Dieu ne se soucie que de sa cause, n’a cure que de lui-même, ne pense qu‘à lui, ne voit que lui. Malheur à tout ce qui ne lui plait point! Il ne sert aucune puissance supérieure et ne satisfait que lui-même. Sa cause n’est autre… que purement égoïste.
Qu’en est-il maintenant du genre humain, dont Nous devons faire nôtre la cause ? Sa cause serait-elle celle d’un autre et servirait-elle une cause supérieure? Non, le genre humain ne voit que lui, ne veut que ce qui le favorise, est à lui-même sa propre cause. Pour pouvoir se développer, il faut s‘échiner à son service peuples et individus et, à peine ont-ils accompli ce dont il avait besoin qu’il les rejette au tas de fumier de l’Histoire. La cause du genre humain n’est-elle pas… purement égoïste ?
Point n’est besoin que je démontre à chacun de ceux qui voudraient Nous remettre leur cause, qu’ils n’ont en vue qu’eux-mêmes et non pas nous, leur propre bien et non pas le nôtre. Il n’est que de prendre les autres un à un: la vérité, la liberté, l’humanité, la justice veulent-elles autre chose que votre enthousiasme et vos services ?
Tous trouvent éminemment leur compte à ce que les hommages les plus zélés leur soient rendus. Considérez un instant le peuple, que protègent de dévoués patriotes. Ceux-ci tombent en de sanglantes batailles, ou bien victimes de la faim ou de la misère. Le peuple s’en inquiète-t-il seulement ? Ne devient-il pas un peuples florissant grâce à l’engrais de leurs cadavres ? Les individus sont morts pour la grande cause du peuple, le peuple leur consacre quelques mots de remerciement et… tire profit d’eux. Voilà bien ce que je nomme un égoïsme lucratif!
Mais voyez ce sultan, débordant de soins et d’affection pour les siens: n’est-il pas le désintéressemeent même, se sacrifiant à toute heure pour eux ? Certes oui, pour les siens! Mais tente donc un jour de ne pas te donner pour sien, mais pour Toi-même: Tu connaîtras le cachot, pour t‘être dérobé à son égoïsme. Le sultan n’a fondé sa cause sur rien d’autre que sur lui-même: il est pour lui tout dans tout, l’Unique, et ne tolère quiconque ose ne pas être des siens.
Tous ces exemples lumineux ne suffisent-ils pas à vous enseigner que l’Egoïste a la meilleure part ? Ce sont, en ce qui Me concerne, autant de leçons pour Moi et je préfère, au lieu de continuer à servir avec désintéressement ces grands égoïstes, être moi-même l’Egoïste.
Dieu et le genre humain ont fondé leur cause sur rien, sur rien d’autre qu’eux-mêmes. Je fonderai également ma cause sur Moi-même, qui suis tout autant que Dieu le rien de tous les autres, qui suis Mon tout, qui suis l’Unique.
Si Dieu, si le genre humain ont, comme vous l’assurez, assez de fonds en eux pour être pour eux-mêmes tout dans tout, il M’en manquera, je le sens, encore bien moins et je n’aurai pas à porter plainte contre ma vacuité. Car Mon rien n’est pas vacuité, mais le Rien créateur, le Rien à partir duquel Je crée tout moi-même, en tant que créateur.
Au diable donc toute cause, qui n’est purement et pleinement la Mienne! Vous estimez que Ma cause doit au moins être la bonne ? Bonne, mauvaise, qu’est-ce à dire? Je suis moi-même Ma cause et Je ne suis ni bon ni mauvais: pour Moi, ces deux mots n’ont pas de sens.
Le divin est la cause de Dieu, l’humain est la cause de l’homme. Ma cause n’est ni le divin ni l’humain, ni le Vrai, ni le Bon, ni le Juste, ni le Libre etc… mais seulement le Mien; elle n’est pas générale, mais … Unique, comme Je suis unique.
Pour Moi, il n’est rien au-dessus de Moi!

Max Stirner, L’unique et sa propriété, L’Age d’Homme.

L’idéologie des écologistes nuit à la santé de la Terre.

La machine est lancée et l’inertie du système est telle qu’on ne peut pas renverser la tendance du jour au lendemain — Même si l’on arrêtait sur le champ toute émission de dioxyde de carbone, la Terre ne refroidirait pas — Le remède serait même pire que le mal — La chaleur augmenterait encore plus vite car les aérosols produits en même temps que le dioxyde de carbone et qui nous protège de la lumière du soleil retomberaient en moins de deux semaines — La température grimperait immédiatement de deux à trois degrés. Quoi que nous fassions, nous sommes dans de sales draps.

Enjeux-Les Echos – Il y a quarante ans, vous lanciez “l’Hypothèse Gaia” postulant que la Terre est un organisme vivant autorégulé. Cette théorie a été très mal reçue à l‘époque. Qu’en est-il aujourd’hui?

James Lovelock – L’Hypothèse Gaia contenait une dizaine de prédictions qui toutes ont été vérifiées, au point que cette théorie est devenue un champ de recherche à part entière labellisé sciences du système Terre. Il est désormais accepté que la Terre forme un système qui s’autorégule et que la réponse biologique de ses différentes composantes aux conditions qui leur sont faites affecte l‘état général de la planète. En fait, les scientifiques ont surtout été déconcertés par “Gaia”, la dénomination que j’ai donnée à cette idée et qui m’avait été soufflée par l‘écrivain William Golding. Les plus hostiles ont été les biologistes. Pour eux, la Terre ne pouvait être un organisme vivant, car cela aurait contredit les règles darwiniennes de la reproduction par sélection naturelle. La Terre en effet, ne se reproduit pas. Ce à quoi j’ai répondu que cette conception de la vie était beaucoup trop étroite. La reproduction n’est pas l’apanage des individus, des animaux et des plantes. Les écosystèmes aussi se repoduisent et par conséquent la Terre aussi. De plus, cet argument reproductif est spécieux. On sait que la fertilité des êtres vivants décline à mesure que leur vie se prolonge. Or la Terre vit depuis 3,5 milliards d’années… pourquoi alors aurait-elle besoin de se reproduire?

Aujourd’hui, la terre se porte mal. Mais en promettant l’apocalypse d’ici trente ans, vous allez beaucoup plus loin que les dernières prévisions du groupe d’experts intergouvernemental sur l‘évolution du climat (Giec). Qu’est-ce que signifie ce catastrophisme?

J. L. – Les prévisions du Giec sont très certainement sous-estimées. Elles sont développées à partir d’outils utilisés pour la météo qui reposent pour l’essentiel sur des données de physique atmosphérique. Ils sont relativement fiables pour prédire le temps à l’horizon d’une semaine. Mais, les climatologues l’admettent eux-mêmes, ces modèles sont très incomplets: ils ne prennent déjà pas en compte la circulation des nuages, ni les effets des océans qui recouvrent tout de même les trois quarts de la planète. Ces mécanismes sont très complexes et on ne sait pas encore les inclure dans les équations. Surtout, on ne sait pas mesurer la réponse biologique de la Terre, ce qu’on appelle les effets des boucles rétroactives. Les forêts, par exemple, contribuent à rafraîchir l’atmosphère en réfléchissant la lumière du soleil. Comment vont-elles réagir à l’augmentation de la température? Vont-elles disparaître ou se transformer? Absorber plus de dioxyde de carbone (CO 2 ou gaz carbonique) ou au contraire en relâcher davantage et accélérer le réchauffement? Dès que l’on prend en compte ce type de données, la situation paraît bien pire.

Est-il pour autant nécessaire d’affoler les populations?

J. L. – La Terre a déjà connu un tel épisode de réchauffement au début de l‘éocène, il y a 55 millions d’années. On soupçonne désormais de gigantesques éruptions volcaniques d’avoir libéré et brûlé des gisements de gaz ou de pétrole au large de la Norvège. Cela a provoqué pendant 10000 ans le relâchement dans l’atmosphère de presque l‘équivalent de la quantité de dioxyde de carbone que nous émettons aujourd’hui. La température a grimpé de 5 degrés sous les tropiques et de 8 degrés dans l’Arctique. Les crocodiles baignaient dans les eaux à 23°C de ce qui forme aujourd’hui le pôle Nord. Il a fallu 200000 ans pour que l’atmosphère se refroidisse. Quand je dis que nous abordons une ère encore plus chaude, je ne contredis en rien les conclusions du Giec. J’ai tout vérifié avec leurs experts parmi lesquels je compte beaucoup d’amis. La différence est qu’ils n’ont pas ma liberté de parole. L’hypothèse [haute, NDLR] d’une augmentation moyenne de la températurre de 4,5° à la surface du globe est acceptée et ses effets sont avérés. Mais il échappe au grand public que cette augmentation moyenne produira localement des pointes dix fois supérieures. Il est ainsi admis qu’en Europe la canicule de 2003 deviendra la norme estivale d’ici à 2040. L’agriculture ne supportera pas ces conditions climatiques. La plus grande partie du continent ressemblera à l’Espagne du Sud, un désert. La Chine et les Amériques doivent s’attendre au même phénomène. Ces conséquences seront dévastatrices. Ceux qui comme moi mettent le nez dehors se rendent déjà compte de changements désormais visibles à l’oeil nu. Au Royaume-Uni, les scorpions se sont installés dans le Kent et des serpents méditerranéens dans le Yorkshire. Ces espèces ont bien compris qu’il était temps pour elles de migrer vers le nord.

De là à annoncer la disparition de 80% de la population mondiale, n’est-ce pas prêter beaucoup de pouvoir à Dame Gaia, notre planète qui, selon vous, serait prête à se débarrasser de l’espèce humaine pour survivre?

J. L. – Gaia ne “prend” pas de décisions et, en tant que telle, ne “ressent” rien. Elle répond à des stimuli et évolue selon les conditions qui lui sont faites. Si elle se manifeste, c’est à travers nous, parce que nous faisons partie intégrante de l‘écosphère. Or sa réaction et son adaptation aux nouvelles conditions climatiques vont nous la rendre inhospitalière. C’est pourquoi j‘évalue à 2 milliards d’individus, le nombre de ceux qui, d’ici la fin de ce siècle, pourront survivre dans ce nouvel environnement. Faute d’eau et de nourriture, leur nombre devrait ensuite continuer à décroître pour se stabiliser entre 1 milliard et 500 millions. La Terre en effet ne supportera pas 6,3 milliards d’humains vivant à l’occidentale. Le calcul est simple: rien qu‘à respirer, nous produisons déjà, entre 1 et 1,5 gigatonne (1000 millions de tonnes) de dioxyde de carbone par an sur les 27 gigatonnes émises annuellement par nos activités.

Jusqu’ici forêts, plantes et océans éliminaient le gaz carbonique en le métabolisant. Ne peut-on plus compter sur cette régulation naturelle?

J. L. – C‘était peut-être vrai à l‘époque des chasseurs-cueilleurs. Mais à mesure que la population croissait, chasse et cueillette se sont avérées insuffisantes. Nous avons donc déboisé et cultivé pour nous nourrir, accroissant encore la population. Nous atteignons désormais une nouvelle limite. Plus de la moitié de la surface terrestre productive est déjà accaparée par l’agriculture. Or celle-ci n’a pas la capacité de régulation et d’absorption des anciens écosystèmes. Nous nourrir et produire de prétendues énergies alternatives telles que les biocarburants supposerait d’accroître encore le champ de l’agriculture. Ce serait suicidaire. Faute d‘être absorbé, le dioxyde de carbone va encore augmenter et la température avec, les deux phénomènes étant intimement liés. La machine est lancée et l’inertie du système est telle qu’on ne peut pas renverser la tendance du jour au lendemain. Même si l’on arrêtait sur le champ toute émission de dioxyde de carbone, la Terre ne refroidirait pas. Le remède serait même pire que le mal. La chaleur augmenterait encore plus vite car les aérosols produits en même temps que le dioxyde de carbone et qui nous protège de la lumière du soleil retomberaient en moins de deux semaines. La température grimperait immédiatement de deux à trois degrés. Quoi que nous fassions, nous sommes dans de sales draps.

Pourtant, dans votre livre vous démolissez toutes les énergies alternatives en reprochant aux écologistes leurs oeillières…

J. L. – Je prends cette peine pour souligner à quel point les écologistes font fausse route depuis trop longtemps. L‘énergie éolienne, par exemple. Il faudrait 270000 générateurs pour subvenir aux besoins du Royaume-Uni soit, si l’on exclut parcs nationaux, zones urbaines et industrielles, environ un engin par kilomètre carré. Compte tenu de l’intermittence du vent, l‘énergie ne serait disponible qu’un quart du temps. Les Danois, précurseurs en la matière, en reviennent. Leur parc d‘éoliennes ne répond qu‘à 3% de leurs besoins alors qu’ils avaient imaginé une couverture à 100%! Surtout, les écologistes sont davantage guidés par leur idéologie que par la science. D’ailleurs, la plupart d’entre eux ne sont pas scientifiques et n’aiment pas la science. Or on ne peut pas parler sérieusement de l’avenir de la Terre en l’ignorant. Résultat, leurs campagnes font souvent plus de mal que de bien. Prenons par exemple le DDT dont ils ont obtenu l’interdiction totale. A l’origine, ce produit a été utilisé pour combattre les maladies véhiculées par les insectes. Il a ainsi permis de juguler l‘épidémie de typhus qui ravageait Naples au lendemain de la guerre et de sauver des millions de gens de la malaria et de la fièvre jaune. C’est son utilisation intensive dans l’agriculture qui l’a rendu dangereux. Il fallait en réglementer l’usage, mais pas le bannir au détriment des populations exposées aux maladies transmises par les insectes. On peut observer les mêmes effets contre-productifs avec l’interdiction des nitrates utilisés dans les engrais ou la lutte contre les pluies acides. A cet égard, les énergies alternatives sont à la science ce que l’homéopathie est à la médecine. Même un Vert quand il tombe gravement malade laisse tomber l’homéopathie et va se faire soigner.

A vos yeux, le nucléaire apparaît comme la seule solution à nos maux. N‘êtes-vous pas l’otage de ce lobby?

J. L. – J’ai toujours été en faveur de l‘énergie nucléaire. C’est pourquoi je me suis toujours gardé de recevoir de ces industriels le moindre bénéfice financier ou honorifique. Mais l’hostilité quasi idéologique à l‘égard de cette énergie m’est apparue encore plus absurde aujourd’hui compte tenu de la gravité de la crise climatique. La maîtrise de l‘énergie atomique représente certes de dangers, mais ils sont largement surestimés et surtout ne pèsent rien face à ce qui nous menace réellement, à savoir le réchauffement causé par la production excessive de gaz carbonique. Voilà notre ennemi. On nous rebat les oreilles avec les déchets nucléaires. Actuellement, l’utilisation des combustibles fossiles produit chaque année 27 gigatonnes de dioxyde de carbone. Si on les congelait, elles formeraient une montagne de 1,5km de haut et de 20km de circonférence. Les déchets générés par la même quantité d‘énergie produite par fission nucléaire tiendrait dans un cube de seize mètres de côté. J’en enterrerais volontiers un dans mon jardin. Le cancer tue près de 30% de la population mais son principal agent est tout simplement l’oxygène que nous absorbons. La part due à l’exposition à des radiations est en revanche trop faible pour être distinguées dans les statistiques mondiales.

Compte tenu de la gravité de la situation, le nucléaire lui-même risque de faire l’effet d’un cautère sur une jambe de bois…

J. L. – Le nucléaire est à ce jour la seule source d‘énergie que nous pouvons produire et consommer sans endommager la Terre. C’est aussi la seule que nous pouvons produire en quantité, fiabilité et régularité suffisante pour donner à notre civilisation le répit dont elle a besoin pour s’adapter. Sans électricité, les villes modernes sombreront et ce ne sont pas les énergies renouvelables qui pourront les faire tourner. C’est aussi la seule source énergie que nous pouvons produire rapidement: sans expérience préalable, nous avons construit la toute première centrale en Grande-Bretagne en trois ans seulement. Bien sûr, quand le problème lui apparaîtra dans toute son ampleur, le public américain, déjà plus lucide que ses gouvernants et avec le pragmatisme qu’on lui connaît, prétendra pouvoir résoudre le problème. Les Américains envisagent déjà de déployer des pare-soleil dans l’espace ou des aérosols dans la stratosphère pour créer une couche réfléchissante. J’aime aussi leur idée d’installer des petits générateurs d’aérosols à la surface des océans pour créer des nuages protecteurs — des stratus marins. Tous ces procédés permettront de renvoyer la lumière et la chaleur, mais ils produiront aussi du dioxyde de carbone. Et de même que la dialyse pallie les déficiences des reins sans les guérir, ils ne guériront pas la Terre. Vous, Français, avez eu la chance d‘être gouvernés par de Gaulle sans qui vous n’auriez pas de nucléaire. Vous devriez en être fiers de même que de vos TGV. Vous avez les meilleurs trains du monde, les plus confortables et les plus propres, car ils ne produisent pas de dioxyde de carbone.

Vous considérez-vous encore comme écologiste?

J. L. – Bien-sûr, mais à la manière dont George Orwell se disait socialiste. Jeune homme, je flirtais avec l’extrême gauche. Puis j’ai lu La ferme des animaux qui m’a beaucoup ému et ouvert les yeux. Orwell a été l’un des tout premiers à percevoir les dangers du stanilisme en Russie. Comme l‘écologie aujourd’hui, ce n‘était qu’un humanisme dévoyé. En revanche, l‘écologie profonde ( deep ecology ) telle que la désigne le philosophe norvégien Arne Naess, son auteur, voudrait que nous vivions tous plus simplement. Et sans doute plus frugalement que la plupart des écologistes qui aiment par-dessus tout leur petit confort. Au Royaume-Uni, le Vert typique est un ménage aisé propriétaire de son logement secondaire en France pour laquelle il ne renoncera pas à prendre l’avion. La frugalité, nous n’y couperons pas.

Et vous restez optimiste?

J. L. – Je suis fondamentalement optimiste, surtout si l’on remet les choses en perspective. L’espèce humaine telle que nous la connaissons existe depuis 1 millier d’années au cours desquelles la planète a connu plusieurs états dont l‘ère glaciaire. Nos ancêtres ont vécu ce qui nous attend. Imaginez, il y a 13000 ans, une civilisation là où se trouve actuellement Hong Kong. Vous leur auriez dit que le niveau de la mer allait s‘élever de 120 mètres et que l‘équivalent de l’Afrique serait submergé, jamais ils ne vous auraient cru. Or de tels changements sont survenus plusieurs fois. A mon sens, les adaptations successives de notre espèce nous ont fait tels que nous sommes aujourd’hui. Le changement qui se prépare exercera une très forte pression sélective. On peut espérer que ceux qui y survivront seront plus sages que nous ne l’avons été et ne commettrons pas les mêmes erreurs. Je me souviens aussi bien de la Seconde Guerre mondiale que j’ai vécue jeune homme à Londres. Pour les jeunes Britanniques, dont le niveau de vie était pourtant inférieur à celui des Indiens aujourd’hui, cette période a été extraordinaire et pleine d’opportunités. C’est pourquoi je pense que malgré les graves menaces climatiques, les jeunes demain ne seront pas aussi déprimés que peuvent l‘être les adultes. Ce sera une époque d‘énormes défis à relever.

Propos recueillis par Pascale-Marie Deschamps.

Enjeux – Les Echos – N° 235, mai 2007.