Physique et parapsychologie

« La séparabilité est une illusion qui est due à notre façon pragmatique de penser et d’agir — Si l’on parvient à s‘élever à l‘état de conscience cosmique, celle-ci est connaissance intuitive du passé et du futur, ainsi que de l’ailleurs »

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UN DÉTOUR PAR LE FUTUR ?

Q : Il y a maintenant une question qu’on aimerait vous poser. Vous parlez d’expériences où le paradoxe d’Einstein se vérifie, et s’explique en quelque sorte par un détour dans le passé.
Mais alors, ne peut-on concevoir des expériences où les choses se passent symétriquement, et il y aurait détour par le futur?

Parfaitement. Je me suis quelque temps posé la question: Ne connaîtrons-nous pas des corrélations d’Einstein inversées, où la connexion se ferait par le futur? Et je me suis avisé que de telles expériences ont été faites en 1967 et 68 et que du reste elles étaient très connues, même si on ne les avait pas exactement interprétées sous ce jour-là. Ce sont les expériences de Pflegor et Mandel, que je vais brièvement décrire.

Pflegor et Mandel ont repris d’une façon plus sophistiquée la vieille expérience des fentes de Young, qui a été beaucoup discutée comme « expérience de pensée » au début de la mécanique quantique. On a un écran percé de deux trous: on fait tomber dessus un photon, ou un électron, et on détecte le résultat de l’autre côté sur une plaque photographique. On demande « par lequel des deux trous est-il passé? »

Voici la réponse: si les franges d’interférences sont présentes, on ne peut pas dire par quel trou le photon est passé. C’est ce qu’on a appelé l’incompatibilité entre les concepts d’onde et de corpuscule. Plus profondément, c’est la complémentarité entre phase et nombre d’occupation ainsi que nous l’avons évoqué au sujet de la co-existence d’ondes et de particules (cf. le récit des découvertes de Louis de broglie).

Donc, Pflegor et Mandel ont recommencé l’expérience mais au lieu d’avoir une source unique, une cause dans le passé, et deux trous dans un écran, ils ont pris deux sources, deux « causes » indépendantes, à savoir deux lasers (qui sont des sources extrêmement cohérentes) et il sont constaté la présence de franges d’interférence.

Dans un second temps, ils ont mis des filtres extrêmement sombres devant les lasers, de façon qu’il n’y ait jamais plus qu’un photon à la fois en vol à travers l’appareillage, et de vérifier si le phénomène d’interférence avait encore lieu. Le calcul montre en effet que, si l’interférence existe, on ne peut pas rétrodire (c’est la question que vous souleviez) duquel des deux lasers chaque photon reçu est issu. C’est là une nouvelle façon d‘énoncer ce que le formalisme disait déjà du temps de l’expérience de pensée des trous de Young.

En résumé, le calcul énonce que chaque photon reçu dans un système détecteur interférentiel a été émis indivisément par les deux lasers, comme si chacun savait ce que faisait l’autre.

C’est ce qu’on peut appeler, dans la terminologie de Bernard d’Espagnat et de quelques autres, une « non-séparabilité de deux sources qui vont interférer ». C’est exactement le phénomène symétrique de celui dont nous parlions précédemment. Les formules sont exactement similaires, et elles font intervenir essentiellement le concept de l’addition des amplitudes partielles de Born. Mais cette fois, la connexion a lieu par le futur.

Q : C’est cela, qui est révolutionnaire ?

En effet, et cet état de choses a de quoi jeter le trouble dans l’esprit de tous les physiciens compétents de notre époque. J’ai cité Einstein et Schrödinger, qui avaient été très opposés à l’interprétation proposée pour ces corrélations. Mais depuis que leur existence est prouvée expérimentalement, certains physiciens sont vraiment perturbés.

J’ai en main une lettre d’un physicien très distingué de langue anglaise contenant la phrase suivante (je traduis librement) « Plaise au ciel que ce ne soit pas comme ça! ».

Devant cette situation, Bernard d’Espagnat serait prêt (il l’a du moins écrit) à essayer de mettre en vacance la théorie de la relativité.

De son côté, Franco Selleri, de l‘école italienne, serait plutôt disposé à contester la mécanique quantique.

Quant à moi, je me refuse absolument à récuser soit la théorie de la relativité, soit la mécanique quantique, dont les schémas généraux n’ont jamais été contredits par l’expérience. Je considère qu’il est moins grave d’accepter l’idée de la causalité rétrograde (ou, disons, de la finalité) ainsi que celle de la symétrie intrinsèque entre avenir et passé que de briser l’harmonie formelle de la mécanique quantique relativiste – d’autant plus qu’elle rend textuellement compte des phénomènes observés.

UN FONDEMENT À LA PARAPSYCHOLOGIE

Q : Vous vous rendez compte sans doute que si vous admettez une telle structure du temps, si vous admettez aussi, comme vous l’avez affirmé, que le subconscient de l’homme soit étalé sur la totalité du temps, c’est-à-dire à la fois sur « tout le passé » et « sur tout le futur » — ce qui dépasse largement la notion d’un subconscient spécifique — vous êtes en train de donner là des fondements objectifs à, ne disons pas encore l’expérience spirituelle, mais à ce qu’on appelle couramment les phénomènes paranormaux, et même à la limite à une certaine « transcendance immanente » ?

Sur ce sujet, je peux vous dire que nombre de jeunes physiciens sont en train de réfléchir en ce sens, en parlent en privé, et commencent à l‘écrire. Le mot de parapsychologie est plus d’une fois mis en avant dans ce contexte en liaison avec le paradoxe d’Einstein, Podolsky et Rosen.

j’ai fait moi-même ce rapprochement dans des publications de « standing » international. J’ai pu glisser le mot de parapsychologie, et cela n’a pas provoqué le rejet de mes articles. Il faut dire que l’argument était solidement relié au formalisme mathématique.

Je pense que l’information-organisation est bien de droit symétrique à l’information-connaissance, et que, s’il y a un domaine où elle doit apparaître, c’est justement dans ces aspects du télégraphe spatio-temporel impliquant probabilités, physique des ondes, mécanique quantique en un mot.

Je pense que la précognition n’est pas du tout une idée irrationnelle, que c’est au contraire une idée rationnelle dans le contexte de la relativité et de la mécanique quantique relativiste. La télépathie n’est pas irrationnelle non plus, car on ne peut pas télégraphier directement dans l’ailleurs, mais on peut y télégraphier indirectement par un zig-zag de Feynman, en prenant un relais soit dans le passé, soit dans le futur.

Q : Vous parlez de zig-zag de Feynman, mais nous n’en avons pas encore parlé. De quoi s’agit-il au juste?

Feynman, en mécanique quantique relativiste, traite des problèmes posés par une paire de particules formée par un électron et un positron. Je vous rappelle que l‘électron est chargé négativement. Un positron est l’anti-particule symétrique et est chargé positivement. Il relève de ce qu’on appelle en général l’anti-matière. Bien sûr, lorsqu’un électron et un positron se rencontrent, ils s’annihilent réciproquement sur le champs. Or, Feynman a notamment traité de ce qui se passait quand, dans une région de l’espace-temps, il y avait création d’une paire électron-positron, et il a montré que dans ce cas la mathématique permet d’interpréter la trajectoire du positron comme celle d’un électron qui serait orientée vers les temps décroissants.

Autrement dit, d’après le sens sens commun, on a deux trajectoires qui partent toutes les deux vers le futur. Ensuite, le positron (qui en fait est beaucoup plus rare que l‘électron) s’annihile avec un autre électron qui vient de quelque part du passé. cela fait donc une sorte d‘éclair, ou de ligne brisée, dans l’espace-temps, et Feynman écrit: « On peut concevoir que cette trajectoire en zig-zag est paramétrée toujours dans le même sens; ont part du temps « moins l’infini », on arrive au second point anguleux, puis l’on repart vers le futur; c’est le deuxième électron ». Et Feynman commente: « _C’est un peu comme un aviateur qui ferait du rase-mottes, qui voit d’abord une route, puis tout à coup deux routes qui divergent, s’aperçoit qu’une des routes disparaît avec une autre, en sorte qu’il n’en reste qu’une. Il comprend alors qu’il n’a eu affaire qu‘à une seule route à deux rebroussements, dont il a vu d’abord le second, et ensuite le premier. »

Les vulgarisateurs ont écrit en long et en large que Feynman interprète le positron comme un électron qui remonterait le cours du temps. Ce n’est pas cela que dit Feynman, parce qu’il fait de la géométrie quadridimensionnelle. Feynman dit: « la partie de la trajectoire d’espace-temps correspondant au positron est paramétré vers les temps décroissants ». Ce n’est pas la même chose.

_il ne faut jamais oublier, quand on fait en physique théorique de la géométrie quadridimensionnelle, que « la matière ne devient pas, elle est ».

BERGSON ET LES VEDAS

Q : Apparemment il y a là un très bon soubassement aux phénomènes de la télépathie et de la télécinèse dont parlent les parapsychologues.

Si l’on s‘élève au-dessus de la phénoménologie, et qu’on parle de métaphysique, je pense que cela donne un très grand poids à des considérations qu’on trouve chez Bergson ou qu’on trouve dans les écrits Védiques. Ul y a seulement peu de temps que je me suis aperçu à quel point ces considérations sont consonnantes avec le monde de la mécanique quantique relativiste.

Q : Comment expliquez-vous cela?

Bergson a écrit souvent que l’homo sapiens n’existe pas, parce qu’il y a seulement un homo faber, lequel, de par sa façon d’agir et de penser essentiellement pragmatique, fait des coupures qu’il ne devrait pas faire. Il brutalise les phénomènes. Si, au contraire, il savait s‘élever à l’intuition, il aurait une vue beaucoup plus profonde sur le tout, et sur le dedans des choses, et en particulier sur l‘Évolution créatrice.

Quant aux Vedas j’ai pu y trouver des énoncés équivalents à ceci: « La séparabilité est une illusion qui est due à notre façon pragmatique de penser et d’agir. Si l’on parvient à s‘élever à l‘état de conscience cosmique, celle-ci est connaissance intuitive du passé et du futur, ainsi que de l’ailleurs ». Elle est aussi la possession des pouvoirs paranormaux.

Ces vues me semblent vraiment converger avec cette non-séparabilité quantique reliée à un phénomène de propagation d’ondes dans un schéma de « calcul ondulatoire des probabilités ».

Cette propagation d’ondes est de droit symétrique en futur et en passé, en sorte que la non-séparabilité peut s‘établir avec un relais soit dans le passé soit dans le futur. Je suis même étonné, a posteriori, de voir à quel point des façons de s’exprimer de Bergson, et des auteurs védiques, sont naturellement consonnantes avec le tableau du monde selon la mécanique quantique relativiste, où l’observateur est aussi un acteur, qui non seulement perçoit, mais aussi « perturbe » le phénomène. Et je suis convaincu que nous sommes loin d‘être au bout des surprises que nous réserve la pleine explication du nouveau paradigme qui est en train de se créer.

LA PARAPSYCHOLOGIE ET LA QUESTION DE L‘ÊTRE

Q : Nous venons d‘évoquer Bergson, et le texte millénaire des Vedas qui , curieusement, et comme dans un « écho du futur », nous introduisait aux notions de la totalité de l’univers et de sa non-séparabilité. Le mot de parapsychologie, à cette occasion, a été clairement prononcé. Il est patent, peut-être pas tellement encore en France, mais dans certains pays étrangers, et particulièrement dans certains milieux scientifiques américains, que des physiciens de grande classe commencent en effet à aller regarder de ce côté-là. Pour vous, vous envisagez au fond de fournir ce qu’on pourrait appeler un cadre théorique à certaines manifestations dont la parapsychologie affirme la réalité. La parapsychologie, on en parle peut-être un peu trop actuellement, dans la mesure où en même temps on en parle souvent un peu à la légère. Vous aviez même prononcé le mot de télépathie.

Ce n’est pas moi qui ai prononcé le mot. C’est Einstein.

Q : Les dés qui s’informent en repassant par le passé: est-ce un phénomène télépathique?

C’est-à-dire que ça devient télépathique si vous incluez les observateurs dans l’expérience.

Q : Dans la mesure où ce sont eux qui déterminent le phénomène, on est bien obligé de les inclure?

Oui.

Q : Alors, comment en êtes-vous arrivé à vous intéresser à ce domaine, qui a été si longtemps un domaine interdit ?

Je vais vous répondre à deux niveaux. Le premier c’est que si, effectivement, je me suis intéressé à la parapsychologie, ce n’est pas en fonction des quelques faits dont j’avais pu avoir connaissance.

Naturellement, comme beaucoup de gens, je n‘étais pas sans connaître certains phénomènes qui se produisent à l’occasion dans les familles. Je les avais classés dans la catégorie des phénomènes curieux qu’il fallait mettre de côté parce que, vraiment, on ne savait pas quoi en faire ni en dire. Je ne niais pas leur existence, mais je pensais qu’on était complètement désarmés pour les aborder.

Et puis, c’est en réfléchissant sur la physique que je me suis progressivement convaincu qu’il y avait probablement du vrai là-dedans. C’est d’abord la relativité, avec son temps déployé en acte sur la quatrième dimension, qui un jour m’a fait me dire: « Mais si, en un certain sens, tout est écrit dans l’espace-temps, la précognition n’est pas absurde; elle est même plutôt rationnelle ».

Si on admet avec Bergson que c’est seulement la conscience qui est focalisée dans le présent, et si, avec les relativistes, on conçoit qu’elle parcourt la dimension temporelle dans le sens que nous connaissons, c’est un peut comme la lecture raisonnée d’un livre qui nous oblige à parcourir le discours de la première à la dernière page et pas dans l’autre sens. Mais il n’est pas déraisonnable de penser que, peut-être, le subconscient est étalé sur la dimension temporelle vers le passé bien sûr, mais aussi vers le futur. A ce moment là l’analogie avec le livre qu’on peut feuilleter à bâtons rompus, au-delà du point qu’on a méthodiquement étudié, saute aux yeux. Et c’est vrai que vous pouvez avoir certains flashes sur la signification de la suite du texte. Cette vision flotte en l’air comme un mirage, et n’est pas rattachée à l’ensemble du contexte solide. Mais ensuite, quand la lecture méthodique en sera arrivée là, elle sera reconnue. La précognition, au fond, c’est tout à fait comme cela.

C’est ainsi que j’ai commencé à m’intéresser à la parapsychologie. Et puis je m’y suis intéressé de plus en plus, quand j’ai vu les implications surprenantes du paradoxe d’Einstein, quand j’ai compris à quel point les déclarations scandalisées d’Einstein et de Schrödinger étaient adéquates.

Naturellement, avant d’aller plus loin, j’ai fait quelques enquêtes qui m’ont persuadé de la réalité des phénomènes dits paranormaux, et de ce que cette réalité ne semble guère contestable quand on prend la peine d’aller vraiment regarder comment les choses se passent. J’ai alors progressivement découvert que je suis loin d‘être le seul physicien théoricien à regarder de ce côté-là. Mais le fait est qu‘à présent, dans les colloques de physique, la parapsychologie vient souvent sur le tapis dès qu’on discute de l’interprétation de la mécanique quantique. (…)

LA POSSIBILITÉ DE PSYCHOCINÈSE

Q : Vous avez parlé de la précognition, et on comprend bien ce que vous voulez dire d’autant que, dans un autre domaine, celui de la psychologie, ou plus exactement de la psychologie des profondeurs, on est assez souvent confronté à ce genre de phénomènes. D’une certaine manière, vous confortez théoriquement ce que les psychanalistes, eux, constatent dans l’empirie. La parapsychologie, c’est pourtant bien autre chose.
Ce sont par exemple les effets psychocinétiques, c’est-à-dire, pratiquement, l’intervention de l’esprit sur la matière, et l’intervention efficace, puisque, dans la psychocinèse, on admet qu’un individu, de par sa seule volonté, est capable de modifier, par exemple de tordre, une barre de métal ou tout autre objet témoin qu’on lui aura soumis ?

De cela je m ‘étais convaincu et je vais vous dire en deux mots pourquoi. Vous savez que la seule interprétation en mécanique quantique est celle selon laquelle l’observateur joue un rôle dans le phénomène observé.

L’observateur est donc partie active et prenante dans la mesure d’un phénomène. Si l’on admet cela (et il me paraît difficile d’y échapper), et si de plus on fait jouer la symétrie passé-futur (vous vous souvenez de ce que nous avons déjà dit, à savoir que le corollaire en est que l’information n’est pas seulement acquisition de connaissance mais aussi, symétriquement, pouvoir d’organisation ou d’action), ceci postule la psychocinèse, en sorte que, même avant d’avoir eu connaissance d’une expérimentation à ce sujet, j‘étais incliné à penser qu’elle devait exister. J’ajoute que j’ai accepté assez facilement les petits phénomènes de psychocinèse dans, par exemple, les jets de dés étudiés par Rhine ou par Chauvin, ou bien, ce qui est beaucoup plus fondamentalement intéressant, dans une influence sur des phénomènes quantiques tels que la désintégration radioactive étudiée par Chauvin ou par Schmidt, mais que par contre je n‘étais pas du tout prêt au départ à envisager d’aussi gros phénomènes que du métal qui se tord. Si on m’avait demandé a priori si je croyais possibles de tels phénomènes, j’aurais répondu non. Remarquez bien que ce que je vous dis ne me fait pas prendre position sur ces phénomènes. Je répète que je croyais simplement à la possibilité de la psychocinèse au niveau de l’observation du phénomène quantique individuel, où le psychisme est partie prenante.

LE PROBLÈME DE LA TÉLÉPATHIE

Je crois maintenant qu’il faut parler de la télépathie qui émouvait si fort Einstein.La télépathie, c’est encore autre chose. Si on admet une antiphysique des ondes convergentes et des évolutions à entropie décroissante et je dis antiphysique comme on parle des antiparticules et de l’antimatière il me semble évident que cette antiphysique serait obligée d’inclure des phénomènes paradoxaux comme ceux de la précognition et de la psychocinèse…

Q : vous ne parlez pas là des phénomènes paranormaux, mais de phénomènes paradoxaux. Peut-être avez-vous raison? Si la parapsychologie n’existe pas, ce n’est pas la peine en effet d’en parler, et il n’y a qu‘à oublier le mot. Si au contraire elle existe, ce n’est pas de la « parapsychologie », mais simplement un domaine à la frontière d’une psychologie profonde et de la physique. Il semble donc qu’il faudrait de toute façon changer notre vocabulaire…

Oui, vous avez tout à fait raison. C’est pourquoi je parlais de phénomènes paradoxaux. Pour en revenir à votre question, le plus difficile à comprendre est la télépathie, parce que la relativité interdit de télégraphier directement dans l’extérieur du cône isotrope, dans « l’ailleurs ». Mais si on admet la réalité (rare) des actions avancées, la télégraphie indirecte dans l’ailleurs devient possible, un peu comme un voilier qui tire des bords pour remonter le cours du vent.

En se servant des vecteurs du genre temps alternativement vers le futur et vers le passé, on peut en principe établir une relation du genre espace.

C’est justement l’interprétation que je propose, que nous avons examinée ensemble, et que d’autres suggèrent aussi pour les corrélations d’Einstein, Podolsky et Rosen. Vous vous souvenez aussi de l’expérience de Pflegor et Mandel dont nous avons discuté.

LES EXPÉRIENCES DE PSYCHOCINÈSE A STANFORD

Q : j’aimerais revenir sur la psychocinèse. Vous n’avez pas caché en effet que vous l’admettiez sans grande difficulté au niveau de l’observation du phénomène quantique individuel mais que, tout au moins au départ, vous n‘étiez pas prêts à envisager de tels phénomènes au niveau macroscopique. Or, des expérimentations ont eu lieu à ce niveau nommément celles de Charles Targ et Harold Puthoff, qui travaillent au Stanford Research Institute. Et vous avez eu l’air si bien convaincu, que vous avez même accepté de préfacer la traduction française du livre qu’ils ont écrit à ce sujet.

Là aussi, je vais vous répondre à plusieurs niveaux. En premier lieu, je connais Targ et Puthoff. Je les ai connus d’abord par correspondance, parce que les physiciens qui s’intéressent à ces problèmes en viennent fatalement à correspondre et à échanger des idées.

Ensuite je les ai connus personnellement au cours de plusieurs voyages aux États-Unis. Je me suis trouvé passer par Stanford où je les ai rencontrés. Je les considère comme parfaitement compétents en physique théorique et expérimentale. Ils connaissent extrêmement bien la mécanique quantique. Ce sont, je le pense, de très bons expérimentateurs, avec un passé très probant derrière eux. Ils ont travaillé notamment sur les lasers et les plasmas. Ce sont des experts de l’optique et de l‘électronique quantiques. Du reste, l’un d’entre eux est co-signataire avec Pantell d’un livre sur l‘électronique quantique qui a paru d’abord aux États-Unis, et ensuite ici en France. Il n’est donc pas question de contester leur qualification de physiciens.

Ensuite, les expériences qu’ils ont faites, ont impliqué des arbitres, tant du point de vue de l’administration civile que de l’administration militaire qui finançaient leur programme: des gens qui a priori, étaient très dubitatifs sur la réalité des phénomènes. Il n’y a là aucun doute que s’ils ont obtenu l’aval de ces instances, et le financement dont ils avaient besoin, c’est que les preuves qu’ils ont données étaient convaincantes.

En fait, ils rapportent dans leur livre des expériences saisissantes de psychocinèse, expériences qui portent sur des magnétomètres. Alors, là, le phénomène est tellement gros, et m’a tellement étonné, que j’en ai parlé longuement avec targ et Puthoff, ainsi qu’avec Ingo Swann, l’auteur de l’opération. À ce propos, je ne peux pas vous dire autre chose que ceci: il semble bien qu’un phénomène de psychocinèse se soit réellement produit sur ce magnétomètre. Il a été observé par des gens très sceptiques dont le Directeur du laboratoire, hebard. Ce magnétomètre était destiné à la chasse aux quarcks (c’est du reste lui qui a à nouveau servi quand on a prétendu, à tort, avoir mis la main sur le quarck). Hebard a été absolument stupéfait de ce qui arrivait à son magnétomètre. À ce point que, pour une raison ou pour une autre, il a refusé l’entrée du laboratoire, le lendemain, à Targ, Puthoff et Swann.

PRÉCOGNITION ET PHYSIQUE

Q : Vous parliez tout à l’heure de la précognition en montrant en quoi, finalement, dans le cadre théorique de la physique, c‘était ce qui vous posait le moins de problème. Pourtant, le bon sens, enfin, le sens commun, vous objectera ceci: si je peux connaître à l’avance un événement qui va m’affecter, je peux agir de telle sorte que je pourrai l‘éviter. Dans ce cas, la « précognition » ne se vérifiera pas et à la limite, il y a impossibilité de trancher si le phénomène de précognition a été réel ou non, puisque la preuve a disparu. Est-ce qu’il ne s’agirait donc pas là d’une « expérience » par définition évanescente?

C’est une objection qui est en effet très généralement opposée à la possibilité de la précognition. À mon avis, cette objection n’est pas valable, et de multiples manières.

D’abord si vous croyez à la relativité, comme j’y crois pour l’avoir pratiquée depuis mes débuts en recherche scientifique, vous croyez forcément que tout est écrit dans l’espace-temps à quatre dimensions. Tous les calculs que nous faisons, soit en relativité pure, soit en mécanique quantique relativiste, se font sur cette base d’une géométrie quadri-dimensionnelle, et ils marchent fort bien. À ce niveau là je vous dirai donc: à moi, physicien et mathématicien, ce que vous m’objecterez du point de vue de la psychologie ou rien, c’est pareil. Il y a sans doute un joint à trouver; je ne sais pas lequel exactement, et ce n’est pas mon domaine, mais, en tant que physicien relativiste, je vous affirme que la précognition est logiquement inscrite dans l’interprétation de la relativité. Voilà donc en substance la première réponse que je ferai.

La deuxième, c’est que si vous faites maintenant de la mécanique quantique relativiste, laquelle marche parfaitement, elle utilise aussi le langage de la géométrie de l’espace-temps. C’est en un sens énigmatique, parce qu’elle joue avec des probabilités.

Alors, comment comprendre la compatibilité du concept de probabilité avec l’idée que tout est écrit dans l’espace-temps? C’est une question que je ne résoudrai pas d’un tour de main. Cela demanderait des considérations délicates. Mais enfin, il est patent qu’on y arrive et que ça marche très bien. On dispose donc d’une théorie probabiliste qui est faite en géométrie d’espace-temps. Or, quand on examine les implications de cette théorie, on est rapidement stupéfait par l’ampleur de ses conséquences et nous avons largement dicuté de ces conséquences qui est le paradoxe d’Einstein, Podolsky et Rosen.

Nous n’allons pas revenir sur ce sujet, mais je peux en dire ceci, c’est qu’il y a un certain nombre de physiciens qui s’y intéressent, et qu’ils sont tous convaincus qu’un changement de paradigme est imminent et inévitable. Mais il n’y a pas deux d’entre eux qui soient d’accord sur ce que le nouveau paradigme doit être, et cela, c’est typique d’une révolution scientifique en cours. Si vous lisez les bons auteurs (celui que tout le monde connaît est maintenant Thomas Kuhn, mais il ne faudrait pas oublier Duhem dont je vous ai déjà parlé), un changement de paradigme a lieu quand on s’aperçoit que l’ancienne manière de voir les choses ne marche plus, que tout le monde est d’accord et qu’il va en falloir une nouvelle, mais que personne n’est d’accord sur sa formulation. La discussion fait rage. C’est là que nous en sommes.

LES SOLUTIONS POSSIBLES

Q : Il y a sans doute plusieurs directions qui se dégagent de ces discussions…

Je disais qu’il y a un certain nombre de théoriciens, peut-être une vingtaine de par le monde, s’intéressant activement à la question. Ce n’est pas que les autres ne sachent pas que le problème existe, et qu’ils ne seraient pas capables de faire les calculs correspondants. La situation est la suivante. L’un de ces physiciens, Eberhard (c’est un Suisse qui travaille à Berkeley) conclut un récent article en disant que, dans la situation difficile où nous sommes à présent, il y a quatre issues possibles, et quatre seulement que voici:

La première est: on calcule parce qu’on sait que ça marche, mais on ne réfléchit pas parce qu’on attraperait la migraine! C’est la politique de l’autruche et l’option de la majorité. Alors que fait la minorité qui cherche à réfléchir au risque d’attraper la migraine? Eh bien, Eberhard continue en disant: les autres portes de sortie sont les suivantes:

La seconde solution est que peut-être la mécanique quantique se trompe, et qu’on s’apercevra par exemple que cette paradoxale corrélation s’estompe avec la distance.

Cette idée a été émise en 1935 par Schrödinger et par Furry, indépendamment l’un de l’autre, et d’autres suggestions d’un esprit apparenté ont été faites récemment par Selleri et par l‘École italienne.

À cela on peut objecter d’abord que des expériences ont été faites en écartant arbitrairement les récepteurs et que la corrélation demeure inchangée. La deuxième objection est qu’on peut donner de très fortes raisons à la fois théoriques et expérimentales pour rejeter une telle hypothèse.

Si donc ce n’est pas la mécanique quantique qui se trompe, alors qu’est-ce que c’est?

La troisième porte de sortie, dit Eberhard, c’est que c’est la relativité qui se trompe. En particulier le collapse du psi (c’est-à-dire l’intervention de l’observateur dans le phénomène observé) semble être un phénomène non-relativiste parce que, disent certains auteurs, il affecte la totalité de l’espace à un instant donné. Ça, c’est une idée à laquelle je ne crois pas du tout, bien qu’elle ait été défendue par des théoriciens distingués comme Bernard d’Espagnat en France et Piron à genève. Tous les deux pensent que ce phénomène est non-relativiste. Je pense, quant à moi, que cette explication n’est pas possible et que la relativité, pas plus que la mécanique quantique, n’est prise en défaut. la meilleure preuve en est qu’on dispose d’un formalisme, la mécanique quantique relativiste, dans lequel tout est relativiste, y compris le collapse du psi, et avec lequel on décrit sans aucune difficulté la corrélation d’Einstein.

Je ne vois donc pas comment on pourrait supposer que la relativité se trompe ici.

Q : Alors quelle est la quatrième porte de sortie ?

La quatrième et seule porte de sortie restante, c’est de modifier notre conception « macroscopique » de la causalité, celle suivant laquelle la cause développe ses effets après qu’elle a cessé et non pas avant qu’elle ait commencé. Tout notre philosophie pratique est basée là-dessus. Or, nous avons maintenant les meilleures raisons de penser que ce n’est pas vrai au niveau de la mécanique quantique. À mon avis, il arrive en effet essentiellement deux choses. D’abord le phénomène élémentaire est essentiellement symétrique entre l’avenir et le passé; la causalité au niveau microscopique est donc elle-même symétrique entre l’avenir et le passé.

Il n’y a plus là de raison de penser que l’action de l’observateur s’exerce vers le futur seulement; elle doit s’exercer symétriquement vers le futur et vers les passé. Ça, c’est le premier aspect du paradoxe d’Einstein.

Le deuxième aspect, nous en avons largement discuté, c’est que, depuis qu’on a fait de la mécanique quantique, on a changé la règle du calcul des probabilités. De là résulte, dans l’expression de la probabilité, la présence de termes de battement, ou d’interférence de phase au sens de l’optique. C’est là le deuxième éléments essentiel du paradoxe d’Einstein, et c’est cela qui fait qu’en mécanique quantique on ne peut plus considérer qu’on parle d’objets, au sens classique, qui posséderaient des propriétés.

Trois mots, à ce niveau, doivent être définitivement rayés du vocabulaire: « objets possédant des propriétés ». Si vous associez cela avec la symétrie passé-futur, vous entrez dans ce nouveau paradigme, si difficile à saisir, mais si réel dans les expériences, cette corrélation à distance entre événements qui sont spatialement séparés mais qui ne sont pas indépendants, qui sont connectés soit par leur passé commun, soit par leur futur commun. C’est cela qui renverse absolument nos conceptions de pensée macroscopique.

ON PEUT PRÉVOIR, MAIS ON NE PEUT PAS ÉVITER

Q : Alors, pour en revenir très précisément au problème qui était posé, et qu’on pourrait rapidement résumer de la sorte: « si l’on sait d’avance ce qui va arriver, on peut l‘éviter? », il reste maintenant à savoir pourquoi les corrélations d’Einstein invalident cette proposition, et font que la précognition n’est pas une absurdité en soi ?

Eh bien, c’est que cette conception repose précisément sur le concept d’objets qui possèderaient des propriétés, et que c’est justement ce concept qui est aujourd’hui interdit. Le physicien pense donc que l’objection ne tient pas. Du reste, il est habitué à manier la symétrie passé-futur dans les calculs de transition en mécanique quantique relativiste, et il sait bien que cela ne le mène jamais à aucune contradiction.

Q : Que peut-on dire alors du côté de la psychologie réelle des gens ?

Je crois que dans ce cas la réponse est analogue. Si vous analysez les cas rapportés de précognition, si vous voyez comment cela fonctionne (et je l’ai fait pour mon compte), vous vous apercevez très vite avec un grand étonnement que les gens qui ont eu une précognition ont parfois essayé d’y échapper mais qu’ils ne l’ont pas pu. Ils se sont trouvés devant, et je pense qu’il serait particulièrement intéressant d’interroger à ce sujet les psychologues, et en particulier les psychanalystes. j’en connais plusieurs qui déclarent observer des cas de précognition en analysant leurs malades.

La physique moderne et les pouvoirs de l’esprit.

co-auteurs : Michel Cazenave — Emile Noël

Le principe d’antagonisme et la logique de l’énergie

Selon Lupasco, l’ortho-déduction quantique “signifie la causalité dialectique et la systématique énergétique et formelle donnant naissance à une troisième matière, la matière que nous pourrions désigner sous le nom de matière T, qui serait peut-être comme une matière-source, comme une matière-mère, sorte de creuset phénomènal quantique d’où jailliraient les deux matières divergentes, physique et biologique et où ces dernières retourneraient rythmiquement et dialectiquement, pour se dérouler à nouveau”.

Une des meilleures illustrations de la logique antagoniste de Lupasco est fournie par l‘évolution historique, dans le temps, de sa propre pensée philosophique. Cette pensée se place sous le double signe de la discontinuité avec la pensée philosophique constituée et de la continuité (cachée, car inhérente à la structure même de la pensée humaine) avec la Tradition. Elle a comme double source la logique déductive, forcément associative et l’intuition qui, elle, n’est pas associative. Enfin, à un niveau plus fin, on peut déceler cette démarche antagoniste dans les grandes étapes qui ont marqué la constitution de la philosophie de Lupasco.

Le principe du dualisme antagoniste est pleinement formulé dès 1935, dans sa thèse Du devenir logique et de l’affectivité. Il a comme point de départ une méditation approfondie sur le caractère contradictoire de l’espace et du temps, révélé par la théorie de la relativité restreinte d’Einstein, théorie qui constitue l’apogée de la physique classique. Les notions d’“actualisation” et de “potentialisation” sont déjà présentes, même si elles ne seront précisées que graduellement au niveau de la compréhension, mais aussi au niveau terminologique.

Un deuxième pas est franchi avec l’Expérience microphysique et la pensée humaine, paru en 1940. Dans ce livre Lupasco assimile et généralise l’enseignement de la physique quantique dans une véritable vision “quantique” du monde.

Enfin, le dernier pas décisif est franchi en 1951, avec Le principe d’antagonisme et la logique de l‘énergie, livre trop longtemps introuvable et qui est aujourd’hui offert à nouveau aux lecteurs grâce à l’initiative heureuse des Editions du Rocher.

Dans ce texte, Lupasco présente une formalisation axiomatique de la logique de l’antagonisme. Cette formalisation est importante pour la cristallisation de la pensée de Lupasco, car elle introduit une rigueur, une précision sans lesquelles cette pensée pouvait être considérée comme une immense rêverie, fascinante mais floue.

Il y a une peur instinctive, venant du tréfonds de notre être, devant l’acceptation du principe du tiers inclus, l’acceptation qu’un objet puisse être A et non-A à la fois, car cette acceptation semblerait mettre en doute notre propre “existence”. Cette peur se retrouve même dans le langage scientifique. Ainsi, on a appelé à tort les relations de Heisenberg relations d’“incertitudes”, car des calculs précis, fondés sur ces relations, sont vérifiés expérimentalement, de la taille de l’atome jusqu’aux paramètres techniques des grands accélérateurs de particules. D’une manière analogue, Lupasco montre que l’acceptation du principe du tiers inclus, loin de conduire à l’imprécision, à l’arbitraire, au chaos, conduit à un formalisme logique précis et prédictif.

Dans ce même livre apparaît, pour la première fois dans l’oeuvre de Lupasco, un des aspects les plus déroutants et les plus fascinants de sa philosophie — la présence de l’état T (“T” comme “tiers inclus”). La découverte logique de l‘état T, qui traverse comme un axe tous ses écrits ultérieurs, allait révéler la véritable dimension de sa philosophie.

Lupasco et le principe du tiers inclus

Un malentendu de taille doit être dissipé avec force: “le tiers inclus” ne signifie nullement (ainsi qu’une interprétation superficielle, mais répandue et tenace, essaie de nous faire croire) qu’on puisse faire affirmer une chose et son contraire, ce qui, par annihilation réciproque, détruirait toute possibilité de prédiction et donc toute possibilité d’approche scientifique du monde.

Il s’agit plutôt de reconnaître que, dans un monde d’interconnexions irréductibles (comme le monde quantique), effectuer une expérience ou donner une interprétation des résultats expérimentaux revient inévitablement à un découpage du réel qui affecte ce réel lui-même.

L’entité réelle peut ainsi montrer des aspects contradictoires” qui sont incompréhensibles, absurdes même, du point de vue d’une logique fondée sur le postulat “ou ceci ou cela”. Ces aspects “contradictoires” cessent d‘être absurdes dans une logique fondée sur le postulat “et ceci et cela”. Mais une telle logique est-elle concevable?

On pourrait rétorquer qu’on ne fait ainsi que déplacer le problème. Si on tolère l’existence d’une infinité d’aspects pour décrire un monde d’interconnexions irréductibles, on arrive fatalement à dissoudre le réel dans une multiplicité à jamais inaccessible dans son ensemble. C’est justement là le mérite historique de Lupasco: il a su reconnaître que l’infinie multiplicité du réel peut être restructurée, dérivée à partir de seulement trois termes logiques, concrétisant ainsi l’espoir formulé auparavant par Peirce.

Le développement rigoureux de son formalisme axiomatique, conduit Lupasco à postuler l’existence d’un troisième type de dynamique antagoniste, qui coexiste avec celle de l’hétérogénéisation, qui gouverne la matière vivante et avec celle de l’homogénéisation, qui gouverne la matière physique macroscopique. Ce nouveau mécanisme dynamique demande l’existence d’un état d‘équilibre rigoureux, exact entre les pôles d’une contradiction, dans une semi-actualisation et semi-potentialisation strictement égales. Cet état, appelé par Lupasco état T, caractérise le monde microphysique, le monde psychique et le monde de l’esthétique. La nouvelle dynamique agit comme une véritable force conciliatrice entre l’hétérogénéisation et l’homogénéisation. La structure binaire homogène-hétérogène qui semblait être celle de l’antagonisme énergétique est ainsi remplacée par une structure ternaire, dont les conséquences générales sur le plan conceptuel ont été analysées par Lupasco lui-même dans son oeuvre. En revanche, les conséquences de cette structure ternaire ont été très peu explorées jusqu‘à présent sur le plan scientifique.

Dans l’analyse scientifique d’un système physique, biologique, sociologique ou psychique, nous devons certainement chercher à mettre en évidence son “anti-système”, son système contradictoire (et la science est riche de trouvailles de ces “anti-systèmes”). Mais un travail autrement plus délicat est nécessaire pour la mise en évidence de cet évanescent “troisième terme”, qui se trouve dans l‘état T d‘équilibre rigoureux entre les contradictoires.

La physique, la biologie, la sociologie ou la psychologie n’en sont, dans cette direction, qu‘à leurs balbutiements. Et comment s’interdire de penser que c’est justement dans cette direction que les découvertes capitales pourront être faites dans les décennies à venir si vraiment le dynamisme énergétique de l‘état T, se soumettant à ce que Lupasco appelle l’ortho-déduction quantique, est le substrat même de la Réalité?

Selon Lupasco, l’ortho-déduction quantique “signifie la causalité dialectique et la systématique énergétique et formelle donnant naissance à une troisième matière, la matière que nous pourrions désigner sous le nom de matière T, qui serait peut-être comme une matière-source, comme une matière-mère, sorte de creuset phénomènal quantique d’où jailliraient les deux matières divergentes, physique et biologique et où ces dernières retourneraient rythmiquement et dialectiquement, pour se dérouler à nouveau”.

La logique axiomatique de Lupasco dégage ainsi trois orientations privilégiées, trois dialectiques: une dialectique d’homogénéisation, une dialectique d’hétérogénéisation et une dialectique “quantique”. Lupasco utilise le terme de “tridialectique” pour caractériser la structure de sa pensée philosophique. J’ai préféré introduire le terme de trialectique car il me semble mieux exprimer la structure ternaire, tripolaire (homogène-hétérogène-état T) de toute manifestation de la Réalité, la coexistence de ces trois aspects inséparables dans tout dynamisme accessible à la connaissance logique, rationnelle.

On a souvent considéré la tialectique de Lupasco comme une variante de la dialectique de Hegel, en ignorant, d’une part, le rôle fondamental de l‘état T en tant que mécanisme dynamique indépendant et, d’autre part, la coexistence à chaque instant des trois polarités distinctes et contradictoires dans chaque manifestation. La notion de “système” chez Lupasco est nettement différente de celle de “synthèse” chez Hegel: “Lupasco a bien montré en effet — écrit Gilbert Durand — qu’il s’agit bien plus d’un système, où subsistent intactes les polarités antagonistes que d’une synthèse dans laquelle la thèse et l’antithèse perdent même leur potentialité de contradiction”.

La trialectique de Lupasco, ayant sa source dans la physique quantique, constitue néanmoins une grille générale de lecture de phénomènes d’une grande diversité. Aussi, la présence du principe du tiers inclus détermine une parenté riche de multiples conséquences entre l’approche de Lupasco et la pensée symbolique. Des faits aussi éloignés de la physique quantique que ceux ethnographiques ou anthropologiques trouvent ainsi un possibilité d’interprétation cohérente dans la philosophie de Lupasco. Le témoignage de Gilbert Durand est, en ce sens, significatif: “… notre enquête empirique débouchait sur un plan de classification des images, régi aussi par trois principes, et que… Stéphane Lupasco, sans passer par la médiation de l’enquête ethnographique ou de l’enquête anthropologique établissait un système de logique à… trois termes coïncidant à peu près aux “trois logiques” que Roger Bastide et moi-même constations dans notre recherche anthropologique. Ainsi la cohérence d’images révélait également ce système dynamique de “forces de cohésions” antagonistes, dont les logiques ne constituent que la formalisation”.

Aussi, il n’est pas étonnant que les psychanalystes, comme par exemple le psychanalyste jungien pierre Solié, puissent s’intéresser de près à la philosophie de Lupasco.

Quant aux physiciens, ils étaient conscients, dès le début de la Mécanique Quantique, que la résolution des problèmes conceptuels qu’elle a mise en évidence pouvait passer par la formulation d’une nouvelle logique. En 1936, Birkhoff et von Neumann présentent une première proposition d’une telle “logique quantique”. Depuis, un nombre important de travaux (Mackey, Jauch, Piron, etc.) a été consacré à l‘étude d’une formulation cohérente d’une logique quantique. Son statut reste, aujourd’hui encore, ambigu: on doute de sa puissance prédictive et même de son existence, en tant que théorie générale des inférences valables.

On ne peut pas affirmer que le formalisme axiomatique de Lupasco est per se une “logique quantique” , dans le sens qu’il puisse s’appliquer directement aux inférences spécifiques détaillées de la Mécanique Quantique. Il doit d’abord être “traduit” dans la terminologie de la physique quantique. Par exemple, comme le remarquait récemment Bell, des notions comme “systèmes observés” et “appareils d’observation” qui mesurent des “observables” doivent disparaître dans une théorie quantique fondamentale. Bell propose de remplacer la notion d’“observable” par celle de beable (ce qui, en traduction approximative, signifie “peut être capable d‘être”), qui semble faire un écho étonnant au concept de “potentialisation” de Lupasco. A notre avis, le formalisme général axiomatique développé par Lupasco dans Le principe d’antagonisme et la logique de l‘énergie constitue l’ossature même de la “logique quantique” tant recherchée, qui doit se retrouver comme un de ses cas particuliers.

L’originalité de l’approche de Lupasco est encore plus mise en évidence quand on la compare à celle de Bohr: “… il importe de façon décisive de reconnaître que d’aussi loin que les phénomènes puissent transcender la portée des explications de la physique classique, la description de tous les résultats d’expérience doit être exprimée en termes classiques. La raison est simple: par le mot d’“expérience” nous nous référons à une situation où nous pouvons dire à d’autres hommes ce que nous avons fait et ce que nous avons appris; il en résulte que la description du dispositif expérimental et des résultats des observations doit être exprimée en un langage dénué d’ambiguïté, se servant convenablement de la terminologie de la physique classique”. On retrouve ici le mélange hybride physique quantique-langage naturel-physique classique, engendrant, par la coexistence des opposés, des paradoxes sans fin. Est-il si évident que le langage naturel soit le seul concevable pour la transmission des résultats d’une expérience? En tout cas, un “compromis historique” se dessine de plus en plus, consistant à transférer la contradiction du plan de l‘être sur le plan du langage, où d’ailleurs, même là, elle tend à s’effacer: “… Bohr tira une conclusion dont on connaît peu d’exemples dans l’histoire des idées, prenant le parti de lancer explicitement un thêma nouveau, ou, à tout le moins, d’identifier un thêma qui n’avait pas encore été reconnu, consciemment, comme inhérent à la physique contemporaine — écrit Gerald Holton. En l’occurrence, Bohr demandait aux physiciens d’admettre à la fois thêta et _thêta — même s’il n’est pas question qu’ils se manifestent jamais simultanément sur le même plan de l’investigation. Et il ne s’agit pas plus de transmuter thêta et _thêta en quelque entité nouvelle. Bien plus, ils coexistent sous la forme Ou bien thêta ou bien _thêta , alternative décidée par le choix éventuel des questions, théoriques ou expérimentales, que l’on entend poser”. Le glissement progressif de la contradiction vers la non-contradiction est éclatant dans la position, de la plupart des physiciens dans leur interprétation du principe de la complémentarité, sur les traces de Bohr: en quoi consiste le “thêma nouveau” s’il “ne s’agit pas de transmuter thêta et _thêta en quelque entité nouvelle”? et qu’est-ce que cela veut dire “admettre à la fois thêta et _thêta “ s’ils “coexistent sous la forme Ou bien thêta ou bien _thêta “ ? C’est comme si on disait que la lune nous montre tantôt une moitié, tantôt l’autre. Il n’y a, bien sûr, rien de mystérieux ou de nouveau dans une telle situation; la complémentarité des aspects mutuellement exclusifs fait place, par la perversion du langage naturel, à la complémentarité habituelle, qui est plutôt une juxtaposition. Il n’est donc pas surprenant que même les matérialistes dialectiques dogmatiques, si sourcilleux sur les aspects “douteux” de la physique quantique, aient accueilli avec satisfaction cette interprétation du principe de complémentarité. Tout le problème est que les phénomènes quantiques nous montrent des aspects de nature différente: c’est comme si on disait qu’en observant la même moitié de la lune on pouvait conclure, par une certaine expérience, qu’il s’agit d’une partie d’un corps céleste, tandis que, par une autre expérience, on déduisait qu’il ne s’agit certainement pas d’une partie d’un corps céleste. Un événement quantique qui est et continu et discontinu est un exemple semblable.

Ce n’est paradoxalement pas Bohr mais Lupasco qui a dévoilé les conséquences logiques du principe de complémentarité en montrant qu’il s’agit d’un principe de contradiction, organisateur et structurant d’une nouvelle vision de la Réalité.

La nature de l’espace-temps

Le principe d’antagonisme et la logique de l‘énergie nous présente une riche réflexion philosophique concernant la nature de l’espace-temps.

Tout d’abord, Lupasco constate, comme résultat de sa logique, la primauté de la relation, de l’“opération” sur l’objet, l’“élément”: “C’est l’opération qui engendre l‘élément. Les éléments, somme toute, se présentent comme des arrêts du dynamisme, du devenir d’une implication…;… ils marquent la limite relative d’une actualisation devant la potentialisation contradictoire…”. Par conséquent, le temps et l’espace sont eux-mêmes un résultat de la logique de l’antagonisme contradictoire.

Le temps est le résultat du mouvement, du changement, du dynamisme logique: “le temps est engendré par le dynamisme logique, fonction de la dualité antagoniste de toute énergie, énergie qui, par son caractère contradictoire même, sans lequel elle ne peut exister, constitue toute expérience logique, c’est-à-dire le logique lui-même; la fin, l‘épuisement, impossible logiquement — nous disons bien, logiquement — de cette énergie, signifie à son tour la fin, l‘épuisement du temps…”. Le temps est donc engendré par le conflit entre l’identité et la diversité “… qui constitue la notion même de changement”.

L’espace est, lui aussi, un résultat du dynamisme logique: selon Lupasco, il n’est rien d’autre que la simultanéité des événements, des éléments, des systèmes de systèmes. Mais comment peut-on concevoir la simultanéité? “Pour qu’il y ait simultanéité en conjonction il faut… qu’il y ait des éléments à la fois identiques et divers, et plus la contradiction de l’identité et de la diversité sera fortement équilibrée, plus ils seront simultanés, constituant précisément cette notion d’ensemble…”.

L’espace apparaît comme une conjonction contradictionnelle, tandis que le temps apparaît comme une disjonction contradictionnelle : l’espace et le temps sont liés par une relation de contradiction. Selon la formulation de Lupasco “… il ya aura toujours de l’espace dans le temps, et du temps dans l’espace…”.

L’actualisation et la potentialisation n’ont pas lieu dans l’espace-temps, mais c’est l’espace-temps qui est engendré par la contradiction actualisation-potentialisation. Ainsi “… un élément, un événement, un phénomène, précisément de par sa structure logique… ne se déroule pas dans le temps, mais déroule un temps…“. De même, “… les phénomènes, quels qu’ils soient, ne se déroulent pas dans l’espace, mais déroulent un espace. Il n’y a pas d’objets dans l’espace, mais de l’espace dans les objets; les objets ne sont pas localisés mais localisent, créent des localisations. L’espace comme le temps, sont fonctions des éléments, plutôt des ensembles, des systèmes d‘éléments…”.

Enfin, chaque pôle de la structure ternaire homogène-hétérogène-état T conduit à un espace-temps propre.

Cette description de l’espace-temps conduit à une conlcusion majeure, en accord avec certains développements de la physique théorique contemporaine (qui se sont produits, pour la plupart d’entre eux, après la formulation des travaux de Lupasco): notre espace-temps à quatre dimensions n’est pas l’unique espace-temps concevable. Il apparaît plutôt comme une approximation, comme une “section” d’un espace-temps beaucoup plus riche en tant que phénomènes possibles.

En effet, l’espace-temps continu caractérise notre expérience ordinaire, celle de l’actualisation à notre propre échelle. Mais, selon Lupasco, tout événement énergétique possède une structure ternaire actualisation-potentialisation-état T ou homogénéisation-hétérogénéisation-état T. Par conséquent, l’actualisation et son espace-temps continu associé n’est qu’un aspect, partiel et approximatif, de l’action concomitante des trois pôles contradictoires avec leurs espace-temps associés. On arrive ainsi à la conclusion apparemment paradoxale que l’espace-temps continu ne suffit pas pour la description de la Réalité: un espace plus large, qui englobe d’une manière ou d’une autre l’espace-temps continu, doit être défini. La causalité locale, forcément définie dans l’espace-temps continu, n’est plus valable dans cet espace plus large. Le temps continu lui-même apparaît comme une approximation: le temps correspondant à une actualisation sera nécessairement discontinu, car “Tout temps évolue par saccades, par bonds, par avances et reculs, de par la constitution même de la dialectique qui lui donne naissance… La temporalité est ainsi discontinue…”.

Les implications conceptuelles d’une telle situation sont considérables. Essayons d’imaginer un être intelligent, vivant en deux dimensions d’espace (par exemple sur une feuille de papier). Pour lui, dans son propre monde à deux dimensions, pratiquement tout ce qui provient de notre monde à trois diemnsions d’espace, est ressenti comme des miracles, comme des phénomènes irrationnels, incompréhensibles.

On peut toutefois se demander si la description de l’espace-temps par Lupasco, aussi fascinante soit-elle, n’est pourtant le résultat que d’une spéculation logico-philosophique, sans aucune relation avec les conclusions de la science contemporaine.

En définitive, le problème de la nature de l’espace-temps se situe au coeur même de l‘évolution scientifique. La transition de la mécanique classique à la mécanique relativiste a pu être faite grâce à l’abandon du concept d’espace absolu et grâce à la reconnaissance, considérée aujourd’hui comme géniale, par Einstein, de la similarité de nature entre l’espace et le temps. L‘émergence de la mécanique quantique a éclairé un autre aspect paradoxal de l’espace-temps qui apparaît, par exemple, dans l‘étude de la signification des relations de Heisenberg. Pour la première fois, la possibilité d’un espace-temps discontinu était reconnue comme logiquement valable. Le mathématicien R. Penrose a d’ailleurs proposé une solution radicale: la quantification de l’espace-temps lui-même, en renonçant à l’hypothèse de continuum spatio-temporel, hypothèse qui, écrit Penrose, n’a “aucune évidence physique réelle”. Une théorie récente, élaborée par T.D.Lee, prix Nobel de physique, est fondée sur la même idée.

Mais, l’accord le plus spectaculaire entre les conclusions de Lupasco concernant la nature de l’espace-temps et celles des théories physiques contemporaines réside dans la reconnaissance de la nécessité d’un espace dont le nombre de dimensions est plus grand que celui du monde dans lequel nous vivons (ou nous croyons vivre).

Ainsi, les théories d’unification du genre Kaluza-Klein semblent constamment demander l’existence de dimensions “cachées”: leur mise en évidence expérimentale exigerait de sonder une région d’espace considérablement plus réduite que la “taille” des particules connues et donc une énergie hors d’atteinte pour les accélérateurs présents ou prévisibles même dans un lointain avenir.

Aussi, selon la théorie des supercordes en physique des particules, les interactions physiques apparaissent comme étant très simples, unifiées et se soumettant à quelques principes généraux si elles sont décrites dans un espace-temps multi-dimensionel (à dix dimensions, une de temps et les autres d’espace) et à une énergie fabuleuse, correspondant à la masse dite de Planck. Les complications surgissent au moment du passage à notre propre monde caractérisé fatalement par seulement quatre dimensions, et par des énergies accessibles beaucoup plus petites.

Il me semble important d’ajouter que les dimensions supplémentaires apparaissant dans les théories physiques contemporaines ne sont pas le résultat d’une simple spéculation intellectuelle. D’une part, ces dimensions sont nécessaires pour assurer l’auto-consistance de la théorie et l‘élimination de certains aspects indésirables. D’autre part, elles n’ont pas un caractère purement formel — elles ont des conséquences physiques à notre propre échelle. Par exemple, selon certaines théories, si l’univers était associé au début du big-bang à un espace-temps multi-dimensionnel, alors la “compactification spontanée” de dimensions supplémentaires de l’espace (c’est-à-dire leur enroulement rapide dans une région infinitésimale de l’espace) peut être relié à une période d’expansion exponentielle très rapide de l’univers dans l’espace tri-dimensionnel habituel. Les dimensions supplémentaires resteront à jamais cachées, inobservables, mais leurs “reliques” seraient précisément les interactions physiques connues;

Le principe d’antagonisme et la logique de l‘énergie.

La conscience et l’ordre impliqué

Un autre mode d’expérience intellectuelle nous apparaît, où le « monde » et le « soi » sont de simples facteurs d’un niveau différent de réalité, en cours permanent d’involution.

Chaque moment de la conscience, nous le savons, a un certain contenu explicite, autrement dit une sorte de premier plan, et un contenu implicite qui en constitue l’arrière-plan. Nous entendons proposer maintenant non seulement que l’expérience immédiate s’explique mieux par référence à l’ordre impliqué, mais que la pensée, à son tour, doit être essentiellement comprise dans cet ordre. Nous ne parlons pas ici du simple contenu de la pensée, que nous avons déjà rapporté antérieurement à l’ordre impliqué. Ce sont la structure même, la fonction et l’activité de la pensée qui se situent aussi dans l’ordre impliqué.

La distinction entre implicite et explicite dans la pensée est prise essentiellement ici comme l‘équivalent de la distinction entre impliqué ( implicate ) et explicite ( explicate ) dans la matière en général. Nous croyons utile, en l’espèce, de rappeler brièvement l’analogie avec la gouttelette d’encre. On sait que l’ensemble des particules d’encre qui appartiennent originellement à une gouttelette donnée reste uni par la vertu d’une nécessité supérieure, inhérente à la situation totale qui leur impose un but commun (à savoir la reconstitution de la forme de la gouttelette).. Ila été noté également que l’ensemble des atomes appelés à constituer un oeuf se trouve situé dans la poule et dans son environnement, et que, de par la nécessité de la situation générale, ils sont « implicativement » liés par leur but commun, l’oeuf qu’ils vont former. De même, nous avançons ici l’opinion que l’ensemble des idées et concepts ( implicites ) prêts à entrer en jeu dans la prochaine étape d’un processus de pensée se trouvent involuées dans le cerveau et le système nerveux, et que la force de la nécessité les unit, du fait de l’idée commune qui va en émerger au moment suivant de la conscience. Cette force unissante peut s’exprimer soit en émotions qui exigent une certaine implication, soit sous forme de nécessité rationnelle. Evidemment, on a toujours le sentiment qu’une force de ce genre gouverne nos pensées en certains cas d’intenses pressions émotionnelles (par exemple, la peur, le désir, la cupidité, etc.). Celles-ci tendent à susciter des implications désordonnées et confuses. Toutefois, l’observation attentive montre que, quand même la situation générale exclut de telles pressions, on continue à percevoir la présence d’une profonde force intérieure de nécessité rationnelle. C’est elle qui tend à engendrer de nouvelles idées reliées en mode cohérent (comme on peut l‘établir par la suite à l’aide du test de non-contradiction).

Nous avons admis que la conscience peut être décrite comme une suite de moments. Il apparaît qu’on ne saurait fixer un moment donné dans une relation exacte avec le temps (par exemple, celui d’une horloge), mais qu’il couvre une durée assez vaguement définie et d‘étendue quelque peu variable. Chaque moment, on l’a noté, est vécu directement dans l’ordre impliqué. En outre, nous avons vu que c’est grâce à la force de la nécessité dans la situation d’ensemble que chaque moment fait naître le suivant, où le contexte antérieurement impliqué est maintenant explicite, alors que le contexte précédemment explicite est devenu impliqué (le cas est analogue à celui des gouttelettes d’encre). La continuation du processus ci-dessus rend compte de la façon dont intervient le changement lorsqu’on passe d’un moment à celui qui le suit. A tout moment, en principe, peut se produire une transformation fondamentale et radicale. Cependant l’expérience prouve que la pensée (comme la matière en général) comporte habituellement un fort degré de récurrence et de stabilité, d’où la possibilité de sous-ensembles relativement indépendants. Il faut encore remarquer que le caractère précis de ce changement d’un moment au suivant dépend normalement du contenu de l’ordre impliqué au premier moment. Il en résulte que, par exemple, un moment contenant une sensation de mouvement induira au moment qui suit un changement d’autant plus grand que la sensation de mouvement est plus puissante au départ.

Comme dans notre étude sur la matière en général, il est nécessaire d’examiner comment ce qui est manifesté dans la conscience correspond à l’ordre explicite? L’observation et l’attention démontrent que le contenu manifeté de la coscience (c’est-à-dire ce qui est récurrent et stable) est fondé essentiellement sur la mémoire, organisée conformément aux règles de la logique et aux notions de base: l’espace, le temps, la causalité, l’universalité, etc. Nous avons vu (ren relation avec les idées de Pribram) que la mémoire peut être regardée comme l’enregistrement relativement durable d’un ordre impliqué. Lorsque cet ordre, combiné à celui de la logique et autres notions, est réactivé, il va alors se produire, nous l’avons vu, une expérience de synthèse où ces éléments se combineront à nouveau avec les sensations immédiates pour former un tout unique. Cette expérience comporte un puissant horizon de formes régulières, récurrentes et stables, dont se détachent les aspects transitoires et changeants de nos sensations. Nous les voyons comme des impressions flottantes, qui tendent à un ordre organisé principalement en fonction de la somme immense des acquis du passé. Tout ce que nous connaissons, voire tout ce qui est connaissable, doit pouvoir à tout moment entrer dans le champs de conscience à partir de cette somme qui embrasse la totalité du passé enregistré et qui doit être à même de se manifester au moment considéré.

On voit par là que l’ordre explicite dans la conscience est essentiellement celui qui est manifesté et celui où se révèlent les stocks de connaissances en réserve. En général, la forme de développement de la conscience est telle que cet ordre explicité, manifesté, joue un rôle négligeable dans la détermination du contenu du moment prochain. On constate plutôt que c’est avant tout le contenu implicite, largement présent dans un horizon de conscience obscure, qui détermine ce qui émergera à la prochaine étape. Ainsi le contenu d’un moment donné n’est pas normalement dérivé du connu ou du connaissable à un moment précédent. Il révèle, en rechanche, l’esssence intérieure de ce moment précédent dont il n’est, en réalité, que le déploiement. Il n’est donc pas possible qu’il y ait détermination complète dans la conscience, en ce sens que ce qui est connu ou connaissable figerait totalement la suite des contenus. Chaque moment nouveau dispose, en principe, de sa marge de création (encore que, nous le répétons, la part des éléments récurrents et relativement stables soit considérable dans ce processus).

Notre tradition scientifique (et générale) s’est fortement appuyée sur la croyance selon laquelle tout ce qui arrive à un instant donné peut, théoriquement, être entièrement dérivé de ce qui est connaissable à un instant antérieur. L’idée ici proposée est que non seulement dans la conscience, mais aussi dans la matière en général, il existe un processus de déploiement créateur, où ce qui émerge à tel ou tel moment manifeste l’essence jusqu’alors inconnue de l‘état qui en était en principe connaissable antérieurement. Il peut être utile d‘évoquer l’image d’un lac qui se viderait lentement. Plus les eaux baissent, plus ce sont les couches profondes qui apparaissent. Telle est l’approche que nous voudrions préconiser pour comprendre l‘évolution dans la matière, dans la vie et dans la conscience. Supposons qu’on applique cette idée à l‘évolution de la vie. Nous pourrions dire que les qualités qui apparaissent tardivement dans les exspèces les plus évoluées (par exemple, l’intelligence, la pitié) sont plus profondes et plus intérieures que celles apparues plus tôt. Aussi ne serait-il pas possible de déduire valablement ces qualités de ce qui était connaissable à l’origine. De même pourrait-on dire que la vie en général révèle des qualités plus intérireures que celles qui se manifestent dans la matire inanimée.

Une telle approche éclaire la signification intrinsèque du temps dans l’ordre impliqué. Tout d’abord, nous voyons que, de deux moments, le plus tardif est celui qui peut révéler sous forme manifestée l’essence (impliquée) du premier. Il existe donc un ordre inhérent, non imposé arbitrairement de l’extérieur, qui détermine ce qui est avant et ce qui est après. Puisque tout ce qui est manifesté est également ce qui peut être durablement enregistré et conservé indéfiniment en mémoire, il s’ensuit que la suite des souvenirs de toutes les manifestations peut, une fois réactivée dans une expérience ultérieure, produire une sorte d’horizon de référence, un cadre par rapport auquel pourront s’ordonner les manifestations subséquentes. Ainsi l’activation des souvenirs d’une suite de jours et de nuits fournit un fond d’expérience qui permet d’ordonner les événemets présents. Chaque manifestation fraîche d’un nouvel état de la conscience peut donc contenir un tel horizon qui lui donne la faculté de se situer automatiquement dans la séquence des souvenirs.

L’hypothèse que nous proposons est qu’un ordre similaire règne dans la matière en général. Pour en comprendre la génèse, commençons par la remarque selon laquelle les théories relativistes courantes en physique décrivent l’ensemble de la réalité comme un processus dont l‘élément ultime est un événement ponctuel, c’est-à-dire survenu dans une minuscule région spatio-temporelle, de taille pratiquement négligeable. Nous suggérons d’admettre à la place comme élément de base un moment. De même que le moment de la conscience, il ne saurait être rapporté à des mesures rigoureuses d’espace et de temps, mais occupe une zone d‘étendue spatiale et de durée temporelle réduites, sans limites précises. L‘étendue et la durée d’un moment peuvent varier du plus petit au plus grand, selon le contexte en cause (même un siècle a éventuellement valeur de « moment » dans l’histoire de l’humanité). Comme dans le cas de la conscience, chaque moment comporte un certain ordre explicite et, en outre, il involue tous les autres, quoique en son mode propre. Ainsi la relation, au sein de l’ensemble, de chaque moment avec tous les autres est impliquée par son contenu total, c’est-à-dire par la façon dont il « contient » tous les autres involués en lui.

A certains égards, cette idée rejoint la notion des monades de Leibniz, dont chacune « reflète » à sa manière la totalité, tantôt en mode détaillé, tantôt en termes vagues. La différence vient de ce que Leibniz attribue aux monades une valeur permanente alors que nos éléments de base ne sont que des moments fugitifs. L’idée d’ « occasions actuelles » chez Whitehead se rapproche davantage de celle proposée ici; mais la principale différence est que nous utilisons l’ordre impliqué pour exprimer les qualités et relations de nos moments, tâche qu’entreprend Whitehead par d’autres voies.

Comme dans le domaine de la conscience, cette idée comporte une notion intrinsèque du temps. Car de deux moments, c’est le plus récent qui peut révéler l’essence (impliquée) de l’autre sous forme manifestée. On a vu plus haut qu’en vertu des lois de l’ordre impliqué, il existe un sous-ensemble récurrent et stable, doué d’indépendance relative; c’est lui qui constitue l’ordre manifesté et explicite. Ainsi se présente l’ordre essentiel de la matière, telle que nous la rencontrons dans l’expérience courante, qu‘élargissent sous certains aspects nos instruments scientifiques. Dans cet ordre, il y a place pour une sorte de mémoire, en ce sens que tout ce qui s’est produit laisse une trace (normalement involuée) qui persiste en général, quoique susceptible de transformation presque illimitée.En partant de cette trace (par exemple, dans les roches), il nous est théoriquement possible de reconstituer plus ou moins fidèlement le passé tel qu’il s’et réellement manifesté.

On pourrait voir en somme dans notre propre mémoire un cas particulier du processus décrit ci-dessus. En effet, tous les souvenirs enregistrés qu’elle conserve de trouvent involués à l’intérieur des neurones cérébraux, qui font partie de l’ensemble de la matière. La récurrence et la stabilité de notre mémoire en tant que sous-ensemble relativement indépendant, participent donc du processus tout à fait identique qui maintient la récurrence et la stabilité dans l’ordre manifesté de la matière en sa généralité.

Il en résulte que l’ordre explicite et manifesté de la conscience n’est pas, finalement, distinct de celui de la mtière. Fondamentalement, ce sont deux aspetcs, différents par essence, d’un même ordre global. Cela explique un fait de base que nous avons déjà souligné, à savoir que l’ordre explicite de la matière est aussi par essence l’ordre sensoriel en général qui imprime dans la conscience l’expérience ordinaire.

Non seulement à ce point de vue mais, on l’a vu, sous d’autres aspects importants, la conscience et l’ensemble de la matière constituent foncièrement le même ordre (c’est-à-dire l’ordre impliqué comme globalité). Cet ordre est le fondement commun qui rend possible leurs relations. Mais (pour autant que nous refusons d’envisager la conscience comme dérivant nécessairement et totalement des lois qui gouvernent l’ensemble de la matière), que dire de la nature de ces relations?

Pour commencer, nous pouvons regarder l’individu humain comme un sous-ensemble relativement indépendant, jouissant d’une récurrence et d’une stabilité suffisante dans l’ensemble de son système (physique, chimique, nerveux, mental, etc.) pour lui permettre de subsister un certain laps de temps. En ce domaine, c’est un fait bien connu que l‘état physique peut agir de bien des façons sur le contenu de la conscience (le cas le plus simple étant celui des sensations, où nous prenons conscience des excitations nerveuses). Réciproquement, nous savons que le contenu de la conscience peut affecter l‘état physique: une intention consciente peut, par exemple, provoquer l’excitation des nerfs, le mouvement des muscles, modifier le rythme cardiaque ainsi que les sécrétions glandulaires, la chimie du sang, etc.

Cette connexion du corps et de l’esprit est communément qualifiée de psychosomatique (mot tiré du grec psyché, l’esprit, et soma, le corps). Toutefois, l’usage courant de ce terme est de nature à impliquer l’existence séparée de l’esprit et du corps, mais avec certains rapports d’interaction. Une telle signification n’est pas compatible avec l’ordre impliqué. Celui-ci nous oblige à dire que l’esprit involue la matière en général et le corps en particulier. De même le corps involue non seulement l’esprit mais aussi, en un sens, la totalité de l’univers matériel. Le corps et l’esprit peuvent donc être qualifiés de facteurs d’un sous-ensemble plus vaste qui est leur fondement commun.

Nous aurons une image plus commode de ce qu’on entend par l’idée de facteurs, en considérant un réservoir plein d’eau, aux parois transparentes. Supposons au surplus que deux caméras enregistrent ce qui se passe dans l’eau (par exemple, les déambulations d’un poisson) sous des angles difféfrents, à travers deux parois à angle droit l’une de l’autre. Puis projetons les films sur deux écrans voisins. Ce que nous constaterons, c’est une certaine relation entre les contenus qui apparaissent sur les écrans. Le contenu porté principalement par l’un passera dans l’autre, et à tout instant chacun des contenus trouvera dans l’autre une image correspondante ou corrélée. Mais nous savons, certes, que les deux contenus ne se rapportent pas à des réalités indépendantes en simple interaction. Ils sont issus d’une même réalité qui est leur fondement. Cette réalité possède des dimensions supérieures à celles des contenus visibles sur les deux écrans. Les contenus en cause peuvent être qualifiés de facteurs de réalité dont les dimensions sont plus élevées. En un sens, la réalité de plus haut degré renferme en elle les contenus des deux écrans en tant que facteurs; cependant, puisque ceux-ci n’ont qu’une existence abstraite, elle n’est en aucun d’eux, mais plutôt quelque chose d’autre, dont la nature les dépasse tous deux.

Pareillement, quand nous disons que le corps et l’esprit sont des facteurs, cela implique que le fondement de chacun d’eux est une réalité « de plus haute dimension » qui les contient tous les deux sans être aucun d’eux, sa nature étant au-delà des deux. Autrement dit, chacun n’est qu’un sous-ensemble relativement indépendant, et il est impliqué que même cette dépendance relative vient du fondement de « dimension » supérieure où ils sont finalement une seule entité (de même découvrons-nous que l’indépendance relative de l’ordre manifesté dérive du fondement de l’ordre impliqué).

Dans ce sous-ensemble de plus haute dimension, l’ordre impliqué continue à prévaloir. Donc à tout moment de cet ensemble, ce qui est mouvement, et la pensée en offre le reflet, de par la coprésence de nombreuses phases de l’ordre impliqué, a différents stades d’involution. La façon dont s’opère le changement d’un moment à l’autre est foncièrement semblable à celui que nous avons étudié à propos de la matière et de la conscience, chacune prise en elle-même. Ainsi, l’ensemble de tous les facteurs appelés à converger pour constituer le moment suivant sont involués dans la situation totale. Et la force de la nécessité dans cet état global du système les relie « implicitement » en vue de produire un nouvel état du système. Les facteurs de l’esprit et du corps seront alors différents, quoique leurs différences soient évidemment corrélées. Nous ne dirons pas que le corps et l’esprit agissent l’un sur l’autre, mais qu’ils forment, réunis, un ensemble relativement indépendant.

Il s’agit, bien sûr, d’une indépendance limitée. On ne saurait évidemment comprendre ce qui se produit réellement sans prendre en compte, le cas échéant, la matière présente en dehors du corps en attendant de devoir tôt ou tard y englober la société et l’humanité tout entière. Dans des contextes différents et à des fins diverses, on a, certes, le droit d’opérer sur différents sous-ensembles convenant aux situations particulières mises à l‘étude. Mais une grande prudence s’impose normalement pour éviter d’attribuer indûment aux divers éléments d’une situation globale une indépendance autre que relative. Une perspective plus approfondie et en général plus adéquate fait de chacun de ces éléments un simple facteur au sein d’un sous-ensemble de « dimension » toutefois plus élevée. Eventuellement il faudra discerner dans chaque moment des ce sous-ensemble un faisceau de divers facteurs corrélés par la force d’une nécessité intérieure plus profonde, d’où naîtra la nouvelle situation manifestée au moment suivant. C’est donc, en définitive, une illusion grosse d’erreurs que de voir, par exemple, en chaque être humain une réalité indépendante en interaction avec les autres hommes et avec la nature. Ce sont tous, en vérité, des facteurs relevant d’une réalité unique. Lorsqu’un être humain participe à ce processus d’ensemble, il est sujet à des changements fondamentaux en vertu de l’activité même par laquelle il se propose de changer la réalité qui forme le contenu de sa conscience. Ne pas en tenir compte, c’est s’exposer inévitablement à une sérieuse et durable confusion dans tous ses actes.

Il est significatif de remarquer que suivant la théorie quantique, même les « partiules » de matière inanimée doivent être, elles aussi, regardées comme les facteurs d’un sous-ensemble de « dimension » plus élevée, plutôt que comme des constituants qui interargiraient pour former un système plus important. Cela apparaît avec une particulière netteté dans la discussion de ce qu’on appelle le paradoxe d’Einstein, Podolsky et Rosen. Pour notre propos actuel, les détails de cette discussion importent peu. Ce qui compte ici c’est que, en l’occurrence, l’analyse d’un système global en une série de particules douées d’une existence indépendante, mais en interaction, se trouve mise en échec. Au contraire, en étudiant logiquement la signification des équations mathématiques aussi bien que celles des résultats effectifs obtenus expérimentalement, on découvre que les différentes particules doivent être considérées en toute rigueur comme les facteurs d’un sous-ensemble de plus haute dimension.

De cela résulte, par exemple, qu’en certains cas, où l’on observe deux particules éloignées l’une de l’autre, leurs comportements présentent une corrélation ou coordination qui résiste à toute explication par une quelconque force d’interaction mutuelle. La forme mathématique des équations mises en jeu indique, en revanche, que chaque particule agit comme si elle était un facteur abstrait, ne possédant qu’une indépendance relative, et reliée aux autres, en gros, comme l’image du film sur l’un des deux écrans est reliée à sa voisine sur l’autre écran (c’est-à-dire que toutes deux sont des abstractions issues d’un même sous-ensemble de plus haute « dimension »).

Dans cette optique, la matière nous apparaît constituée de facteurs plutôt que d‘éléments indépendants. S’il en est ainsi pour la matière inanimée, cela est vrai à plus forte raison pour la vie et l’esprit. En effet, ce mode d’existence s’y révèle clairement par l’examen attentif de ce qui se passe quand nous nous livrons à des activités engageant à la fois le corps et l’esprit.

Assurément, la nature multidimensionnelle de la réalité n’entre pas sans peine dans le cadre de notre intuition ordinaire, qui ne dépasse pratiquement pas l’ordre explicite, manifesté (tridimensionnel). Mais si nous embrassons, dans la perspective ci-dessus décrite, l’ensemble de notre expérience réelle, compte tenu de cette nouvelle conception – un ordre impliqué et ses facteurs constituants – nous assisterons avec surprise à la naissance d’un nouveau type d’intuition. Un autre mode d’expérience intellectuelle nous apparaît, où le « monde » et le « soi » sont de simples facteurs d’un niveau différent de réalité, en cours permanent d’involution. (Notons au passage que l’apparition de nouveaux genres d’intuition n’est pas, à échelle modeste, une expérience tellement rare. Il arrive, par exemple, qu’on acquière une telle maîtrise des mathématiques qu’on ait l’impression de « toucher du doigt » des concepts hautement abstraits.)

Revenant maintenant au problème de la nature de la matière, nous observerons que l‘élargissement de ce genre de discussion relatif à la « dimension supérieure » d’un système de particules implique qu’en toute chose l’essentiel des facteurs en jeu est l’immense « océan » d‘énergie qui occupe ce qu’on appelle l’espace vide, mais qui, en réalité, « est plein ». Tel que nous le connaissons, l’univers matériel est une simple « ride », dont les facteurs ne participent à l’ensemble que d’une façon insubstantielle et presque évanescente. Cependant, les lois de l’ensemble total assurent à cette « ride » une indépendance relative, de sorte qu’on peut traiter correctement l’univers manifesté comme un sous-ensemble, tout au moins dans une certaine mesure.

Lorsqu’on se tourne vers l‘étude de la conscience, on découvre pareillement que le contenu explicite et manifesté se trouve involué dans un « horizon » beaucoup plus vaste qui est implicite (ou involué). Il suffit toutefois d’un peu de réflexion pour s’apercevoir que celui-ci, à son tour, doit être inclus à l’intérieur d’un horizon encore plus vaste, fait de processus qui n‘émergent pas dans la conscience manifestée. Certains des facteurs en cause agissent sans doute dans le système nerveux, entendu par référence à l’ordre impliqué dans les particules matérielles qui constituent ces facteurs. Mais, nous l’avons dit, cela n’exclut pas nécessairement l’existence d’autres facteurs « mentaux » liés à differents étages d‘énergie qui débordent le cadre de la matière au sens habituel. Quelle que soit la nature de ces facteurs, c’est en eux qu’il faut voir le fondement véritable où s’enracinent à la fois la conscience manifestée et l’aspect de la conscience que l’on qualifie habituellement d’implicite. Même s’il n’apparaît pas dans la zone de conscience ordinaire, ce fondement n’en est pas moins présent à sa façon. De même que le vaste « océan » d‘énergie qu’est l’espace traduit sa présence dans notre perception par un sentiment de vide et de néant, de la même manière l’immense horizon « inconscient » de la conscience explicite est présent en nous avec toutes ses implications. En d’autres termes, il peut être perçu comme un vide, un néant au sein duquel le contenu habituel de la conscience c’est qu’une infime combinaison de facteurs.

Un coup d’oeil sur ce qu’a été notre façon globale d’aborder ces problèmes révèle ceci: il y est impliqué non seulement qu’un état postérieur est généralement l’essence de l‘état antérieur (qui est par conséquent plus fondamental), mais aussi que le plus inclusif est, de même, l’essence du moins inclusif. On voit donc à quels errements sont conduits ceux qui, couramment accordent une confiance presque aveugle à l’analyse de toutes choses en termes d’interactions entre éléments indépendants. Ces éléments, en dernière analyse, doivent être dérivés d’un ensemble plus vaste (même si l’on peut commencer à tout niveau par les traiter comme des systèmes autonomes, du moins jusqu‘à un certain point).

C’est dans cette optique que nous avons étudié la matière et la conscience. Nous avons vu qu’elles sont reliées par la force d’une nécessité plus profonde et cependant plus intérieure, qui inclut ces deux facteurs sans être pour autant ni l’un ni l’autre. Nous sommes en droit d’y voir le fondement de tout ce qui est, du moins en fonction de ce que nous pouvons percevoir et connaître au stade actuel du développement de notre conscience. Bien que nous n’ayons de ce fondement aucune connaissance détaillée, il est encore, en un sens, involué dans notre conscience selon les modalités que nous avons esquissées, et peut-être aussi, selon d’autres modalités encore inconnues.

Touchons-nous là le terme ultime de toutes choses? Dans la perspective métaphysique que nous proposons, ce fondement ne représente encore qu’une simple étape, en ce sens que, au-delà, une infinité de développements ultérieurs reste théoriquement concevable. A tout moment particulier de l‘évolution des connaissances, les nouvelles conceptions métaphysiques qui pourraient se dégager auront, au mieux, valeur de proposition, mais certainement pas de supposition sur ce qu’est censée être la véritée définitive, encore moins de conclusion relative à la nature de celle-ci. La proposition tend plutôt à devenir elle-même un facteur actif dans le système total de l’existence, dont nous faisons partie avec les objets de nos pensées et de nos recherches expérimentales. Toute proposition nouvelle en ces matières devra, comme celles qui l’ont précédées, se révéler viable. Cela signifie qu’on exigera d’elle une cohérence interne générale, étendue à ce qui en decoule dans l’ensemble de la vie. En celui-ci pourrait apparaître, par la force d’une nécessité interne de plus en plus profonde, une situation susceptible de soumettre le monde tel que nous le connaissons, en même temps que nos idées métaphysiques, à un processus sans fin de mutations nouvelles.

Science et conscience, les deux lectures de l’univers.

L’ordre involué-évolué de l’univers

De même, nous disons que dans la métaphysique ici proposée, l’holomouvement est indéfinissable et que tout ce qui exige définition doit être dérivé de relations dans l’indéfinissable.

Tout au long de cette suite d’essais est resté sous-jacent un thème central: la globalité indivise et continue de l’existence, qui apparaît comme un mouvement d‘écoulement sans rupture ni limites. Il faut voir en cela non seulement le contenu de ce qui vient d‘être exposé, mais sa forme même, en ce sens que les notions cosmologiques et métaphysiques abordées dans ces essais ont subi un processus fondamentalement continu d‘évolution. Nous nous proposons de poursuivre ici le développement de ces notions, en indiquant certaines lignes générales susceptibles de nous conduire à la compréhension du cosmos et de la conscience comme formant une totalité unique et indivise, qui ne saurait même pas être séparée essentiellement de la pensée cosmologique et métaphysique propre à rendre compte de ce tout.

Il paraît évident que la notion de l’ordre impliqué ( implicate ) se prête particulièrement à l’interprétation de la totalité indivise en flux permanent. Car au sein de cet ordre, chaque élément identifiable comme doué d’une indépendance relative renferme en lui l’essence du tout. La globalité ne pose donc pas de question puisqu’elle est partout présente depuis le début dans l’objet de notre étude. Le problème est plutôt de comprendre l’ample diversité des composants, éléments, aspects, etc., relativement indépendants qui apparaissent non seulement dans notre expérience immédiate des choses en général, mais aussi dans nos tentatives pour appréhender scientifiquement cette expérience dans un ordre rationnel. Au cours du présent exposé, c’est à cet objectif que nous consacrerons le meilleur de notre attention.

Pour commencer, il sera utile de formuler en termes non mathématiques l’ordre impliqué en cause.

Considérons d’abord le dispositif constitué de deux cylindres de verre concentriques,dont l’intervalle est rempli d’un fluide visqueux tel que de la glycérine, le cylindre extérieur pouvant tourner très lentement, de sorte que la diffusion du fluide visqueux reste négligeable. On injecte dans le fluide une gouttelette d’encre insoluble, puis on fait tourner le cylindre extérieur: la gouttelette s‘étire et devient filiforme au point de cesser éventuellement d‘être visible. Lorsque le cylindre tourne ensuite dans le sens opposé, la structure filiforme se raccourcit sur elle-même et redevient soudain visible sous l’apparence d’une gouttelette foncièrement identique à celle de l‘état premier.

Il est bon d’examiner avec soin ce qui se produit réellement dans l’expérience ici décrite. Notons en premier lieu que la goutte d’encre est faite d’un agrégat de particules de carbone, minuscules et indépendantes les unes des autres. En raison de la viscosité, chaque particule est entraînée à la vitesse même du fluide qui l’entoure. Or cette vitesse varie selon la distance de chaque portion de fluide à l’axe des cylindres. Aussi, les différentes particules de carbone subissent-elles des déplacements variables, de sorte que leur masse totale se trouve dispersée dans un volume assez grand pour que la densité des particules dans le fluide tombe au-dessous du seuil de visibilité. Quand le mouvement s’inverse, chacune des particules revient sur sa route. Finalement, toutes seront ramenées inévitablement à leurs positions de départ, où elles reconstitueront la gouttelette en sa forme primitive.

Lorsque les particules étirées en un fil invisible sont diluées dans un important volume de fluide, on peut toujours les regarder comme un ensemble possédant une certaine structure qui n’est, certes, guère discernable par nos sens, mais qui reflète encore de quelque manière la totallité de la situation originelle avant dispersion. Par exemple, au lieu d’une seule gouttelette, on aurait pu en injecter primitivement deux, l’une à côté de l’autre. Dans chacune d’entre elles, les particules s‘étirent alors en mode filiforme et se mélangent d’un fil à l’autre, du fait qu’il y a interpénétration entre ceux-ci. Cependant, lors de l’intervention du mouvement du fluide visqueux, les particules issues de chaque fil retrouvent leur chemin et viennent reconstituer les deux gouttes séparées. On dirait presque que chaque particule “sait” qu’elle a un destin commun avec certaines de ses congénères dispersées sur une vaste zone, destin différent de celui réservé à certaines autres particules pourtant toutes proches d’elle.

Évidemment, il n’existe ici, en réalité, aucun “destin” de ce genre. On s’aperçoit en revanche, que des particules éloignées entre elles se rapprochent par leurs mouvements respectifs, cependant que d’autres qui voisinaient s‘écarteront largement. Il s’agit donc en fait, d’un dispositif fonctionnant mécaniquement. Son utilité en l’espèce est d’illustrer analogiquement un certain principe nouveau d’ordre. Le concept d’ordre le plus simple est celui de la séquence ou succession. Nous partirons de cette idée élémentaire pour atteindre ensuite, en la développant, des concepts plus complexes et subtils.

L’essence d’un ordre séquentiel simple correspond à la série de relations :

A: B::B: C::C: D

Par exemple, si A représente un segment de droite, B le suivant, etc., la séquentialité des segments de droite découle de la série de relations ci-dessus.

Bien sûr, il existe toutes sortes de séquences (de points, d’objets, de temprératures, de pressions, de tons, de tailles, de couleurs, d’intensités, etc.). Toute notion d’ordre a donc besoin d’indications complémentaires quant à la nature des éléments à ordonner et des relations qui les unissent. Pour dégager les éléments essentiels de ce nouveau principe d’ordre, ce ne sont pas tellement les propriétés locales de chaque particule d’encre qui retiendront notre attention. Ce qui importe au premier chef est plutôt une situation globale qui comprend la glycérine, les cylindres de verre et la façon dont ils se meuvent. On pourra alors dire que, comme déjà noté, chaque particule appartient à un certain ensemble, et que dans cet ensemble elle est liée aux autres par la force d’une nécessité générale, inhérente à la situation globale qui les achemine vers un but commun, à savoir la reconstitution de la forme d’une gouttelette. En langage courant, il est permis de dire que toutes les particules sont impliquées ensemble dans ce but commun. Nous avons déjà remarqué dans un autre essai que le mot “impliqué” ( implicate ) vient du latin “plier progressivement” ou en bref “reployer” ( involuer, enfold ).

En vérité, l’idée de reploiement (involution) fournit une bonne image intuitive de ce qui se produit ici. On peut dire que la gouttelette d’encre est “reployée” ( involuée, enfolded ) dans la glycérine, de la même manière que l’oeuf peut l‘être dans un gâteau. Certes, il y a une différence: la gouttelette peut être “déployée” ( unfolded ) — en inversant le mouvement des cylindres, chose impossible dans le cas de l’oeuf (vu que la substance de l’oeuf subit à la suite du mélange une diffusion irréversible). Mais si nous songeons à la poule d’où l’oeuf est issu, nous pouvons dire que l’ensemble des atomes qui vont constituer l’oeuf se trouve dans la poule et dans son environnement (nourriture, etc.) et que, vue la nécessité logique de la situation globale, ces atomes sont “implicativement” liés entre eux par leur but commun, l’oeuf qu’ils vont formler.

Supposons maintenant qu’une gouttelette a soit “involuée” en faisant tourner le cylindre n fois. Nous introduisons alors une seconde gouttelette et nous tournons n fois de sorte que b aura subi n involutions et a en aura subi 2 n. L’expérience peut continuer ainsi indéfiniment. Les ensembles de particules d’encre qui en résultent (A, B, C, D, etc.) présenteront maintenant des différences assez subtiles (plus subtiles même que celle produite entre deux gouttelettes primitivement séparées dans l’espace et soumises toutes deux à n tours de cylindre). Car si le mouvement s’inverse, les ensembles de particules se rassembleront successivement en gouttelettes dans l’ordre opposé à celui de leur introduction. Par exemple, à un stade donné, les particules de l’ensemble D s’aggloméreront (après quoi elles s‘étireront à nouveau en mode filiforme). Le même sort attend les particules de C, puis celles de B, etc. Il est donc évident que l’ensemble D est associé à C comme C l’est à B, et ainsi de suite, de sorte que ces ensembles constituent un ordre séquentiel naturel. Cette séquence n’a cependant aucune relation essentielle avec l’ordre spatio-temporel. Tous ses élements sont présents ensemble, à tout moment, et en général ils s’entremêlent et s’interpénètrent dans l’espace tout entier.

Nous nommerons cela ordre impliqué. C’est un ordre qui n’est nullement présent au regard de l’observateur. Pourtant, sa réalité se révèle lorsque, par la rotation du cylindre, une série d‘éléments se manifestent tour à tour à nos yeux.

L’ordre dont la présence ordinaire est perceptible peut être appelé ordre explicite ou déployé. C’est un ordre où tous les éléments de base, au lieu de s’interpénétrer, demeurent entièrement extérieurs les uns aux autres. Bref, c’est un ordre du même type général que celui défini par la grille cartésienne. Comme exemple d’ordre explicite, nous pouvons considérer les positions successives d’une particule en mouvement continu dans l’espace. Également, nous pouvons considérer un champs qui se propage par une onde de mouvement continu à travers l’espace, onde constituée par une succession de formes en expansion séparées entre elles.

Confrontons maintenant les deux formes de l’ordre explicite ( explicate ), soit la particule et le champs, avec les principes de base mis en jeu lorsqu’on examine une entité réelle, telle que l‘électron, dans l’ordre impliqué ( implicate ). Pour cela, revenons à notre analogie du système fait de deux cylindres de verre concentriques, séparés par un remplissage de glycérine. Nous commençons par injecter une gouttelette a et par l’amener à une position donnée en tournant le cylindre n fois. Nous injectons ensuite une deuxième gouttelette b dans une position légèrement différente et nous faisons tourner le cylindre n fois encore; puis nous introduisons une gouttellette c dans une position encore différente, à une distance légèrement supérieure sur la ligne ab, et ainsi de suite. Après avoir continué ce même processus sur de nombreuses gouttelettes, nous imprimons maintenant au cylindre un mouvement à grande vitesse dans la direction inverse. Si le rythme d’apparition des gouttelettes est plus rapide que le temps minimal de résolution de l’image dans l’oeil humain, nous aurons l’impression de voir une particule unique en déplacement continu dans notre champs de visions.

Une telle description diffère fondamentalement de la description cartésienne. Selon cette dernière, il existe en permanence une entité réelle (par exemple, un électron), qui occupe par essence une position donnée, puis une autre, puis une autre. Ici, toutefois, nous disons que c’est la totalité qui se manifeste.

L’“électron” est toujours la totalité, quoiqu’il soit impossible à tous les ensembles de gouttelettes d’encre de se manifester à la fois.

Chacun des ensembles se manifeste à l’oeil lorsqu’il devient assez dense pour dépasser le seuil minimal de la perception visuelle. Quand cet ensemble s’involue à nouveau dans le fluide visqueux, le suivant apparaît et de même les suivants, comme expliqué précédemment. Pourtant, la totalité de l’ordre involué reste essentiellement dépourvue de toute association à l’ordre spatio-temporel. Sa présence est constante dans le système tout entier, quoiqu’il se manifeste toujours différemment, en des lieux et à des instants bien précis.

Naturellement, l’ensemble du processus dépend de la situation globale. Si, mettons, l’on change les cylindres ou que l’on dispose des obstacles dans le fluide visqueux, l’ordre de la manifestation en sera modifié. Une telle dépendance de ce qui se révèle à l’observation présente une forte analogie avec le fait que, selon la théorie quantique, les entités élémentaires (par exemple, les électrons) peuvent se manifester soit comme particules, soit comme ondes, en accord avec la situation totale impliquée dans leur observation expérimentale. En outre, il est clair que les manifestations successives n’ont pas besoin d‘être reliées entre elles comme s’il s’agissait d’“instantanés” d’un objet en déplacement continu. D’ailleurs, en sa structure fine, l’ordre explicite des gouttelettes d’encre est déjà discontinu, si petites que soient les distances entre les gouttelettes successives. Mais, en principe, on pourrait admettre des discontinuités dans les trajectoires visibles, qui sont faites de différentes séries de gouttelettes. Il y a là, bien sûr, une étroite parenté de plus avec les transitions discontinues d’un état à l’autre que requiert la théorie quantique.

Il est, au surplus, évident que nous aurions pu introduire une quantité quelconque de ces particules, dont les formes se seraient interpénétrées dans l’ordre impliqué. Néanmoins, se manifestant dans l’ordre explicite, ces formes garderaient leur apparence de “particules” spatialement séparées. Nous aurions pu nous arranger pour que chacune d’entre elles se déplace en ligne droite indépendamment des autres, soit pour qu’elles suivent des trajectoires courbes, mutuellement associées et interdépendantes, comme s’il existait entre elles une force d’interaction. Assurément, dans ces conditions, on pourrait en principe observer en son intégralité la manifestation de l’ordre explicite, tout au moins pour autant qu’elle entre dans le cadre de la physique actuelle.

Telle qu’elle a été pratiquée couramment jusqu’ici, la physique s’est donné, en fait, comme base, l’ordre explicite. Il est vrai que cette perspective n’empêche pas de décrire des situations mettant en cause un ordre impliqué (par exemple le “déploiement” qui fait apparaître une gouttelette d’encre), encore que ce type de description tende à s’enliser dans d’insurmontables complications. Mais de telles situations sont généralement jugées secondaires, accessoires et dépourvues de sens en dehors de domaines limités (ceux, précisément, du genre analysé). Toute entité fondamentale douée d’une existence indépendante est tenue pour exprimable, en fin de compte, dans un ordre explicite, en termes d‘éléments extérieurs les uns aux autres, éléments qui résultent habituellement de l’analyse du monde réduit à des particules élémentaires reliées par des champs.

Ce que nous proposons ici, c’est, au contraire, de prendre comme base l’ordre impliqué. Autrement dit, ce qui est fondamental, existant en soi et universel, doit s’exprimer en termes d’ordre impliqué. Nous suggérons donc de voir dans l’ordre impliqué ce qui agit en toute indépendance, alors que, nous l’avons vu, l’ordre explicite découle d’une loi de l’ordre impliqué. Cette loi assure la récurrence et la stabilité de ce qui est manifesté, de telle sorte que la forme tend à rester semblable à elle-même. Mais elle permet aussi les transformations de cette forme, c’est-à-dire le fait que la récurrence a généralement des limites et n’est ni complète ni parfaite. Comme indiqué à propos de l’analogie de la gouttelette d’encre, nous pouvons théoriquement obtenir de cette façon tout un monde explicite de formes dérivées qui évoluent et se développent, unies entre elles par des interconnexions qui en font un sous-ensemble relativement indépendant.

Jusqu‘à présent, nous avons raisonné en nous servant du modèle de la gouttelette d’encre. Toutefois, il n’y a là qu’une analogie dont la correspondance avec ce que nous voulons exprimer demeure limitée. En fait, l’analogie repose à la base sur l’idée qu‘à un niveau plus profond, ces particules d’encre et les éléments du fluide se déplacent mécaniquement en un ordre explicite, si bien que l’ordre impliqué n’a pas réellement l’activité indépendante qu’exige notre nouveau principe de mouvement. Laissons désormais ce modère de côté et passons à l’hologramme.

La fonction de l’hologramme est fondée sur un champ d’une extrême finesse, qui obéit aux lois de la théorie des quanta et qu’on n’a aucun moyen connu de mettre dans un ordre explicite. Cependant, même l’hologramme est un modèle insuffisant. Car l’hologramme n’est qu’un enregistrement statique, dépendant du mouvement des champs dont il est le produit. La réalité indépendante est le mouvement lui-même: non seulement celui des champs électromagnétiques, mais aussi ceux des autres champs (susceptibles en principe de donner naissance à des hologrammes) tels que les électrons, les ondes sonores, etc. Nous pouvons désigner la totalité du mouvement de ces champs, connus et inconnus, par le terme d’“holomouvement”, et regarder toutes les formes particulières comme abstraites de cette totalité. En outre, on remarque que l’holomouvement, dans sa totalité, n’admet aucune norme spécifiable et n’est tenu de se conformer à aucun ordre déterminé ni de se soumettre à aucune mesure limitative.

En mathématiques, on a le droit d’utiliser des symboles indéfinissables et d’en dériver ce qui est définissable comme des relations entre les symboles non définis. De même, nous disons que dans la métaphysique ici proposée, l’holomouvement est indéfinissable et que tout ce qui exige définition doit être dérivé de relations dans l’indéfinissable.

La mathématique que nous proposons utilise la notion suivante: ce qui est est mouvement, et les objets statiques perçus par nous sont des formes relativement constantes, abstraites du sein de la totalité indivise du processus universel. A titre d’exemple de ces formes, nous pouvons évoquer le tourbillon, et aussi le flux de la conscience perceptive qui, bien qu’indivis, n’en contient pas moins en lui des formes d’images et de pensées douées de constance relative. Mais maintenant nous allons plus loin en déclarant que le mouvement de base est celui du reploiement et du déploiement (involution et évolution) dans l’ordre impliqué. Comme indiqué plus haut, le “monde manifesté” de la physique tout entier, fait d’objets reliés par des champs et en mouvement continu dans un ordre explicite, doit être dérivé de l’ordre impliqué en tant que sous-ensemble de formes relativement stables et récurrentes. Ce sous-ensemble n’a pas d’existence indépendante. C’est plutôt une “apparence” de quelque chose de plus profond qui est indépendant (de même qu’une ombre est l’“apparence” d’un objet qui existe par lui-même).

Dans toute cette discussion, nous avons jusqu‘à présent traité la distinction entre ordre impliqué et explicite comme un fait indépendant, imposé de l’extérieur du “monde” que nous étudions (par exemple, l’ordre explicite a été assimilé à celui que peuvent percevoir les sens). Mais même cela peut s’intégrer à la loi de l’ensemble, en faisant de l’ordre explicite une forme particularisée de l’ordre impliqué. Si, par exemple, nous revenons momentanément au modèle de la gouttelette d’encre, nous aurions pu “introduire” dans le fluide visqueux une grille complète faite de gouttelettes d’encre. Il y aurait eu ensuite interpénétration entre la grille et toutes les autres structures qui s’y trouvent “involuées”. Pourtant, par essence et “implicitement”, ce serait un ordre explicite. On pourrait alors exprimer les lois de l’involution en se référant à cette grille involuée plutôt qu‘à notre propre ordre visuel.

De semblables considérations sont applicables à l’ordre que comporte l’holomouvement. Elles reviennent, centralement, à étendre le principe de la relativité einsteinienne à l’ordre impliqué, en énonçant qu’il n’existe aucun “cadre de référence” explicite qui jouisse d’un “privilège” particulier. Tout ordre impliqué fera l’affaire s’il s’agit d‘établir le cadre de référence nécessaire pour en exprimer les lois fondamentales.

Qu’est-ce donc qui détermine le cadre propre à l’expression du “monde manifesté”? La réponse à cette question est suggérée par la racine du mot “manifesté” qui vient du latin manus, signifiant la “main”. Essentiellement, ce qui est manifesté, c’est ce qu’on peut saisir de la main, quelque chose de solide, de tangible et d‘évidemment stable. L’ordre impliqué pris dans son intégralité embrasse, assurément, quelque chose de hautement subtil et d’intangible. Or, c’est ce fondement subtil et impalpable que nous proposons de prendre comme base et source fondamentale d’action. Nous l’avons vu, ce qui est solide et tangible en est ensuite abstrait comme un sous-ensemble qui n’est que relativement indépendant, récurrent et stable. C’est un renversement complet de la procédure habituelle: au lieu de dériver le subtil comme une forme abstraite du tangible, nous dérivons le tangible comme une forme abstraite du subtil.

L’ordre impliqué particulier qui peut servir de “cadre de référence” pour ce sous-ensemble de l’ordre manifesté est alors effectivement ce qu’on entend par ordre explicite. Pour des raisons de commodité, nous pouvons toujours le décrire, l’imaginer ou nous le représenter comme étant l’ordre perceptible par nos sens. Le fait que cet ordre est en fait plus ou moins celui qui apparaît à nos sens doit toutefois être expliqué. Cela exige que nous introduisions la conscience dans notre “univers du discours” et démontrions que la matière en général et la conscience en particulier peuvent, au moins en un certain sens, avoir cet ordre explicite (manifesté) en commun.

(…) En liaison avec ce qu’on entend par ordre manifesté, il convient de noter que le temps comme l’espace doivent en principe être inclus dans cet ordre impliqué. Afin d’en étudier la possibilité, considérons une séquence d‘événements réguliers, récurrents, voire périodiques (par exemple, la récurrence du jour et de la nuit, des battements du coeur, des positions des aiguilles sur un cadran de montre, de la mesure en musique ou des “battements” d’une horloge à caesium, etc.). Il s’agit en chaque cas de formes qui peuvent être regardées comme émergeant de l’ordre impliqué. En un sens, elles sont toujours présentes ensemble “implicitement” dans la totalité. Cependant les lois de l’ordre d’ensemble les font émerger dans le “monde manifesté” en un ordre déterminé. Il est clair que, d’une certaine façon, le temps est “impliqué” tout entier dans chacune des formes ainsi émergentes. Même le cadre de référence qui permet la mesure du temps se trouve contenu dans ces séquences régulières, récurrentes ou périodiques de formes interdépendantes. Ainsi le temps, pas plus que l’espace, n’est un ordre imposé de l’extérieur ou au-delà de l’existence regardée comme un tout. Il est contenu en mode involué, en même temps que ses relations avec l’ordre des événements et en général de tous les processus, à l’intérieur de l’holomouvement.

Science et conscience, les deux lectures de l’univers.

Some thoughts on zen and modern physics

The point here is obviously not to cover the field but to try to suggest, and not to completely explain, the parallelism between the teaching of the ancient Masters and what appears to be widely agreed by all in quantum physics.

Until the beginning of our century, the scientific approach widespread in the Western World has always been based on the observation of the external phenomena which surround us, followed by an explanatory logical approach under the form of theories or models. Mankind was observing the world like an object of study separated from his own being. The reality of our world was perceived like an entity ruled by eternal laws unknown so far, by laws escaping our knowledge at the moment but whose discovery was considered as unavoidable and depending only on the progresses to get in our future observation means. Many people share anyway this opinion, thinking that any reality can be discovered provided that the telescopes or the microscopes become powerful enough.

This approach has the enormous disadvantage to entertain a separation between mankind itself and the surrounding universe. This is by the way the main cause of the troubles of our world in the domains of ecology and human relationships. This form of knowledge has overruled during the last centuries any other form of knowledge and has moreover totally shaded off in the western civilizations the intuitive and meditative knowledge, more widespread in the Middle Age. By the way, knowledge, science and technology should not be confused. The meditative approach, and in particular the one of the zen, is considered by many people as non scientific. It is an integrated approach, that is to say, at the same time, of the self and of the world to which we belong, immediate, spontaneous and direct. It is anyway easy to understand its basis given the fact that our cells are similar to all cells in the universe; we are of course constituted by the same atoms as everything in our observable universe. In that sense, the observation of the self, of the life which inhabits us, is the observation of one part of the whole thing, leading to the opening of a larger knowledge, spreading to our entire world.

The two approaches can be perceived as orthogonal, separated and impossible to be unified again. However the so-called modern physics has undergone and is still undergoing, first among other sciences, a profound revolution, breaking apart the certitudes that we had on the possibilities of our knowledge, ourselves as subjects and our external world as object of our knowledge. That happened with the arrival of quantum physics, time relativity, new notions of space and dimensions of our universe, in particular. These domains of physics were not expressed precisely of course by the historical zen Masters, but in many regards their profound intuition concerning the virtuality of time, the non separation between ourselves and our universe, is lighten up now in a obvious fashion by the new approaches of physics developed during the few past tens of years.

The content of these few lines is simply to suggest that the two approaches may be non contradictory but on the contrary quite complementary, immediate and integrated knowledge and knowledge based on the external observation and logic. Often anyway, the results of both approaches are very similar and drive us to a unique and global perception of our universe. In that sense bringing them together, still in recognizing their own limits, one due to the verification, the other one due to a fragmentary approach, is in itself interesting, every man having in himself the desire to integrate the scientific and, let us say, the religious worlds.

Quantum physics and intuitive knowledge

The point here is obviously not to cover the field but to try to suggest, and not to completely explain, the parallelism between the teaching of the ancient Masters and what appears to be widely agreed by all in quantum physics. For that it is unavoidable to recall few basic concepts concerning quantum physics. These concepts are not immediately obvious for the ones, who like all of us, live in a macroscopic world.

The macroscopic world which surrounds us is ruled by laws of causes and consequences. In this world, matter is matter and waves, for example light, are waves. For example the waves are the movements of water and water is water, quite simply. In the microscopic world of quantum physics, things are not so clear. The duality to which we are accustomed in our everyday life is broken up. Similarly, we are used to observe interacting systems, where some information is transmitted across systems, for example by light or sound. However quantum physics has demonstrated that the duality between the waves and the particles, let’s say the matter, should be overruled. The observation of some immediate phenomena has also shaken up our certainties.

Let us take a first example. Light does not exist at rest but is the propagation of a wave, of course at the speed of light. It is then not material, it would not be possible to have a table made of light because light does not exist at rest. On the other hand, the electron which is a small particle, in the sense of the current vocabulary, is not a wave. It so happens that light acts at the same time like a wave and like a particle, like a particle of light. The electrons, particles, behave also like waves and not like particles. Then what is reality? Is light a wave or a particle and is electron a particle or a wave? This concept of duality between waves and particles should then be overcome. In common language, another name should be invented, for example “parton”. To talk about matter is certainly understandable in our everyday life, but in the microscopic world matter and energy are a same phenomenon.

In quantum physics, the way we observe a phenomenon defines the state in which it is projected in our macroscopic world. What is then the fundamental reality of things, if our observation itself defines, in the sense of our vocabulary, that we observe it either under the form of matter or the form of a wave, without any material consistence? It is then suggested that the single level of reality to which we are used must be overcome and that a new level of reality must emerge, in which these contradictions can be resolved, integrated, embraced. It is difficult for the mind to grab that, the human mind would like to conclude to the existence of a reality which remains hidden. That is not the case. This hidden real does not exist and the nature of things is embedded in this apparent contradiction, in the case where one limits oneself to a single level of reality. It is however possible to conceive a logic which allows, not to resolve the contradictions, but to accept them. It is another dimension of logic. The same in fact is true in our everyday life where we have to embrace the contradictions to which we are confronted.

In all times, zen Masters have asserted that matter is the phenomena (the wave, the electron) and that phenomena are matter (the electron, the wave). The fundamental nature of everything, matter, phenomena, is the vacuity, named ku. All things, all phenomena, including the phenomena of the mind, are in essence in ku, come from ku and go back to ku. The matter itself is a phenomenon and does not have any intrinsic existence, its essence is ku. Ku, although impossible to translate, suggests in a single word the vacuity, potentially inhabited by energy or matter; this comes to the same thing from the well-known Einstein’s equation E=mc2. Today in physics, people talk about vacuity or field, which is in essence the same thing. In particle physics, the more we are trying to understand the foundations of matter, the more we find the vacuity. The vacuity is inhabited by interactive fields which materialize themselves when traversed by a primary grain, or by a grain of light, or by an energy perturbation. It somehow polarizes itself. A field is the scientific concept of ku, mentioned in buddhism from the oldest times. The concept of particles or waves is replaced by fields. On the same way that ku cannot be observed by itself, fields cannot be observed but they manifest themselves under different ways depending of the method of observation, or depending of the way they are projected in our macroscopic world.

The essence of this new physics was already contained in the intuition of the zen Masters. Today the intuitive and scientific approaches join each other, the immediate one, complete and expressed in terms full of imagery, the other one providing a verification of the first one by observations realized in our real world of everyday. The zen approach is the direct and intuitive approach of ku, the scientific approach, after multiple observations, deductions and contradictions to overcome, has found back this concept by another way.

Inter-dependence: interactions and non-local variables

Let us take a second example. Let us start this time from the zen approach concerning inter-dependence. This inter-dependence is conceived as immediate and global. For example that can be translated in the following sentence: a person who practices zazen modifies the entire universe. Understand this sentence by contemplating an interaction which propagates itself first within our close environment, and then farther and farther is certainly justified. However it contains also a notion of immediate and universal action calling for no interaction propagating itself gradually, like if our whole universe were one, entirely linked and in complete inter-dependence. A priori, that seems to be in contradiction with the fact that in our world no interaction can propagate itself at a faster speed than the speed of light. According to this condition, billions of years would be needed until the influence of a person in zazen propagates itself to the frontiers of our universe. However in the last months, a new phenomenon was fully verified and established in physics, proving that a bound system in its initial conditions stays bound, and that changing one of its elements immediately modify the other ones. No signal would have the time to propagate itself from one part to the other one.

Two particles of light coming from the decay of an atom are emitted. These two particles of light are sent in opposite directions in kilometers of optical fibers. Although separated by kilometers their state stays bound, that is to say that a modification of the state of one of the particles is immediately observable on the other one, without any time for a signal to propagate itself, at the speed of light, from one to the other. The phenomenon is immediate, no spatial separation exists, space is discontinuous. That is a new level of reality. For the moment no mathematical formalism allows to pass from one level of reality to another one. To pass from the laws of the world of quantum physics to the ones of the macroscopic world. This experiment displays what the zen Masters had sensed in talking about inter-dependence among all beings, in the large sense of our universe, immediate inter-dependence, without any spatial separation. There are then in our universe phenomena which staid for a long time unknown from the scientific world, and which come closer of what was expressed from the beginning of buddhism.

Both approaches are complementary in the sense that intuition is certainly correct but can profit from the scientific observation to be verified and be projected as a real phenomenon in our visible world. One could compare this process to the projection of the world of Buddha, source of integrated intuition, in our everyday world, the world of the observation of the physical phenomena. Knowing that, the scientific approach, to the extent that it stays modest, can help the human being to understand the profound nature of things. Like Buddha was saying: if I tell you that I have a diamond in my closed fist, you would have to believe me. If I open my hand, you can see it. In that sense the scientific approach towards the understanding of our universe helps to open the hand, so everybody can see the diamond.

Another dimension in reality

Along Planck’s discovery, which is the basis of quantum physics, the energy has a discrete structure, discontinuous. Its building block is the quantum. That corresponds to a real revolution. We are used to a continuous world, made of relationship of causes to effects, of interactions from one place to another and of a linear time. How then can we understand a world made of discontinuous entities, the quanta. How can we understand the real discontinuity, that is to say how can we imagine that in between two points there is nothing, no objects, no atoms, no particles, just nothing? How, although physics has not really approached this subject and that time is still considered as a continuous variable, how can we understand the relationship between the time which flows away and the instant? How much time is there in between two instants? Is time a succession of instants? How to embrace at the same time the time which flows and the discontinuity of the instants? In physics a bizarre situation is established, the space-time of classical physics and the laws of quantum physics have been kept separately. This is really a bizarre situation which brings many problems in the understanding of our world.

We have seen that the classical concepts of material particles and waves are not quantum entities, very different from the objects of classical physics. One is lead to conclude that they are at the same time waves and particles, or are neither waves nor particles. We have to abandon the dogma of a single level of reality. The quantum objects are controlled by the laws of quantum physics, in rupture with the laws of the macroscopic world. There are two levels of reality. The simple logic where something and its contrary exist only separately should be overcome. For example if one stays in the single level of reality of the macroscopic world, the world of duality, waves and particles appear to be divided, it is a contradiction. The introduction of a new level of reality allows to overcome this contradiction. For example, in that reality waves and particles are in fact unified and called “partons”.

The appearance of a level of reality where contradictions are overcome, are naturally embraced, is essential. From all times this level of reality pertains to the essence of knowledge in buddhism. During zazen, the apparent duality between body and mind is overcome by an integrated consciousness of the body-mind. This intuitive and integrated approach becomes an essential component of our way to look at things in our everyday life. We live, and consequently we can say that our time is flowing, but also we live only at each instant. If we remain in a single level of reality, we cannot bring the two together. During zazen, this contradiction disappears, the consciousness of time and instant are unified. It is an integrated approach, at the same time of the self and of the world to which we belong, immediate, spontaneous and direct. An approach in which the self and the world which surrounds us are reunified. That represents anyway the only way, the only hope for humankind, the essence of ecology, the respect and the compassion for all the beings.

Time in physics and instant

It is enough to ask sincerely this question to realize that time is a concept which lives with us. Time has no being and is then not measurable by itself. It is perceived in function of things, in function of the human beings for example. In physics, time has been cleared of everything which makes its importance for us, its concept has been completely simplified, formalized, “mathematized”. For example, in physics, time is without direction, past and future do not exist. The equations of general relativity are by the way symmetrical with respect to the time variable. This time is a time extremely simplified compared with the one we are living in and science had to develop huge efforts from the end of the 19th century to reestablish its reversibility.

We have kept in our minds this concept of linear time which flows away. It is real, that is enough just to observe the flow of our own life. But our consciousness of a time flowing in a regular and universal manner has profoundly changed in modern time.

In a chapter of the Shobogenzo, Uji, Master Dogen talks about the being-time. Countless documents have talked about time, also in physics about the arrow of time – the direction of time -, why it so happens that in our world time goes only in one direction. Until these last decades, time was considered in the western societies like an absolute entity. Time or moreover its measurement is extremely well defined. However in one hand, in the 13th century Master Dogen talked about the being-time, that is to say expressing the fact that outside of beings, outside of ourselves in particular, or more generally outside of any presence of matter, time does not exist in an absolute manner. Time is completely linked to beings. On the other hand within our century, Einstein has demonstrated that time is a relative concept, depending on the referential from which we observe it and which depends also on the masses in presence. Time has fallen from its pedestal of absolute variable.

One of the big Einstein’s discovery has been to establish in the theory of the general relativity that time is not absolute but that its observation is modified by the presence of masses in our universe. In the absolute nothingness (called kakunen musho in the zen documents), time does not exist, first thing. To this regard, to talk about the beginning of our universe is to refer only to the inexact concept of an absolute time and not of a relative time, because the distribution of masses inside our universe is constantly changing. In that sense one could say that our universe has materialized suddenly from the infinity of time, that our universe and its own time are born at the same time, as one says currently. In buddhism, the concept of time separating the birth of a universe from its extinction is very vague and corresponds to the idea of kalpa. A kalpa is by the way also the time of a blink of an eye of Buddha, expressing this way that it does not have any real content or cannot be measured in an absolute way. That does not by the way prevent us to talk about any elapsed time, measured for example by the displacement of a clock hand.

The concept of time disappears on the cosmological level because no external referential to our visible universe exists to measure it. It is a concept which is internal to our own universe. The concept of a time measured between the appearance and the possible extinction of our universe does not have any signification in itself, one could talk about billions of years or fractions of seconds. On the other hand, inside our own universe, the measure of time is not absolute.

Dogen was not expressing something else, in other words. Our observation of time depends of where we are, depends and is linked to our being. Dogen first has realized that time was not an absolute concept; that has been observed and demonstrated by physics later on. But also, the knowledge of the relativity of time by physical observations allows the human being to become aware of the relativity and the impermanence of everything, the world is not perceived anymore like a fixed entity external to ourselves. Denying the impermanence of all things is certainly a source of suffering for the human being. On the other hand, the fundamental concepts in quantum physics lead us to see everything as constantly changing, in mutual interaction, linking anything to anything, like any human being to the other and to the world in which he lives.

The universe

Ancient buddhism talks about a multitude of universes appearing and disappearing during countless kalpas. Like if each of these universes was similar to a bubble which grows, explodes, disappears, followed by other bubbles. Ourselves, we can only know our own bubble, which does not excludes that there could be other bubbles which will remain unknown to us, other universes for ever separated by the frontier of nothingness.

Ancient buddhism always talked about a multitude of countless universes, whereas the western science talked only about our own universe. How can we understand that? Although it is our everyday perception, we are not living in a universe made of straight lines. Einstein has demonstrated in the theory of general relativity that the geometry of our universe is curved by the action of the masses in presence, matter. We are then living inside a curved universe. The concepts of space and matter are linked together, space does not exist or does not have any signification without the presence of matter. Nothingness is then a concept which we cannot conceive because it has no time and no space. Our universe, although it appears to us naively infinite, finds its natural frontier at the blurred point where the influence of the masses which form it finishes. In that sense, it can be perceived as finite or infinite, because this frontier is blurred. Anyway our universe, taken in its totality, could be considered like an enormous black hole.

Nothing opposes the presence of multiple and countless universes, each of them being a complete stranger for the other, having no spatial nor time connection with any other. Universes are separated by nothingness, although in fact the concept of separation does not have any sense at all, because it cannot be measured by anything. The universes are disjoint. To talk about distance in between these universes does not mean anything, because there is no common geometry. The human being can only know or apprehend the universe in which he lives, the one which generated his own atoms and his own cells, like the ones of his brain for example. That does not prevent him to be able to suspect that his universe is not unique, even so if for himself his universe is in fact unique. The other universes remain for ever unknown to him, in that sense his own universe is unique.

When one talks about universe, it is important to understand if one talks about our own universe or about the collection of all disconnected universes. Looking at these remarks, it is probable that the human being starts to perceive an infinity much more immense than the one he considered so far. The universe of zen is infinite, people say. This infinity was sensed from the most ancient times. In our century this perception can be backed up by the scientific logic. This perception is born first from the generalized intuition of the world of Buddha.

The third millenium and in particular the 21st century will see more and more the unification of science and, lets say, of the religious world, of the integrated understanding of our universe, both marching hand to hand. That was the prediction of Master Deshimaru.

Dr. Vincent Vuillemin, zen monk, project leader at CERN in an experiment designed for the new accelerator of particles.

Source : http://www.zen-deshimaru.com

Une géométrie imaginaire

Dans un univers dont la trame et les déformations sont le bouillonnement quantique, la structure de la réalité physique est indissociable de la structure d’un rêve.

La courbure de l’espace

N’y a-t-il donc aucun espoir que nous puissions imaginer un jour ce que sont les quantas? S’ils sont les constituants de base de la matière, il doit pourtant bien y avoir quelque chose qu’on puisse établir sur leur nature. A cette question, la physique nouvelle répond oui — nous pouvons considérer les particules élémentaires comme des entités abstraites, et nous pouvons dire certaines choses sur leur nature. Pour cela, cependant, il faut faire intervenir un des concepts les plus délicats de la physique, le concept de courbure de l’espace.

Einstein présenta sa théorie de la relativité générale en 1916. Il y postulait que l’espace n’est pas tridimensionnel et que le temps n’est pas une entité séparée, mais qu’ils sont des aspects différents d’un même quelque chose. Ils sont compris dans un continuum à quatre dimensions, où le temps n’est pas un flux absolu comme dans la théorie de Newton. Différents observateurs organiseront les événements de façon différente dans le temps. La manière dont ils organisent leur notion de temps est relative à leurs positions et à leurs vitesses par rapport aux événements observés. La plus grande contribution d’Einstein fut d’affirmer que toutes les mesures qui contiennent l’espace et le temps ne sont pas absolues. Dans la relativité générale, la notion classique d’espace en tant que scène où ont lieu les événements physiques est abandonnée. L’espace et le temps deviennent tous deux des éléments d’un langage que tout observateur utilise pour décrire l’univers.

L’hypothèse d’Einstein, que l’espace n’est pas euclidien mais courbé, est encore plus étonnante. Selon Einstein, la structure de l’espace-temps possède une propriété géométrique particulière, une courbure de l’espace, qui se manifeste dans un phénomène tel que la gravité. On peut conceptualiser cela en imaginant une grande masse comme la terre reposant sur une immense feuille de caoutchouc. Une telle masse s’enfoncerait dans le caoutchouc, de même que la terre s’enfonce dans la structure de l’espace-temps. Des phénomènes sans masse sont affectés par cette courbure; ainsi un rayon lumineux qui passe près d’une grande masse est dévié par elle. Cette courbure est difficile à conceptualiser étant donné que l’espace-temps n’a pas de substance. Or, en fait, c’est le néant (le sans-substance) qui est courbé. Comme le fait remarquer Edmund Whittaker, “dans la conception d’Einstein, l’espace n’est plus une scène sur laquelle est joué le drame de la physique; il est lui-même un des acteurs. Car la gravitation, qui est une propriété physique, est entièrement contrôlée par la courbure, qui est elle une propriété géométrique de l’espace”.

Une géométrie imaginaire

Quelques physiciens croient que c’est la substance de ce néant qui compose les vrais constituants de la base de la matière. Déjà en 1876, W. K. Clifford théorisait que la matière n’est qu’un espace vide et courbe. John A. Wheeler résume la conception de Clifford en disant qu’il n’y a “rien dans le monde sauf un espace vide et courbé. La matière, les forces, l‘électromagnétisme et les autres champs d‘énergie ne sont que des manifestations de la courbure de l’espace. La physique est une géométrie.

Pour Wheeler, si nous pouvions examiner au microscope ce néant de l’espace, nous verrions que la structure de l’espace-temps se présente comme une mer turbulente remplie de bulles. Ces turbulences, ces bulles, sont la trame et les déformations de l’espace vide et contiennent ce qu’il appelle le “bouillonnement quantique”. Il écrit: “L’espace de la géométrie quantique peut être comparé à un tapis bouillonnant étendu sur un paysage qui ondule lentement… Les variations microscopiques et continuelles qui interviennent, les nouvelles bulles qui apparaissent et les anciennes qui disparaissent, symbolisent les fluctuations quantiques de cette géométrie.” Jack Sarfatti, sur la lancée de Wheeler, a précisé cette description imaginaire. Il conçoit ce bouillonnement quantique comme une mer turbulente formée de micro-trous noirs alternant avec des micro-trous blancs (il ne faut pas confondre ces micro-trous noirs avec les trous noirs astronomiques qui sont incomparables en taille). Ces minuscules trous noirs et blancs (de 10 -33 cm de diamètre, ayant une masse relativement énorme de 10 -5 g) apparaissent et disparaissent continuellement. Diverses forces électromagnétiques et gravitationnelles peuvent agir sur ce bouillonnement et former des modèles vibratoires, qu’on pourrait comparer aux ondulations causées par un caillou jeté dans une mare. Ce sont ces modèles vibratoires, ou ces ondulations du bouillonnement quantique, que nous détectons comme étant des particules subnucléaires, suggèrent Wheeler et Sarfatti. Certaines sont des protons, d’autres des neutrons. Ces modèles agissent les uns sur les autres pour former des atomes, qui agissent à leur tour pour former des molécules, qui agissent enfin pour former la substance du monde physique. Ainsi, aussi étrange que cela paraisse, les pierres et les étoiles seraient simplement des ondulations dans le néant.

Cela n’est évidemment qu’une conceptualisation un peu grossière de la courbure de l’espace-temps. Il nous est en effet difficile de concevoir un espace courbé. Car notre pensée est prisonnière des concepts relatifs à notre réalité. Il nous faudrait pouvoir étudier la structure de la réalité; mais ceci nous est impossible pour le moment. C’est comme si nous étions pris dans un miroir déformant, et que la lumière qui nous apporte des images du monde physique suivait la courbe de la surface du miroir. Les distorsions seraient invisibles pour nous.

Concevoir la matière comme des ondulations du bouillonnement quantique nous éclaire sur le paradoxe de la complémentarité. Ainsi qu’on l’a mentionné, un des mystères auquel doit faire face le physicien est que les particules élémentaires comme les électrons et les protons manifestent à la fois des propriétés ondulatoires et corpusculaires. Si les suppositions de Wheeler sont correctes, essayer de mesurer un électron est pareil qu’essayer de mesurer l’ondulation d’une banderole de soie flottant au vent. Depuis toujours, le physicien a recherché en quoi consistait la Réalité ultime de la matière; et il n’a découvert qu’un espace vide servant de scène au monde matériel. On imaginait que les particules élémentaires étaient très différentes de cette scène vide; cependant, comme le suggère Whittaker, la scène elle-même est devenue un des acteurs. La dualité particule/onde de la matière fait allusion, la première, à une liaison intime entre la matière et ce prétendu espace vide. “L’espace-temps est-il seulement une arène dans laquelle des forces et des particules se meuvent comme des entités physiques et étrangères? demande Wheeler. Ou bien n’existe-t-il que le continuum à quatre dimensions? La géométrie courbe et vide est-elle une sorte de matériau magique qui sert à construire tout ce qui se fait dans le monde physique? Avec une faible courbure pour décrire un champs de gravitation; une géométrie ondulatoire avec un autre genre de courbure pour décrire un champs électromagnétique; et une région de haute courbure pour décrire une concentration de charges et de masse-énergie? Les champs et les particules élémentaires sont-ils des entités étrangères immergées dans la géométrie, ou bien ne sont-ils rien d’autre que la géométrie?”

Dans la physique nouvelle, la matière et l’espace-temps vide deviennent ainsi la même chose. Les constituants de base de la matière ne sont pas des objets dans le sens où nous les connaissons, mais peuvent être perçus comme des micro-trous noirs et des micro-trous blancs.Wheeler propose d’appeler les bulles du bouillonnement quantiques des “Wormholes” (mot à mot “trou de ver”, Wheeler les nomme ainsi à cause de leur forme), des tourbillons. Ils se présentent un peu comme l’anse d’une tasse de thé, et ils peuvent relier deux régions de l’espace-temps comme l’anse met en contact deux portions de la tasse.

wormhole

La distance entre les pôles de deux wormholes varie énormément selon qu’on se trouve dans un espace à trois dimensions ou qu’on effecture le trajet à travers l’espace creux compris à l’intérieur de l’anse. Un wormhole à San Francisco et un autre à New-York, par exemple, sont distants de plusieurs milliers de kilomètres dans un espace à trois dimensions, mais la distance qui les sépare à travers l’espace creux d’une anse peut n‘être que de quelques centimètres. Les wormholes forment donc des trous dans l’espace-temps. Les trois dimensions apparentes de l’espace n’existent tout simplement pas au niveau du bouillonement quantique. Les wormholes dans la structure de l’espace de Wheeler créent une interconnexion quantique mettant chaque point de l’espace en contact avec tous les autres.

De nombreux écrivains ont relevé l’existence de tels trous dans l’espace-temps; et ils montrent que cela nous force à voir toute la géographie et toute l’histoire de l’univers comme quelque chose de non localisé, ou de directement adjacent à toute géographie et histoire. D Bohm et B. Hiley disent: “Il est généralement connu que la théorie quantique présente des traits communs et frappants avec la fiction… Cependant, on n’a pas assez souligné ce qui, à notre avis, constitue le trait le plus formidablement nouveau: l’interconnexion totale des divers systèmes qui ne sont pas en contact spatial.”

Toutes choses sont interconnectées. Les assertions de Georges Berkeley et d’Alfred North Whitehead, que la conscience et le monde physique sont liés, prennent une nouvelle signification à la lumière de la proposition de Wheeler. Non seulement voyager dans le temps et voyager plus vite que la lumière deviennent possibles, mais nous devons maintenant nous attendre à ce que tous les points du cerveau de l’homme soient en interférence, via le bouillonnement quantique, avec tous les autres points de l’univers. Cette liaison omnijective entre l’esprit et l’univers est souvent assimilée à la réalité du rêve. Dans un rêve, la limite entre conscience et réalité est abstraite. Je peux rêver que des amis et moi sommes assis en train de parler, mais la séparation entre l’image rêvée de mes amis, les chaises, et moi, n’est qu’une illusion. Tous les gestes et les objets sont subordonnées à la conscience du rêveur. La réalité du rêve est absolument omnijective.

Dans un univers dont la trame et les déformations sont le bouillonnement quantique, la structure de la réalité physique est indissociable de la structure d’un rêve. L’espace de Wheeler jette un doute sur l’existence tridimensionnelle des choses. Parce que les wormholes mettent en contact chaque point de l’espace avec tous les autres, l’univers s’effondre dans une seule dimension spécifique. En pratique, à partir d’une perspective située en dehors du bouillonnement quantique, ou en dehors de l’espace-temps, il semblera que l’univers n’a pas de dimension du tout. Cette situation est celle-là même qu’on rencontre dans la réalité du rêve. Nous rêvons à de vastes espaces, des pièces à trois dimensions avec des chaises, des tables, et des gens; mais les dimensions du rêve n’ont aucune réalité hors du rêveur.

Mysticime et Physique Nouvelle.

Hinduism & Quantum Physics

Time, space, and causation are like the glass through which the Absolute is seen. … In the Absolute there is neither time, space, nor causation.

THE MOST IMPORTANT DISCOVERY IN THE HISTORY OF SCIENCE” – Prof.Henry Stapp, Quantum physicist.

BELL’S THEOREMVEDANTA AND QUANTUM PHYSICS

HUMAN CONSCIOUSNESS AND THE PHYSICAL WORLD

‘Om Isha vasyam idam sarvam, yat kincha jagatyam jagat’

“All this- whatever exists in this changing universe, is pervaded by God” – Isa Upanishad

“Om purnamadah purnamidam purnaat purnamudachyate, purnasya purnamadaya purnamevaavashishyate”

“That (pure consciousness) is full(perfect); this(the manifest universe of matter; of names and forms being maya) is full. This fullness has been projected from that fullness. When this fullness merges in that fullness, all that remains is fullness.” – Peace invocation – Isa Upanishad

“The Supreme Brahman(God) is the only Reality. The idea of the phenomenal universe is falsely superimposed upon it.”
Swami Nikhilananda of Ramakrishna-Vivekananda Centre, New York.

THE IMPLICATIONS OF THIS THEOREM ARE STAGGERING

In recent years physicists have had to address the interplay of consciousness and the physical world. In Quantum Physics much has been made over Bell’s Theorem. The implications of this theorem and the experimental findings that flow from it are staggering. They force us to consider that the entire notion of a purely objective world is in conflict not only with the theory of quantum mechanics, but with the facts drawn from actual experiments. These findings point insistently to a profound interaction between conscious mental activity and the physical world itself.

THE RISHI’S VISION

The Rishi’s vision of a world in which man participates in a seamless existence, indivisibly united with the universe around him, resonates through a discovery called “BELL’S THEOREM”. This discovery, first proposed in 1964 by the physicist John S. Bell was first confirmed by experiment in 1972 by Professor John Clauser at Berkley. It is an almost unbelievable result – unbelievable because the logical mind has great difficulty in comprehending how it can be true. Its impact on the physics community has been enormous. Professor Henry Stapp, a physicist at Berkley and an authority on the implications of Bell’s Theorem, has called it THE MOST IMPORTANT DISCOVERY IN THE HISTORY OF SCIENCE.

A description of the proof of Bell’s theory, as given by Stapp reads:

“If the statistical predictions of quantum theory are true, an objective universe is incompatible with the law of local causes.”

Although formidable at first glance, Bell’s Theorem seems simpler once key terms are understood.

First, an “objective universe” is simply one that exists apart from our consciousness.

Secondly, the “law of local causes” refers to the fact that events in the universe happen at a speed that does not exceed the speed of light. Things happen, in other words, always at the speed of light or less.This limitation is imposed by Einstein’s special theory of relativity, and is a mainstay of modern physical theory. To be accurate, in actual experimental situations, it is not Bell’s Theorem that is tested, but the predictions of Quantum Mechanics.

In 1935, Albert Einstein, together with Nathan Rosen and Boris Podolsky proposed through flawless mathematical reasoning that if the quantum theory were correct, then ‘A change in the spin of one particle in a two particle system would affect its twin simultaneously, even if the two had been widely separated in the meantime’. And ‘simultaneous’ is a dirty word in the theory of special relativity, which forbids the transmission of any signal faster than the speed of light. Obviously, a signal telling the particle ‘what to do’ would have to travel faster than the speed of light if instantaneous changes were to occur between the two particles.

The dilemma into which Einstein, Rosen and Podolsky dragged the quantum theory was a profound one, coming to be known as THE ERP EFFECT.

In 1964 Bell’s Theorem emerged as a proof that Einstein’s impossible proposition did in fact hold true: instantaneous changes in widely separated systems did occur.

In 1972, Clauser confirmed the statistical predictions of quantum mechanics, working with an elaborate system involving photons, calcite crystals, and photo multiplier tubes The experiment has since been run several times with the same consistent results; Bell’s Theorem stands solid.

THE IMPLICATIONS OF BELL’S THEOREM ARE PRACTICALLY UNTHINKABLE

Even for the physicists involved, the implications of Bell’s Theorem are practically unthinkable. Mathematics and experimentation have taken us where our logical mind cannot go. Imagine, two particles once in contact, separated even to the ends of the universe, change instantaneously when a change in one of them occurs!

Slowly, new ideas are emerging to explain these unthinkable occurrences. One view is that, in some unexplainable way, the separated particles are still in contact although separated in space. This is the suggestion of the French physicist Bernard D’Espagnat. In 1979, writing about quantum reality, he said that “the entire notion of an external, fixed, objective world now lies in conflict not only with quantum theory, but in facts drawn from actual experiments…. in some sense all these objects constitute an indivisible whole.”

Physicist Jack Sarfatti of the Physics/Consciousness Research Group proposes that no actual energy-requiring signal is transmitted between the distant objects, but ‘information’ is transmitted instead. Thus no violation of Einstein’s special theory of relativity occurs. Exactly what this information is is unclear, and it a strange thing which might travel instantly and require no energy to do so.

Nic Herbert, a physicist who heads the C-Life Institute, suggests that we have merely discovered an elemental oneness of the world. This oneness cannot be diminished by spatial separation. An invisible wholeness unites the objects that are given birth in the universe, and it is this wholeness that we have stumbled into through modern experimental methods. Herbert alludes to the words of the poet Charles Williams: “Separation without separateness, reality without rift.”

It would be a mistake to suppose that these effects operate only with relevance to the invisible world of the atom. Professor Henry Stapp states that the real importance of these findings is that they translate directly to our microcosmic existence, implying that the oneness that is implicit in Bell’s Theorem envelopes human beings and atoms alike.

The interrelation of human consciousness and the observed world is obvious in Bell’s Theorem. Human consciousness and the physical world cannot be regarded as distinct, separate entities. What we call physical reality, the external world, is shaped – to some extent – by human thought. The lesson is clear; we cannot separate our own existence from that of the world outside. We are intimately associated not only with the earth we inhabit, but with the farthest reaches of the cosmos.

Certain quantum physicists now say that each part of the universe contains all the information present in the entire cosmos itself (similar to a giant oak tree producing an acorn that contains all the information to replicate itself).

This assertion is so audacious that it would be dismissed out of hand were it not for the scientific stature of its chief proponent David Bohm, a former associate of Einstein, professor of theoretical physics at Birbeck College of University of London. He is regarded as one of the pre-eminent theoretical physicists of our day.

THE HOLOGRAM

Bohm maintains that the information of the entire universe is contained in each of its parts. There is, he says, a stunning example of this principle in photography: the hologram (literally whole message).

Hologram is a specially constructed image which, when illuminated by a laser beam, seems eerily suspended in three dimensional space. The most incredible feature of holograms is that any piece of it, if illuminated with coherent light, provides an image of the entire hologram. The information of the whole is contained in each part. The entire representation of the original object is contained in each portion of the hologram. This principle, says Bohm, extends to the universe at large, that the universe is constructed on the same principles as the hologram. His theory rests on concepts that flow from modern physics. The world is an indivisible whole.

For Bohm, order and unity are spread throughout the universe in a way which escapes our senses. In the same way that order and organisation are spread throughout the hologram. Each part of the universe contains enough information to reconstitute the whole. The form and structure of the entire universe is enfolded within each part.

For many working physicists, these concepts are inescapable conclusions that flow from quantum mechanics and relativity. It is crucial to appreciate the scope of these implications. We frequently assume that quantum physics applies only to the diminutive realm of nature – electrons, protons etc., and that relativity has only to do with massive objects of cosmic proportions -stars, galaxies, nebulae etc. But Bohm’s contention is that we are squarely in the middle of these phenomena. Ultimately the entire universe (with all its ‘particles’ including those constituting human beings, their laboratories, observing instruments etc). has to be understood as a single undivided whole, in which analysis into separately and independently existent parts has no fundamental status.

What are the implications of a holographic universe? As part of the universe, do we have holographic features ourselves that allow us to comprehend a holographic universe? This question has been answered affirmatively by Stanford neurophysiologist Karl Pribram. In an attempt to account for key observations about brain function which for decades have puzzled brain physiologists, Pribram arrived at a radical proposal: the hologram is a model brain function. In essence, the brain is the ‘photographic plate’ on which information in the universe is encoded.

When the proposals of Bohm and Pribram are conceptually joined, a new model of man emerges: we use a brain that encodes information holographically; and it is a hologram that is a part of an even larger hologram – the universe itself.

Pribram’s radical suggestions are founded on work that originated in the laboratory of one of the pioneers of modern neurophysiology, Karl Lashley. At a time when it was popularly believed that there were specific centres in the brain for practically every human function – such as speech, vision, appetite, sleep etc.,- Lashley demonstrated that this was apparently not true for memory. Working with animals, he found that even when bulk of the cerebral cortex was surgically removed, leaving only a remnant intact, the memory of how to perform specific tasks remained. The rapidity and accuracy of the performance was frequently attenuated, but the knowledge was retained.

These findings fit poorly with existing theories about how information is stored in the brain. It was as if memory was spread everywhere in the cortex – but how? Pribram reasoned that the brain contained the memory in each of its parts. The analogy to a hologram was obvious. The entire memory pattern could be found throughout the cerebral cortex if the information had originally been encoded holographically.

In most right handed persons, the left side of the brain is presumed to control the movements of the right side of the body. In instances where the left side of the brain is injured – for example through a stroke or with a trauma -paralysis or profound weakness of the right side of the body is the predictable result. A physician, Richard Restak, has reported a case, in a twenty one year old female in which the entire left side of the brain was removed surgically in order to control epileptic seizures that were unmanageable with any other known form of therapy. The results of the therapy were astonishing.

Although the seizures were stopped, within a few weeks the woman began to regain control of the right side of her body. She was able to return to work and to lead an active social life. Where did the right side of her body receive its motor information with the left side of the brain in the surgeon’s pail?

In 1975 a similar case was reported by Smith & Sugar. A six year old male underwent total removal of the left cerebral hemisphere because of intractable epileptic seizures. Conventional neurophysiological wisdom asserts that the left side of the cerebral cortex is responsible for our speech, mathematical reasoning and logical thought in general, and that the right cerebral hemisphere controls our intuitive, non-rational, non-verbal forms of thought. Yet this young man grew up to become a gifted student, proficient in verbal reasoning and language abilities, testing even into the gifted range of on standard intelligence tests.

SPACE AND TIMETHE HOLOVERSE

This indivisibility also applied fundamentally to space and time. Relativity has shown that they are inextricably linked, and cannot be teased apart.

Recall one of the possibilities embodied in Bell’s theorem involving non-local features of the universe: objects once in contact, though separated spatially, even if placed at distant ends of the universe, are somehow in inseparable contact. Since any change in one immediately and unmitigatedly causes change in the other, this is a nonlocal occurance, meaning that any information passing between the two objects would have to travel faster than the speed of light to cause such instantaneous change. Since it is impossible for the speed of light to be exceeded, according to the special theory of relativity, this event is said to be noncausal-i.e. not caused by the transfer of any conceivable kind of energy passing between the distant objects.

Although these nonlocal and noncausal descriptions are worked out for objects separated in space, Bohm states that the implications of quantum theory also apply to moments in ‘TIME’.

What is crucial is that, according to the theory of relativity, a sharp distinction between space and time cannot be maintained.

We all have roots in the universe. Conscious mental activity exerts measurable effects on the physical world – a world that includes human bodies, organs, tissues, and cells. Mind becomes a legitimate factor in the unfolding of health and disease. The inter-penetration of all matter is the rule. The dividing line between life and non-life is illusory and arbitrary. There is only one valid way, thus, to partake of the universe and that way is characterised by reverence – a reverence born of a felt sense of participation in the universe, of a kinship with all others and with all matter. A reverential attitude that bespeaks a oneness with the universe can transform the commonest act.

Bhagavad Gita, Ch.13,Verses 15 :

“Without and within all beings the unmoving and also the moving; because of Its subtlety, unknowable; and near and far away is That(God)”.

Bhagavad Gita, Ch.13, Verse 16:

“And undivided, yet He exists as if divided in beings; He is to be known as the supporter of beings; He devours and He generates.”

No division in Consciousness is admissible at any time as it is always one and the same. Even the individuality of the Jiva must be known as false, like the delusion of a snake in a rope. Shankaracharya (Aparokshanubhuti.43)

Vedanta as the synthesis
of Science and Religion
By Swami Ranganathananda, Ramakrishna Math:
Extracts (abridged)

The spirit of enquiry finds expression in any department of scientific study in the gathering of relevant facts and their rational interpretation. The practice of religion is nothing but a ceaseless quest after the facts of the inner life. A dispassionate study of these facts constitutes the science of religion which seeks to unravel the mystery of our inner being- the lights that guide us and the laws that mould us.

If ‘man, the known’, constituted of his body and its environing world, is the subject of study of the natural sciences, ‘man. the unknown’ is the subject of study of the science of religion. The synthesis of both these sciences is the high function of philosophy as understood in India. It is this function which Vedanta has performed in this country (India), ever since the time of the Upanishads. Exercising a pervasive and effective influence on our national thought and culture, Vedanta has spared us not only the fruitless opposition of reason to faith and vice versa, but also the more dangerous manifestation of this opposition in the form of intolerance, persecution, and suppression of opinion.

The need for a Vedantic approach to science and religion is insistent today when both have shed their respective prejudices and come closer to each other, imbued with the passion to serve man and save his civilisation. It is only such a synthesis of philosophy which blends in itself the flavour of the faith of religion and the reason of science that can reconstruct modern man, by restoring to him the integrity of his being and the unity

The ‘Within’ and the ‘Without’ of Nature

Explaining this Indian approach to religion and the cause of the misunderstanding between science and religion, Swami Vivekananda said:

“Religion deals with the truths of the metaphysical world, just as chemistry and the other natural sciences deal with the truth of the physical world. The book one must read to learn chemistry is the book of (external) nature. The book from which to learn religion is your own mind and heart. The sage is often ignorant of physical science, because he reads the wrong book – the book within and the scientist is too often is ignorant of religion, because he, too, reads the wrong book – the book without”.

The practice of religion is a ceaseless quest after the facts of a man’s inner life, at the innermost depth of which it finds the truth of God, which it defines as infinite existence, infinite knowledge, and infinite bliss, the Sat-Chit-Ananda Brahman it comes across, at the intermediate depths, and all higher values which find expression in man’s ethical, moral, and aesthetic experiences. A dispassionate study of these facts constitutes the science of religion, the science of art of the spiritual life.

It is the eternal glory of Vedanta that the great thinkers of the Upanishads grappled with these questions: What is this universe? What is man? What is his destiny? Long ago they discovered that the universe of experience consists of two broad categories, the subjective and the objective. It is important to remember that this idea is basic to an understanding of Vedanta and to an understanding of whither science is going today. Now, when we apply this classification to the whole universe, we get the corollary that modern science is the study of only one of the two categories, namely, the objective field. But modern science is also trying to understand the subjective field.

Psychology is one such science. But Western psychology has suffered from too great a dominance by psychology . By resorting to time and space methodology, we get a knowledge of the ‘without’ of things, but not of their ‘within’. Much of psychology in the West is behaviouristic psychology: it is a study of the human mind through the study of human behaviour.

But Western psychologists have also tried to break from this kind of limitation and have developed, through psycho-analysis, the beginning of what is called depth psychology. This is just the beginning of a great movement in modern psychology which, if continued steadily and penetratingly, will bring it to the truth of the real nature of man which Vedanta reached ages ago in India – the eternal, undying Self of man, the Atman.

Vedanta and modern science are close to each other in spirit and temper. They are close to each other in their objectives and in very many of their conclusions as well. Even in the cosmology of the physical universe, we find so many points of contact. The fundamental position in the cosmology of both science and Vedanta is what Swami Vivekananda calls the postulate of a self-evolving cause. Vedanta says that there is one self-evolving cause, Brahman, behind the universe. Science says that behind this universe there is one self-evolving cause, the background material, in the words of astronomer Fred Hoyle.

Both believe in the theory of a cosmic evolution. There are a number of such similarities. The truths expounded in the Upanishads are impersonal, Apauruseya, not deriving sanction from any person. Scientific truths are similarly impersonal, objective, not deriving sanction from any person. Because they are impersonal, they are universal, and provide a clear insight into the nature of the world. That is science.

When we study the development of science during the last hundred years, we can trace the higher reaches of science slowly appearing on the horizon, and trace also the slow emergence of a non-materialistic outlook in science.

Modern Physics and Philosophical Reason

In countless ways, every department of physical science today is extending the bounds of man’s knowledge of fundamental unity behind the manifold diversities of the universe. Physical science started with the exploration of the mysteries of external nature; but at the farthest end of this search, it finds itself face to face with the mystery of man, of his mind and consciousness, the deepest mystery of all.

The philosophies of the East, particularly the Vedanta of India, including Buddhist thought, directly faced this mystery of man, more than two thousand years ago, by initiating the exploration of the internal world and carrying it through to its depths. And, today, we witness a steady convergence of these two indirect and direct approaches in the steady emergence of a common philosophy of the one behind the many.

Physicists of the first quarter of the twentieth century, faced with the challenge of the revolutionary discoveries of relativity and quantum physics, turned into bold philosophical thinkers, initiating the development of reason of physics into Buddhi or philosophical Reason, by transforming it into a critique , not only of the observed sense-data of the physical world, but also of man the observer. Starting with Eddington, Jeans, Max Planck, Einstein, Shrodinger, Niels Bohr, Heisenberg, and other great creators of twentieth-century physics, this philosophical trend has grown through the last five decades, culminating in The Tao of Physics of Berkeley University Physics Professor, Dr.Fritjof Capra.

Concluding his Space, Time and Gravitation, Eddington hinted at the emergence of the mystery of man from the study of the mystery of physical nature:

“The theory of relativity has passed in review the whole subject-matter of physics. It has unified the great laws which, by the precision of their formulation and the exactness of their application, have won the proud place in human knowledge which physical science holds today. And yet, in regard to the nature of things, this knowledge is only an empty shell- a form of symbols. It is knowledge of structural form, and not knowledge of content. All through the physical world runs that unknown content, which must surely be the stuff of our consciousness.

Here is a hint of aspects deep within the world of physics, and yet unattainable by the methods of physics. And, moreover, we have found that, where science has progressed the farthest, the mind has but regained from nature that which the mind has put into nature. We have found a strange footprint on the shores of the unknown. We have devised profound theories, one after another, to account for its origin. At last, we have succeeded in reconstructing the creature that made the footprint. And lo! It is our own.”

Hints such as these, given by the earlier philosopher-scientists, have developed into positive affirmations in Dr.Capra. The very title of his book: ‘The Tao of Physics’, is significant in this connection, apart from the masterly and fascinating exposition he gives, in the course of the book, of his main thesis that:

“the basic elements of the Eastern world-view are also those of the world-view emerging from modern physics,”

and that:

“Eastern thought, and more generally, mystical thought, provide a consistent and relevant philosophical background to the theories of contemporary science.”

Noting that, through the two centuries of association with the philosophy of materialism and the contemporary reaction against the ravages wrought by over-technology, the image of science in the eyes of modern man has suffered much damage, Capra seeks to restore the image of pure science as the discipline in the pursuit of truth and human excellence, not in opposition but in tune with the spiritual heritage of man, and more especially, of the spiritual heritage of the East:

Capra writes:

“This book aims at improving the image of science by showing that there is an essential harmony between the spirit of Eastern wisdom and Western science. It attempts to suggest that modern physics goes far beyond technology, that the way–or Tao-of physics can be a path with a heart, a way to spiritual knowledge and self-realisation.”

Echoing the voice of Vedanta and all mystical thought that the fundamental search for reality takes man beyond the senses and the sensory world of phenomena, Capra says:

“On this journey to the world of the infinitely small, the most important step, from a philosophical point of view, was the first one: the step into the world of atoms. Probing inside the atom and investigating its structure, science transcended the limits of our sensory imagination. From this point on, it could no longer rely with absolute certainty on logic and common sense. Atomic physics provided the scientists with the first glimpses of the essential nature of things. Like the mystics, physicists were now dealing with a non-sensory experience of reality and, like the mystics, they had to face the paradoxical aspects of this experience. From then on, therefore, the models and images of modern physics became akin to those of Eastern philosophy.”

Referring to the basic unity of the universe, as upheld in Eastern mysticism and modern physics, Capra says:

“The most important characteristic of the Eastern world-view- one could almost say the essence of it- is the awareness of the unity and mutual interrelation of all things and events…. The Eastern traditions constantly refer to this ultimate indivisible reality, which manifests itself in all things, and of which all things are parts. It is called Brahman in Hinduism, Dharmakaya in Buddhism, and Tao in Taoism…”

“The basic oneness of the universe is not only the central characteristic of the mystical experience, but is also one of the most important revelations of modern physics. It becomes apparent at the atomic level, and manifests itself more and more as one penetrates deeper into matter, down into the realm of sub-atomic particles. The unity of all things and events will be a recurring theme throughout our comparison of modern physics and the Eastern philosophy.”

Both speak of reality as transcending space, time, and causality. Referring to this kinship, Dr.Capra says:

“The space-time of relativistic physics is a similar timeless space of a higher dimension. All events in it are interconnected, but the connections are not causal. Particle interactions can be interpreted in terms of cause and effect only when the space-time diagrams are read in a definite direction, e.g., from the bottom to the top. When they are taken as four dimensional patterns without any definite direction of time attached to them, there is no ‘before’ and no ‘after’, and thus no causation”.

“Similarly, the Eastern mystics assert that, in transcending time, they also transcend the world of cause and effect. Like our ordinary notions of space and time, causation is an idea which is limited to a certain experience of the world and has to be abandoned when this experience is extended. In the words of Swami Vivekananda (Jnana Yoga):

‘Time, space, and causation are like the glass through which the Absolute is seen. … In the Absolute there is neither time, space, nor causation.’ –Swami Vivekananda

Capra continues:

“The Eastern spiritual traditions show their followers various ways of going beyond the ordinary experience of time and of freeing themselves from the chain of cause and effect- from the bondage of Karma, as the Hindus and Buddhists say. It has therefore been said that Eastern mysticism is a liberation from time. The same may be said of relativistic physics.”

Again Capra says:

“Subsequent to the emergence of the field concept, physicists have attempted to unify the various fields into a single fundamental field which would incorporate all physical phenomena. Einstein, in particular, spent the last years of his life searching for such a unified field. The Brahman of the Hindus, like the Dharmakaya of the Buddhists, and the Tao of the Taoists, can be seen, perhaps, as the ultimate unified field, from which spring not only the phenomena studied in physics, but all other phenomena as well”

“In the Eastern view, the reality underlying all phenomena is beyond all forms and defies all description and specification. It is, therefore, often said to be formless, empty, or void. But this emptiness is not to be taken for mere nothingness. It is, on the contrary, the essence of all forms and the source of all life. Thus the Upanishads say (Chandogya Upanishad, 4-10-4):

‘Brahman is life, Brahman is joy.
Brahman is the void. …
Joy ,verily, that is the same as the void.
The void, verily, that is the same as joy’”.

Atomic physics is confronted with the problem of consciousness through the datum of the ‘observer’ or to use the new, and more meaningful term coined by physicist John Wheeler, ‘participator.’ Accordingly, Dr.Capra says:

“In modern physics, the question of consciousness has arisen in connection with the observation of atomic phenomena. Quantum theory has made it clear that these phenomena can only be understood as links in a chain of processes, the end of which lies in the consciousness of the human observer. In the words of Eugene Wigner (Symmetries and Reflections- Scientific Essays):

‘It was not possible to formulate the laws (of quantum theory) in a fully consistent way without reference to consciousness.’ – Eugene Wigner

Dr.Capra continues:

“The pragmatic formulation of quantum theory used by the scientists in their work does not refer to their consciousness explicitly. Wigner and other physicists have argued, however, that the explicit inclusion of human consciousness may be an essential aspect of future theories of matter.”

“Such a development would open exciting possibilities for a direct interaction between physics and Eastern mysticism. The understanding of one’s consciousness and its relation to the rest of the universe is the starting point of all mystical experience. … If physicists really want to include the nature of human consciousness in their realm of research, a study of Eastern ideas may well provide them with stimulating new viewpoints.”

Referring to spiritual kinship between modern science and ancient Vedanta, Swami Vivekananda said in his speech at the Parliament of Religions held at Chicago in 1893:

“Manifestation, and not creation, is the word of science today, and the Hindu is only glad that what he has been cherishing in his bosom for ages is going to be taught in more forcible language, and with further light, from the latest conclusions of science.”

Confirming this view of Swami Vivekananda, that the physicist and the mystic reach the truth of unity, though following different approaches, Dr.Capra says:

“In contrast to the mystic, the physicist begins his inquiry into the essential nature of things by studying the material world. Penetrating into ever deeper realms of matter, he has become aware of the essential unity of all things and events. More than that, he has also learnt that he himself and his consciousness are an integral part of this unity. Thus the mystic and the physicist arrive at the same conclusion; one starting from the inner realm, the other from the outer world. The harmony between their views confirms the ancient Indian wisdom that Brahman, the ultimate reality, is identical to Atman, the reality within.”

Conclusion

Understood in this light, there is no conflict between science and religion, between the physical sciences and the science of spirituality. Both have the identical aim of discovering truth and helping man to grow physically, mentally, and spiritually, and achieve fulfilment. But each by itself is insufficient and helpless. They have been tried separately with unsatisfactory results. The older civilisations took guidance mostly from religion; their achievements were partial and limited. Modern civilisation relies solely on science; its achievements also have turned out to be partial and limited.

The combination today, of the spiritual energies of these two complementary disciplines in the life of man will produce fully integrated human beings, and thus help to evolve a complete human civilisation, for which the world is ripe and waiting. This is the most outstanding contribution of Swami Vivekananda to human thought today. This synthetic vision of his finds lucid expression in a brief but comprehensive testament of his Vedantic conviction:

“ Each soul is potentially divine.

The goal of life is to manifest this divinity within by controlling nature, external (through physical sciences, technology, and socio-political processes) and internal (through ethical, aesthetic, and religious processes):

Do this either by work, or worship, or psychic control, or philosophy-by one, or more, or all of these-and be free.

This is the whole of religion. Doctrines or dogmas or rituals or books or temples or forms, are but secondary details.” – Swami Vivekananda

This science and technique for realising the true glory of man, followed with scientific thoroughness and detachment by the sages of the Upanishads, and revalidated by a succession of spiritual experimenters down the ages from Buddha to Ramakrishna, is glowingly revealed in one of the immortal verses of the Svetasvatara Upanishad:

“Hear, ye children of immortal bliss, even ye that reside in higher spheres! I have found the Ancient One, who is beyond all darkness, all delusion; knowing Him alone, you shall be saved from death over again.”

Source: http://www.hinduism.co.za/hinduism.htm