Peut-on remonter le cours du temps ?

Quelle est plus précisément cette hypthèse? Elle consiste à interpréter le paradoxe de EPR de la façon suivante: ce que nous appelons un quanton (un photon par exemple) est formé par la combinaison d’une onde “retardée”, qui parcourt le temps dans le sens habituel, et d’une onde “avancée”, qui remonte le cours du temps.

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Le temps va du présent au passé.

Dogen-zenji dit: “Le temps va du présent au passé.” Ceci est basurde, mais dans votre pratique, c’est parfois vrai. Au lieu de progresser du passé au présent,le temps remonte du présent au passé. Yoshitsuné était un célèbre guerrier du Japon médiéval. A cause de la situation du pays à cette époque, il fut envoyé dans les provinces du Nord, où il fut tué. Avant de partir, il dit adieu à son épouse, et, peu après, elle écrivit un poème: “Comme on déroule le fil d’une bobine, je veux voir le passé devenir présent.”
Dans son esprit le passé devenait vivant et il était bien le présent. Ainsi, comme le dit Dogen: “Le temps va du présent au passé.” Dans notre esprit logique, ceci n’est pas vrai, mais ceci l’est dans l’effective expérience de transformation du passé en présent. Là nous avons la poésie, et là nous avons la vie humaine.
Quand nous faisons l’expérience de cette sorte de vérité, cela veut dire que nous avons trouvé la vraie signification du temps. Le temps passe constamment du passé au présent, et du présent à l’avenir. Ceci est vrai, mais il est vrai aussi que le temps va de l’avenir au présent et du présent au passé. Un maître zen dit autrefois: “Faire un kilomètre à l’est, c’est faire un kilomètre à l’ouest.” Ceci est la liberté essentielle. Nous devrions acquérir cette liberté parfaite.

Shunryu Suzuki, Esprit zen, esprit neuf.

Peut-on remonter le cours du temps ?

Un second groupe de physiciens, très restreint d’ailleurs puisqu‘à notre connaissance il n’est composé que de trois personnes, ne remet pas en cause la notion d’espace, mais uniquement celle du temps, par le fait qu’il admet que le temps peut être parcouru dans les deux sens. Ces physiciens sont le français Costa de Beauregard (idéaliste) et les américains Cramer et Davidon (matérialistes): là encore les différences de philosophie n’interdisent pas une entente sur les bases de la physique.
Le plus connu est indiscutablement Olivier Costa de Beauregard, qui a le premier émis cette hypothèse dès 1947 en présence de Louis de Broglie, lequel n’a pas tardé à la trouver “littéralement folle”. Costa de Beauregard a publié son hypothèse en 1953, puis quand le paradoxe EPR est revenu à la mode, a reçu le renfort de Davidon en 1976 et celui de Cramer en 1980.
Quelle est plus précisément cette hypthèse? Elle consiste à interpréter le paradoxe de EPR de la façon suivante: ce que nous appelons un quanton (un photon par exemple) est formé par la combinaison d’une onde “retardée”, qui parcourt le temps dans le sens habituel, et d’une onde “avancée”, qui remonte le cours du temps. Dans l’expérience d’Aspect, les deux photons sont émis par la source sous forme d’ondes retardées à un temps que nous prendrons pour origine, soit donc au temps t=0. Le photon 1 atteint l’appareil de mesure au temps t 1, sa polarisation est alors fixée; l’appareil 1 émet alors une onde avancée qui remonte le temps pour retrouver au temps 0 le photon 2 à la source; elle peut à ce moment communiquer au photon 2 la polarisation que celui-ci doit avoir pour que les lois quantiques soient vérifiées :

graphe3

Ce schéma fonctionne aussi bien si l’on considère que le photon 2 a été mesuré en premier.

Comme, selon la relativité, le photon qui est mesuré “en premier” n’est pas le même pour différents observateurs en déplacement les uns par rapport aux autres, il se pose un problème dans le cas de l’expérience d’Aspect et des expériences analogues: on dit que la mesure effectuée “en premier” agit également sur “l’autre quanton”, mais quelle est la mesure effectuée en premier si le temps est relatif? L’interprétation de Costa de Beauregard a le mérite de régler ce problème.
Costa de Beauregard adopte le point de vue de Wigner en ce qui concerne la “réduction du paquet d’ondes”“. Il pense que la polarisation du photon n’est fixée que si un observateur voit le résultat de la mesure: comme les ondes avancées remontent le cours du temps, cela permet à l’observateur d’agir effectivement au temps t 1 (ou t 2 pour le photon 2), et donc finalement au temps 0. Davidon et Cramer rejettent cette interprétation idéaliste, et pensent que c’est le fait de rencontrer un appareil de mesure (et plus généralement, selon Cramer, un “absorbeur”) qui force le quanton 1 à se déterminer, “puis” sa partie onde avancée à remonter le cours du temps pour informer le quanton 2 de son état. Cramer a essayé d‘ébaucher une théorie quantique relativiste fondée sur cette hypothèse, à l’aide d’une ancienne idée de John Wheeler et Richard Feynman.
Il se trouve que certains modèles de la théorie quantique relativiste du champs font aussi appel à un renversement du sens du temps. Voyons un peu plus en détail de quoi il s’agit.
Comme la théorie développée par Heisenberg en 1925, cette théorie fait intervenir des matrices, ce que l’on appelle dans ce cas matrices de diffusion. Ces matrices permettent de prévoir les probabilités de passage d’un système de particules-quantons à un système de particules, lorsque les particules du premier système entrent en collision, ou subissent une perturbation due à un champs de forces (nous remplaçons provisoirement l’appellation quanton par l’appellation particule, car la discipline qui s’occupe de ces phénomènes s’appelle physique des particules élémentaires). Le second système peut contenir des particules nouvelles créées dans l’interaction, alors que certaines au moins des particules initiales peuvent avoir disparu. Les matrices de diffusion sont horriblement compliquées et contiennent, entre autres, des termes qui expriment l’annihilation de certaines particules et la création d’autres particules. En 1949, le célère physicien américain Richard Feynman (prix Nobel en 1965) a proposé une méthode de calcul permettant de calculer plus facilement les termes de ces matrices, à l’aide de diagrammes ou graphes sur lesquels on place ensuite des formules établies une fois pour toutes. Or dans certains cas ces graphes comprennent de portions où le temps est parcouru à l’envers!
Donnons ici un exemple simplifié souvent exposé par Feynman lui-même. Un électron qui se déplace librement dans le vide pénètre tout à coup dans une zone restreinte de l’espace, une sorte de boîte, où règne un fort champs électromagnétique. Sa trajectoire va se trouver modifiée suivant le dessin ci-après, où l’axe Ox représente schématiquement la direction du mouvement (l’espace si on veut), et l’axe Ot le temps :

graphe1

Mais pour calculer correctement le terme correspondant de la matrice de diffusion, il faut ajouter la contribution d’un autre phénomène que l’on représente ainsi:

graphe2

L’interprétation conventionnelle de ce phénomène est la suivante: en B sont créés un second électron qui sort de la boîte, et un positon (électron positif) qui se dirige vers A où il va s’annihiler avec le premier électron. Mais le calcul de cette contribution, pour donner le bon résultat, doit être fait avec l’interprétation suivante: le premier électron arrive en A au temps t 2, “puis” remonte le temps jusqu’au point B qu’il atteint au temps t 1 plus petit que t 2, enfin sort de la boîte. Le positon est assimilé à un électron qui remonte le cours du temps!
Y a-til quelque chose de physique, de réel, dans ce mode de calcul? Dans son premier article, Feynman avait clairement soutenu l’interprétation réaliste de sa proposition, mais il semble revenu à des propositions plus prudentes. Les avis des spécialistes sont partagés. Selon Jach et Rohrlich, seule la somme des deux contributions compte, et “la séparation en diagrammes indiviuels, bien qu’extrêmement utile, n’a en général pas de sens physique”. Selon ‘t Hooft et Veltman au contraire, “les graphes de Feynman contiennent plus de vérité que le formalisme sous-jacent”.
Quoi qu’il en soit, Costa de Beauregard s’appuie sur cette particularité des graphes de Feynman pour justifier son interprétation du paradoxe EPR. En tout cas, portant sur un mode de calcul inhabituel qui consiste à remonter le cours du temps, l’analogie est troublante.
Le principal handicap de cette interprétation par remise en cause de la notion de temps est peut-être qu’elle a été proposée par Olivier Costa de Beauregard. Car Costa de Beauregard est un fervent partisan de la parapsychologie, qui ne fait pas mystère de ses opinions, et du coup les autres physiciens qui pourraient être tentés par son interprétation ont peur de passer pour des illuminés. Pourtant, l’interprétation en question n’a peut-être aucun rapport avec la parapsychologie, et comme nous l’avons vu est défendue aux Etats-Unis par d’authentiques matérialistes. C’est le fait d’admettre la réduction du paquet d’ondes par la conscience de l’observateur qui permet à Costa de Beauregard de faire un lien avec la parapsychologie, et même de se servir de cette discipline (si l’on peut dire) pour expliquer la physique quantique. Si l’on rejette cette façon de voir la réduction du paquet d’ondees, on ne trouve dans les idées de Costa de Beauregard qu’une explication matérialiste parmi d’autres.

Sven Ortoli, Jean-Pierre Pharabod, Le cantique des quantiques.

One thought on “Peut-on remonter le cours du temps ?”

  1. No turning back!
    Scientists now say it’s impossible to travel back in time.
    « There are a handful of scenarios that theorists have suggested for how one might travel to the past, said Brian Greene, author of the bestseller, The Elegant Universe and a physicist at Columbia University. And almost all of them, if you look at them closely, brush up right at the edge of physics as we understand it. Most of us think that almost all of them can be ruled out.
    In physics, time is described as a dimension much like length, width, and height. When you travel from your house to the grocery store, you’re traveling through a direction in space, making headway in all the spatial dimension length, width and height. But you’re also traveling forward in time, the fourth dimension.
    Space and time are tangled together in a sort of a four-dimensional fabric called space-time, said Charles Liu, an astrophysicist with the City University of New York, College of Staten Island and co-author of the book One Universe: At Home In The Cosmos.
    Space-time, Liu explains, can be thought of as a piece of spandex with four dimensions. When something that has mass you and I, an object, a planet, or any star sits in that piece of four-dimensional spandex, it causes it to create a dimple, he said. That dimple is a manifestation of space-time bending to accommodate this mass.
    The bending of space-time causes objects to move on a curved path and that curvature of space is what we know as gravity.

    Mathematically one can go backwards or forwards in the three spatial dimensions. But time doesn’t share this multi-directional freedom.

    A handful of proposals exist for time travel. The most developed of these approaches involves a wormhole, a hypothetical tunnel connecting two regions of space-time. The regions bridged could be two completely different universes or two parts of one universe. Matter can travel through either mouth of the wormhole to reach a destination on the other side.

    Wormholes are the future, wormholes are the past, said Michio Kaku, author of Hyperspace and Parallel Worlds and a physicist at the City University of New York. But we have to be very careful. The gasoline necessary to energize a time machine is far beyond anything that we can assemble with today’s technology.

    To punch a hole into the fabric of space-time, Kaku explained, would require the energy of a star or negative energy, an exotic entity with an energy of less than nothing.

    Greene, an expert on string theory which views matter in a minimum of 10 dimensions and tries to bridge the gap between particle physics and nature’s fundamental forces, questioned this scenario.

    Many people who study the subject doubt that that approach has any chance of working, Greene said in an interview . “But the basic idea if you’re very, very optimistic is that if you fiddle with the wormhole openings, you can make it not only a shortcut from a point in space to another point in space, but a shortcut from one moment in time to another moment in time.

    Cosmic strings

    Another popular theory for potential time travelers involves something called cosmic strings narrow tubes of energy stretched across the entire length of the ever-expanding universe. These skinny regions, leftover from the early cosmos, are predicted to contain huge amounts of mass and therefore could warp the space-time around them.

    Cosmic strings are either infinite or they’re in loops, with no ends, said J. Richard Gott, author of Time Travel in Einstein’s Universe and an astrophysicist at Princeton University. So they are either like spaghetti or SpaghettiO’s.

    The approach of two such strings parallel to each other, said Gott, will bend space-time so vigorously and in such a particular configuration that might make time travel possible, in theory.

    This is a project that a super civilization might attempt, Gott told LiveScience. It’s far beyond what we can do. We’re a civilization that’s not even controlling the energy resources of our planet.

    Impossible, for now

    Mathematically, you can certainly say something is traveling to the past, Liu said. But it is not possible for you and me to travel backward in time, he said.

    However, some scientists believe that traveling to the past is, in fact, theoretically possible, though impractical.

    Maybe if there were a theory of everything, one could solve all of Einstein’s equations through a wormhole, and see whether time travel is really possible, Kaku said. But that would require a technology far more advanced than anything we can muster, he said. Don’t expect any young inventor to announce tomorrow in a press release that he or she has invented a time machine in their basement.
    Livescience.com

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