Thought as a System

What is the source of all this trouble? I’m saying that the source is basically in thought. Many people would think that such a statement is crazy, because thought is the one thing we have with which to solve our problems. That’s part of our tradition. Yet it looks as if the thing we use to solve our problems with is the source of our problems.

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  • «Â What is the source of all this trouble? I’m saying that the source is basically in thought. Many people would think that such a statement is crazy, because thought is the one thing we have with which to solve our problems. That’s part of our tradition. Yet it looks as if the thing we use to solve our problems with is the source of our problems. It’s like going to the doctor and having him make you ill. In fact, in 20% of medical cases we do apparently have that going on. But in the case of thought, it’s far over 20%. »
  • «Â the general tacit assumption in thought is that it’s just telling you the way things are and that it’s not doing anything – that ‘you’ are inside there, deciding what to do with the info. But you don’t decide what to do with the info. Thought runs you. Thought, however, gives false info that you are running it, that you are the one who controls thought. Whereas actually thought is the one which controls each one of us. »
  • «Â Thought is creating divisions out of itself and then saying that they are there naturally. This is another major feature of thought: Thought doesn’t know it is doing something and then it struggles against what it is doing. It doesn’t want to know that it is doing it. And thought struggles against the results, trying to avoid those unpleasant results while keeping on with that way of thinking. That is what I call ‘sustained incoherence.’ »

Thought as a System

Bohm proposes thus in his book «Â Thought as a System » (TAS) a pervasive, systematic nature of thought:

What I mean by ‘thought’ is the whole thing – thought, ‘felt’, the body, the whole society sharing thoughts – it’s all one process. It is essential for me not to break that up, because it’s all one process; somebody else’s thoughts becomes my thoughts, and vice versa. Therefore it would be wrong and misleading to break it up into my thoughts, your thoughts, my feelings, these feelings, those feelings… I would say that thought makes what is often called in modern language a system. A system means a set of connected things or parts. But the way people commonly use the word nowadays it means something all of whose parts are mutually interdependent – not only for their mutual action, but for their meaning and for their existence. A corporation is organized as a system – it has this department, that department, that department. They don’t have any meaning separately; they only can function together. And also the body is a system. Society is a system in some sense. And so on.

Similarly, thought is a system. That system not only includes thoughts, ‘felts’ and feelings, but it includes the state of the body; it includes the whole of society – as thought is passing back and forth between people in a process by which thought evolved from ancient times. A system is constantly engaged in a process of development, change, evolution and structure changes…although there are certain features of the system which become relatively fixed. We call this the structure….Thought has been constantly evolving and we can’t say when that structure began. But with the growth of civilization it has developed a great deal. It was probably very simple thought before civilization, and now it has become very complex and ramified and has much more incoherence than before.

Now, I say that this system has a fault in it – a ‘systematic fault’. It is not a fault here, there or here, but it is a fault that is all throughout the system. Can you picture that? It is everywhere and nowhere. You may say «Â I see a problem here, so I will bring my thoughts to bear on this problem ». But ‘my’ thought is part of the system. It has the same fault as the fault I’m trying to look at, or a similar fault.

Thought is constantly creating problems that way and then trying to solve them. But as it tries to solve them it makes it worse because it doesn’t notice that it’s creating them, and the more it thinks, the more problems it creates.

L’Unus Mundus

Concrètement, l’Unus Mundus apparaît, comme Jung l’a remarqué, dans les phénomènes synchronistiques. Tandis que nous vivons normalement dans un monde duel d‘événements «Â  intérieurs «Â  ou «Â  extérieurs «Â , cette dualité disparaît dans un événement synchronistique ; les événements se comportent alors comme s’ils faisaient partie de notre psyché, en sorte que toute chose est contenue dans la même totalité.

Et, question subsidiaire, si la synchronicité renvoie à un Unus Mundus, c’est-à-dire à un plan de réalité potentielle par rapport à l’empirie, mais existant sans doute en soi dans un autre ordre de réalité qui se légitime comme transcendantal à l’expérience et comme consubstanciel (d’une substancialité subtile) à l’existence de l‘âme, si la synchronicité renvoie donc à cette autre réalité qui contiendrait en puissance la matière et l’esprit – une «Â matière spirituelle », un «Â esprit matériel » dans cet intermonde spécifique où se subsumerait la causalité physique et où s’assumerait une a-causalité première – ne doit-on pas se souvenir de ce que cet Unus Mundus se traduit lui-même dans un archétype, et un archétype déterminé? Autrement dit, ne retrouvons-nous pas ici, à un autre niveau, les relations de l’archétype et de la psychosomatique, en ceci que l’ordre métaphysique implique l’Unus Mundus, de la même manière qu l’Unus Mundus oblige à la question métaphysique?
Ce que l’on peut exprimer en écrivant qu’en dépsychologisant la psychologie, Jung le fait à partir d’un archétype qui repsychologise du coup d’emblée la dépsychologisation nécessaire.
A ceci près cependant, qu’il faut être clair sur les mots, et que la notion de psychologie a en partie changé de sens entre les deux phases du processus. Il faudra bien entendu s’en expliquer plus avant, mais nous pouvons indiquer dès maintenant que ce mouvement de retrait puis de réinvestissement par la psychologie, indique d’abord sur le fond la transformation d’une subjectivité en intériorité, et rend en bout de course à la psychologie son sens originel et véritable de discours de l‘âme sur elle-même.
La contradiction apparente est alors en fin de compte le signe d’une dialectique, et nous confronte en même temps à la polysémie de l’archétype selon le point de vue à partir duquel on en parle: matrice d’images dans le champs de l’inconscient, condition de possibilité par rapport à l’expérience, structure métaphysique dans le royaume réel de l‘âme. Ce qui nous amènera par ailleurs à nous poser la question: en dehors de toute causalité d’ordre physique, et si on tente de réfléchir dans le plan propre de cet Unus Mundus, n’y aurait-il pas dès lors ce qu’il faudrait bien appeler une causalité formelle de l’archétype ?

[…]

Concrètement, l’Unus Mundus apparaît, comme Jung l’a remarqué, dans les phénomènes synchronistiques. Tandis que nous vivons normalement dans un monde duel d‘événements «Â  intérieurs «Â  ou «Â  extérieurs «Â , cette dualité disparaît dans un événement synchronistique ; les événements se comportent alors comme s’ils faisaient partie de notre psyché, en sorte que toute chose est contenue dans la même totalité. (…) Cette expérience est aussi le stade ultime du processus d’individuation où l’on devient un avec l’inconscient collectif, mais non d’une manière pathologique comme dans certaines psychoses où le processus d’individuation s’est mal déroulé et ou toutes choses se sont déformées. Quand le processus se déroule au contraire d’une façon positive, il implique une union avec l’inconscient collectif au lieu d’une cassure et d’une séparation, et cela signifie un élargissement de la conscience qui va de pair avec un dépérissement en intensité du complexe de l’ego. Quand cela arrive, l’ego s’efface en faveur de l’inconscient collectif. Atteindre ce point où les réalités intérieure et extérieure (la terre et le ciel) s’unifient est le but de l’individuation. A travers elle, l’homme atteint quelque chose de ce que Jung appelle le «Â  savoir absolu «Â  dans l’inconscient ».

Les conséquences sont énormes, puisqu’on voit tout à coup comme l’emboîtement archétype trouve sa justification dans sa propre dynamique ; comme le psychoïde s’amarre là définitivement à l’apparition de la synchronicité par le biais de l’Unus Mundus , et rejoint, par une double démarche psychologique et neurobiologique, d’autres hypothèses scientifiques auxquelles Hubert Reeves fait d’ailleurs allusion dans son article quand il parle de l’idée spéculative, mais en voie de recherche, que certains mécanismes cérébraux correspondraient à «Â  des systèmes quantiques à grande échelle «Â .
De fait, lorsque Niels Bohr suggère que la pensée implique de si petites énergies dans le cerveau qu’elle doit etre régie par des effets quantiques; lorsque David Bohm écrit que les «Â processus intellectuels et les sautes d’attention semblent « subjectivement se comporter selon le même principe d’incertitude que celui de la mécanique quantique»; lorsque London va jusqu‘à proposer que des mécanismes macroscopiques de nature quantique pourraient se révéler importants chez les organismes vivants en avançant que « dans certains processus biologiques, le concept d’un état fluide d’entropie nulle pourrait jouer un rôle décisif, car il combine la stabilité caractéristique des états quantiques avec la possibilité de mouvement » », ce qui est le double caractère de la vie, la chaîne se forme là (d’une façon encore hypothétique, il est vrai) vers cet «Â  état «Â  de la réalité où la notion même de matière raît et où la potentialité au sens aristotélicien gouverne désormais dans un monde qui est d’abord celui de l’aléatoire et de l’indéterminé.
Quoi qu’il en soit de ce point, on s’aperçoit enfin dans les quelques exemples que nous avons relevés, comme une équation «Â  différentielle «Â  s‘établit entre les notions d’archéype, de psychoïde, d’Unus Mundus, d’inconscient collectif et finalement comme émerge peu à peu l’idée que l’inconscient collectif est peut-être aussi un inconscient cosmique qui ne saurait être détaché de la totalité de l’univers dans son ensemble.

[…]

Une fois de plus, par ces mots, nous sommes rabattus à la notion du psychoïde qui se trouve aux deux bouts de l‘échelle psychologique, ou à l’archétype de l’Unus mundus sur lequel se bâtit l’individuation, mais qui en est aussi le terme. C’est l’emboîtement, en quelque sorte, que nous avions relevé des différents niveaux archétypes et physiques qui se trouve légitimé dans un processus de fondation/réflexion où la rationalité constitue le sujet en tant que tel, et marque le stade, non seulement spéculaire comme on aurait pu s’y attendre, mais aussi réflexif et progressif de la révélation de la totalité à elle-même. D’où la question qui s’impose: l’apparition du sens dans le monde ne renvoie-t-elle pas par ailleurs à un Sens du monde qui se donnerait à lire dans le jeu de la loi et du hasard, au bord d’un inconnu dont nous pouvons seulement dire qu’il est radicalement autre – à la fois vide et plein, sens et non-sens, Theos agnotos que nous réfléchissons en le réfléchissant?
Nous développons là finalement l’idée de création continue dans le sens singulier que lui avait donné Jung, et bâtissons l’hypothèse d’un ordre créatif qui s’affirme dans cet espace de jeu et de liberté que nous pointions à la croisée (ou à l’adéquation à elles-mêmes) de la causalité et de l’a-causalité. Ordre créatif qui serait la médiation de l’omniprésence de l’univers, et permettrait de penser dans les limites requises, dans son double versant scientifique et psychique, l’unicité multiple que l’homme tente de déchiffrer depuis ses origines en l‘épelant à la fois dans la rigueur de la science et dans l’assomption de son âme.
Il faut bien voir cependant, à ce point de réflexion, que c’est aussi une véritable hypothèse métaphysique qui est posée. La coïncidence en effet de la création unique et de la création continue,instituant cet ordre créatif que nous avons tenté de pointer – mais ordre créatif qui se subsume à son tour dans un ordre potentiel du monde qui est celui de l’Unus Mundus – nous renvoie en effet à un statut très particulier de l‘âme qui se déploie dans cet Unus Mundus, et qui est celui à l‘évidence d’une monadologie.
Que signifions-nous par ces mots? Quand Jung avance l’idée d’un savoir absolu, il fait explicitement référence à la philosophie de Leibniz. Quand il examnie les ancêtres de la notion de synchronicité, c’est Leibniz qu’il met clairement en avant – de même que ses considérations sur les nombres, son intérêt pour le Yi-King comme modèle opératoire de certains phénomènes synchronistiques, et la conception qu’on peut avoir de ce dernier comme manifestation numérale de l’Unus Mundus, renvoient de nouveau aux considérations de Leibniz sur ce texte chinois. Bien évidemment, il y a là plus que des coïncidences, mais une parenté établie et, pour reprendre un langage familier à la psychanalyse, une filiation évidente. Car la réappropriation de l’Unus Mundus dans le processus d’individuation, la réalisation du vir unus, de l’anthropos teleios, suppose la singularité même de l‘âme réalisée – et d’une âme qui symbolise pourtant avec ce qu’il faut appeler l‘âme du monde. Mieux encore, l‘âme singulière est l‘âme du monde cependant que l‘âme du monde est en retour totalement présente dans la multiplicité de chacune des âmes singulières. Pour comprendre ce paradoxe de l’entièreté de l‘âme à ce sens (mal traduit généralement par totalité – mais Jung se sert bien du mot allemand die Ganzheit), il faut admettre de raisonner dans ce plan virtuel par rapport à l’empirie – mais existant de sa propre existence spécifique – où l’inconscient fonde l’espace et le temps où il se déploie: ce monde même de l’Unus Mundus où la matière est spirituelle, où l‘âme est corporelle, et où l’inconscient dans son expression la plus haute, est la réalité de l‘âme dont l’homme sensible n’a pas encore pris conscience, mais qu’il a à dévoiler. C’est bien là le mystère de l’Unio spititualis dont nous parle Gherard Dorn, c’est le lieu purement qualitatif d’un espace et d’un temps qui sont ceux d’Hermès et de Sophia, où l’atman et le Brahman, le tao personnel et le tao universel, le Soi qui surgit dans notre âme en l’ayant fondée au départ, et le Soi en tant que tel, sont indissolublement les mêmes et les miroirs les uns des autres.
Alors chaque âme, en effet, symbolise au monde de l‘âme. Toute création continuée emblématise en fin de compte la création unique. Comme l‘écrivait Cassirer dans un registre voisin, «Â tandis que la forme de pensée de la causalité empirique vise essentiellement à établir une relation univoque entre certaines «Â causes » et certains «Â effets », la pensée mythique a à sa disposition (…) un choix parfaitement libre de «Â causes ». Tout peut encore ici devenir à partir de tout, parce que tout peut entrer spatialement ou temporellement au contact de tout. » De ce point de vue déterminé, il serait sans doute possible de réintroduire la notion de causalité par l’archétype – à l’expresse condition de marquer toutefois que cette causalité ne peut être comprise que comme une causalité formelle engendrée par les formes de l‘âme, qui ne peut se développer de ce fait que dans un temps subtil où elle suscite des actes purs de présence, et que cette causalité, à l‘évidence, dans sa réversion aux événements de l‘âme, ne se donne de légitimité que dans l’apparition du Soi – c’est-à-dire, osons le mot, de l’Imago Dei.

Michel Cazenave, Synchronicité, physique et biologie, dans La synchronicité, l‘âme et la science.

La Weid, métaphysique

Pourquoi ne pas descendre encore plus bas dans l‘échelle de l‘évolution et passer du règne animal au règne végétal ? S’il y avait continuité sur le plan de la matière, j’imaginais qu’il devait y avoir continuité aussi sur d’autres plans de fabrication d’eidos. Il devenait ainsi possible à une plante et à un insecte d‘échanger des informations, ce qui expliquait les co-évolutions.

« Je n’ai lu que dans un seul livre, dans mon propre livre, dans moi-même »

Jakob Böhme

La Weid, métaphysique

Je me souviens. Nous étions au mois de juin 1992, et je venais de rencontrer Vahé. Il avait passé la journée à m’expliquer comment il concevait le monde. Pour lui, il n’y avait pas de différence fondamentale entre la matière et l’esprit, car tout dans l’univers était fait d’une même substance possédant une nature semblable à la pensée. La frontière entre les deux mondes était seulement une illusion de notre conscience. Ces bulles de pensées, qu’il appelait eidos, étaient sans cesse en mouvement : elles se rejoignaient, puis se séparaient, et de ces unions-séparations naissaient à chaque fois de nouvelles pensées. Ce mécanisme, Vahé l’avait appelé le Principe Moteur de l’univers. Au-dessus, il plaçait un autre principe, directeur celui-là, le chef d’orchestre de toute l’histoire. Le Principe Directeur dirigeait les unions-séparations des eidos, donnant à chacun l‘énergie d’aller jusqu’au bout de lui-même. Mais comme ces deux Principes n‘étaient que mouvement, il nous était impossible de les voir. Nous ne pouvions avoir accès qu’aux eidos, le résultat de leur travail. Ainsi, tout dans l’univers s’enchaînait d’une manière logique par un processus de cause à effet implacable. Comme tout était fait de la même substance, tout pouvait interagir. Au fond, dans ce monde-là, rien n‘était vraiment séparé. C’est ce qui faisait dire à Vahé que tout ce qui existait tenait dans un Point. A toute cette histoire, son ami Charles avait trouvé un nom barbare : la Weid. Cette Weid représentait le fruit de plus de dix années de réflexions et de recherches tous azimuts. Honnêtement, je dois avouer que sur le coup je n’avais pas compris grand chose ! Mais je n’ai pas osé le dire…

Ce soir-là, pourtant, j’ai fait un étrange rêve. Un rêve qui n’en était pas vraiment un car j’avais l’impression d‘être éveillée. En quelques secondes, j’ai vu, senti, connu, et compris ce qu’il voulait dire. Il y avait au-dessus de ma tête des bulles, comme des bulles de savon légèrement teintées de rose et de jaune. Je me suis approchée, et j’ai réalisé instantanément que ces bulles était des bulles de pensées. Chacune d’elle représentait une idée, je ne me souviens plus laquelle. Alors quelque chose comme un grand crochet jaune et lumineux est sorti de mon coeur. Il a saisi deux bulles, et les a assemblées pour qu’elles ne fassent plus qu’une. Puis cette bulle unique de pensée est venue en moi. Je l’ai faite mienne. J‘étais collée à elle, incapable de m’en dissocier. Le crochet lui-même avait disparu. Je n‘étais plus que la bulle. Cette fois j’en suis certaine, je ne dormais plus. Je me suis assise sur le lit, et quelque chose d’autre s’est produit. Le crochet lumineux est réapparu, mais, pendant une fraction de seconde, il n’a attrapé aucune pensée. Il était vide de sens. Il était, tout simplement. Je me trouvais dans un état difficile à décrire, au-delà de l‘émotion qu’on appelle l’amour, au-delà de l‘émotion qu’on appelle la joie. J‘étais tout simplement moi, quelque chose qui pouvait prendre toutes les formes, tous les visages, quelque chose que je sentais indestructible et éternel. J‘étais potentiellement tout, et pourtant, à cet instant, je n‘étais rien. Puis le crochet a associé à nouveaux des bulles de pensées, et d’autres, et encore d’autres. En quelques secondes, tout s’est accéléré et le mécanisme est redevenu inconscient. Ce jour-là, je me suis dit que les traditions n’avaient sans doute pas tort en nous parlant de l’esprit, de ses pouvoirs, et de cette parcelle d’immortalité qui était en chacun de nous. Comme dans un film au ralenti, j’avais vu le Principe Moteur à l’oeuvre. Il unissait et séparait sans discontinuer des bulles de pensées. L‘étrange crochet qui avait jailli de mon coeur, je crois bien que c‘était le Principe Directeur. Il dirigeait l’opération. Lui pouvait se passer des bulles pour exister, mais alors plus rien ne se créait. Il semblait être là de toute éternité, et constituer ma véritable substance. Pour être plus exacte, je dois dire que si j’ai visualisé le Principe Directeur comme un crochet, c’est pour pouvoir justement me raccrocher à une image ! Car en fait il ressemblait plus à un jet d‘énergie, une force irrépressible, un élan de vie, qu‘à un objet.

Après, bien entendu, je n’ai pas pu me rendormir. Si tout cela n‘était pas qu’un rêve, je devais pouvoir m’en servir pour comprendre le monde. Si moi je possédais tout un stock de bulles de pensées, c’est-à-dire d’eidos, au-dessus de moi, cela devait être pareil pour tous les hommes. Mon ego, qui était aussi un ensemble d’eidos, me donnait l’impression que ce stock m’appartenait en propre. Chaque être humain devait ainsi posséder son paquet bien ficelé. Mais cette ficelle de l’ego tenait-elle vraiment le paquet fermé ? Sans doute pas puisque Vahé disait que dans la Weid, tous les eidos, quels qu’ils soient, pouvaient interagir. C’est ainsi que les pensées de l’un passaient chez l’autre, ce qui finissait par constituer des champs de pensées auxquels tous accédaient. Je retrouvais l’idée de l’inconscient collectif de Jung. Mais je comprenais en plus comment il se formait, puisque chaque fois qu’un homme puisait dans ce fond pour construire des pensées, il l’enrichissait. Toutes ces pensées constituaient le patrimoine de l’humanité. Certaines étaient positives, d’autres négatives, mais toutes influaient sur notre vie, que nous le voulions ou non.

Pourquoi serions-nous les seuls sur Terre à fabriquer de la pensée ? L’histoire ne s’arrêtait certainement pas là. Derrière l’instinct animal il y avait sans doute aussi du sens, de l’information, une autre forme de pensée, en d’autres termes des eidos. Cela expliquerait comment des animaux, comme les rats dans l’expérience de Mac Dougall, pouvaient se transmettre des informations par des voies subtiles qui n‘étaient ni chimique, ni vocale.

Pourquoi ne pas descendre encore plus bas dans l‘échelle de l‘évolution et passer du règne animal au règne végétal ? S’il y avait continuité sur le plan de la matière, j’imaginais qu’il devait y avoir continuité aussi sur d’autres plans de fabrication d’eidos. Il devenait ainsi possible à une plante et à un insecte d‘échanger des informations, ce qui expliquait les co-évolutions.

Tout cela m‘était facile à admettre. Mais j’avais encore du mal à concevoir qu’un vulgaire caillou, un cristal, un atome, bref la matière solide, ne soient aussi rien d’autre que des eidos. Que de la pensée émerge de la matière, cela n‘était pas nouveau. Mais que la matière elle-même soit de même nature que la pensée, c’est-à-dire des eidos fabriquant des eidos, cela m‘était plus difficile à comprendre. Pourtant il suffisait que je me souvienne des articles que j’avais écrits sur la physique quantique pour m’apercevoir que la matière n‘était plus ce qu’elle était. L’infiniment petit se jouait de nous. Il se montrait sous l’aspect que nous voulions ; il semblait ne pas obéir aux contraintes de notre espace-temps en transmettant instantanément à distance des informations ; il pouvait se matérialiser et se dématérialiser à sa guise. En résumé, cette matière en quelque sorte immatérielle me semblait proche de la pensée. Comme me l’avait dit Vahé, elle pouvait très bien elle aussi n‘être qu’eidos. Restait tout de même une question : pourquoi pouvais-je voir les eidos de la matière, me heurter physiquement à eux, et pas voir de la même manière mes pensées et les pensées des autres ? La réponse, mon ami me la donna quelques jours plus tard d’une manière laconique : parce depuis des millénaires, tout le système de perception des êtres humains s‘était construit pour ne sélectionner qu’une partie du réel, en l’occurrence ce que nous appelons la matière. Mais il suffisait de changer de système de perception, comme nous le faisons d’ailleurs toutes les nuits lorsque nous rêvons, pour nous apercevoir que des pensées peuvent être aussi solides et réelles que la matière que nous percevons à l‘état de veille.

Ainsi, depuis le minéral jusqu‘à l’homme, tous les êtres rêvaient l’univers. Et en partageant leurs rêves, ils le rendaient réel. Au sein de ce grand songe, chaque espèce s‘était aménagée son îlot de réalité utile et agréable, fruit d’un travail permanent d’auto-reconstruction. En construisant ainsi son réel d’eidos, il se fabriquait lui-même, parce rêveur et chose rêvée ne faisaient qu’un. Le problème de l’oeuf et la poule devenait caduque. Ni l’oeuf ni la poule n‘étaient premiers. Ils naissaient ensemble du même rêve. J’entrevoyais un processus de co-évolution universel. Mais quelque chose me gênait encore. Car si depuis le début chacun s‘était ainsi auto-créé, engendrant du même coup l’univers, il ne pouvait plus y avoir posées sur le sommet de l’Olympe des vérités extérieures intangibles, plus d’absolus donc. Ces notions n‘étaient, elles aussi, que des eidos fruits de la pensée des hommes, et valaient ce que vaut la pensée des hommes. Enfin, que devenait l’unité de la personne alors que chacun puisait sans s’en rendre compte dans un supermarché d’idées, se contentant dans le meilleur des cas de le faire fructifier ? Suffisait-il vraiment que je rajoute la notion d’ego pour que tout cela fasse de moi un individu à part entière ? Que restait-il de moi sinon le Principe Directeur que j’avais entrevu dans mon rêve ? Au-delà de tous ces eidos traversant les règnes de la création, il me semblait être la seule chose immuable. Si je possédais bien en moi cette force qui construisait l’univers, et si je parvenais à la maîtriser, alors je saurais contrôler mes pensées. C‘était peut-être cela devenir adulte, ne plus être prisonnier de ces eidos mais savoir les utiliser au mieux. Au mieux pour quoi au fait ? Pour qui ? Pour soi, pour les autres, pour tous les hommes ? Passer de l’un au multiple, ce n‘était peut-être pas impossible. Mais il fallait apprendre à regarder la vie d’une tout autre manière. Le pari valait sûrement la peine d‘être tenté. C’est ainsi que j’ai essayé de comprendre ce qui se cachait sous les notions de Principe Directeur, de Principe Moteur et d’eidos. Plus j’avançais dans ces idées, plus les choses se compliquaient, plus je devais perdre en route mes illusions, et un grand nombre de mes certitudes. Mais en même temps, j’avais l’impression de renouer avec quelque chose que j’avais toujours su, quelque chose qui se trouvait en filigrane dans le savoir de toutes les traditions. Cette fois je comprenais le véritable sens des mots et des symboles, car je pouvais pour la première fois relier mes intuitions les plus profondes au cheminement logique de ma pensée.

C’est ce cheminement que Vahé et moi aimerions vous faire partager. C’est une gageure car la Weid est sous le signe d’une double difficulté. Cette métaphysique est d’abord une intuition, et il n’y a rien de plus difficile à communiquer qu’une intuition. Elle est aussi raison, et il n’y a rien d’aussi rébarbatif qu’un enchaînement rigoureux d’arguments. Ajoutez à cela que pour des raisons évidentes, nous sommes obligés de parler successivement des eidos, du Principe Moteur et du Principe Directeur, alors qu’en réalité les trois ne sont pas séparés, et vous aurez toute l’ampleur des difficultés à communiquer ces idées. Nous avons fait ce que nous avons pu pour les rendre claires. Mais il nous faut aussi votre collaboration. Cette proposition n’est pas très commerciale en ces temps où beaucoup croient que tout peut s’acquérir aisément sans travail. Nous pensons pourtant que c’est sous-estimer l’intelligence des hommes et les maintenir dans un monde d’enfants que de leur éviter ainsi de réfléchir et de penser par eux-mêmes. Alors si moi, simple journaliste, j’ai pu comprendre, je ne vois pas pourquoi vous ne pourriez pas faire le même chemin. J’ajouterai que cet effort est un acte d’homme adulte. En quelque sorte un début de mise en pratique des idées que nous allons vous exposer ! Et maintenant, trêve de bavardage, lançons-nous dans l’arène !

Vahé Zartarian – Martine Castello, Nos pensées crééent le monde – Chapitre 4.

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Le code “I Ching” et la requête du sens

Sur le plan métaphysique comme sur le plan sémiotique, l’exemple du I Ching révèle un double malentendu, tant symbolique que sémantique. Partagé entre l’analogie et l’ontologie, le statut du langage génétique correspond à une sorte de chimère épistémologique.

Si, d’un côté, le feu critique des généticiens tend à disqualifier la métaphore alphabétique de l’ADN, de l’autre, les linguistes la légitiment sur le plan sémiologique. Ecartelée entre grâce et disgrâce, l’idée d’un langage de la vie oscille entre la science et le mythe. L’exemple le plus frappant d’une telle ambivalence réside sans doute dans l’incroyable correspondance entre le code génétique et celui du I Ching. De quoi s’agit-il?

Dans son analyse du modèle linguistique en biologie, François Jacob s‘émerveille de la ressemblance quasi parfaite entre l’ADN et le vieux système de signes chinois décrit il y a près de trois mille ans dans le I Ching, ou Livre des mutations. Le systeme I Ching repose, en effet, sur un jeu de relations entre deux principes opposés : le Yang ou principe mâle, actif, et le yin, principe femelle, passif. Ces deux principes s’assortissent par couples pour former quatre types de diagrammes. Ces quatre structures se combinent par trois, pour former 64 hexagrammes ; et chaque hexagramme représente l’un des aspects fondamentaux de la vie. Au XVIIe siècle, des missionnaires jésuites, de retour de Chine, montrèrent le livre du I Ching à Leibniz qui s‘étonna des similitudes entre ce système binaire et l’art combinatoire qu’il venait d’inventer. Plus surpris encore, les généticiens du XXe siècle constatent que « la structure de l’ordre «Â naturel » décrit dans le I Ching se trouve correspondre point par point à celle du code génétique(1) ».

Martin Schönberger – un médecin allemand qui, vers 1969, fut le premier à étudier de près ces homologies – poussa ses interprétations jusqu‘à extraire une signification cosmologique du lien qui unit le « livre des mutations » et le « livre de la vie »(2). II est surprenant de constater que François Jacob, qui a fréquemment exprimé ses réserves sur l’identification entre ADN et langage, conclut son analyse par cette phrase : « C’est peut-etre le I Ching qu’il faudrait étudier pour saisir les relations entre hérédité et langage(3). » Sur le plan métaphysique, comment concilier le I Ching, livre de spiritualité et de mystique avec les positions matérialistes et positivistes de la biologie moléculaire ? Sur le plan linguistique, Jacob a longuement souligné que, dans la syntaxe du code génétique, les unités élémentaires étaient par elles-mêmes vides de signification et qu’il s’agissait d’une condition nécessaire à la construction du système. Or, dans le I Ching, c’est précisément l’inverse. Le Yin et le Yang possèdent une signification intrinsèque : l’un est principe mâle, l’autre femelle.

Sur le plan métaphysique comme sur le plan sémiotique, l’exemple du I Ching révèle un double malentendu, tant symbolique que sémantique. Partagé entre l’analogie et l’ontologie, le statut du langage génétique correspond à une sorte de chimère épistémologique(4). Comme les cristallise un mélange hybride composé de matière et de sens. On pourrait faire ce reproche : s’il existe un sens, pourquoi n’explicite-t-on pas ce qu’il signifie ? Pourtant, ce sont là deux questions bien distinctes : savoir existe un sens, et connaître sa signification.

En effet, lorsqu’en 1821 Champollion tente de déchiffrer les hiéroglyphes, il ignore a priori tout de leur signification ; pour autant, il possède l’intuition qu’un sens existe au regard de l’ordre syntaxique du message. On sait que l‘égyptologue a pu venir à bout de ce déchiffrement grâce à la fameuse pierre de Rosette. Découverte en 1799 dans un port de la basse Egypte, cette stèle comprend trois paragraphes gravés traduisant un décret de Ptolémée selon trois écritures (hiéroglyphes, démotique et grec). Champollion – par des conjectures induites – s’efforça de remonter d’une traduction à l’autre afin d‘établir la correspondance, jusqu‘à reconstruire le sens complet du texte hiéroglyphique. Pour déchiffrer le génome, les biologistes suivent une méthode analogue. S’ils ignorent a priori le sens exact d’une séquence génétique, l’ordre interne du message leur permet d’ induire la présence d’une signification biologique. Comme pour la pierre de Rosette, le code génétique établit la correspondance entre deux écritures, nucléique et protéique. Par inductions progressives, les généticiens peinent eux aussi à remonter d’une traduction à l’autre, pour retrouver le sens complet du texte génomique. Pour les hiéroglyphes comme pour le génome, la requête de sens n’est pas postulée. Le sémantique rayonne du syntaxique. Dans les deux codes, l’ordre interne est signifiant.

Grégory Bénichou, Le Chiffre de la vie.

  • (1) François Jacob, Le modèle linguistique en biologie, art. cité, p. 205.
  • (2) Martin Schönberger, Yi King et Code Génétique, Paris, Les Deux Océans, 1991.
  • (3) François Jacob, Le modèle linguistique en biologie, art. cité, p. 205.
  • (4) Françoise Bastide, Linguistique et génétique, Actes sémiotiques, n°33, 1985, p. 21-28.

What the Bleep Do We Know !?

Go confidently in the direction of your dreams! Live the life you’ve imagined. As you simplify your life, the law of the universe will be simpler.

Science without religion is lame, religion without science is blind.

– Albert Einstein, in The New Convergence

If quantum mechanics hasn’t profoundly shocked you, you haven’t understood it yet.

– Niels Bohr

What lies behind us and what lies before us are small matters to what lies within us.

– Ralph Waldo Emerson

Go confidently in the direction of your dreams! Live the life you’ve imagined. As you simplify your life, the law of the universe will be simpler.

– H.D. Thoreau

You cannot see anything that you do not first contemplate as a reality.

– Ramtha

Who looks outside, dreams; who looks inside, awakes.

– Carl Gustav Jung

Curiouser and curiouser!

– Lewis Carroll

That which the dream shows is the shadow of such wisdom as exists in man, even if during his waking state he may know nothing about it… We do not know it because we are fooling away our time with outward and perishing things, and are asleep in regard to that which is real within ourself.

– Philipus Aureolus Paracelsus

There is no reality in the absence of observation.

– The Copenhagen Interpretation of Quantum Mechanics